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Full text of "Bulletin Societe D'Histoire Naturelle de Toulouse (et de Midi Pyrenees)."

BULLETIN 



DE I,A 



SOCIÉTÉ 



D'HISTOIRE NATURELLE 




DE TOULOUSE 



SIXIÈME ANNÉE. — 1871-1872 



PARIS 
SAVY, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

RUE HAUTEFEUILLE, 24 




BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ D'HISTOIRE NATURELLE 



DE TOULOUSE. 



BULLETIN 



RE IA 



SOCIETE 

MSTOIRE NATDRELL 

DE TOULOUSE 



SIXIÈME ANNÉE. — TOME VI. 



TOULOUSE 

TYPOGRAPHIE DE BONNAl ET GIBRAC 



RUE SAINT-ROME, 44 

1872. 



BULLETIN 



DE L\ 



SOCIETE D'HISTOIRE NATURELLE 

DE TOULOUSE. 
SIXIÈME ANNÉE 1872. 



Recherches sur le lias 

DE LA RÉGION DE MaRVÉJOLS (LOZÈRE) (1),. 
Par M. Gaston de MALAFOSSE, membre titulaire. 



INTRODUCTION. 

La Lozère a déjà été explorée, au point de vue géologique, 
en certaines de ses parties : à diverses reprises, d'impor- 
tants travaux ont été publiés, ayant pour objet l'étude des 
régions dont Mende, Villefort et Florac sont les centres. 
Mais, jusqu'à ce jour, le sud-ouest et l'ouest du département 
n'ont fourni matière à aucune monographie de quelque 
étendue; à peine a-t-on vaguement signalé leurs richesses 
paléontologiques et le beau développement qu'y présente 
le Lias. 

Dans les quelques pages qui vont suivre, je n'ai nulle* 
ment la prétention d'avoir comblé cette fâcheuse lacune. 
Mon frère, L. de Malafosse et moi, explorons, depuis quel- 
ques années, les environs de Marvéjols, et je viens simple- 

(1) Séances du 17 et du 24 avril 1872. — La nécessité d'assurer la 
priorité à l'auteur de ce travail est cause de sa publication hors tour, 
avant les procès-verbaux. 



— 6 — 

ment résumer ici nos observations, encore bien incomplètes, 
comme on pourra le voir. 

Laissant de coté l'oolithe, trop peu connue de nous, et 
les roches azoïques, dont l'étude serait surtout intéressante 
pour le minéralogiste, je me bornerai à décrire le Lias, si 
bien représenté dans cette région. 

C'est dire que je n'aborderai qu'incidemment les aperçus 
généraux et les questions de géologie comparée. 

Quelque restreint que soit ce cadre, quelque modestes 
que soient les résultats obtenus, nous espérons que ces 
notes ne seront point sans intérêt pour ceux qui ont à cœur 
l'étude géologique de notre France méridionale. 

HISTORIQUE. 

Si je rite bornais à analyser les travaux publiés jusqu'à 
ce jour sur la région de Marvéjols, je n'aurais à citer que 
quelques phrases éparses en divers ouvrages. Mais il con- 
vient, ce me semble, que je dise un mot des travaux qui 
ont eu pour objet l'étude d'un point quelconque de la 
Lozère, ou du département en général. 

On trouve dans « Y Explication de la carte géologique de 
France (1), » quelques détails sur les environs de Mende. 
Les grès à meules de l'infralias, le calcaire à gryphées, les 
marnes du lias et l'oolithe inférieure out été reconnus par 
MM. Dufrenoy et Elie de Beaumont : auprès de Florac, ils 
signalent l'oolithe moyenne. Mais ils ne séparent pas les 
deux étages supérieurs du lias ; au-dessus du calcaire à 
gryphées, ils placent une prétendue couche à Ammonites 
Bucklandi; déplus, ils font à tort descendre Yostrea arcuata 
jusqu'au contact des grès de la base. 

En 1854, M. Kœchlin-Schlumberger publia une Coupe 

(4) Explication de la Carte géologique de France, t. 
p. 706-709. 



géologique des environs de Mende, qui restera un modèle du 
genre (1). 

L'auleur divise le lias en quatre étages, et dans chacun 
d'eux il établit des subdivisions le plus souvent très logi- 
ques et très naturelles ; sa coupe s'élève jusqu'à l'oolithe 
où il décrit les couches à fucoïdes, les bancs à Ostrea 
sublobata et le calcaire à entroques. 

Ce remarquable travail fit faire à la connaissance des 
terrains sédimentaires de la Lozère un pas des plus impor- 
tants. 

Le Bulletin de la Société géologique de l'année \ 859 con- 
tient un Mémoire de M. Hébert (2), au début duquel est une 
coupe du ravin des Balmelles, près Villefort. M. Hébert y 
étudie spécialement les parties inférieures des couches 
basiques, et cherche à prouver que les grès de la base ne 
peuvent rentrer dans le trias, mais font au contraire partie 
de la zone à Avicula contorta. 

Un an plus tard, parut, dans le Bulletin de la Société 
d'agriculture de Mende , une « Esquisse géologique du 
département de la Lozère, » par M. Dorlhac (3). 

C'est la monographie la plus détaillée qui ait été publiée 
sur ce sujet. M. 'Dorlhac résume les observations de ses 
devanciers et y joint les résultats de ses propres recherches : 
il s'étend surtout longuement sur la description des ter- 
rains azoïques et l'étude des filons métallifères. 

En ce qui touche les terrains jurassiques, la notice de 

(1) Coupe géologique des environs de Mende, par M. Kœchlin- 
Schlumberger. — Bull, de la Soc. géol. de France, 2 e sér., t. XI, 
p. 605 (1854). 

(2) Note sur la limite inférieure du lias et la composition du trias 
dans le Gard et la Lozère, par M. Hébert. — Bull, de la Soc. géol., 
2e sër., t. XVI, p. 905 (4859). 

(3) Esquisse géologique du département de la Lozère, par M. Dorlhac, 
ingénieur-directeur des mines. — Bull, de la Soc. d'agriculture, indus- 
trie, sciences et arts du département de la Lozère, t. XI, p. 375 (1860). 



— S — 

!\!. Dorlhac n'ajoute guère aux travaux antérieurs. Dans les 
listes de fossiles, il cite à plusieurs reprises Marvéjols 
comme lieu de provenance. 

A M. Dorlhac revient, si je ne me trompe, l'honneur 
d'avoir le premier décrit les couches tertiaires du Malzieu. 
Sa consciencieuse Esquisse est accompagnée d'un Essai 
de carte géologique de la Lozère, le seul publié jusqu'à ce 
jour. 

J'arrive aux deux travaux les plus récents, parus tous 
deux dans le Bulletin de la Société géologique : je veux parler 
des Mémoires de M. Jaubert et de M. Dieulafait. 

M. Jaubert (1) décrit un grand nombre de localités des 
régions du Bleymard et de Villeforl. 

Au sujet des grès inlraliasiques, il arrive aux mêmes 
conclusions que M. Hébert. Au-dessus, dans les calcaires, 
il reconnaît la zone à Ammonites planorbis. Il admet l'exis- 
tence du lias inférieur, mais sans preuves paléontologiques. 
Quant au lias supérieur, il déclare n'avoir pu en constater 
la présence. Dans l'oolithe , qui paraît surmonter immé- 
diatement le lias moyen, il signale les couches à Lima 
heteromorpha et les calcaires à fucoïdes. 

M. Dieulafait, dans une importante notice (2) sur l'in- 
fralias de certains départements méridionaux, s'est longue- 
ment occupé de la Lozère. Il a parcouru les régions de 
Villefort, Mende, Florac, Meyrueis, relevant un grand 
nombre de coupes, qu'il compare à celles prises par lui 
dans les départements limitrophes : 

De ce parallèle, il conclut : 

1° Que les grès, dits infraliasiques du Midi, doivent être 

(1) Note sur les formations jurassiques qui recouvrent le versant nord 
du mont Lozère, par M. Jaubert. — Bull, de la Soc. géol., 2 e sér., 
t. XXVI, p. 216 (1868). 

(2) Zone à Avicula contorta et infralias dans le midi de la France, 
à l'Ouest du Rhône (Ardèche, Aveyron, Hérault, Lozère), par M. Louis 
Dieulafait. — Bull, de la Soc. géol., 2* sér., t. XXVI, p. 398 (1869). 



- 9 - 

considérés comme appartenant à l'étage des grès bigarrés 
dans la Lozère, l'Ardèche, l'Aveyron et l'Hérault ; 

2° Que, jusqu'à preuve du contraire, on ne saurait 
admettre la présence du lias inférieur dans l'Aveyron, 
l'Hérault et la Lozère. 

A la suite de la communication de M. Dieulafait, vient 
une courte mais lucide réponse de M. Hébert (1) qui, je 
l'ai déjà dit, ne partage pas la manière de voir du savant 
professeur de Toulon. 

Tels sont les principaux travaux publiés jusqu'à ce jour 
sur la géologie de la Lozère. 

Mais il est encore un ouvrage que j'aurai souvent à citer 
dans le cours de cette notice : c'est l'excellent Essai de 
géologie Aveyronnaise , dont M. Reynés est l'auteur (2). De 
tous les départements méridionaux, l'Aveyron est, en effet, 
celui qui, par la composition du sol, présente les analogies 
les plus frappantes avec la région étudiée par nous. 

ENSEMBLE DES TERRAINS. 

Il suffit d'un coup d'oeil jeté sur la carte géologique de 
France ou sur celle qui accompagne la notice de M. Dorlhac, 
pour avoir une idée assez nette de la répartition des terrains 
dans la Lozère. Le nord du département est occupé par 
les granits : à l'est, ils forment un second massif autour 
duquel lesmicaschilcs s'étendent sur une vaste surface. 

Les couches sédimentaires se montrent dans deux régions 
bien distinctes. A l'ouest et au sud-ouest, entre l'Aubrac, la 
Margeride et le mont Lozère, elles remplissent un vaste 

(i) Observations sur les couches inférieures de l'infralias du midi de 
la France, par M. Hébert. — Bull, de la Soc. géol. de France, 2 e sér., 
t. XXVI, p. 447 (1SG9). 

(2) Essai de géologie et de paléontologie Aveyronnaises, par P. Reynès. 
Paris, 1868. 



- 10 - 

bassin au pourtour relevé qui ne fait qu'un avec celui de 
l'Aveyron . 

A l'est, au contraire, on ne voit que des lambeaux de 
terrains secondaires, disposés de part et d'autre d'une 
ligne qui irait de Mende à Villefort. 

Marvéjols est situé sur le pourtour nord du bassin de 
l'ouest, dont les causses des environs de Sainte-Enimie 
occupent le centre et Meyrueis l'extrémité sud. 

La région qui fait l'objet de cette étude forme comme 
un golfe secondaire, qui va s'avançant entre les pentes de 
l'Aubrac et les derniers chaînons de la Margeride. 

Les terrains sédimentaires des environs de Marvéjols 
semblent, à première vue, pouvoir se décomposer en trois 
grandes subdivisions. 

A la base, sont des hauteurs aux contours droits, angu- 
leux. Leur pied est formé de micaschites tourmentés : au- 
dessus , viennent quelques couches de grès, puis une 
succession de marnes versicoïores et de calcaires d'abord 
ocreux, plus haut blanchâtres. Le tout est couronné de puis- 
santes falaises calcaires de couleur sombre. 

Sur ces falaises repose un vaste ensemble de marnes et 
de calcaires d'un bleu grisâtre. Les calcaires dominent à la 
partie inférieure, mais ils sont bientôt remplacés par les 
marnes dont la structure devient de plus en plus schis- 
teuse. La pente, d'abord assez douce, devient très raide 
dans le haut. 

Du milieu des assises marneuses s'élèvent deséminences 
calcaires, aux tons chauds et jaunâtres, aux contours par- 
fois arrondis, mais plus souvent abrupts et profondément 
fissurés. 

Là où la série est complète, l'on voit plus haut des mas- 
ses de calcaire sombre, figurant à s'y méprendre d'impo- 
santes ruines, et enfin des couches encore calcaires, mais 
blanches et lithographiques. 

Des trois régions dont je viens d'esquisser l'aspect, la 
première comprend l'infralias et peut-être le lias inférieur, 



— M - 

.la seconde le lias moyen et supérieur, la troisième rentre 
entièrement dans l'oolilhe. 

Ce qui frappe tout d'abord dans cet ensemble, c'est la 
parfaite concordance des strates, de la base de l'infralias au 
sommet des calcaires oxfordiens. 

Les couches se succèdent parallèles et bien réglées au- 
dessus des micaschites qui, eux, affectent des inclinaisons, 
des directions très diverses, et tranchent nettement sur les 
bancs qui les surmontent. 

Ces derniers plongent vers le S. S. E. de 5° à 6° en 
moyenne. 

Le géologue n'a point à y étudier de ces contournements 
et redressements gigantesques, tels qu'il en admire dans 
les Alpes ou les Pyrénées. Mais si ces grandioses accidents 
ne viennent pas apporter un nouvel intérêt à ses recher- 
ches, d'autre part il y gagne au point de vue de la facilité 
et de l'exactitude des observations. 

Ce n'est point à dire néanmoins qu'il n'y ait aux envi- 
rons de Marvéjols ni brisures du sol , ni plissements de 
couches. Il me serait facile de citer de nombreux exemples 
de ces accidents géologiques. 

Ainsi, auprès deMontredon, au pied dutrucdeMalevielle, 
les schistes du lias supérieur viennent lutter par faille con- 
tre les marnes à Ammonites spinatus du lias moyen. Ainsi 
encore, sur la route de Marvéjols à Mende, à côté du village 
deBoudous, on voit le lias inférieur en contact, d'une part 
avec le lias supérieur, de l'autre avec l'infralias. Dans la 
vallée du Regourdel, près Marvéjols, l'on peut suivre de 
curieux plissements des couches infraliasiques. 

C'est vers la limite des terrains secondaires que l'on 
observe surtout brisures et redressements. 

L'altitude des étages va en diminuant du pourtour au 
centre du bassin : à Valadou, au nord-est de Marvéjols, 
l'infralias atteint 900 m , tandis que, dans la région des 
causses, l'oolithe n'arrive pas toujours à 4000 m . 

En somme, le relief du sol ne peut, en beaucoup de cas, 



— 12 — 

être attribué aux actions dynamiques, et c'est l'érosion qui 
a vraiment joué le rôle principal. 

Sur de vastes étendues, elle n'a parfois laissé des puis- 
santes assises oolilhiques que des témoins, situés à des 
distances considérables les uns des autres, ou séparés par 
de profondes vallées. Que n'a-t-elle point dû enlever sur 
les bords des massifs granitiques, où les brisures dans les 
couches rendaient son œuvre bien plus aisée ! 

Avant d'entreprendre la description détaillée des étages 
du lias, je dois dire un mot des schistes micacés qui, je 
l'ai déjà fait remarquer, supportent directement les couches 
secondaires. 

Leurs caractères ne sont rien moins que fixes : ils pas- 
sent aux gneiss par des transitions nombreuses, et alter- 
nent même avec eux. Leurs éléments varient de dimension , 
de nature, d'aspect. 

La couleur normale est le gris argenté un peu roussàtre. 
Mais la partie qui se trouve en contact avec les couches 
jurassiques est imprégnée de sels de fer qui colorent les 
feuillets en rouge et vert pâle. En même temps, la propor- 
tion de mica augmente dans la roche qui devient friable, 
douce au toucher. 

M. Jaubert, qui a parfaitement décrit celte curieuse 
modification (1), l'attribue aux infiltrations des eaux Juras- 
siques chargées de matières ferrugineuses. Cette explication 
est fort plausible à mon avis. 

La direction des micaschites est loin d'être partout la 
même : souvent ils présentent des plissements répétés sur 
une large échelle. Mais ce qui est constant, c'est leur dis- 
cordance avec les couches secondaires: on voit, en maint 
endroit, ces dernières reposer presque horizontales sur la 
tranche des feuillets schisteux. 

Il serait difficile de déterminer exactement l'âge relatif 
des micaschites. L'on peut seulement avancer qu'ils sont 

(\) Bulletin, loco cit., p. Vil. 



_ 13 — 

antérieurs au silurien, puisque, dansl'Aveyron,M. Reynès(l) 
a trouvé au-dessus d'eux la partie inférieure de ce terrain. 

Représenteraient-ils le Laurentien? 

La puissance des micaschites est énorme. Quant à celle 
de l'ensemble des couches Jurassiques, les documents me 
font malheureusement défaut pour l'évaluer. Je me bornerai 
à dire que le lias peut atteindre une épaisseur de 250 à 
300 m . 

Je ne parle ici, bien entendu, que du lias de la région 
de Marvéjols, et le chiffre est très approximatif. 

Je passerai maintenant à la description particulière du 
lias, renvoyant, pour plus amples détails sur les généralités, 
aux travaux de M. Dorlhac et de M. Jaubert. 



DESCRIPTION PARTICULIÈRE DES ÉTAGES. 



IiNFRALlAS. 

M. Jaubert divise l'infralias du Bleymard en trois sous- 
éfages : 

1° Grès. 

2° Calcaires brun de capucin. 

3° Calcaires lumachelles et marnes. 

Dans la région de Marvéjols, ces trois termes se retrou- 
vent. Mais je me hâte de dire que je n'attache qu'une 
importance secondaire à leur délimitation. Il ne s'agit point 
en effet ici de zones paléontologiques: entre les trois sub- 
divisions de l'infralias les transitions sont le plus souvent 
insensibles, et l'on doit les considérer comme des coupes 
provisoires établies en attendant mieux. 

(1) Loc. cit., p. 14. 



— u — 

Ces réserves faites, voici, de bas en haut, les dénomina- 
tions que j'adopte pour les sous-étages : 

A. Grès, calcaires gréseux, calcaires et marnes grisâtres. 

B. Calcaires bruns et ocreux et marnes versicolores. 

C. Calcaires blancs marneux et dolomitiques et marnes 
versicolores. 

A 

Grès, calcaires gréseux ; calcaires et marnes grisâtres. 

Au-dessus des micaschistes et en complète discordance 
avec eux, se trouve presque partout un ensemble de grès, 
de marnes charbonneuses, et de calcaires gris de fumée. 

Il serait difficile de donner de ces couches une description 
concise et exacte. L'observateur qui veut les suivre sur 
une étendue même peu considérable, leur voit, subir des 
transformations étonnantes. Leur puissance d'abord varie 
dans de larges proportions. Tantôt (Boudons) les grès 
mesurent près de 15 m d'épaisseur; tantôt au contraire 
(Rodemiole, Truc des aspics) ils arrivent à peine à 4 m , ou 
même s'atrophiant de; plus en plus, laissent venir les 
calcaires presque au contact des micaschistes. 

Le plus souvent ces grès sont arkosiques, fréquemment 
aussi calcarifères. La dimension de leurs éléments est peu 
constante : parfois, surtout vers la base, ils passent à de 
vrais conglomérats quartzeux {Rodemiole) ; parfois ils sont 
formés de grains ténus entre lesquels il semble qu'il n'existe 
aucun ciment (Valadon, Boudous). 

Rouges, violacés sur certains points {Croix des Anglais), ils 
sont ailleurs jaunâtres ou brun clair (Valadou). En diverses 
localités {Coteau de Raz, près Chirac) ils renferment, dans 
une pâte d'un beau vert, des grains anguleux de quartz 
rougeàtre : le tout si évidemment emprunté aux micaschis- 



o — 



tes sur lesquels ils reposent que l'œil, à quelque distance, 
peut à peine les en séparer. 

Les grès se relient visiblement aux calcaires qui les sur- 
montent : ils y passent par des bancs où l'on voit des grains 
de quartz empâtés par un ciment calcaire brunâtre et 
abondant. Bien mieux, on peut les voir conservant leurs 
caractères de grès à meules alterner avec les calcaires bruns 
dont nous parlerons tout à l'heure (Vallon des Redondes, près 
Marvéjols) 

Entre les bancs de grès et au-dessus d'eux , comme 
entre les calcaires gris de fumée que l'on remarque en cer- 
taines localités, se trouvent des lits assez minces de marnes 
grises, friables, sèches, micacées, très charbonneuses, et 
sur lesquelles on peut souvent observer des efflorescences 
nitreuses. 

Le charbon ne se rencontre pas seulement dans les mar- 
nes : il abonde encore dans les grès et calcaires de ce sous- 
étage. Les végétaux qui l'ont fourni n'ont laissé le plus 
souvent que des empreintes indéterminables. Cependant 
on a pu recueillir dans les grès des fougères assez bien 
conservées, et dans les calcaires gris (Raz) de petites bran- 
ches qui semblent appartenir à quelque brachyphyllidée. 

Quant aux fossiles animaux, ils sont des plus rares, et 
en mauvais état. Malgré de longues et patientes recherches, 
nous n'avons encore pu en découvrir que dans le vallon 
même de Marvéjols. 

Je crois devoir donner une coupe de la base de l'infralias, 
relevée sur le point où se montrent les fossiles en question. 



COUPE DE LA BASE DE L'INFBALIAS AU COTEAU 
DE RODEMIOLE (Sud du vallon de Marvéjols). 



1° Grès jaunâtre calcarifère, assez grossier, avec nom- 
breux débris végétaux. Il devient, en s'élevant, de plus en 



- 1*5 - 

plus fin et caicarifère et de moins en moins chargé de grains 
de quartz. Il passe dans le haut aux calcaires du sous- 
étage B = 1 m . 

2. Marne grise, micacée, friable, charbonneuse avec 
fossiles : 



My tilus Ervensis (Stoppa n i ) . 
Cypricardia porrecta (Dumort). 
Corbula Ludovicœ (Terq.). 
Turritella 



Natica Rhœtica (Gumb.). 
Littorina clathrata (Desh.). 
Gervillia prœcursor (Quenst.). 
M y tilus minutus (Goldf.). 
— minimus (Sow.). 

= 0*,17. 

3. Calcaire marneux jaune, friable, avec paillettes et 
charbon; mêmes fossiles que dans la marne = m , 18. 

4. Grès calcaire grossier, jaune-grisàtre'=: m ,03. 

5. Grès caicarifère peu charbonneux, gris clair, fin; il 
tranche nettement sur les autres couches = m ,10. 

6. Calcaire marneux gris-jaunàtre, avec gros grains de 
quartz, paillettes et charbons = m ,38. 

7. Grès jaune-brun à pâte calcaire avec gros grains de 
quartz translucide. Rares traces de bivalves = m ,10. 

8. Grès et conglomérats violacés ou noirâtres, quartzeux 
avec élément calcaire. Forte proportion de matières char- 
bonneuses. Au dessus et au-dessous de ces grès, mince 
couche charbonneuse feuilletée avec quelques mytili 
indéterminables = m ,15. 

Schistes micacés verddtrcs. 



Les fossiles ainsi placés à moins d'un mètre au-dessus 
tles micaschites sont à l'état de moules calcaires souvent 
déformés, et dès lors difficiles à reconnaître. 

Ne me fiant pas pour leur détermination à mes pro- 



— 17 - 

près et bien insuffisantes lumières, j'en ai envoyé quelques- 
uns à M. Dumortier, le savant auteur des Etudes sur le lias 
du bassin du Rhône. Cet érainent paléontologiste a répondu 
à ma demande, avec une bienveillance dont je ne saurais 
trop le remercier. 

Je lui dois non-seulement la détermination de mes 
espèces infraliasiques , mais encore celle de beaucoup 
d'échantillons du lias proprement dit, ainsi que de précieux 
renseignements. 

Si maintenant l'on jette un regard sur la liste des fossiles 
trouvés dans la marne n° 2, on verra qu'elle comprend, 
réunis dans une mince couche, des types propres à cha- 
cune des trois zones du bassin du Rhône. — r En effet, 
dans cette région, la Gervillia prœcursor se rencontre avec 
YAvicula contorta ; les Cypricardia porrecta et Corbula 
Ludovicœ, avec YAmm. planorbis ;\di Littorina clathrata avec 
YAmm. angulatus. 

Mais remarquons tout de suite que ce ne sont point là 
des fossiles absolument caractéristiques : la Gervillia se 
montre parfois dans des couches moins anciennes que la 
base de l'infralias. La Corbula est, dans l'est de la France, 
associée à YAmm. angulatus,- à l'inverse, la Littorina des- 
cend , même dans le bassin du Rhône, au niveau de 
Y A mm. planorbis. 

Pour ne prendre que les quatre espèces les plus répan- 
dues dans la couche de Rodemiole, et qui sont : 



Mytilus minutus, j Cypricardia porrecta, 

Natica Rhœtica, j Corbula Ludovicœ, 



en voit que les deux derniers fossiles ne descendent jamais 
au-dessous du niveau de VAmm. planorbis. 

Pour le Mytilus, il est vrai qu'on le trouve souvent avec 
YAvicula contorta ; mais en certaines régions, en Normandie, 



— 18 - 

par exemple (1), il est très abondant dans des couches plus 
élevées, accompagné de : Corbula Ludovicœ, Ostrea anomala, 
Diademopsis seriale, etc. 

Quant à la Natica, elle a été rencontrée au niveau de 
YAvicula, mais fort loin de nos contrées, et je ne pense pas 
que ce soit une espèce bien caractéristique: j'en dirai de 
même des Mytili Ervensis et minimus, qui du reste sont très 
rares, comme aussi la Gervillia et la Littorina. 

De la discussion qui précède, il semble donc ressortir 
que la couche de marne n° 2 et celle de calcaire n° 3 
appartiennent à la base de la zone à Ammon. planorbis, ou 
tout au plus à la partie supérieure de la zone à Avicula 
contorta. C'est là une question de peu d'importance qui reste 
à résoudre : entre la base d'une zone et la partie supérieure 
de l'autre la différence est souvent si minime! 

Toujours est-il que le sous-étage des calcaires bruns, 
placé au-dessus de celui que je viens de décrire, doit ren- 
trer tout entier dans la zone moyenne de l'infralias. Dans 
la région de Villefort et du Bleymard, M. Jaubert a en effet 
trouvé YAmm. planorbis dans des couches bien plus élevées 
que les calcaires bruns (2). 

Je reviendrai bientôt à la question si discutée de l'âge 
des grès de la base. 



B 



Calcaires bruns et ocreux et marnes versicolores. 

Au-dessus des couches que je viens de décrire, com- 
mence ce que j'appellerai le règne définitif des marnes et 
des calcaires. 

(1) Deslongchamps, Etudes sur les étages jurassiques inférieurs de la 
Normandie, p. 18-19 (1864). 

(2) Jaubert, loc. cit., p. 247, 259. 



- 19 - 

La deuxième subdivision de l'infralias est en effet ( sauf 
de rares exceptions, V. p. 14) essentiellement composée 
de calcaires bruns et ocreux, marneux ou magnésiens, 
et de marnes où dominent deux teintes : le vert et le 
violet passant au rouge vineux. 

A la base, les calcaires sont foncés, en bancs épais, 
durs, veinés de spath laiteux : ils se débitent en fragments 
polyédriques. 

En s'élevant, l'on voit la coloration pâlir de plus en plus 
et arriver au jaune-grisâtre. En même temps, les bancs, 
plus minces, tendent à prendre la structure en plaquettes. 
Quant aux marnes, dont l'importance va croissant, elles 
sont tantôt assez tenaces et se divisent sous le choc en 
petits fragments à arêtes vives ; tantôt, au contraire, fria- 
bles et schisteuses. Souvent on y remarque de singulières 
concrétions calcaires aux couleurs éclatantes et variées ; 
parfois aussi de minces plaquettes mi -translucides où domine 
l'élément nitreux. 

Dans les couches que je viens de décrire, et que l'on 
retrouve à Mende comme au Bleymard, je n'ai encore 
trouvé aucun vestige de fossiles. Néanmoins, on peut aisé- 
ment arriver à déterminer lenr âge, ainsi que je l'ai dit 
plus haut. 

La puissance du sous-étage B atteint parfois 30 m . 



Calcaires blancs marneux et dolomitiques et marnes 
versicolores. 



Les marnes continuent ici à alterner avec les calcaires ; 
ceux-ci sont blanchâtres, marneux ou dolomitiques, souvent 
fissiles et rubannés (1). 

(4) Ils fournissent la pierre de taille la plus estimée dans la région. 



- 20 - 

Certains bancs sont pétris de petits bivalves à l'état 
spathique dont les sections apparaissent en courbes bril- 
lantes sur le fond mat des cassures de la roche. Ce 
niveau fossilifère est très remarquable : les échantillons 
qui en proviennent offrent une surprenante ressemblance 
avec les plaquettes à tœniodon et schizodus des couches à 
Avicula contorla ; telle fut l'impression de notre ami et 
collègue M. Magnan, à qui j'en montrai quelques-uns ; 
telle a été aussi depuis celle de M. E. Dumortier. 

Cependant il n'y a pas le plus léger doute à avoir sur la 
position des calcaires blancs : il s'agit ici d'un horizon 
puissant, constant et placé à une grande hauteur au-dessus 
des grès de la base. On en jugera en parcourant les deux 
coupes générales que je vais donner, et dont la première 
fut relevée par mon frère, il y a plus de trois ans. 



COUPE DE L'INFRALIAS A LAVALETTE , 
A L'O. DE MARVÉJOLS. 



4 . Plateau. Calcaires grisâtres et jaunâtres et marnes 
versicolores == 1 7 m . 

2. Calcaire sableux jaunâtre avec nombreux moules de 
bivalves (Gervillia... mytilus) = 1 m ,30. 

3. Marnes versicolores == m ,40. 

4. Calcaire marneux, blanc sale = 14 m . 

5. Calcaires brunâtres ou grisâtres alternant avec des 
marnes vertes = 43 m . 

6. Calcaire blanc en plaquettes, pétri de petits bivalves 
(tœniodon... schizodus) = 6 m . 

7. Calcaires friables et marnes bleuâtres = 5 m . 

8. Calcaire gris, sableux = m ,60. 

9. Calcaires ocreux en bancs minces alternant avec 
marnes = 3 m . 

10. Marnes versicolores, assez tenaces, se débitant en 



_ 21 _ 

fragments polyédriques avec petites plaquettes nitreuses. 
— Quelques assises calcaires = 12 m . 

4 4 . Banc calcaire assez compacte, formant barre = 2 m . 

42. Calcaires ocreux , marneux, friables, veinés de 
spath, alternant avec marnes versicolores == 19 m . 

13. Arkoses et grès moyennement fins, à ciment brun- 
jaune empâtant des grains de quartz laiteux ou rosé = 3 m . 

Micaschistes. 



COUPE DE L'INFRALIAS AU COTEAU DE RAZ , 
PRÈS CHIRAC. 

1 . Calcaire assez compacte, gris, à parties verdâtres=0 m ,20 

2. Calcaire compacte, gris — m , 60. 

3. Calcaire gris-brun, avec veinules spathiques : il est 
marneux et plus clair dans le bas = m ,70. 

4. Marne vert-grisâtre = m ,40. 

5. Calcaires marneux blanchâtres et marnes versico- 
lores ; vers le bas, les calcaires sont pétris de petits 
bivalves (tœniodon.*.) — 5 m . 

6. Calcaires et marnes stériles = 3 m ,80. 

7. Calcaire gris, dur, assez compacte = m ,40. 

8. Calcaires marneux et dolomitiques, blancs ou jaunâ- 
tres, feuilletés, fragmentaires ou moyennement compactes. 
— Marnes panachées = 40 m . 

9. Calcaires ocreux et bruns et marnes panachées, 15 m . 
40. Marnes feuilletées =0 m , 75. 

11. Marne solide, d'un gris- verdâtre = 0™, 40. 
4 2. Calcaire dur, gris jaunissant à l'air = 2 m . 
43. Marne grise charbonneuse = 0"\20. 
4 4. Calcaire jaunâtre = m ,90. 



— 22 - 

15. Calcaire très dur, gréseux (à grains de quartz rose), 
charbonneux = m ,30. 

16. Calcaire gris, dolomitique, jaunissant à l'air = 2 m . 

17. Marnes charbonneuses d'un gris bleuâtre = m ,25. 

1 8. Calcaire gris, assez compacte, avec charbon = m ,20. 

19. Marne charbonneuse = 1 m . 

20. Grès calcarifère grisâtre, à grains roses = m ,12. 

21. Marnes versicolores = m ,40. 

22. Grès à pâte verte, avec gros grains de quartz rose ; 
faiblement calcarifère = 1 m . 

Micaschistes rougeâtres. 



J'ai retrouvé l'horizon des petits bivalves (tœniodon) auprès 
de Mende, dans le Valdonez, au pied des monts Lozères. 

En certaines localités (Truc des Aspics, Raz) j'ai recueilli 
à ce niveau quelques petits gastéropodes turriculés , mais 
en si petit nombre, que je n'en puis tirer aucun argument 
pour placer ces couches dans la zone à Amm. angulatus. 

Quant au banc à Gervillies de la coupe de Lavalette, il 
m'est encore impossible de décider ce qu'il peut bien repré- 
senter; au reste, cet horizon est bien moins constant que 
l'autre. 

Il me reste à exposer maintenant les motifs qui m'ont 
porté à limiter l'infralias comme je l'ai fait dans les pages 
précédentes. 

C'est ici le moment de discuter le problème de l'âge des 
grès à meules. 

En abordant cette question, qui a soulevé de si nom- 
breuses et si vives controverses, j'écarterai tout ce qui 
pourrait ressembler à des querelles de principes ou d'école. 
Il n'est pas douteux que, dans bien des cas, les savants 
auteurs de la Carte géologique de France n'aient fait rentrer 



- 23 - 

à tort dans le lias des couches triasiques : la chose a été 
surabondamment prouvée. Mais, d'autre part, je ne vois 
pas pourquoi l'on proscrirait à tout jamais l'expression de 
grès infraliasiques du Midi, pourquoi l'on poserait cette 
règle absolue que tout ce qui est grès vers la base des 
terrains jurassiques doit être réuni au trias. 

Il ne s'agit ici que de faits et non de théories, et c'est une 
observation très impartiale qui m'a porté à adopter à cet 
égard les vues de M. Hébert. Aujourd'hui encore, les argu- 
ments qu'il présente à l'appui me semblent difficiles à 
détruire (1). 

Que leur objecte-t-on ? 

D'abord que les grès, dits infraliasiques , supportent, 
sans changer d'aspect, les dépôts les plus divers (2). 

Cela ne prouve qu'une chose : c'est que leur composition 
dépend bien plus de la nature des matériaux mis en œuvre, 
matériaux presque partout les mêmes, que de l'âge de leur 
dépôt. 

Qu'indique en effet leur analyse? 

Qu'ils sont formés de particules siliceuses et feldspathi- 
ques, variables de volume , diversement teintées, mais 
empruntées bien certainement aux roches anciennes sur 
lesquelles ils reposent. 

On aurait pu, même à priori, prévoir ce résultat. 

Les eaux jurassiques ont eu à opérer tout d'abord un 
nivellement : la mer nouvelle s'est fait un lit. Alors des 
phénomènes se sont produits, qui se répéteraient encore si 
les flots envahissaient de nos jours les régions où domi- 
nent les formations granitiques et schisteuses. 

Là où les eaux ont trouvé d'abondants débris à rema- 
nier, ou quelque vaste dépression à combler, de puissan- 
tes couches de grès se sont promptement accumulées. 
Ailleurs, au contraire, les matériaux étant rares, l'action 

(1) Hébert, toc. cit. — Bull, t. XXVI, p. 449 et suiv. 

(2) Dieulafait, ioc. cit., p. 441-446. 



- 24 — 

détritique a eu moins d'activité, et les strates calcaires se 
montrent presque à la base de la série. 

Toutes les variations que présentent les couches inférieures 
s'expliquent ainsi aisément, en n'invoquant que les causes 
actuelles, et sans rien préjuger de l'âge de leur formation. 

Entrant plus avant dans la question, il serait aisé de 
prouver que ces couches ont avec les calcaires qui les 
surmontent d'évidentes relations. 

Des transitions parfois insensibles les unissent ; on les 
voit même alterner ensemble. 

Il serait fastidieux de répéter ici ce que j'ai dit plus haut 
à ce sujet. 

L'on fera encore remarquer que YAvicula contorta a été 
trouvée en Lozère au-dessus des grès. 

Je ne saurais le nier. Le fait est pourtant des plus rares : 
il n'a été constaté qu'une fois par M. Dieulafait, loin de la 
région dont je m'occupe. 

Mais d'ailleurs il faut éviter un excès qui serait de consi- 
dérer les zones paléontologiques comme des plans sans 
épaisseur ; laissons cette fiction à la géométrie. Je m'ex- 
plique : si l'on trouve YAvicula contorta au-dessus d'un 
ensemble quelque peu puissant de grès, de cargneules, 
d'argiles bariolées et gypsifères, que l'on range ces couches 
dans le trias, je le comprends. Mais lorsque, entre l'assise 
où se montre le rare fossile et la base des terrains secon- 
daires il n'y a que quelques mètres à peine, quelques 
centimètres parfois de grès et de calcaires variables, dont 
le dépôt n'a dû exiger qu'un temps relativement assez court, 
comment voir dans ces strates un trias en miniature ? 

Comment arriver à les assimiler aux grès observés dans 
d'autres départements où la formation triasique est bien 
développée? Sur quelles données fonder ce parallèle, sinon 
sur une vague ressemblance dans l'aspect, la composition? 
Caractères de mince valeur dans une contrée où, par 
exemple, le lias moyen ici marne bleue (Marvéjols), est 
plus loin grès brunâtre (le Bleymard)\ et où dès lors, 



— 25 - 

comme le dit fort bien M. Hébert, il ne faut guère faire de 
cas des données minéralogiques î 

Je ne pousserai pas plus loin celte discussion déjà trop 
longue. Pour me résumer en un mot, je dirai qu'à mon 
avis les grès infraliasiques de la région de Marvéjols méri- 
tent cette dénomination. 

J'ai provisoirement limité l'infralias dans le haut à la 
disparition des marnes versicolores, et à l'apparition des 
gros bancs de calcaire compacte qui forment falaise au 
sommet des coteaux. On verra dans les pages qui vont 
suivre combien cette démarcation établie en l'absence de 
toute donnée paléontologique est hasardée, et quels doutes 
il me reste à cet égard. 

Limité comme je viens de le dire, l'infralias atteint de 
100 à 425 m . 



il 



Lias inférieur. 

On a discuté et l'on discute encore sur les limites à assi- 
gner à l'infralias. Mais à propos du lias inférieur, il va 
s'agir d'une question bien autrement capitale : l'existence 
même de cet étage a été contestée. 

Gela n'a rien qui doive nous étonner; car, on va le voir, 
le pour et le contre ne sont insoutenables ni l'un ni l'autre 
sur cet obscur chapitre de la géologie Lozérienne. 

Si les caractères minéralogiques suffisaient pour séparer 
deux étages, le doute ne serait pas permis. Décrivons en 
effet brièvement les couches qui surmontent les calcaires 
blancs à tœniodon. 

Au-dessus, on voit les marnes disparaître brusquement ; 
les calcaires perdent leur élément marneux et rembrunis- 
sent assez fortement. On a alors quelques mètres d'une roche 
compacte, gris-noisette, dendritifère. 



— 26 — 

Plus haut, ce sont des bancs épais d'un calcaire gris de 
fer, rugueux et jaunissant à l'extérieur ; les fossiles s'y déta- 
chent en brun rouille sur le fond de la roche, ou font saillie 
aux surfaces exposées à l'air. Çà et là de nombreux pointil- 
lements de rouille. 

Souvent aussi ces calcaires gris sont largement tachés de 
bleu foncé (1) (les Bories, Pailhers). La teinte bleue envahit 
même parfois toute la roche : elle est alors très dure, 
saccharoïde, à cassure conchoïde ou ridée ; les fentes des 
strates sont tapissées de cristaux calcaires (Pont de Grèzes). 

En s'élevant dans la série des couches, on voit l'élément 
spathique abonder de plus en plus. Laroche devient subla- 
mellaire, et présente aux surfaces vives de nombreuses 
facettes miroitantes ; la couleur varie du jaune brun au gris- 
rosé. Elle se divise en dalles rugueuses, sonores, fragiles, 
qui jonchent les petits plateaux (Rodemiole, Truc des Aspics). 

Parfois les calcaires prennent une texture confusément 
concrétionnée (les Bories), ou deviennent même franche- 
ment ooli iniques (Lachamp). 

Au-dessus des couches décrites jusqu'ici, les bancs 
perdent peu à peu leurs caractères distinctifs : rugueux, 
sublamellaires et jaunâtres d'abord, ils gagnent de plus en 
plus en finesse; leur aspect ternit par l'apparition de l'élé- 
ment marneux, leur teinte devient bleutée. Ils passent enfin 
tout-à-fait aux calcaires du lias moyen. 

Dans les assises dont je viens de donner un aperçu, le 
silex hornstein abonde : il s'y montre en blocs lenticulai- 
res (2) d'un blanc sale, jaunes ou rouges. On y trouve 
aussi de petites géodes de quartz hyalin et des concrétions 
de chalcédoine. Des rognons de limonite et des lignites s'y 
rencontrent assez fréquemment. 

(1) La roche était sans doute d'abord entièrement bleue, et c'est une 
décoloration allant de la surface au centre qui n'a laissé que des taches 
de cette couleur. 

(2) Au-dessus de Valadou, au N. E. de Marvéjols, l'érosion a fait 
disparaître les parties calcaires de l'étage, et d'énormes blocs de silex 
jonchant le sol témoignent seuls de son existence passée. 



— 27 - 

Eliminant donc tout ce qui n'est que faciès local ou 
accident, je puis dire : 

Entre les calcaires blancs de l'infralias et la zone à 
Amm. fimbriatus du lias moyen, on trouve aux environs de 
Marvéjols 30 à 40 m de calcaires durs, compactes, saccha- 
roïdes ou sublamellaires, à teintes sombres et renfermant 
de nombreux amas de silex et de limonite. Ces calcaires 
en bancs bien réglés se succèdent sans interposition de 
marnes. 

Voilà certes un ensemble de couches bien caractérisé. On 
les distingue à première vue de celles qu'elles dominent 
comme de celles qui les surmontent : les carriers du pays 
eux-mêmes ne s'y trompent pas. 

En l'absence de données paléontologiques, il n'y aurait 
rien que de très naturel à considérer ces calcaires comme 
appartenant au lias inférieur. 

N'y retrouve-t-on pas en effet les calcaires durs, subla- 
mellaires qui, dans le bassin du Rhône, renferment YAmm. 
oxynotus et YAmm. Bucklandi (1) ? 

N'y voit-on pas aussi les analogues de ces calcaires 
compactes, sonores, rugueux, avec silex et petits fossiles 
jaune- rouille sur fond gris, que M. Magnan décrit dans le 
lias inférieur du S. 0. du plateau central (2)? 

Mais si l'on aborde la question au point de vue paléonto- 
logique, elle devient douteuse ; et l'opinion de MM. Jaubert 
et Dieulafait, qui seraient portés à voir dans les falaises 
calcaires la zone à Amm. angulatus, peut invoquer des 
arguments, sinon décisifs, du moins très-spécieux. 

La faune de l'étage est assez riche à certains niveaux, 
mais il est rare que les fossiles soient déterminables. 



(1) Dumortier, Etudes paléontologiques sur les dépôts jurassiques du 
bassin du Rhône, 2 e partie, Lias inférieur (1867), p. 5-95. 

(2) H. Magnan, Etude sur les formations secondaires des bords S. 0. 
du plateau central. — Bulletin de la Soc. d'hist. naturelle de Toulouse, 
3e année (4 869), p. 65. 



- 28 — 

Sur les calcaires gris de fer se détachent en brun des 
coupes de gastéropodes turriculés de taille moyenne, et de 
bivalves. 

Plus haut, apparaissent en abondance les pentacrines 
(P. scalaris ?), et avec eux des fragments de coque et de 
baguettes d'oursins. 

Dans les calcaires sublamellaires (Bori del Biau) se 
retrouve ce remarquable horizon de polypiers signalé au 
Bergougnon par M. Jaubert (1), et que M. Dieulafait (2) 
dit avoir reconnu dans tout le Languedoc. 

Mais ici les zoophytes ne sont pas accompagnés de ces 
petits gastéropodes si nombreux au Bergougnon, et dont 
la présence a porté M. Jaubert à ranger ces couches dans 
la zone à Amm. angulatus. En revanche, on trouve avec 
eux de petits tubes régulièrement criblés de trous et qui 
pourraient bien être des foraminifères monostègues. 

Quant aux polypiers, ce sont des Eunomia indétermina- 
bles, et surtout des Cyathocœnia globosa (Duncan) (3), espèce 
recueillie jusqu'ici dans la zone à Amm. Bucklandi. 

A la surface des calcaires , l'on voit aussi souvent en 
relief de petites ramifications spathiques qui rappellent 
singulièrement certaines tigelles de Neuropora, et des 
valves d'huîtres peu distinctes qui pourraient être YOstrea 
iircgularis. 

Enfin, dans les calcaires pisolithiques de Lachamp j'ai 
trouvé le Pecten Hehli (d'Orb.), accompagné de pentacrines 
et des petits foraminifères dont j'ai parlé plus haut ; sur un 
autre point (Truc des Aspics), dans un bloc de silex, j'ai 
détaché une Spiriferina Walcotii (Sow. sp.). 

Groupant et comparant ces diverses données paléontolo- 
giques, j'en arrive à cette conclusion : aucun des fossiles 

(1) Bulletin, loc. cit., p. 258. 
(i) Bulletin, loc. cit., p. 438. 

(3) La détermination de ce fossile est une de celles que je dois à 
M. Dumortier. 



_ 29 — 

trouvés par moi ne caractérise suffisamment le lias inférieur 
ou l'infralias. 

Le Pecten Hehli se rencontre en effet dans ces deux 
étages ; il en est de même des Neuropora. Les oursins, 
les pentacrines, les foraminifères n'ont qu'une très vague 
signification. 

Restent les polypiers : on sait qu'ils abondent générale- 
ment dans la zone à Amm. angulatas; mais, d'autre part, 
la seule espèce déterminée a été trouvée ailleurs avec 
Y Amm. Bucklandi. 

La Spiriferina Walcotii est rare, YOstrea irregularis dou- 
teuse dans les couches que j'ai décrites. 

Ainsi, incertitude au point de vue paléontologique. 

Si maintenant j'étudie la faune des strates supérieures, de 
celles qui supportent directement le lias moyen à bélemnites, 
la même difficulté va surgir. 

Aux environs de Marvéjols, on n'y trouve aucun fossile 
autre que la Spiriferina Walcotii, la Rhynchonella variabilis 
et ces valves rapportées avec doute à YOstrea irregularis 

Mais auprès de Mende, si les caractères minéralogiques 
de l'étage sont moins accusés, en revanche la faune est plus 
riche. 

Je l'ai surtout étudiée dans la Valdonez, sur la lisière du 
bois de Blachères. 

On trouve là d'abord le calcaire à gryphées pétri d'Ostrea 
obliqua (Goldf.); dans le haut de ce calcaire se montrent 
quelques rares Ostrea cymbium (Lam.), et même YOstrea 
gigantea (Sow.) 

Est-ce là le commencement du lias moyen? 

On serait tenté de le croire. Mais au-dessus viennent ces 
couches, nommées par M. Kœchlin zone de transition^). 
La roche a déjà un aspect liasien, bien que sa texture soit 
encore quelque peu saccharoïde: on y trouve avec de 

(4) Kœchlin, loc. cit., p. f-13. 



— 30 - 

grands mytili et le Pecten disciformis (Schubl.) deux ammo- 
nonites de la zone à Amm. oxynotus du bassin du Rhône : 
Y Ammonites viticola (Dumort.) et Y Ammonites Edmundi 
(Dumort.) 

Quelle est la signification de ces fossiles? 

Tous, à l'exception de YOstrea cymbium et des Ammoni- 
tes, appartiennent à des epèces neutres que l'on peut aussi 
bien rattacher au lias moyen qu'au lias inférieur. 

C'est ainsi que YOstrea obliqua (Goldf. sp.) se trouve tout 
aussi abondante dans le bassin du Rhône, vers le haut de la 
zone à Amm. oxynotus, qu'à la base de la zone à Belemnites 
clavatus. (\) 

A plus forte raison en dirai-je autant du Pecten disci- 
formis, de la Lima punctata, de la Rhynchonella variabi- 
lis, etc. 

Que reste-t-il donc? L'Ostrea cymbium; mais on ne le 
trouve qu'en petit nombre, vers la partie supérieure des 
couches, et cependant au-dessous de deux ammonites que 
l'on a regardées jusqu'ici comme spéciales au lias inférieur. 

De cette discussion il ressort que, si l'ensemble des 
strates que je viens de décrire est fort bien caractérisé au 
point de vue lithologique, on ne peut au contraire, lors- 
qu'on examine sa faune, prendre un parti tranché au sujet 
de son âge géologique. 

Faut-il, comme le voudrait M. Dieulafait (2), diviser 
cet ensemble et le réunir partie au lias moyen, partie à 
l'infralias? 

Ou bien doit-on y voir aussi un lias inférieur, confus, 
atrophié sans doute, mais néanmoins réel? 

Je répondrai simplement : « Je ne sais. » 

J'avoue pourtant qu'il me répugne d'admettre la dispari- 
tion totale du lias inférieur entre un lias moyen complet et 

(1) Dumorlier, Etudes palémtologiques sur les dépôts jurassiques du 
bassin du Rhône, 3 e partie : Lias moyen, p. 142. 

(2) Dieulafait, loc. cit., p. 439. 



- 31 - 

un infralias énorme de puissance : hiatus gigantesque 
qu'aucune discordance ne viendrait révéler. 

Le même scrupule a tourmenté M. Jaubert et M. Reynès. 

Le premier (1) voit le lias inférieur dans un calcaire brun, 
stérile, géodique et veiné de barytine qui se développe 
auprès de Villelort, au-dessous du lias moyen. Mais, à 
l'appui de son opinion, il n'apporte guère d'autre argument 
que celui de la place occupée par cette formation. 

Dans l'Aveyron (2), M. Reynès remarque que la partie 
supérieure de l'infralias affecte une teinte bleuâtre : il y a 
trouvé la Spiriferina Walcotii et le Plagiostoma giganteum ; 
il croit dès lors pouvoir rapporter ces couches au lias infé- 
rieur. Mais ce sont là, il faut le reconnaître, des caractères 
bien peu signiGcatifs. 

Quant à moi, je crois devoir accompagner d'un point de 
doute très accentué la dénomination que j'impose à cet 
étage, et sans croire à l'absence complète du lias inférieur, 
je puis dire qu'en tout cas il ne joue qu'un assez mince 
rôle dans la Lozère. 

M. Dieulafait regarde la disparition du lias inférieur 
comme un caractère propre aux terrains jurassiques de 
l'Aveyron, la Lozère et l'Hérault. 

Parmi les arguments qu'il met en avant, il en est un dont 
je dois dire un mot en terminant. 

Si l'on mesure, dit-il, dans le Languedoc l'épaisseur des 
couches qui séparent la zone à Amm. planorbis de la zone à 
Amm. fimbriatus, on arrive au résultat suivant : dans les 
régions où le lias inférieur existe sans nul doute, l'épais- 
seur est plus considérable que dans celles où sa présence 
est contestée. 

Mais, d'autre part, si l'on retranche des coupes le cal- 
caire à gryphées, là où le lias est complet, les proportions 
sont renversées, la différence se produit en sens inverse. 

(4) Jaubert, loc. cit., p. 230-260. 
(2) Reynès, loc. ciU, p. 43. 



— 32 — 

J'avoue que je ne saisis pas la valeur de cet argument : 
le second résultat me semble ôter toute importance au pre- 
mier, et prouver au contraire que, puisque en négligeant 
le lias inférieur dans la première région on arrive à renverser 
les proportions, c'est que ce terme du lias existe aussi, 
quoique atrophié, dans la seconde région. 

En somme, c'est là un genre de preuves à double face, 
que l'on peut employer pour soutenir les deux opinions 
opposées. 

Aux environs de Marvéjols, la puissance des couches 
que je viens de décrire peut arriver jusqu'à 35 et40 m . 



ni 



LIAS MOYEN. 

Du seul étage dont l'existence soit problématique dans 
la Lozère, je passe à celui qui y est peut-être le mieux 
connu. 

Je pourrai désormais établir dans les couches des subdi- 
visions nettement délimitées, et plusieurs fois j'aurai l'oc- 
casion de reconnaître ce que j'appellerai des niveaux 
classiques. 

Gomme à Mende, comme dans l'Aveyron, comme dans 
le bassin du Rhône (1), le lias moyen est, auprès de Marvé- 
jols, essentiellement calcaréo-marneux. 

Il n'en est pas de même dans la région de Villefort où 
cet étage est représenté par des calcaires roux et des grès 
souvent assez grossiers (2) : c'est là un fait assez anormal 
et qui ne contribue pas peu à donner à l'Est de la Lozère 
une physionomie géologique particulière. 

(\) V. Kœchlin, Reynès, etc., loc. cit. V. Dumortier : Lias moyen, 
p. 348. 
(2) Jaubert, Bulletin, loc. cit., p. 240, 243, 260. 



— 33 - 

Avec Kœchlin, avec M. Reynès, je subdiviserai le lias 
moyen en deux grandes zones, séparées par leurs caractè- 
res minéralogiques aussi bien que par la paléontologie. 



Zone de l' Ammonites fimbriatus. 



Je ne recommencerai point ici les discussions sur les 
limites à assigner au lias moyen. Laissant de côté toutes les 
couches douteuses, je ferai commencer la zone à partir de 
celles dont l'âge est bien certain. 

Ce sont d'abord des strates épaisses d'un calcaire bleu- 
gris, déjà marneux et assez attaquable par les agents 
atmosphériques, mais cependant fort dur (1). Les fossiles 
y sont rares : Pholadomyes, parmi lesquelles la Pholadomya 
Hausmanni (Goldl), Lima punctata (Sow.), etc. VAmm. 
fimbriatus ne se montre avec abondance que plus haut , 
mais on trouve à ce niveau inférieur des fragments d'une 
grosse ammonite, voisine deYAmm. quadrarmalus (Dumort). 
Le Belemnites niger commence à apparaître. 

Bientôt, en s'élevant, l'on rencontre des marnes : d'abord 
alternant en minces lits avec les calcaires, elles gagnent 
peu à peu en importance; enfin, à 10 ou 45 m de la base, 
elles régnent à peu près seules et l'on entre dans la zone 
supérieure. 

Au reste, entre les marnes et les calcaires, les transi- 
tions sont peu sensibles ; en s'effritant, les calcaires don- 
nent de vraies marnes, où l'on voit encore enclavés des 
fragments de roche non altérés. 



(1 ) Ce calcaire, appelé blaou dans le pays, est employé comme pierre 
à bâtir ; mais il est loin de valoir les calcaires inférieurs ou ceux de 
l'oolithe. 

3 



— 34- - 

Les fossiles se trouvent aussi bien dans les marnes que 
dans les calcaires. Ils sont à l'état de moules assez mal 
conservés et de grande dimension. 

Voici la liste des plus répandus : 



Belemnites niger (List,). 
Ammonites fimbriatus (Sow.). 

— hy bridm (d'Orb . ' . 

— capricornus 

(Schloth.). 

— Henleyi (var. Bech-zi) 

(Sow.). 

— Normanianus 

( d'Orb. ). 



Pecten disciformis (Schiibl.). 
— textorius (Schloth.). 
Lima gigantea (Sow.). 

— punctata (Sow.). 

— succincta (Schloth). 
Pholadomya Hausmanni 

(Goldf.). 
Fragments d'oursins.. . < . 



Remarquable par la taille de ses céphalopodes, cette 
zone ne l'est pas moins par la constance de ses caractères. 
On la retrouve identique à Mende et dans l'Aveyron. On 
peut la suivre toujours reconnaissable dans le Gard, le 
bassin du Rhône, le S. 0. du plateau central, la Bourgogne 
et en bien d'autres régions. 



B 



Zone de l'Ammonites margaritatus. 



Ici les marnes prédominent entièrement : elles sont d'un 
gris bleuâtre, assez pyriteuses, friables et feuilletées. 

Les calcaires n'apparaissent que sous la forme de gros 
blocs sphéroïdaux très aplatis, disposés à de grands inter- 
valles en cordons parallèles à la stratification. La roche est 
bleue, toujours assez fortement imprégnée de pyrite, et 
jaunit à l'air. 



- 35 - 

La faune de cette subdivision du lias moyen est riche et 
bien connue. En voici le tableau : 



Vertèbres d'ichthyosaurus. 

Serpula. 

Belemnites niger (List.)- 

— Fournelianus (d'Orb.) 

— clavatus (Blainv.). 
Ammonites margaritatus 

(Montf.). 

— spinatus (Brug.). 

— A Igovianus (Oppel . ) . 

— Nilssoni (Hébert). 

— Mimatensis (d'Orb .) . 

— subarmatus (Y oung). 

— Ragazzoniil (Hauer) 
Pleurotomaria Anglica (Defr.), 

— expansa (Sow. sp.). 
Pecten œquivalvis (Sow.). 

— textorius (Schloth.). 
Plicatula spinosa (Sow). 
Leda palmœ (Sow. sp.). 
Pholadomya Zieteni (Ziet. sp.). 



Pleuromya unioïdes (Goldf.). 

— Galathœa (Agass.). 
Terebratula Jauberti (Deslongch) 

— punctata (Davids). 

— subnumismalis 

(Davids). 
Spiriferina Hartmanni (Ziet. sp.) 

— pinguis (Ziet. sp.). 
Rhynchonella liasica (Reynès). 

— variabilis 

(Schlot. sp.) 

— acuta (Sow). 
Pentacrinus basaltiformis 

(Schlot.). 

— tuberculatus (Mill.) 

— fasciculosus (Schl.). 
Millericrinus 

Cidaris (fragments). 
Enaulofungia Papareli 

(de From.). 



Ces fossiles sont, les uns à l'état spathique (Belemnites), 
les autres pyritisés (Ammonites). 

M. Reynès (1) reconnaît dans la zone à Amm. margari- 
tatus de l'Aveyron trois niveaux qui sont ceux de : 



\] Ammonites spinatus. 
L Ammonites margaritatus. 
L Ammonites Ragazzonii, 

Je n'ai trouvé ce dernier que rarement : encore les 
échantillons étaient-ils bien peu sûrs. Il me serait donc 
difficile de dire quel niveau il occupe dans la Lozère. 



(1) Reynès, loc. cit., p. 53. 



- 36 - 

La base de la zone à Amm. margarilatus est plutôt 
caractérisée aux environs de Marvéjols par la présence du 
Belemnites clavatus, et l'abondance des Brachiopodes ; les 
Ammonites n'y sont pas communes. 

Plus haut vient le niveau proprement dit de YAmm. 
margaritatus. 

Enfin, au sommet de la zone, YAmm. spinatus se montre 
accompagné de deux bivalves spéciaux : les Pleuromya 
unioïdes et Galalhœa. 

Je redirai, à propos de l'horizon de YAmm. spinatus , 
ce que j'ai dit pour celui de YAmm. fimbrialus. 

Son étendue géographique est encore plus vaste. 

Ce n'est pas seulement dans le Midi ou dans le bassin du 
Rhône qu'on le peut suivre : on le retrouve jusqu'en Nor- 
mandie, et même au-delà des Alpes, en Allemagne. 

Quant à YAmm. margarilatus, il se rencontre partout, 
mais à un niveau moins spécial: en certaines régions, il 
est associé aux Arhmon. ftmbriatus, capricornus, etc. Je l'ai 
recueilli, bien rarement, dans la zone inférieure. 

Les fossiles végétaux du lias moyen offrent peu d'intérêt. 
Ce sont de simples lignites ; ou encore des fragments de 
silex ou de calcaire pseudomorphiques, le tout générale- 
ment mal conservé. 

La puissance du lias moyen peut atteindre 55 m ; mais 
parfois aussi elle n'est pas même de 40 m . 



IV 



LIAS SUPERIEUR. 

Ici encore l'élément marneux domine, ou pour mieux 
dire, il règne à peu près seul. Mais dans cet étage la 
marne est éminemment schisteuse, surtout vers la base, 
et sa teinte générale est d'un bleu plus foncé que celui du 
lias moyen. 



- 37 - 

La faune est riche et très caractéristique : il n'y a, au 
point de vue paléontologique, aucune transition entre les 
deux étages supérieurs du lias. 

La remarque en a aussi été faite en Normandie par 
M. Eug. Deslongchamps (1), qui en a tiré argument pour 
ranger le toarcien de d'Orbigny dans les marnes infra- 
oolithiques , tandis qu'il laissait le liasien dans le lias 
proprement dit. 

Quoi qu'il en soit, je diviserai le lias supérieur en trois 
zones, dont rétablissement n'a rien d'artificiel ; chacune 
d'elles correspond à un niveau reconnu presque partout 
où se montre cet étage. 

Disons, avant d'entrer dans leur description, que le lias 
supérieur paraît manquer absolument dans la région du 
Bleymard : du moins des observateurs aussi savants que 
consciencieux n'ont-ils pu encore l'y retrouver (2). Cette 
absence est bien remarquable, et accentue encore les diffé- 
rences déjà signalées par nous entre le lias de l'est et celui 
de l'ouest de la Lozère. 



Zone de l'Ammonites serpentinus. 

Au-dessus des marnes à Ammon. spinaius, les rangées 
de blocs calcaires disparaissent complètement ; les marnes 
bleuissent et leur schistosité s'accuse très nettement. Elles 
enclavent à ce niveau des bancs d'un calcaire brunâtre, 
toujours très apparents et formant barre. Au-dessus, les 
schistes marneux se levant par grandes plaques régnent sur 
une hauteur de 8 à 15 m . 



(\) Eug. Deslongchamps, loc. cit., p. 68. 
(2) Jaubert, loc. cit., p. 235-264. 



- 38 — 

Sur leurs feuillets, ces schistes montrent des empreintes 
en nombre immense. On y reconnaît : 



Ammonites serpentinus 

(Reineck. sp.). 

— annulatus (Sow.). 

— communis (Sow.). 



Aptychus 

Inoceramus dubius (Sow.) 
Posidonomya Bronni (Voltz) , 



Dans toute la zone, les débris végétaux abondent, soit 
à l'état de lignite passant au jayet, soit à celui de moules 
calcaires. 

Les bancs calcaires de la base sont nettement délimités : 
la roche est brune, dure, fragile, spathique ; très fissile dans 
le sens de la stratification, elle se divise verticalement en 
plaques polygonales aux côtés d'une étonnante rectitude : 
phénomène dû à la présence de grandes et minces lames 
de spath blanchâtre, saccharin, suivant la direction des« 
quelles la roche se fragmente. 

Bion que ces calcaires tranchent vivement sur les schistes 
marneux qui les encaissent, ils finissent néanmoins par 
perdre leurs caractères après une longue exposition à l'air, 
et l'on trouve des couches à demi altérées qui établissent 
comme une transition. 

Dans les calcaires que je viens de décrire, on rencontre 
souvent des débris de poissons et parfois même des pois- 
sons entiers, assez bien conservés : ce sont de petits 
sauroïdes voisins des Leptolepis, dont le squelette, passé à 
l'état de spath enfumé, fait saillie à la surface des plaques 
calcaires. 

Cet horizon si remarquable de la base du lias supérieur 
se retrouve dans l'Est, en Bourgogne, en Normandie (1). 
Dans cette dernière contrée, il est formé d'argiles grises 
avec nodules calcaires, où se montrent de petits ganoïdes : 

(i) Deslongchamps, loc. cit., p. 77. 



- 39 — 

Leptolepis, Sauropsis, Lepidotus, etc.; puis, plus haut, 
YAmm. serpenlinus , avec de nombreux Aptychus , des 
Inocerames et des débris de bois. On le voit, la Ressem- 
blance est parfaite avec la zone de la Lozère. 

Inutile de dire que l'identité est tout aussi grande avec 
la base du lias supérieur Aveyronnais. Je m'étonne, pour- 
tant, de ce que M. Reynès n'a point trouvé de ganoïdes à 
ce niveau ('I ). 

A Mende, ces poissons ne sont pas rares, mais je com- 
prends qu'ils aient échappé à M. Kœchlin : n'occupant 
qu'un niveau restreint, ils sont difficiles à découvrir lors- 
qu'on parcourt rapidement la région (2). 

En somme, la zone à Amm. serpenlinus est encore un 
de ces points de repère que le géologue retrouve avec tant 
de joie à des distances parfois énormes. Elle est incontes- 
tablement parallèle au Posidonen-Schiefer des Allemands. 



B 



Zone de l' Ammonites biffons. 

Cette subdivision si connue du lias supérieur est toute 
marneuse. La pyrite s'y montre en abondance en petits 
rognons impurs : un grand nombre de fossiles en sont 
pénétrés. 

Le calcaire n'apparaît le plus souvent qu'en concrétions 
arrondies, aux formes bizarres, souvent géodiques à l'in- 
térieur ; parfois cependant on le voit aussi s'étendre en 
bancs très minces, dans un sens oblique à la stratification ; 



(1) Reynès, loc. cit., p. 64. 

(2) Notre ami M. l'abbé Boissonnade, de la Société Géologique de 
France, nous a le premier signalé cet intéressant horizon, ainsi que 
celui des polypiers du lias inférieur. 



— 40 — 

ces bancs sont couverts d'une multitude d'impressions régu- 
lières que l'on serait tenté d'attribuer , n'était leur unifor- 
mité et leur étendue, à des Zamia ou à des Columnaria. 

Ça et là sont épars de petits amas de gypse grisâtre, mi- 
translucide, en cristaux groupés et confus. 

Je donne la liste des fossiles de cette zone, où je par- 
viendrai sans doute plus tard à reconnaître plusieurs 
niveaux : 



Vertèbres dichthyosaurus. 
Écailles de ganoïdes rhombifères 

et cyclifères. 
Serpula. 
Belemnites tripartitus (Schloth.) 

— eœilis (d'Orb.). 

— irregularis (Schloth) 
Nautilus intermedius (Sow.). 
Ammonites bifrons (Brug.). 

— cornucopiœ (Young). 

— hircinus (Schloth.). 

— fa Ici fer (Sow.). 

— radians (Reinecksp.) 

— complanatus (Brug.) 

— disco'ides (Ziet.). 

— concavus (Sow.). 

— Mercati (Hauer). 

— insignis (Schùbl.). 



A mmonites varia bilis (d'Orb . ) . 

— sternalis (v. Buch.). 

— Calypso (d'Orb.). 

— torulosus (d'Orb.). 

— mucronatus (d'Orb.) . 

— acan thojms (d'Orb . ^ 

— ZttteZt'(Oppel.). 
NaticaPelops (d'Orb.). 

Pleurotomaria 

Pecten pumilus (Lam.). 
Inoceramus .... 

Mytilus 

Leda palmœ (Sow. sp.). 
Lucina plana (Ziet.). 
Rhynchonella liasica (Reyn .). 
Pentacrinus Jurensis (Quenst.). 

— basaltiformis (Mill.) 



Zone des marnes sans pyrite à tnrbo snbduplicatus. 



Vers le baut des marnes à Amm. bifrons , l'élément 
pyriteux tend de plus en plus à disparaître, et les fossiles 
a affecter l'état de moules calcaires. Enfin , la pyrite 
fait absolument défaut, et l'on arrive à une zone où se 
trouvent : 



41 



Nautilus intermedius (Sow.). 
Ammonites radiosus (Seebach). 
— primordialis (Schlot.) 
Purpurina Patrocles (d'Orb.). 
Cerithium armatum (Goldf.). 
Neritopsis. Philea (d'Orb.). 
Turbo subduplicatus (d'Orb.)- 
Eucyclus capitaneus (Munst. sp. 



Arca inœquivalvis (Goldf.). 
Nucula Hammeri (Defr.). 
Leda rostralis (Lam. sp.). 
Trigonia pulchella (Agass.). 
Astarte Voltzii (Hœning. sp.). 
Pentacrinus basaltiformis (Mill.) 
Thecocyathus mactra (EcLw. et 
Haym.). 



Les ammonites sont rares et en mauvais état; ce sont 
les Gastéropodes et les Lamellibranches qui dominent. 

Plusieurs de ces fossiles se montrent déjà dans la zone 
inférieure ; mais ce n'en est pas moins ici leur niveau 
propre : ceux que l'on rencontre avec YAmm. bifrons ont 
souvent roulé du haut des talus. 

Si je veux paralléliser cet horizon du lias supérieur, 
j'aurai à répéler l'énumération déjà faite à propos de la 
zone à Amm. serpentinus. M. Deslongchamps le regarde (1) 
comme un des plus constants et des plus précieux pour les 
stratigraphes. Au midi, à l'est, en Bourgogne, en Norman- 
die, partout enfin les gastéropodes et les acéphales dont 
j'ai donné la liste caractérisent, avec les Thecocyathus et 
les Ammonites voisines de la Primordialis, la partie supé- 
rieure du lias. 

Dans l'Aveyron, M. Reynès trouve, entre la zone de 
YAmm. bifrons et celle de YAmm. aalensis, une zone à 
Amm. Jurensis (2). Je n'ai pu encore recueillir ce fossile 
dans la Lozère, et je ne l'ai vu que bien rarement dans les 
collections locales. 

Au-dessus des marnes à turbo viennent de raides talus 
calcaréo- marneux : ils finissent par de vraies falaises d'un 
bleu jaunissant à l'air, criblées de petites géodes spathiques 
et contenant de minces lits de charbon. 

Les fucoïdes paraissent bientôt. A Mende, M. Kœchlin 

(1) Deslongchamps, ioc. cit., p. 84. 
[i) Reynès, loc. cîY./p. 67. 



- 42 - 

a trouve avec eux les fossiles de la zone à Amm. Murchi* 
sonœ (1). 

La même zone a été reconnue au Bleymard, au Mas-de- 
PAîr, aux Vans, par MM. Jaubert (2), Dieulafait (3) ; dans 
l'Aveyron, par M. Reynès (4). 

Les fucoïdes, ainsi que la fort bien remarqué M. Fabre(5), 
se trouvent à Mendeetà Marvéjols dans la partie moyenne 
de la zone à Amm. Murchisonœ, au-dessous de VOstrea 
subïobata (Desh.) ; c'est-à-dire qu'ils occupent le 2 e niveau 
de M. Dieulafait, et le vrai niveau des fucoïdes, d'après 
M. Dumortier. 

Aux Vans, au Mas-de-1'Air, les fucoïdes se développent 
au contraire au-dessus de la zone à Amm. Humphriesianus 
parfaitement caractérisée : on les trouve donc là au 3 e niveau , 
et non plus au 2 e comme dans l'ouest de la Lozère (6). 

Je n'insiste pas sur cette curieuse différence. 

Il n'est pas facile d'établir nettement les limites du lias et 
de l'oolithe : les fossiles sont rares et mal conservés aux 
abords du contact; plusieurs d'ailleurs sont communs aux 
deux étages. 

Dans l'Aveyron (7), M. Reynès indique, comme fossile 
se trouvant sur le plan de séparation, une petite Rhyn- 
chonelle qu'il nomme Ruthenensis et qui me semble identi- 
que avec Yepiliasina (Leym.). Mais cette espèce se montre 
dans la Lozère avec YOstrea subïobata, bien au-dessus des 
premiers fucoïdes. Il y a là une exception à la proposition 



(1) Kœchlin, loc. cit., p. 618 et suiv. 

(2) Jaubert, loc. cit., p. 235. 

(3) Dieulafait, loc. cit., p. 402. 

(4) Reynès, loc. cit., p. 80. 

(5) Fabre, Note sur la base de l'oolithe inférieure aux environs de 
Nancy, p. 355, 358. —Bull, de la Soc. géol., 2« sér., t. XXVI (1869), 
p. 353. 

(6) Jaubert, loc. cit., p. 263. 

(7) Reynès, loc. cit., p. 80. 



— 43 — 

avancée par M. Leymerie (1): que les deux fossiles en 
question caractérisent dans le Midi la partie supérieure du 
toarcien. 

Quoi qu'il en soit, la limite de cet étage devant être pla- 
cée entre les dernières marnes à turbo et les fucoïdes, on 
peut toujours être sûr de ne pas s'en écarter de beaucoup. 

A. d'Orbigny (2) signale, dans un de ses ouvrages, la 
puissance extrême du lias supérieur auprès de Marvéjols : 
à l'en croire, il y atteindrait 450 m . Ce chiffre est sans 
aucun doute exagéré, et l'étage ne m'a pas paru dépasser 
70 à 80 m . 



DERNIÈRES REMARQUES. 

Ce travail, je l'ai dit en commençant, est surtout des- 
criptif: poser quelques jalons utiles pour l'étude géologique 
d'une contrée encore peu connue, tel a été notre but. 

Ces jalons sont malheureusement bien espacés pour les 
deux étages inférieurs du lias : tout ou presque tout reste 
à faire à cet égard. Quant aux étages supérieurs, ils sont 
maintenant connus dans leur ensemble, et il ne reste plus 
qu'à y tracer nettement quelques subdivisions encore 
douteuses. 

D'une notice du genre de celle-ci, on ne saurait évidem- 
ment dégager d'importantes conclusions : le mieux est, à 
notre avis, de terminer par un tableau qui résume la des- 
cription des terrains. 

Je veux pourtant insister encore ici sur les deux faits que 
je signalais au début : ressemblance frappante entre le lias 
de l'Aveyron et celui de la région de Marvéjols ; différences 
sensibles au contraire entre cette région et celle de Villefort. 

(1) Leymerie, Éléments de minéralogie et géologie, 2 e partie (1866), 
p. 591. 

(2) D'Orbigny, Cours élémentaire de paléontologie et de géologie 
stratigraphiques (1854), t. II, p. 470. 



_ 44 - 

Il me paraît impossible d'expliquer une telle diversité 
dans des dépôts contemporains et situés à une distance 
relativement insignifiante, sans admettre la proximité du 
rivage de la mer jurassique. 

L'abondance des débris de végétaux terrestres dans le 
lias vient confirmer cette supposition. 



- 45 - 



Tableau du lias de la région de Barvêjols- 



Lias supérieur [Toarcien). 

Puissance : 65 à 80 mètres. 



Lithologie. 

Marnes d'un gris bleuâtre, friables, 
sans pyrite. Fossiles en moules 
calcaires, souvent à l'état spa- 
thique. 



Marnes bleu-gris feuilletées, pyri- 
teuses, avec nombreux rognons 
calcaires et petits amas de gypse 
translucide. 



Fossiles. 

Nautilus intermedius (Sow.). Am - 
monites radiosus (Seebach). A. 
primordialis (Schloth). Purpu- 
rina Patrocles (d'Orb.). Ceri- 
thium armatum (Goldf.). Ne- 
ritopsis Philea (d'Orb.). Turbo 
subduplicatus (d'Orb.). Eucyclus 
capitaneus (Mùnst. sp.). Arca 
inœquivalvis (Goldf.). Nucuîa 
Hammeri (Defr.). Leda rostralis 
(Lam. sp.). Trigonia puîchella 
(Agass.). Astarte Voltzii (Hœ- 
ning. sp.). Pentacrinus basal- 
tiformis (Mill ) . Thecocyathus 
mactra (Edw. et Haym.). 

Vertèbres d'ichthyosaurus. Écailles 
de ganoïdes. Serpula. Belemnites 
tripartitus (Schloth.). B. exilis 
(d'Orb.). B. irregularis (Schl.). 
Nautilus intermedius (Sow.). 
Ammonites bifrons (Brug.). A. 
cornucopiœ (Young.). A. hir- 
cinus (Schl.). A. falci fer (Sow.). 
A. radians (Reineck sp.). A. 
complanatus (Brug.) A. discoïdes 
(Ziet.). A. concavus (Sow.). A. 
Mercati (Hauer). A. insignis 
(Schubl .). A. variabilis (d'Orb . ) . 
A. sternalis (V. Buch ). A. Ca- 
iypso (d'Orb.). A. heterophyllus 
(Sow.). A. torulosus (d'Orb.). A. 
mucronatus (d'Orb.). A. Raqui- 
nianus (d'Orb.). A. acanthopsis 
(d'Orb.). A. Zitteli (Oppel.). 



Schistes marneux se divisant en 
plaques minces, bleus ou grisâ- 
tres avec lits de calcaire dur, 
brunâtre ; fossiles à l'état d'em- 
preintes. 



Natica Pelops (d'Orb.) Pleuroto- 
maria.. Pecten pumilus (Lam.) 
Inoceramus . . . Mytilus... Leda 
pa/mœ (Sow. sp ). Lucina plana 
(Ziet.) Rhynchonella liasica 
(Reyn.) Pentacrinus jurensis 
(Quenst.)P. basaltiformis (Mill.) 



Poissons sauroïdes (leptolepis?)... 
Aptychus... Ammonites serpen- 
tinus (Reineck. sp.). A. annu- 
latus (Sow.). Posidonomya 
Bronni (Voltz.). Inoceramus 
dubius (Sow.). Lignites. 



Lias moyen (Liasien). 

Puissance : 40 à 50 mètres. 



Marnes gris bleuâtre, pyriteuses 
avec quelques bancs de calcaire 
bleu en rognons sphéroïdaux. 



1er Niveau. 

Ammonites spinatus (Brug.). Pleu- 
romya unidides (Goldf . ) . Pleu- 
romya Galathœa (Agass.). 
(Fossiles spéciaux à ce niveau). 



2e Niveau. 

Vertèbres iïichthyosaurus. Ser- 
pula. Belemnites niger (List.) B. 
Fournelianus (d'Orb.). Ammo- 
nites margaritatus (Montf.l. A. 
Algovianus (Oppel.) A. Nilssoni 
(Hébert) A. Mimatensis (d'Orb.) 
A. subarmatus (Young). A. Ra* 
gazzonii (Hauer) (?) Pleuroto- 
maria Anglica (Defr.). PL ex- 
pansa (Sow, sp.). Pecten œqui- 
valvis (Sow.). Plicatula spinosa 
(Sow.). Leda palmœ (Sow. sp.) 
Pholadomya Zieteni (Ziet. sp.). 
Rhynchonella variabilis (Schlot. 
sp.) R. liasica (Reynès). Penta- 
crinus basaltiformis (Schl.). P. 
tuberculatus (Mill.). P. fascicu- 

losus (Schl.). Millericrinus 

Enaulofungia Papareli (From.) 



— 47 



Calcaires bleus, marneux, durs ; 
alternant dans le haut avec des 
lits de marne bleue sans pyrite . 
Fossiles de grande taille à l'étal 
de moules calcaires. 



3 e Niveau. 

Belemnites clavatus (Blainv.) Pec- 
ten textorius (Schl.) Terebratula 
Jauberti (Deslongch.). T. punc- 
tata (Davids.). T. subnumis ■ 
malis (Davids.) SpiriferinaHart- 
manni (Ziet. sp.). Sp. pinguis 
(Ziet. sp.). Rhynchonella acuta 
(Sow.). R. variabilis (Schl. sp.) 

Cidaridés 

(Fossiles les plus abondants à 
ce niveau.) 



Belemnites niger (List.). Nauti- 
lus striatus (Sow.). Ammonites 
fimbriatus (Sow.). A. Bechei 
(Sow.). A. hybridus (d'Orb.). 
A. Normanianus (d'Orb.). A. ca- 
pricornus (Schl.). Pecten disci- 
formis (Schûbl.). Lima gigantea 
(Sow.). L, punctata (Sow.). L. 
succincta (Schloth. sp.). Phola- 
domya Hausmanni (Goldf.). 



Lias inférieur? {Sinémurien supérieur.) 

Puissance : 30 à 40 mètres. 



Calcaires durs, jaunâtres ou rosés 
avec grains de quartz, bleuâtres 
dans le haut, se divisant en 
dalles ; calcaires sublamellaires. 
— Rognons de silex. 

Calcaires durs> gris de fer taché 
de rouille, jaunissant à la sur- 
face, compactes, à cassure ridée. 

Calcaires bleus ou tachés de bleu, 
durs, sonores, saccharins, avec 
rognons de silex et de limonite. 

Calcaires à texture concrétionnée, 
blancs ou rosés. 

Calcaires compactes dendritifères, 
gris-noisette. 



Ostrea irreguiaris (Miinst.). 0. gi- 
gantea (Sow. sp.) ? Pecten dis- 
ciformis (Schûbl.). P. textorius 
(Schl.). Spiri ferma Walcotii 
(Sow. sp.) Rhynchonella varia- 
bilis (Schl.). Pentacrinus sca- 

laris (Goldf.)? Cidaridés 

Eunomia Cyathocœnia glo- 

bosa (Duncan . ) . Foraminifères. 



Pecten Hehli (d'Orb.). 
Petits gastéropodes,— pentacrines, 
— foraminifères. 



— 48 — 



Infralias (Sinémurien inférieur. 



Puissance : 100 à 425 mètres. 



Calcaire jaune, sableux, friable. 

Calcaires marneux ou dolomiti- 
ques d'un blanc grisâtre ou jau- 
nâtre, en bancs assez minces, 
souvent feuilletés ; alternant 
avec des marnes panachées. 



Calcaires bruns ou ocreux parfois 
fissiles et rubannés ; souvent se 
débitant en petits fragments 
anguleux, polyédriques. Ils al- 
ternent avec des marnes bigar- 
rées de consistance variable. 



Marnes grises, micacées, charbon- 
neuses ; calcaires gris marneux 
et dolomitiques ; calcaires gré- 
seux jaunâtres, carbonifères ; 
grès siliceux rouges, jaunes, 
violacés, noirâtres, charbon- 
neux, arkosiques et souvent cal- 
carifères, à éléments variables 
de volume ; conglomérats quart- 
zenx. 



M y Mus ou Gervillia. 

Schizodus Tœn iodon . 

Petits gastéropodes. 



Natica Rhœtica (Gùmbel). Lit- 
torina clathrata (Desh). Ger- 
villia prœcursor (Quenst.). My- 
tilus minutus (Goldf.). M. mi- 
nimus iSow.). M. Ervensis 
(Stoppani). Cypricardia porrecta 
(Dumort.). Corbula Ludovicœ 
(Terq.). Turritella 



Micaschistes rougeâtres ou d'un blanc cerdâtre. 



— 49 - 

APPENDICE. 

DESCRIPTION D'UNE ESPÈCE NOUVELLE DE SPONGIAIRE I 

l 1 Enaulofungia Papareli (From.). 

Notre collègue, M. Paparel, percepteur à Mende, m'ayant 
envoyé de curieux spongiaires du lias de la Lozère, je les 
ai mis sous les yeux de M. le docteur de Fromentel, 
savant bien connu par ses belles études sur les zoophytes 
et les amorphozoaires. 

Sur ma demande, il a bien voulu décrire et nommer 
l'espèce nouvelle découverte par M. Paparel. Je transcris 
ici la description rédigée par M. de Fromentel, tout heureux 
de pouvoir, à la suite de mon humble Notice, placer quel- 
ques lignes signées d'un nom aussi honoré dans lascience: 

Genre : Enaulofungia. Ex Fromentel : Introduction à 
l'Étude des spongiaires fossiles, p. 48 (1859). 

Enaulofungia Papareli (de Fromentel) 

(Nov. sp.). 

Spongier petit, globuleux, présentant à sa base une forte 
épilhèque plissée. Partie supérieure subconique, impres- 
sionnée par des sillons assez profonds et ramifiés. Les sil- 
lons principaux sont plus larges et plus profonds que les 
sillons qui en dérivent. Le parenchyme est très serré, à 
tissu uniforme et présentant des pores très fins et réguliers. 

Hauteur du spongier, — 8 millim. 

Largeur à la base, — 10 millim. 

La forme générale de cette espèce, son plateau aplati, son 
sommet subconique et la finesse de son parenchyme l'éloi- 
gnent de toutes les Enaulofungia connues jusqu'à ce jour. 

Localité. —Trouvée entre Cultures et Rocherousse (Lozère), 
par M. Paparel. 

Etage. — Dans les marnes à Amm. margaritatus du lias 
moyen. 



— 50 - 

CATALOGUE 

DES 

INSECTES COLÉOPTÈRES 

DU LANGUEDOC 



ESPÈCES OBSERVÉES DANS QUELQUES RÉGIONS DE CETTE PROVINCE, 
NOTAMMENT A TOULOUSE, BÉZIERS, CETTE, ETC. 

Par M. MARQUET, membre fondateur. 
2 m e partie. 



DYTISCIDjE. 

HALIPLI. 

Cnemidotus , Tlliger. 

csesus, Duft Toulouse , Béziers , commun dans les ruisseaux et 

les mares, 
rotundatus, Aube. . . • idem. idem, avec ce dernier; aussi commun. 

Haiipius, Latreille. 

obliquus , Fabr Toulouse, assez commun dans les eaux stagnantes. 

badins, Aube ) Toulouse, Béziers, ruisseaux, mares; plus com- 

mucronatus. Steph. . . J mun. 

variegatus, Sturm. . . . idem. idem. idem. 

fulvus , Fabr Toulouse, dans les fossés de la prairie du Calvaire; 

commun. 

flavicollis, Sturm Languedoc, ruisseaux, mares; commun. 

ruficollis, de Géer. . . . Toulouse , très-commun dans les mares. 
Hneatocollis. Marsh. . . Languedoc, dans les ruisseaux, les eaux dormantes. 



— 51 — 

Brychius , Thomson. 

elevatus, Panz Toulouse, sous les pierres, dans les eaux courantes; 

pas commun. 

PELOBII. . 

Pelobius ? Schonherr. 

Hermanni, Fabr Languedoc, dans les mares vaseuses ; il est parfois 

très-commun. 

HYDROPORI. 

Hyphidirus , Illiger. 

ovatus, Linné Béziers, assez commun dans les mares vaseuses. 

variegatus, Aube Languedoc, très-commun ; dans les mêmes condi- 
tions que ce dernier. 

Oxynoptilus, Kiesenw. 

cuspidatus, Kanze. . . . Béziers (M. Grandin de Lepr évier). Je n'ai jamais 
trouvé cette espèce, et je la signale avec doute. 

Hydroporus , Clairv. 

inœqualis , Fabr Béziers, Toulouse, dans les ruisseaux ; commun. 

confluens, Fabr Béziers, Toulouse, dans les flaques d'eau; pas 

commun. 

parallelogrammus,. . . . Environs de Montpellier, selon M. Fairmaire. 
Ahrens. 

bicarinatus, Clairv. . . . Languedoc, surtout dans les eaux saumâtres des 
étangs. 

minutissimus, Germ. . . Béziers, parmi les graviers de l'Orb. Pas com- 
mun. 

geminus , Fabr Languedoc, commun dans les ruisseaux et les 

mares. 

unistriatus, Schrank. . . Toulouse , Béziers, commun dans les eaux bour- 
beuses. 

pumilus, Aube Béziers, assez commun dans les eaux saumâtres. 

pictus, Fabr Béziers, dans les mares 5 fort rare. 

flavipes , Oliv Toulouse, très-commun dans les mares vaseuses. 



— 52 — 

granularis, Linné Toulouse, fort rare dans les trous des ruisseaux, 

eu été. 

varius , Aube Béziers, mares et ruisseaux. 

lepidus , Oliv Béziers, très-commun dans les ruisseaux ; on trouve 

ensemble le type et la variété pâle, 
meridionalis , Aube.. . . Montpellier (Jacquelin Duval ). Je l'ai prise dans 

. l'étang de Vendres. 

opatrinus, Germ Béziers, Gabian, en été dans les trous des ruisseaux 

où l'eau séjourne, 
vestitus, Fairm avec ce dernier ; ces deux espèces sont parfois 

très-communes, 
duodecimpustulatus. . . . Languedoc , commun dans les ruisseaux et les 

Fabr. mares, 

depressus , Fabr Toulouse , fort rare dans les détritus des inonda- 
tions. 

Ceresyi, Aube Cette, dans les eaux saumàtres; assez commun. 

Halensis, Fabr Languedoc, très-commun dans les ruisseaux et les 

flaques d'eau, 
griseostriatus, de Géer. . Cette, se prend en compagnie de Ceresyi. 
memnonius, Nicolaï. . . Cette, dans les fossés et les mares ; rare, 
marginatus, Duft Toulouse. Un seul individu pris dans les détritus 

d'une inondation, 
lituratus, Fabr Espèce très -commune dans les mares bourbeuses de 

tout le Languedoc. Etang de Yendres. 

analis, Aube. Cette (Von Kiesenwetler) . Je ne l'ai jamais trouvée. 

planus, Fabr Toulouse, Béziers, dans la vase des mares. 

nigrita, Fabr Béziers, dans les flaques d'eau de source, sur la 

route de Corneilhan. 

palustris, Linné une des espèces les plus communes du Languedoc. 

angustatus, Sturm. . . . Languedoc, dans les mares. Pas commun. 

COLYMBETI. 

Noterus , Clairville. 

crassicornis, Fabr. . . . Toulouse, Béziers, dans les mares bourbeuses ; pas 
commun. 

sparsus, Marsh Languedoc, avec ce dernier ; commun. 

lœvis, Sturm. , Toulouse idem. idem. 

Lacoophilus , Leach. 

interruptus, Panzer. . . Languedoc, commun dans les fossés et les mares, 
obscurus, Panzer idem. avec ce dernier ; commun. 



— 53 — 

variegatus, Sturm. . . . Languedoc ; très-commun dans toutes les mares 
bourbeuses. 

Colymbetes , Clairville. 
S. G. Scutopterus, Eschsch. 

coriaceus, Lap Béziers ; parfois très-commun , en été , dans les 

trous du ruisseau de Bagnols où l'eau séjourne. 

S. G. Cymatopterus , Eschsch. 

fllSCUS , Linné une des espèces les plus répandues dans le Langue- 
doc. On la trouve dans tous les ruisseaux et 
dans toutes les mares. 

S. G. Rantus , Eschsch. . 

pul verosus, Sturm. . . . Languedoc , très-commun dans les ruisseaux et les 

^^- mares. 

adspersus , Fabr idem. avec ce dernier. 

Hibius , Erichson. 

fenestratus, Fabr Toulouse , Béziers , ruisseaux et mares ; pas com- 
mun, 
fuliginosus, Fabr Languedoc, avec ce dernier, mais très-commun. 

Agabus, Leach. 

femoralis, Payk Un individu trouvé dans des détritus des inondations 

de la Garonne. 

chalconotus, Panzer. . . Toulouse, pas commun ; dans les conditions de ce 
dernier. 

maculatus, Linné très- commun à Toulouse sous les galets immergés 

des bords de la Garonne. 

didymus, Olivier. .... Béziers, dans les ruisseaux ; commun. 

brunneus, Fabricius. . . idem. idem plus rare. Toulouse, à 

Saint-Simon, rare. 

paludosus, Fabricius. . . Toulouse, mares de Saint-Simon, rare. 

bipunctatus, Fabricius. . Languedoc, très-commun dans les ruisseaux. 

guttatus, Payk idem, moins commun ; même habitat. 

bipustulatus , Linné. . . idem commun ; dans [tes mares et les ruis- 
seaux. 



— 54 — 

DYTISCI. 

iîybister, Curtis. 

Rœselii , Bergstr commun dans tout le Languedoc , dans les eaux 

stagnantes . 

Dytiscus , Linné. 

marginalis, Lin Languedoc, très-commun dans toutes les eaux. 

Pisanus , Lap Béziers, Cette, dans les ruisseaux et les mares. 

circumflexus, Fab. . . . Languedoc, commun dans toutes les eaux , surtout 

saumâtres. Je n'ai jamais trouvé la variété 

femelle ; per plexus. Lacord. 
punctulatus, Fab pas commun dans le Languedoc ; dans les ruisseaux. 

et eaux stagnantes, 
dimidiatus, Bergstr. . . . Toulouse , selon M. Martin. Je ne l'ai jamais 

trouvé. 

Eunectes, Erichson. 

sticticus, Lin Toulouse , dans les mares j Béziers, dans les eaux 

stagnantes et saumâtres ; pas commun. 

Acilius , Leach. 

sulcatus, Lin Languedoc, dans toutes les mares et ruisseaux ; 

commun. 

Hydaticus , Leach. 

cinereus, Lin Toulouse, Béziers, dans les eaux stagnantes ; assez 

commun. 

Hybneri, Fabr Béziers, rare. 

transversalis , Fabr.. . . Languedoc, dans les mares et surtout dans l'eau 

saumâtre, très commun. 

GYRINIDjE. 

Gyrinus, Geoffroy. 

urinator, Illig Béziers, étang de Vendres ; parfois commun. 

natator , Scop très-commun dans tout le Languedoc} dans les ruis- 
seaux et les eaux stagnantes. 



— 55 — 

bicolor, Payk moins commun que le précédent ; on trouve à Bé- 

ziers les deux variétés de cette espèce. 

Dejeanii, Briill Béziers, dans l'étang de Yendres, où il est, parfois, 

très-commun. 

Orectochiius , Lacordaire. 

villosus, Fabr Languedoc ; commun ; on le trouve blott sous les 

galets de la Garonne et de l'Orb, dans la mon- 
tagne. # 

hydrophilim:. 

HYDROPHILI. 

Hydropbiius , Geoffroy. 

piceus, Lin très-commun dans les eaux stagnantes de tout le 

Languedoc, 
pistaceus, Lap Béziers, Cette; moins commun. Même habitat que 

ce dernier. 

Hydrous, Brullé. 

caraboides, Lin Languedoc , très-commun dans les mares et les 

ruisseaux, 
flavipes, Stev très-commun dans l'étang de Yendres, près Béziers. 

Toulouse, plus rare. 

Hydrobius, Leach. 

fuscipes , Lin Languedoc , commun dans les mares. 

oblongus, Herbst idem. avec ce dernier. 

convexuSj Brull quelquefois très- commun dans les détritus jetés par 

l'étang de Yendres. 

seneus, Germ Languedoc, dans les mares; assez commun. 

confusus, Pandellé. . . . idem. avec ce dernier ; assez commun. 

( inédit ). 

globulus , Payk idem dans les mômes conditions ; commun. 

bipustulatus, Pandellé. . idem idem. commun. 

(inédit). 

Pbilbydrus , Solier. 

testaceus, Fabr Languedoc, dans les mares vaseuses; très-commun. 



— 56 - 

melanocephalus, Fabr. . idem. même habitat ; moins commun, 
marginellus, Fabr. . . . idem. assez commun dans les mares. 

ovalis, Thoms idem. idem. idem. 

angustus, Pandellé. . . . idem. idem. idem. 

(inédif). 

Helochares, Mulsant. 

lividus, Forst très-commun dans toutes les eaux bourbeuses des 

mares du Languedoc ; les individus pris dans les 
• eaux saumàtres de Vias sont plus forts. 

Laccobius, Erichson. 

minutus, Lin Languedoc, très-commun dans les mares vaseuses. 

pallidus, Kieserrw. . . . idem moins commun, idem, 

nigriceps , Thoms. . . . idem. rare ; même habitat, 
alternus, Motsch idem. idem. idem. 

Berosus, Leach. 

œriceps , Curtis \ commun dans les mares du Languedoc} il vit sur 

signaticollis, Charp. . . \ tout dans les eaux saumàtres. 

luridus, Lin Cette, étangs; rare. 

affinis, Brull habitat d'œriceps ; plus commun. 

Limnebius, Leach. ' 

papposus , Muls Languedoc, dans les eaux stagnantes. 

nitidus, Marsh idem. idem. très-commun. 

sericans, Muls. et R. . . idem. idem. très-rare. 

HELOPHORI. 

Helophorus, Fabr. 

aper, Pandellé (inédit). . Languedoc, presque toujours hors de l'eau, au pied 
des plantes ( verbascum et carduus ) . Cet insecte 
est généralement confondu avec le rugosus. 

nubilus, Fabr peu commun dans le Languedoc, dans les détritus 

des rivières. 

intermedius, Muls. . . . idem. idem. idem. 

aquaticus , Lin très-commun dans toutes les eaux du Languedoc. 

obscurus, Pandellé. . . . Languedoc , assez rare , dans les ruisseaux et les 
( inédit). mares. 



— 57 — 

granularis, Lin Languedoc, plus commun, dans les ruisseaux 

et les mares, 
discrepans, Pandellé. . . Toulouse , peu commun , dans les détritus de la 
(inédit). Garonne. 

Hydrochus , Germar. 

elongatus, Schall très-rare, dans les eaux stagnantes du Languedoc. 

angustatus, Germ. . . . très-commun, idem. idem. 

Ochthebius, Leach. 

exsculptus, Germ. . . . espèce assez rare , dans les mares des environs de 
Toulouse. 

Mulsantis, Pandellé . . . Toulouse , Béziers , dans les détritus des inonda- 
( inédit). tions, assez commun dans l'étang de Vendres. 

margipallens, Latr. . . . Béziers, étang de Vendres, commun. 

marinus, Payk idem. Cette, excessivement commun dans les 

étangs. Toulouse, dans les mares. 

lutescens, Pandellé.. . . avec ce dernier, mais beaucoup plus rare, 
(inédit). 

exaratus, Muls Languedoc, mares et détritus des cours d'eau, très- 
commun, surtout dans l'étang de Yendres. 

seratus, Steph Béziers, étang de Vendres ; Toulouse, rare. 

foveolatus , Germ. . . . Toulouse, mares et détritus ; assez rare. 

punctatus, Steph Cette, étang de Vendres, dans les eaux saumàtres; 

assez rare. 

Hydrsena , Kugelann. 

testacea, Curt Toulouse, commnn dans les mares ; Cette, dans les 

petits étangs. 

carbonaria, Kiesenw. . . deux individus pris dans l'Orb, à Cessenon, parmi 
les galets immergés. 

riparia, Kugel Languedoc, eaux stagnantes et courantes , en grat- 
tant les plantes aquatiques. 

nigrita, Germ Toulouse, commun dans les détritus des cours d'eau 

et dans les mares. 

angustata, Sturm Béziers, dans les détritus au bord de l'Orb. 

gracilis, Germ. idem, môme habitat, rare. 

1 flavipes , Sturm Toulouse , mares et ruisseaux , parmi les 

aquatiques. 



- 58 - 

SPILERIDII. 

Cyclonotum , Erichs. 

orbiculare, Fabr Languedoc, mares et ruisseaux ; très-commun. 

Sphseridàum , Fabricius. 

scarabœoides , Lin. . . . très-commun dans tout le Languedoc ; dans les 
excréments des mammifères. 
V. quadrimaculatum. . idem. idem. idem. 

Kûst. 
bipustulatum , Fabr. . . mêmes mœurs, même habitat. 

Cercyon , Leach. 

hœmorrhoidale , Fabr. . Toulouse, un seul exemplaire dans les détritus de 

la Garonne, 
hœmorrhoum, Gyll. . . Languedoc; commun dans les bouses. 

aquaticum, Muls idem. détritus jetés par les cours d'eau; rare. 

flavipes, Fabr < Béziers, idem idem. idem. 

unipunctatum, Lin. . . . Toulouse, idem. idem. idem. 

littorale , Gyll Cette, un seul iudividu dans les varechs. 

quisquilium , Lin Languedoc, détritus des rivières; assez rare. 

melanocephalum , Lin. . idem, dans les bouses ; pas commun. 

Megasternum , Mulsant. 

obscurum, Marsh. . . . Toulouse, dans les bolets ; rare. 

Cryptoplcoairum , Mulsant. 

atomarium , Fabr. . . . assez commun dans les bouses et les bolets ainsi 
que dans les détritus des inondations de la 
Garonne , à Toulouse. 

HISTERIDiE. 

Histcr , Linné. 

major, Lin Béziers, commun; sur les chemins, dans les 

détritus. 

quadrimaculatus, Lin. . Languedoc , très-commun partout ; bouses , détri- 
tus, etc. 



- 59 — 

V. gagates, Illig. . . . Languedoc, moins commun que le type. 

unicolor, Lin Toulouse (M. Gonthier). 

cadaverinus, Ent., Hft. . commun dans le Languedoc; champignons, cada- 
vres d'animaux , etc. 

merdarius, Ent. , Hft. . . Toulouse, dans le voisinage des latrines; pas 
commun. 

binotatus , Erichs. . . . Béziers, sous les plantes pourries, en automne. 

carbonarius, Ent., Hft. . Languedoc, commun dans les immondices. 

purpurascens, Herbst. . . idem. dans les fumiers, les détritus; commun. 

sinuatus, Illig idem. avec ce dernier ; aussi commun. 

quadrinotatus, Scrib. . . idem. dans les bouses ; assez rare. 

bimaculatus, Lin idem. dans le fumier , les détritus ; pas 

commun. 

duodecimstriatus, Schrn. idem. avec ce dernier ; commun. 

corvinus, Germ idem, dans les détritus, au pied des plantes, 

assez commun. 

Carciuops , de Marseul, 

minimus , Aube espèce très-commune au 1 er printemps, à Béziers 

et à Toulouse, sous les pierres et sous les mottes 
de gazon. 

pumilio, Erichs Béziers, sous les cadavres des quadrupèdes , à la 

voirie. 

Hetserius, Erichson. 

sesquicornis, Preyfsl. . . Toulouse , avec la fourmi fauve, à la Ramette ; 
assez rare. 

Saprinus , Erichson. 

maculatus, Rossi Béziers , dans les cadavres des serpents et des 

lézards; assez commun. Un individu a été trouvé 

à Toulouse, 
semipunctatus, Fabr. . . Béziers très-commun dans les creux à fumier et 

sous les animaux crevés, 
detersus , Illig parfois commun à Béziers , sous les cadavres des 

animaux. 
nitidulus, Payk très-commun dans tout le Languedoc , dans les 

immondices et les cadavres d'animaux. 

subnitidus, Mars Béziers, assez commun dans les excréments. 

furvus, Erichs idem, rare; sous les animaux crevés. 



— 60 - 

speculifer , Latr Languedoc , dans les excréments et les détritus ; 

commun. 

œneus , Fabr idem. avec ce dernier ; aussi commun. 

virescens, Payk Béziers, espèce rare que j'ai trouvée au pied des 

plantes, dans les endroits sablonneux. 

chalcites, Illig commun à Béziers , sous les détritus et les excré- 
ments. 

Biterrensis, Mars Cette espèce a été découverte par M. Pellet sous 

des cadavres de serpents et de lézards ; pas 
commun. 

tridens , Duval. . . , . . J'ai pris deux exemplaires de cette rare espèce à 
Cette, sur le littoral, dans des matières décom- 
posées. 

spretulus , Erichs Béziers , Narbonne ; rare; dans les excréments. 

melallescens, Erichs. . . idem, rare; dans des matières en décomposition , 

à la voirie. 

œmulus, Illig idem, dans les terrains sablonneux, sous les excré- 
ments. 

rufipes , Payk sables du littoral, à Béziers et à Cette ; très rare, 

sous les excréments. 

granarius, Erichs. . . . avec ce dernier, mais excessivement commun. 

conjungens, Payk. . . . espèce rare trouvée à Béziers sous des matières en 
décomposition. 

Pelleti, Mars J'ai découvert cette espèce dans le sable, à la suite 

des inondations de l'Orb, à Béziers; pas commun- 

specularis, Mars Toulouse, rare ; dans les détritus des inondations 

de la Garonne. 

crassipes, Erichs commun à Béziers, au pied des plantes et dans les 

détritus de l'Orb. 

grossipes, Mars assez rare à Béziers ; même habitat. 

rugifrons, Payk Languedoc ; très-commun , surtout à Béziers, dans 

les terrains sablonneux, sous les excréments. 

apricarius, Erichson. . . excessivement commun sur tout le littoral , à 
Béziers, Agde, Cette, etc.; sous les matières en 
décomposition. 

dimidiatus, Illig môme habitat, et aussi commun. 

Gnathoncus, Duval. 

rotundatus, Illig Toulouse , très-commun dans le voisinage des 

latrines. 

Onthophilus f Loach. 

exaratus, Illig Languedoc ; pas rare sous les plantes pourries. 



— 61 — 

striants, Fabr Toulouse, assez commun dans les bouses. 

Acritus , Le Comte. 

nigricornis, Ent. Hft.. . sous les bouses desséchées et dans le terreau , à 

Béz'ers. 
minutus, Fabr même habitat et même localité ; ces deux espèces 

sont assez rares. 

SILPHIDiE. 

SILPHI. 

Necrophorus , Fabricius. 

Germanicus, Lin Toulouse (M. Lespés). 

humator, Fabr rare à Toulouse, sous les petits mammifères crevés. 

vespillo, Lin Toulouse. Je n'en ai trouvé qu'un seul individu 

errant. 

vestigator , Hersch. . . . très-commun dans tout le Languedoc, sous les cada- 
vres de chats, taupes, etc. 

fossor, Erichs Languedoc, assez rare; sous les cadavres d'animaux. 

Gallicus, Duval idem. idem. idem. 

Silpha, Linné. 
S. G. Necrodes , Leach. 

littoralis, Lin Languedoc; commun, quelquefois, dans les cadavres 

des chevaux. 

5. G. Oiceoptoma, Leach. 

rugosa, Lin. ....... commun dans tout le Languedoc, dans les cadavres 

sinuata, Fabr idem. idem. idem. 

S. G. Silpha, i. spec 

puncticollis, Lucas. . . . J'ai trouvé deux ou trois fois, à Béziers, cette espèce, 
en grande quantité, sous des meules de luzerne. 

granulata , Oliv pas rare dans le Languedoc, sous les végétaux en 

décomposition. 

tristis, Illig idem. idem. idem. 

obscura. Lin idem. idem. idem. 



— 62 - 
S. G. Piiosphuga , Leach. 

lievigata, Fabr très-commun dans le Languedoc, surtout à Béziers, 

dévorant les hélix terrestres ; on rencontre cette 
espèce partout. 

Cholcva, Latrcille, 

angustata, Fabr Languedoc, sous les feuilles mortes et au pied des 

plantes; commun, 
cisteloides, Frohl Toulouse ; un seul exemplaire sous des feuilles 

mortes. 

Catops , Paykull. 

grandicollis, Erichs. . . Bas-Languedoc (M. Ecoffet). 

fiiscus, Panz idem. . idem. Toulouse , un seul 

individu dans des détritus. 

Walsoni, Spence Toulouse, en fauchant dans les prairies, rare. 

anisotomoides, Spence. . idem, un seul exemplaire sous une plante. 

fumatuSj Spence idem détritus de la Garonne ; pas commun. 

sericeus, Panz commun dans tout le Languedoc , sous les détritus 

et sous les feuilles radicales des plantes. 

Catopomo&'phus , Aube. 

Marqueti, Fairm Je n'ai trouvé cet insecte qu'une fois en battant les 

branches d'un orme. Depuis ma découverte, on a 
repris cette espèce dans des nids de fourmis. 

Colon , Horbst. 

fuscicorne, Kraatz. . . . Béziers, Toulouse; deux exemplaires pris le soir en 

fauchant, 
confusum, Fairm Toulouse, pas rare; en fauchant, au crépuscule, 

près des pépinières. 
brunneum, Latr Languedoc, rare, même habitat. 

ANISOTOMII. 

Hydnobius , Schmidt. 

punctalissimus, Steph. . Toulouse, un seul individu pris au Pcch-David en 
arrachant une plante. 



- 63 - 
Anisotoma } Illiger. 

ovalis, Schmidt.. .... Languedoc, assez rare; dans les détritus des inon- 
dations de la Garonne et de l'Orb ; on le trouve 
aussi sous les feuilles radicales des plantes. 

dubia, Panz Toulouse, un seul exemplaire en fauchant dans une 

prairie. 

badia, Sturm Béziers, inondations de l'Orb ; pas commun. 

Cyrtusa , Erichson. 

minuta , Ahr. un seul exemplaire pris à Toulouse, en fauchant. 

Coicmis, Erichs. 

dentipes, Gyll pas rare à Toulouse, en fauchant dans les bois. 

Agatliirîkfm, Illiger. 

rotundatum, Gyll. . . . Toulouse ; deux individus dans un vieux tronc de 
saule . 

CLÀMBIDiE. 

Clambsss , Fischer. 

pubescens, Redt Languedoc,, commun dans les détritus des inonda- 
tions et en battant les fagots. 

minutus, Sturm idem. idem. idem. 

armadillo, de Géer. . . idem. idem. idem. 

Comazus , Fairmaire et Laboulb. 

dubius, Marsh commun à Béziers et à Toulouse, dans le fumier et 

les détritus 

TRICHOPTERIGID/E. 

PtenMIum , Erichson, 
apicale, Erichs Béziers, assez rare; en tamisant du terreau. 



- 64 - 

Ptiiium , Erichson. 

Kunzei , Heer Languedoc , dans les creux à fumier et dans le 

terreau. 

Trichopteryx , Kirby. 

grandicollis , Mannh. . . Toulouse, Béziers, sous les détritus des végétaux et 

dans le terreau, 
fascicularis , Herbst. . . idem. idem, sous les feuilles mortes, 
fucicola, Fairm Cette, sous les varechs de l'étang de Thau. 

SCAPHIDIIDjE. 

Scaphidium , Olivier, 
quadrimaculatum, Oliv. Béziers/commun dans des bolets ligneux. 
Scaphisoma , Leach 

agaricinum , Oliv. . . . Toulouse, assez commun dans les bolets. 

SCYDM^ENIDjE. 

Eutheia, Stephens. 

plicata, Gyll Toulouse ( M. Lespès ). 

scydmsenoides , Steph.. . idem, sous des feuilles mortes ; un seul exem- 
plaire. 

Scydinœnus , Latreille. 

scutellaris, Mûll. .... Toulouse, dans les détritus des inondations ; rare. 

pusillus, Mûll idem, un seul individu trouvé dans des détritus. 

Helferi, Schm idem, dans les alluvions des cours d'eau; très- 
rare, 
subcordatus, Fairm.. . . idem. idem. idem, 

rutilipennis, Mûll. . . . trouvé une seule fois à Béziers , sous des feuilles 

mortes, 
hirticollis, Illig pas commun à Toulouse et à Yias , près de Béziers, 

dans les détritus. 
Weterhalii , Gyll. . . . Toulouse, pris deux fois seulement sous des feuilles 

sèches. 

intrusus, Schm commun dans l'étang de Vendres, au pied des joncs. 

cérastes, Saulcy Béziers, en tamisant du terreau. 



— 65 — 

tarsatus, Miïll dans tout le Languedoc ; le soiron le prend, très- 
communément, volant près des creux à fumier. 

Clievrolatia , Duval. 

insignis, Duval Cette rare espèce a été prise pour la première fois, 

à Toulouse, par M. Lespès. J'ai eu le bonheur 
d'en capturer deux individus : le premier, à La 
Ramette, en fauchant dans une prairie ; le 
second, à Balma, en battant les branches d'un 
chêne. M. Mayet l'a trouvée à Montpellier , sous 
une feuille radicale de verbascum (1 exemplaire). 

PSELAPHIDiE. 

Chennium , Latreille. 

bituberculatum , Latr. . pris une fois à La Ramette , près Toulouse , sons 
une pierre (M. Lespès). 

Centrotoma. 

penicillata, Schauf. . . . trouvée une seule fois , par nous , à Béziers , en 
novembre, dans un nid de fourmis. 

Ctenistes , Reichenbach. 

palpalis, Reichb espèce assez commune à Toulouse et à Béziers , 

dans les détritus, sous les pierres exposées dan* 
les endroits secs, et sous les plantes. 

Pselaphus ? Hebst. 

Heisei, Herbst Toulouse, assez commun dans les prairies , au pied 

des saules, sous les moites de terre qui les avoi- 
sinent. 

Tychus , Leach. 

niger , Payk Béziers , inondations de l'Orb , dans les détritus ; 

rare, 
lbericus, Motsch. . . . idem. Toulouse, très-rare; sous les pierres, dans 
les lieux secs. 

Batrisus , Aube. 

venustus, Reichb. . . . espèce trouvée une seule fois à Blagnac, près Tou- 
louse, dans un tronc carié. 

5 



- 66 — 

Bryaxis , Leach. 

sanguinea, Fabr commun à Béziers, à l'étang de Vendres. Toulouse. 

dans les détritus de la Garonne. 

fossulata, Reichb Toulouse , très-rare ; dans les détritus des inon- 
dations. 

Lefebvrei, Aube excessivement commun à Toulouse, au pied des sau- 
les, dans les prairies. 

Helferi , Scht Béziers, Vias, dans les détritus des étangs salés. 

Schuppelii , Aube. . . . fort rare dans les détritus de l'Orb, à Béziers. 

hsematica, Reichb. . . . Toulouse; détritus des inondations de la Garonne. 

nigriventris, Schm. . . . très-rare à Béziers; sous les pierres , dans les 
détritus. 

impressa, Panzer. . . . Béziers ; en tamisant les détritus de [l'Orb ; pas 

commun. 

antennata, Aube idem. idem. idem. rare. 

Toulouse , un individu trouvé par M. de Saint- 
Simon. 

Bythinus , Leach. 

Pyrenseus, Saulcy. . . . Toulouse, au premier printemps , sous les pierres 
au Pech-David ; pas commun. 

Curtisii, Leach idem, rare dans les détritus de la Garonne. 

Securiger, Reichb. . . . idem. idem. idem. 

Euplectus , Leach. 

sanguineus , Denny. . . Béziers, Toulouse, en tamisant du terreau ; assez 

rare. 
Karstenii, Reichb. . . . idem. idem. idem plus rare. 

Claviger , Parreys. 

Duvalii , Saulcy Cette espèce, autrefois confondue avec foveolatus , 

en a été séparée par M. de Saulcy ; elle est très- 
répandue, en automne, dans les vieilles souches 
des peupliers , en compagnie de fourmis noires 
qui minent les dites souches. — Toulouse, prai- 
ries rive droite de la Garonne, vis-à-vis Pou- 
vourville. 
N. B. Une espèce , que l'on trouvera tôt ou tard à Toulouse, est le Claviger 

longkornis, Miiller; je Pai prise à Martres, en rivière, sous les pierres, non loin 

de la Garonne. Elle vit aussi avec des fourmis. 



- 67 — 
DE L'EXISTENCE DU BETULA PUBESCENS (Ehrh.) 

DANS LE DÉPARTEMENT DU TARN 
Par M. le professeur CLOS. 

M. de Martrin-Donos, dans sa Florule du Tarn, p. 651 , 
dit du Beiula pubescens : « n'a pas été observé dans notre 
département. » 

Cependant l'herbier de feu le D r Jean Antoine Clos 
renferme plusieurs échantillons de cet arbuste ou petit arbre 
cueillis en 1824, au-delà d'Arfons (Tarn), peu après être 
entré dans Ramondens, dans les endroits humides du bois : 
mon père y voyait une variété du Betula alba. 

Les rameaux de ce bouleau se distinguent bien de ceux 
du bouleau blanc, à la couleur plus brune de leur écorce, 
à leurs feuilles à base cunéiforme et non tronquée, d'un 
vert plus foncé, serretées et non doublement dentées en 
scie, à nervure moins saillante à la face inférieure, à pétioles 
pubescents comme les jeunes rameaux (tandis que ces 
organes sont glabres chez le bouleau commun) ; enfin, tan- 
dis que dans l'espèce vulgaire les deux lobes latéraux des 
écailles des chatons femelles sont arrondis et déjetés en 
dehors, ces appendices sont tronqués et horizontaux chez 
le bouleau pubescent, comme le montrent les ramules 
mis sous les yeux de la Société. 

L'étiquette qui accompagne ces échantillonsporle en note : 
« Cet arbuste sert à faire des balais excellents pour les aires 
dépicatoires et les écuries; ils durent fort longtemps, et 
sont bien préférables à ceux du genêt et du sanguin. Les 
habitants de Cals en font une très grande quantité qu'ils 
vont vendre à Peyriac et autres lieux. En passant dans ce 
hameau, nous en avons vu de grands tas. » 

Le botaniste qui étudie la Flore de la Haute- Garonne ne 
saurait se limiter rigoureusement à ses frontières géogra- 
phiques ; un attrait particulier l'entraîne vers cette belle 



- 68 — 

Montagne-Noire, si rapprochée de nous, et qui réserve 
encore bien des richesses pour celui qui saura l'explorer 
avec soiu. Le fait signalé dans cette note en est, je crois, 
la meilleure preuve. 



NOTE 

SUR LES 

ESSAIS SULFHYDROMÉTRIQUES FAITS A AX EN 1871 

Par MM FILHOL et MELLIES. 

Nous avons procédé, dans le courant du mois d'octobre 
1874, à une série d'expériences ayant pour but de bien 
établir la richesse des eaux d'Ax en sulfure de sodium. Le 
dosage du soufre a été effectué par des procédés variés, 
qui pour la plupart comportaient une grande précision. 
Ayant eu recours à la méthode sulfhydrométrique, nous 
avons constaté un fait important sur lequel il nous a paru 
nécessaire d'appeler l'attention des chimistes qui s'occupent 
de travaux d'hydrologie minérale. Il résulte de nos obser- 
vations que lorsqu'on détermine, au moyen d'une solution 
titrée d'iode, la richesse d'une eau sulfureuse très- chaude 
et contenant, en même temps que le sulfure, un carbonate 
ou un silicate alcalin, le résultat qu'on obtient, conduit à 
une détermination inexacte de la quantité du composé sul- 
furé qui minéralisé l'eau. La quantité de soufre est loin de 
correspondre dans ce cas à la quantité d'iode employée ; 
elle est beaucoup trop forte. 

Si l'on prend deux quantités égales d'une même eau pro- 
venant d'une source très chaude et qu'on analyse l'une 
d'elles sans. avoir la précaution de la faire refroidir, tandis 
qu'on analyse l'autre, après l'avoir refroidie jusqu'à 1 5 ou 
20 degrés au-dessus de zéro, l'eau chaude absorbera 
beaucoup plus d'iode que l'eau froide ; mais si on réchauffe 



- 69 — 

cette dernière de manière à la ramener à sa température 
primitive, elle exigera sensiblement autant d'iode que celle 
qui n'a pas été refroidie. Ainsi l'iode accuse des quantités 
différentes de sulfure dans la même eau, suivant qu'elle 
est chaude ou froide ; par exemple : l'eau de la source 
Viguerie à Ax, dont la température est de 75° exige 0,0760 
d'iode par litre, tandis que la même eau refroidie par ser- 
pentinage, n'absorbe plus que 0,0550. L'essai à chaud 
indiquerait donc 0,0233 de sulfure de sodium par litre 
d'eau, tandis que l'essai à froid n'en indiquerait plus que 
0,0168. La différence est énorme. Un fait non moins 
remarquable résulte de nos observations. Ce fait est le 
suivant : 

Si avant de faire l'essai sulfhydrométrique d'une eau très 
chaude, on y verse une solution de chlorure de barium, le 
titre de l'eau minérale baisse immédiatement et devient sen- 
siblement le même que celui qu'on eût constaté en opérant 
sur l'eau refroidie. 

Ce dernier fait nous paraît de nature à permettre de 
donner une explication exacte de ce qui a lieu. L'un de nous 
a prouvé dans un mémoire publié en 1859, qu'une eau 
sulfureuse qui contient en même temps un sulfure et un 
carbonate ou un silicate alcalin absorbe beaucoup plus 
d'iode, que si elle ne contenait que le sulfure ; et en outre 
que la quantité d'iode absorbée par l'eau contenant un 
pareil mélange, est supérieure à la somme des quantités 
d'iode qu'eussent absorbé séparémeut le sulfure et le car- 
bonate ou le silicate alcalin. 

M. Péan de St-Gilles a confirmé l'exactitude de cette 
observation et a montré qu'en présence d'un carbonate ou 
d'un silicate alcalin une partie du sulfure est transformée en 
sulfate, par l'iode qui agit comme l'indique l'équation sui- 
vante-: Na s + I 4 + 4Ho = Na o, 503 + H- h i. 

L'un de nous a donné un moyen de se mettre à l'abri 
de l'erreur qu'entraîne la réaction précédente ; ce moyen 
consiste à verser dans l'eau minérale un peu de chlorure 



— 70 - 

de barium qui rend impossible la production du sulfate 
alcalin et restitue à la méthode sulfhydrométrique sa pré- 
cision première. 

Les expériences que nous venons de rapporter prouvent 
qu'on arrive au même résultat, à peu de chose près, en 
refroidissant le liquide thermal avant de l'analyser. Ainsi 
l'action du carbonate ou du silicate alcalin est presque nulle 
à froid, tandis qu'elle est très énergique à chaud. 

Il ressort des considérations précédentes que des deux 
analyses faites l'une sur l'eau chaude, l'autre sur l'eau froide, 
la dernière seule est exacte, à moins qu'en opérant sur l'eau 
chaude on n'ait eu le soin d'employer le chlorure de barium, 
comme nous l'avons indiqué plus haut. 

Les eaux d'Ax sont donc beaucoup moins sulfureuses 
qu'on ne serait tenté de le croire d'après les analyses anté- 
rieures à celles que nous venons d'exécuter. 

Le tableau suivant résume les résultats que nous avons 
obtenus. 



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de l'eau minérale. 



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par un litre d'eau. 




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correspondant 
à l'essai précédent. 



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Iode absorbé 
par un litre d'eau mêlée 
à du chlorure de barium. 



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Quantité de sulfure 

correspondant au 2 m0 essai 

sulfhydrométrique. 



Erreur sur la quantité * 

de sulfure dans le I e ' essai 

(en centièmes). 



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Température 
de l'eau minérale. 



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Iode absorbé 
par un litre d'eau. 






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Quantité de sulfure 

accusée 

par l'essai précédent. 



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Iode absorbé 
par un iitre d'eau mèfée ) 
à du chlorure, de barium. / 



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Quantité de sulfure 

accusée par l'essai avec 

chlorure de barium. 



Erreur dans la quantité de 
sulfure accusée par l'essai 
sans chlorure de barium. 



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Richesse réelle de l'eau 
en sulfure. 



- 12 — • 
REMARQUES 

SUR 

LES GISEMENTS DE CHAUX PHOSPHATÉE 

des cantons de SAiNT-ANTONiN et de caylus (Tam-et-Garonne) 
Par M Ecgène TRUTAT. 

Dans la séance de l'Institut du 30 octobre 1871, 
M. Daubrée a lu une note sur les dépôts de chaux phos- 
phatée récemment mis en exploitation dans les départe- 
ments du Tarn-et- Garonne et du Lot : note dans laquelle 
le savant professeur a attribué ces dépôts à des sources 
phosphatées fortement chargées d'acide carbonique qui 
sourdaient pendant l'époque miocène. 

Gomme il nous a été donné d'étudier avec quelques 
détails les gisements de phosphate des cantons de Saint- 
Antonin et de Caylus, nous avons pu reconnaître quelques 
faits nouveaux qui modifieraient l'âge assigné à ces dépôts 
et permettraient d'expliquer plus complètement peut-être 
leur mode de formation. 

Si l'on examine attentivement la direction des divers 
gisements, l'on reconnaît bientôt que tous se rangent dans 
les deux directions signalées par M. Daubrée : les uns 
allant de l'est à l'ouest, les autres étant sensiblement per- 
pendiculaires aux premiers. Evidemment ces deux directions 
constantes ont dû être produites par des causes puissantes 
et qui ont étendu leur action à la contrée tout entière. Ces 
causes, nous les trouvons décrites avec la plus grande 
exactitude dans une Etude sur les formations secondaires des 
bords S. 0. du plateau central que M. Magnan a publié 
il y a deux ans (1). Dans ce travail, ce géologue a 
signalé plusieurs failles qui ont donné au pays son relief 

(1) Bulletin de la Soc. d'Uist. Nat. de Toulouse, t. III. Année 1869. 



— 73 — 

actuel. L'une, la faille de Varen, est dirigée E. 0. et suit plus 
ou moins la rivière de l'Aveyron \ l'autre, la faille de la 
Bonnette, marche au contraire suivant une direction N. 25° E. 
et se trouve ainsi sensiblement perpendiculaire à la pre- 
mière. Ces deux directions sont précisément celles de nos 
gisements, et nous devons ajouter que la manière d'être de 
ces dépôts est différente, suivant qu'ils marchent dans l'une 
ou dans l'autre de ces directions. 

Les uns, d'après les termes mêmes de M. Daubrée(1), 
« sont des veines allongées avec deux parois verticales 
» sensiblement parallèles ; » ils sont orientés N. 25° E. ; tan- 
dis que dans les autres dirigés E. 0. « le phosphate a rempli 
w des cavités irrégulières ouvertes dans le calcaire. » 

Dans le premier cas (Pendaré) la chaux phosphatée 
occupe les fentes du calcaire dans toute leur étendue, elle 
est compacte, à texture rubanée, à cassure vitreuse, et ce 
n'est qu'accidentellement que certaines parties de ces gise- 
ments contiennent des masses géodiques. La densité du 
dépôt diminue à la partie supérieure et prend alors un 
aspect marneux avec mélange de fer pisolithique. Quel- 
quefois (Tabarly) ces mêmes dépôts rubanés sont injectés 
de bas en haut, au milieu de masses argileuses rouges à 
grains de fer. 

Les gisements de cette première catégorie ne renferment 
jamais d'ossements fossiles, mais l'argile rouge supérieure 
en contient quelquefois. 

Dans le second cas, tout paraît s'être produit au milieu de 
circonstances différentes ; car, tandis que les gisements 
dont nous venons de parler semblent s'être formés avec 
lenteur et sans accidents, ceux-ci, au contraire, portent les 
traces d'un bouleversement violent. Toutes les parties 
phosphatées sont géodiques : quand les géodes sont intactes, 
elles sont remplies, tantôt par de l'argile pure, tantôt par de 
l'argile à grains de fer, tantôt par des cristaux de carbonate 

(1) Comptes rendus de VAc. des Se., t. LXXIII, p. 1032. 



— 74 — 

de chaux, mais le plus souvent l'on ne trouve plus que des 
fragments de géodes, mélangés confusément à des argiles, à 
des débris de calcaire, les uns anguleux, les autres érodés sur 
toutes leurs faces, enfin une sorte de marne à grains de fer et 
à cailloux roulés de quartz laiteux empâte le tout ; quelquefois 
encore des infiltrations calcaires sont venues cimenter 
tous ces éléments en une masse compacte et d'une grande 
dureté. 

Nous ferons remarquer, en outre, que, dans la première 
catégorie, les parois des filons sont verticales et nettement 
découpées (Pendaré, Tabarly) ; dans le second, au con- 
traire, le dépôt occupe de véritables poches à parois large- 
ment érodées et arrondies (Cos, Servanac). Le calcaire est 
fortement corrodé et la surface desblocs(l) se trouve trans- 
formée en « une masse pulvérulente comme la farine » que 
l'eau de carrière réduit en une couche de boue compacte 
de plusieurs centimètres d'épaisseur. 

L'on rencontre des ossements fossiles dans toutes les 
parties des dépôts de cette espèce ; ils sont le plus ordinai- 
rement (les dents surtout) transformés en chaux phosphatée, 
à physionomie de silex résinite. 

Dans certains cas, la base de ces dépôts présente les 
caractères de ceux de la première catégorie, mais alors la 
partie compacte est très-peu développée. 

Nous venons ainsi de constater deux sortes de dépôts 
bien distincts par leur direction en même temps que par 
leur composition ; l'un correspondrait à la faille de la Bon- 
nette (N. 25° E), l'autre à la faille de Varen (E. 0.). Nous 
regardons les premiers comme les plus anciens, les autres 
n'étant que secondaires et résultant d'un remaniement pos- 
térieur. Et si nous disons avec M. Daubrée que c'est « à des 
» sources minérales que l'on doit cette abondante précipi- 
» tation de phosphate » (2), nous croyons ne pas devoir 

(4) Daubrée, ioc. cit. 
(2) Daubrée, loc. cit. 



— 75 — 

accepter que « la présence de l'acide carbonique dans ces 
» sources contribuait à en augmenter le pouvoir dissol- 
» vant. » 

En effet, nous avons constaté que dans les fentes dirigées 
N. 25° E. j les parois calcaires ne portaient pas trace de cor- 
rosion, que les couches de phosphate étaient compactes et 
semblaient s'être formées dans un milieu tranquille. Dans ce 
cas, le dépôt nous paraîtrait entièrement dû à des eaux 
chargées de chaux phosphatée, venue des profondeurs de 
la terre. Au contraire, dans les fentes dirigées E. 0. le dépôt 
phosphaté aurait été ultérieurement repris par des eaux 
fortement chargées d'acide carbonique, qui auraient dissous 
à la fois la chaux phosphatée primitive et le calcaire envi- 
ronnant, en même temps qu'elles délayaient l'argile à grains 
de fer pisolithique ; plus tard, le dégagement d'acide ayant 
cessé, une nouvelle précipitation se produisit laissant quel- 
quefois à sa base un témoin du dépôt primitif. 

M. Daubrée pense que ces sources phosphatées datent de 
l'époque miocène, mais les débris fossiles assez nombreux 
que nous avons pu étudier nous obligent à reculer l'âge de 
cette formation, jusqu'à l'époque éocène. 

Pour le moment nous citerons parmi les espèces domi- 
nantes des Paleotheriums très voisins du médium de Guvier. 

Un autre argument viendrait encore appuyer notre 
manière de voir à ce sujet. Nous avons parlé delà présence 
dans les dépôts qui nous occupent, de cailloux roulés de 
quartz laiteux, et justement ces cailloux accompagnent 
Souvent l'éocène supérieur du Midi de la France : rappe- 
lons Issel et les environs de Mazamet. 



- 76 



CATALOGUE 



DE 



MOLLUSQUES TERRESTRES ET FLUVIATILES 

DANS LES DÉPARTEMENTS DES BASSES-PYRÉNÉES, DES HAUTES-PYRÉNÉES 
ET DES LANDES 

Par M. LE GÉNÉRAL G. de NANSOUTY. 



Notes de l'auteur. 



1° Nous avons coordonné les mollusques de notre catalogue d'après la 
classification de Woodward ; celui-ci, d'ailleurs, n'a fait que suivre le 
plan adopté par les premiers zoologistes et paléontologues de l'Angle- 
terre : Forbes, Owen, Henslow, etc., etc. Nous pensons, néanmoins, 
que certaines modifications partielles peuvent être faites. Ainsi, le 
genre zonites fondé sur des différences anatomiques importantes qui le 
séparent des Hélices doit être adopté, c'est ce qu'ont reconnu de nombreux 
m alacologistes français. Les Limaces et lesTestacelles, mollusques carnas- 
siers, ne sont pas nettement séparés dans l'ouvrage de Woodward du 
genre Arion phytophage. La même observation s'applique aux. Vitrines 
qui diffèrent des Hélices sous le même rapport. Quant au genre succinea 
dont l'armature linguale est caractérisée par des dents marginales com- 
posées chacune de deux groupes de denticules, structure semblable à 
celle des Ancyles, il pourrait occuper une place séparée 

2° Nous engageons nos lecteurs à consulter les catalogues publiés sur 
les mollusques des environs de Saint-Jean-de-Luz par M. J. Mabille. 
Voir Journal de Conchyliologie 1858, p. -158-160 et 1865, p. 248-265. 
Nous les engageons aussi à prendre connaissance des Essais de géographie 
malacologique par MM. deGrateloup et Raulin, en 1855. 



\. Paludina ventricosa (Gray). 

Bayonne (Allées-Marines). Lac de la Négresse près 
Biarritz. C. C. 

2t. Valvata piscinalis (Mûll. sp.). 

Bayonne (Allées-Marines). Etang du Moulin-Neuï(Landes), 
à 3 kil. de Bayonne ; route de Bordeaux. G. 



— 77 - 

3. Neritina fluviatilis (Mùll. sp.). 
Dans la Nive : à Ustaritz , à Itsatsou. 

Dans i'Adour : Campan, Bagnères-de-Bigorre, Tarbes. 

Je crois que la Neritina de ces dernières localités n'est 
pas la fluviatilis : elle est de moitié plus petite que celle 
de I'Adour. 

4. Hélix alliaria (Mill.) 
Cambo (ravins de Olla Sahara). R. 

5. Hélix Apicma (Lam.). 

Tarbes (jardin de la subdivision). Bayonne , un peu 
partout. 

6. Hélix aspersa (Miïl!.). 

Bayonne (citadelle). Partout. G. G. G. 

7. Hélix constricta (Boub.). 

Cambo (ravins de Olla Sahara). Route de la Croix-de- 
Mouguei, faubourg de Bayonne (chez M. Detroyat). Etangs 
du Moulin-Neuf et d'Ondres. Rives droites (Landes) , 
route de Bordeaux. C. G. C. 

8. Hélix cinctella (Drap). 

Hendaye, Cambo (établissement de pisciculture). R. 

9. Hélix cespitum (Drap.). 
Hendaye. G. 

40. Hélix costata (Mùll.). 
Bayonne (citadelle). C. C. 

11. Hélix carthusiana (Mull.). 

Bayonne (citadelle). Hendaye, étang d'Ondres , par- 
tout. C. C. 

12. Hélix carthusianella (Drap.). 
Bayonne (citadelle). R. 

13. Hélix conspurcata (Drap.). 
Bayonne (Citadelle). Cambo, Hendaye. C. G. 



- 78 - 

14. Hélix cellaria (M iill.). 
Bayonne (citadelle). Cambo, Hendaye. C. G. 

4 5. Hélix ericetorum (Mûll.). 
Bayonne (citadelle). Depuis le phare de Biarritz jusqu'à 
Hendaye. C. C. . 

16. Hélix hortensis (Mûll.) 
Bayonne (citadelle). Cambo. R. 

17. Hélix lapicida (Linn.). 
Bagnères-de-Bigorre. G. G. 

•18. Hélix limbata (Drap.). 
• Bayonne (citadelle) et environs. C. C. C. Variété brune à 
Bagnères-de-Bigorre; à Tarbes (jardin de la subdivi- 
sion). R. R. 

19. Hélix maritima (Drap.). 

Bayonne ( citadelle ). Embouchure de l'Adour, Biar- 
ritz. C. G. G. 

20. Hélix neglecta (Drap.). 
Bayonne (citadelle). G. G. C. 

21. Hélix nemoralis (Linn.). 
Cambo, Hendaye, Bayonne (citadelle). C. C. 

22. Hélix nitida (Mûll.). 

Biarritz. Lac de la Négresse (rive gauche). R. 

23. Hélix nitens (Mich.). 
Hendaye. R. 

24. Hélix olivetorum (Gmel.). 
Cambo, Hendaye, Bayonne (citadelle). G. G. 

25. Hélix Pisana (Mull.). 

Barre de l'Adour. Toute la côte jusqu'à Hendaye. C. C. G, 

26. Hélix pulchella (Mull.). 
Bayonne (citadelle). C. C. 



- 79 — 

27. Hélix Quimperiana (Fer.); 
Hendaye (massif du vieux fort). C. 

28. Hélix rotundata (Miill.) 

Cambo, Bayonne (citadelle). Hendaye, Itsatsou. C. C. 

29. Hélix rupestris (Drap.). 
Bagnères-de-Bigorre. C. C. 

30. Hélix Terverii (M ich.). 
Hendaye, Saint-Jean-de-Luz. G. 

31. Hélix variabilis (Drap.). 

Barre de l'Adour, Biarritz, Hendaye, Bayonne (cita- 
delle). G. G. G. 

32. Succinea putris (Linn. sp.). 
Bayonne (Allées-Marines). 

33. Bulimus acutus (Miill. sp.). 

De la barre de l'Adour à Hendaye et Fontarabie, 4 var, 
G. C. G. 

34. Bulimus ventrosus (Fer. sp.) 

Aux Pignadas, près Bayonne (Blanc-Pignon ). Biarritz 
(phare), Saint-Jean-de-Luz, Hendaye. C. G. G. 

35. Zua lubrica (Miill. sp.) 
Bayonne (citadelle). G. G. C. 

36. Pupa muscorum (L. sp.). 
Cambo, Hendaye, Bayonne (citadelle). G. G. 

37. Pupa Goodallii (Mich.). 

Lourdes ( sentier près la grotte, montant an chemin 
vicinal de Lourdes à Omex. Dans le mur de soutènement). R . 

38. Hélix Carascalensis. 

Lac de Gaube (pâturages de Spumouse), lac Bleu (vallon 
de Bizourterre), Baréges (vallon d'Escoubous), pic du Midi 
de Bigorre (Arrises). G. C. 



- 80 - 

39. Hélix nubigena. 

Mêmes habitats, mais généralement rare. 

40. Vertigo antiverligo (Drap.). 
Bayonne (citadelle), R. 

41. Clausilia Pauli (Mabille). 
Gambo (ravin d'OUa-Sahara). R. R. 

42. Clausilia ventricosa (Drap.). 
Camboô, Hendaye. R. 

43. Clausilia rugosa (Drap.). 
Gambo, Hendaye, Bayonne (citadelle). C. G. 

44. Testacella haliotidea (Drap.). 
Bayonne (citadelle). R. R 

45. Limnœa stagualis (Linn. sp.). 

Etang d'Ondres. Ruisseau de la Yasse (Landes). G G. 

46. Limnœa auricularia (Linn. sp.). 
Bayonne (Allées-Marines). R. 

47. Limnœa elongata (Sow.). 
Itsatsou, Ruisseau de la Yasse (Landes). R. 

48. Limnœa minuta (Drap. sp. ). 
Route de la Croix-de-Mouguer, dans le fossé. G. 

49. Limnœa ovata (Drap.) 

Etangs d'Ondres ( Landes ) , Ruisseau de la Yasse , 
Bayonne (Allées-Marines). Diverses var. G. G. G. 

50. Limnœa thermalis (Boub.). 
Bagnères-de-Bigorre, Ruisseau de Salut. G. 

51 Limnœa peregra (Gmel. sp.). 
Bayonne (fontaine d'Anglade), Ruisseau de la Yasse. C. 

52. Limnœa pellucida (Gassies). 
Tarbes (jardin Massé), Lourdes (fontaine au-dessus des 
grottes à ossements), Espélugues. G. 



— 81 — 

53. Limncea glabra (Miïll. sp.). 

Dans l'Adour, Montgaillard, près St-Sever (Landes). G. 

54. Physa fontinalis (Linn. sp.). 
Bayonne (Allées-Marines). 

55. Ancylus capuloïdes (Porro.). 

Tarbes (jardin Massé), Bagnères-de-Bigorre 9 Adour et 
ruisseau de Salut. G. G. G. 

56. Pîanorbis albus (Mull.). 
Bagnères-de-Bigorre, ruisseau et fontaine de Salut. 

57. Pîanorbis carinatus (Mull.) 
Bayonne (Allées-Marines). R. 

58. Pîanorbis contortus (Linn. sp.). 
Bayonne (faubourg, chez M. Detroyat). R. 

59. Pîanorbis septemgyratus (Ziegl . ) . 
Bayonne (Allées Marines). R. R. 

60. Pîanorbis submarginatus (Grist. etJan.) 

Bayonne (Allées Marines et faubourg, chez M. Detroyat). 
Etang de la Yasse (Landes) , ruisseau de Mouligna près 
Biarritz. C. G. G. 

61. Cyclos toma elegans(Mù\ 1. sp.) 

Partout, de Bayonne à Hendave , Cambo, Istatsou. 

C.C. G. 

62. Pomatias crassilabris (Dupuy). 

Bagnères-de-Bigorre, Lourdes. G. C. C. 

63. Pomatias obscurus (Drap, sp.) 

Bayonne (citadelle), Hendaye, St-Jean-de~Luz. C. G. G. 

64. Unio pictorum (Linn. sp.) 

Etangs dlvieux (Landes), lac de la Négresse, près Biar- 

rilz. R. 

6 



rr 82 - 

65. Unio littoralis (Drap.). 
Dans l'Adour, à Dax et en amont. C. 

66. Unio Requienii (Mich.). 
Dans l'Adour, à Dax et en amont. G. 

67. Anodonta complanata (Ziegl.). 
Dans l'Adour, à Dax. C. 

68. Anodonta cygnœa (Linn. sp.). 

Lac de la Négresse, près Biarritz. Ruisseau de Mouligua. C. 

69. Anodonta Normandi (Dup.) 
Lac de la Négresse près Biarritz. R. 

70. Cyclas cornea (Linn. sp.). 
Ruisseau de la Yasse (Landes). C. 

71. Cyclas fluvialis (Miill. sp.). 
Bayonne (Allées-Marines). R. 

72. Pisidium thermale (Dup.). 
Bagnères-de-Bigorre. Ruisseau et fontaine de Salut. R. 

N. B. Un autre pisidium se trouve dans les fontaines 
d'Anglade et les voisines à Bayonne, ainsi qu'à Cambo. Je 
n'ai pu le déterminer. 

Bagnères-de-Bigorre, 30 avril 1872. 



- 83 - 
DEUXIÈME NOTE 

sua 

LES DÉPOTS PHOSPHATÉS DU QUERCY 

Par M. Eugène TRUTAT. 



Lettre à M. Paul Gervais, professeur au Muséum. 

Toulouse, 5 juin 4 872. 
Monsieur, 

Je 'viens de lire dans la Revue des cours scientifiques un 
compte-rendu de la dernière séance de la Société géologi- 
que, dans laquelle vous avez parlé des ossements recueil- 
lis dans les carrières de chaux phosphatée du Quercy. 
Vous me permettrez de vous soumettre quelques obser- 
vations sur la manière d'être de ceux de ces dépôts qui 
sont fossilifères, et j'espère qu'alors disparaîtront les dif- 
ficultés d'explication que semble donner la réunion, dans 
une même station , d'espèces regardées comme d'âges 
différents. 

Dans une communication faite à l'Institut le \\ décem- 
bre dernier (1), j'avais déjà signalé les rapports qui existent 
entre la direction et la composition des gisements de phos- 
phorite du Tarn-et-Garonne, et j'avais cru devoir conclure 
que les dépôts à ossements étaient postérieurs aux dé- 
pôts phosphatés proprement dils. Depuis j'ai eu l'occasion 
de voir à nouveau les exploitations du Tarn-et-Garonne 
et celles du Lot, et je suis arrivé à des conclusions plus 
précises; mes dernières observations vont me permettre 
de démontrer qu'il existe plusieurs niveaux d'âges diffé- 

(1) Voir ci-dessus, p. 72. 



— 84 — 

rents, et que le mélange anormal d'espèces que vous avez 
signalé, n'est qu'apparent et provient de remaniements suc- 
cessifs. 

Voici très-succinctement le résultat de mes recherches. 

Un premier dépôt Geysérien de chaux phosphatée est 
venu remplir les fentes du calcaire ouvertes suivant une 
direction N. 25° E ( faille de la Bonnette), ces dépôts ne 
contiennent jamais de fossiles : aussi ne nous en occupe- 
rons-nous pas ici. 

Plus tard , une seconde faille se produit suivant une 
direction E.-O. (faille de Varen), et partout où les nou- 
velles fentes recoupent des dépôts phosphatés, un rema- 
niement se produit. En même temps une véritable éruption 
d'eaux fortement chargées d'acide carbonique, d'argile et 
de fer, vient dissoudre la chaux phosphatée et les parois 
calcaires environnantes; de nouveaux éléments sont en- 
core apportés à ce dépôt par des courants diluviens qui 
enlrainent à la fois du sable , des cailloux roulés et des 
débris d'animaux. Il y a donc remaniement des plus com- 
plexes dans ces dépôts ossifères et les débris fossiles qu'ils 
renferment ne donnent en rien l'âge des phosphates, ils 
ne peuvent que nous indiquer l'âge du manteau diluvien 
argileux rouge cà rares cailloux roulés de quartz laiteux, 
qui recouvre les Causses calcaires des bords S. -0. du pla- 
teau central. 

La diversité des faunes ainsi mêlées dans ce dépôt rema- 
nié semble indiquer également une très- longue durée dans 
ce phénomène d'apport des eaux diluviennes. Mais certains 
caractères vont nous permettre d'établir plusieurs catégo- 
ries dans les parties constituantes de ces amas et l'examen 
attentif des débris osseux nous servira à établir deux 
niveaux, abstraction faite des espèces auxquelles elles ap- 
partiennent. En effet, les uns sont entièrement transformés 
en chaux phosphatée, tandis que beaucoup d'autres ne 



- 85 — 

semblent avoir subi aucun changement de ce genre ; les 
premiers sont noirâtres , à cassure vitreuse, les seconds 
ont presque une physionomie calcaire et se rapprochent , 
comme aspect, de ceux que nous rencontrons dans nos 
calcaires tertiaires supérieurs du bassin sous-pyrénéen. 
Jusqu'à présent tous les ossements à physionomie phospha- 
tée que nous avons examinés appartiennent à des espèces 
d'une faune ancienne (paléothériens) , les autres sont plus 
récents ( rhinocéros, cainotherium). 

Nous pourrions donc déjà, par ce caractère, diviser en 
deux catégories les dépôts ossifères, comme nous avons 
été amenés à le faire pour les dépôts phosphatés ; les plus 
anciens pourraient être assez bien caractérisés par la com- 
position chimique des ossements ; ceux-là seraient Eocène. 
Les phénomènes de remplissage dont nous avons déjà parlé 
se seraient continués pendant presque toute la période 
tertiaire. 

La nature même de ces dépôts indique suffisamment 
la difficulté d'y trouver un élément complet de stratigra- 
phie, et, le plus souvent, chaque poche contient une seule 
sorte de débris osseux. Lorsqu'une même station fournit 
des ossements des deux catégories , il est à remarquer 
que les espèces récentes , à physionomie calcaire , occu- 
pent, d'une manière générale, les parties supérieures des 
poches (l'argile rouge), les ossements phosphatés, au con- 
traire, sont au bas. Ces derniers sont plus rares, plus frag- 
mentés que ceux des parties supérieures , mais , comme 
dans tout dépôt remanié, des os phosphatés occupent quel- 
quefois les parties supérieures et réciproquement. Pres- 
que toujours , enfin, le dépôt supérieur se confond telle- 
ment avec le dépôt inférieur, qu'il est fort difficile de les 
délimiter 

Dans un cas, cependant, j'ai pu, tout récemment, étudier 
une exploitation dans laquelle un lit de calcaire concré- 



86 — 

tionné stalagmitique sépare nettement le dépôt inférieur du 
dépôt supérieur; dans ce cas les couches supérieures ne 
contenaient que des débris osseux sans traces de transfor- 
mation phosphatée et faciles à caractériser ( rhinocéros , 
cainoterium, oiseau, tortue ). Les couches inférieures ne 
m'ont donné que des débris indéterminables, mais ils sont 
tous phosphatés ; d'autre part, nous avons reconnu que les 
ossements ainsi transformés appartiennent aux espèces les 
plus anciennes ; il nous est donc permis de dire qu'il y a 
bien réellement dans nos gisements de chaux phosphatée 
plusieurs niveaux fossilifères (au moins deux) d'âge diffé- 
rent et qu'ici il n'y a pas d'exception à la loi de répartition 
des espèces qui servent à caractériser l'âge des différentes 
couches du globe. 

Veuillez, etc. 



- 87 



ETUDE 



SUR 



LES FILTRES ET SUR L'EAU 

DES FONTAINES DE TOULOUSE 



Par M. le Dr Feux GARRIGOU. 



INTRODUCTION. 

A la suite d'un grand accroissement de la population 
Toulousaine, la quantité d'eau fournie par les filtres d'Au- 
buisson pour l'alimentation des fontaines de Toulouse 
sembla insuffisante à la municipalité chargée d'administrer 
la ville. Sous les auspices de M. de Campaigno, maire, on 
avait entrepris de construire de nouveaux filtres pour parer 
au défaut des premiers et aussi dans l'espoir de subvenir 
aux besoins plus pressants de la population. M. Filhol, 
devenu maire, continua ces travaux. 

La fin de la construction des nouveaux filtres fut mar- 
quée par un changement complet dans la nature de l'eau 
que l'on buvait à Toulouse. Tandis que l'eau des filtres 
d'Aubuisson était d'excellente qualité, celle que fournis- 
saient les nouvelles galeries avait fini par acquérir un 
goût détestable qui suscita des réclamations générales. 

Une Commission fut alors nommée par M. le maire Ebelot, 
dans le but de chercher à connaître les causes du mal qui 
menaçait de priver la population d'une eau saine et fraîche, 
et pour indiquer le remède à opposer à cet inconvénient. 

Après avoir suivi les actes de cette Commission, sans en 



— 88 - 

faire partie, après avoir entendu plusieurs des membres 
de cette Commission, déclarer qu'on ne pouvait arriver à 
saisir la cause du mal, je n'hésitai pas à dire qu'un seul 
moyen pouvait permettre de résoudre les problèmes posés 
à la Commission des eaux : c'était d'entreprendre l'étude 
chimique, mais surtout géologique, du gisement de la nappe 
d'eau qui alimentait les filtres. 

Après une absence de deux mois, je rentrai à Toulouse 
dans les derniers jours du mois de janvier 1872. Mon premier 
soin fut de m'informer des progrès faits par la Commission 
des eaux depuis mon départ. J'appris par les mêmes mem- 
bres de la Commission, auxquels je m'étais déjà permis de 
donner mon opinion, que les efforts accomplis jusqu'à ce 
jour étaient restés infructueux. La cause du mal et, par 
suite, le remède à lui opposer étaient encore tout-à-fait 
inconnus. 

Mis au courant des essais chimiques entrepris sur les 
eaux des filtres, édifié sur les résultats obtenus, je n'hésitai 
pas à dire à M. Bibent, adjoint, que la géologie et la chimie 
comparées pouvaient seules convenablement éclairer la 
grave question qui était à l'étude, et qu'enfin les procédés 
opératoires employés par les deux chimistes attachés à la 
Commission étant tout-à-fait fautifs ne pouvaient sérieuse- 
ment rien démontrer d'exact. J'exposai en même temps, à 
M. Bibent, que pour moi l'infection de l'eau des filtres, 
venait, de ce que le creusement de ces derniers à un niveau 
inférieur à celui des filtres d'Aubuisson avait forcément 
amené dans les nouvelles galeries la nappe d'eau des puits 
de Saint-Cyprien, eau déjà infectée, comme le sont, d'après 
M. Boussingault, toutes les eaux des puits des grandes 
villes, et dont l'insalubrité était augmentée par suite de son 
passage dans le sous- sol artificiel de la prairie Vivent 

M. Bibent me dit alors que M. Desplas, ancien conduc- 
teur des travaux de la prairie des filtres, croyait également 



- 89 — 

que les nouvelles galeries recevaient des eaux étrangères 
aux infiltrations de la Garonne, traversant, avant d'arriver 
dans les filtres, un banc de vase tourbeuse qui lui fournis- 
sait ses propriétés infectantes. 

M. Bibent fut frappé de la corrélation qui existait entre 
ma manière de voir et celle de M. Desplas. 

Cet administrateur de la ville de Toulouse m'ayant prié 
de vouloir bien faire partie de la Commission des eaux, 
j'acceptai son offre. 

J'ai consacré à l'étude des eaux de Toulouse les mois de 
février, mars, avril et mai de la présente année. Pour 
éviter toute discussion possible (je ne parle pas des chica- 
nes que le mauvais vouloir fait naître toujours), je n'ai pas 
hésité à faire vérifier certains de mes dosages par des hom- 
mes choisis parmi les plus remarquables de ceux qui s'oc- 
cupent, en France, d'analyser les eaux de toute sorte. J'ai 
mis à la recherche des substances que j'avais à doser tout le 
soin et toute la rigueur possibles. J'ai fait soit à la balance 
soit avec les liqueurs titrées près de 2,000 dosages. Je n'ai 
pas craint de travailler bien souvent jusqu'à 18 heures con- 
sécutives dans mon laboratoire pour ne pas abandonner des 
opérations commencées. En un mot, j'ai voulu portera mon 
travail la conscience qu'on doit avoir dans des recherches 
intéressant non seulement la science , mais surtout une 
population dont la santé était gravement menacée. 

Le travail que je publie aujourd'hui a été lu et approuvé 
par des ingénieurs, des géologues et dos chimistes qui 
m'ont engagea le publier immédiatement. Jespère qu'il sera 
de quelque utilité, non seulement pour la ville de Toulouse, 
mais pour toutes, les grandes villes qui se trouvent dans la 
même situation que cette dernière. 



- 90 - 

CHAPITRE PREMIER. 

Aperçu géologique sur les vallées sous -Pyrénéennes, au point de 
vue du gisement des sources et des nappes d'eau souterrai- 
nes. Conséquences de l'étude géologique de la vallée de la 
Garonne, à Toulouse. 

Avant d'aborder une question aussi spéciale que celle 
dont j'ai à m'occuper, il est de toute nécessité, surtout 
lorsqu'on s'adresse à des masses, d'entrer dans quelques 
explications générales, afin de pouvoir taire comprendre la 
suite d'un raisonnement basé sur des faits d'observation et 
d'expérience, et conduisant à des conclusions pratiques 
d'un grand intérêt. 

Pour être facilement suivi dans l'étude que je vais entre- 
prendre, je dois poser quelques principes de géologie faciles 
à comprendre. 

Les grandes vallées descendant du sommet des chaînes 
de montagnes se divisent naturellement en deux portions : 
l'une dans laquelle les rivières courent à travers les roches 
escarpées et disloquées ; elle porte le nom de vallée de frac- 
ture. L'autre, la vallée d'érosion conduit jusqu'à la mer les 
cours d'eau coulant avec lenteur sur un sol presque hori- 
zontal. Ce sol a été recouvert par les débris plus ou moins 
roulés des roches entraînées par les eaux du sommet des 
montagnes. Le sol des vallées de fracture a été tourmenté 
et violemment entr'ouvert par suite des mouvements de 
Pécorce solide du globe. Celui des vallées d'érosion formé 
depuis les dernières révolutions geologiques.de notre planète, 
a été simplement creusé, entamé par les cours d'eau tumul- 
tueusement descendus des montagnes. Les vallées d'érosion 
font toujours suite aux vallées de fracture. La pente générale 
de ces vallées étant au maximum dans le cœur des monta- 



- 91 - 

gnes, est au minimum dans les plaines, elle devient nulle 
sur les bords de la mer. 

Pour donner un exemple pratique, je prendrai la vallée 
de l'Ariége et je la suivrai depuis son origine au milieu des 
Pyrénées, jusques à sa jonction avec la Garonne qui la 
conduira à l'Océan. De l'Hospitalet à Varilhes, sur une 
longueur de 68 kilomètres, l'Ariége a une chute de 800 
mètres environ. Elle coule sur tout ce parcours dans la val- 
lée de fracture. Depuis Varilhes jusqu'à la mer, sa longueur 
étant de 300 kilomètres, sa chute est de 300 mètres seu- 
lement, elle forme la vallée d'érosion, au milieu des plaines 
immenses du bassin sous- Pyrénéen. 

La constitution physique des roches et des éléments 
divers qui composent soit la vallée de fracture, soit la vallée 
d'érosion doit nous arrêter un moment. 

La vallée d'érosion est constituée par des roches soit schis- 
teuses, soit granitiques, soit calcaires , plissées dans divers 
sens à la façon des feuillets d'un cahier épais que l'on ser- 
rerait horizontalement entre les deux mains. Le sommet 
des courbes a été souvent rompu, brisé, de sorte que les 
plans d'inclinaison des roches ressemblent, dans ce cas, à 
des séries de planchettes juxtaposées et inclinées soit dans 
un sens, soit dans un autre. Dès que l'on arrive, au con- 
traire, dans la vallée d'érosion, les roches qui n'ont été 
que fort peu tourmentées par les mouvements de la croûte 
terrestre, sont restées presque horizontales, ce qui forme 
un contraste frappant avec celles de la vallée de fracture. 
C'est ainsi que les choses ont lieu dans les Pyrénées. On 
peut représenter le fait par la coupe suivante, toute théo- 
rique (fig. \, pi. 1). 

La figure montre les roches redressées et fracturées pas- 
sant sous les roches horizontales. C'est ainsi que les choses 
se passent dans tous les cas. Et en effet, en creusant des 
puits assez profonds pour traverser les terrains horizontaux, 



- 92 - 

on arrive à retrouver au-dessous les roches verticales plus 
anciennes 

Il importe beaucoup, avant d'aller plus loin, d'étudier 
l'état plus ou moins grand de perméabilité des terrains 
horizontaux qui forment les plaines du bassin Sous-Pyrénéen, 
puisque ce sont les eaux coulant sur ces terrains que nous 
avons à suivre, soit à la surface du sol, soit dans les couches 
inférieures. 

Si Ton fait une tranchée de quelques mètres de profon- 
deur dans un point quelconque des plaines du bassin Sous- 
Pyrénéen, dans la plaine de Toulouse, par exemple, on 
trouve d'une manière régulière, en allant de la surface 
dans les profondeurs : 1° Une couche d'épaisseur variable 
de terre végétale ou de lœss (boulbène des paysans) ; 2° des 
alternances de cailloux roulés plus ou moins gros, et de 
sable ; 3° une roche calcaire, en général assez dure, à la su- 
perficie de laquelle on voit souvent couler les fleuves de la 
région que j'examine. Cette roche prend, suivant les loca- 
lités, les noms de tuf, de balme, de marne, de molasse, de 
grépio, etc. 

Ce tuf qui appartient à ce que l'on appelle, en géologie, le 
terrain miocène (partie moyenne des terrains tertiaires) est 
généralement imperméable, de sorte que de l'eau versée à 
sa surface ne disparait que par suite de la déclivité du 
terrain ou après avoir été évaporée par le soleil ou par le 
vent. Elle n'est nullement absorbée comme lorsqu'on la 
verse sur des cailloux ou sur du sable. 

Les terrains supérieurs à ce tuf, plus récents que lui, et 
d'époque quaternaire, c'est-à-dire les cailloux roulés et les 
sables, absorbent au contraire l'eau versée, à leur surface, 
à la façon d'une véritable éponge. 

Il suit delà que si un cours d'eau coule sur les coucbes 
perméables, et c'est ce qui arrive presque toujours, une 
partie de l'eau pénétrant à travers les cailloux et les sables 



— 93 — 

doit forcément descendre dans la niasse jusqu'à ce qu'elle 
rencontre les roches imperméables tertiaires, à la sur- 
face desquelles elle s'arrêtera, pour suivre leur plan de 
déclivité 

Ainsi donc les plaines du bassin Sous- Pyrénéen se com- 
posent de deux éléments : 4° Un sol perméable composé 
surtout de terre végétale, de sables et de cailloux roulés, 
absorbant l'eau à la façon d'une éponge, et reposant direc- 
tement sur 2° un sous-sol imperméable constitué par des 
calcaires plus ou moins argileux et marneux. 

Ce sol et ce sous-sol ont une pente dirigée des Pyrénées 
vers la mer. 

Si les surfaces respectives de l'un et de l'autre de ces 
terrains étaient parfaitement unies, il s'ensuivrait que la 
recherche de l'eau dans les couches inférieures des dépôts 
de cailloux ne présenterait aucune difficulté; il suffirait de 
creuser, dans un point quelconque du voisinage d'un fleuve, 
un puits jusqu'à la rencontre de la molasse pour y retrou- 
ver la nappe d'infiltration formée par le fleuve. Mais il n'en 
est pas toujours ainsi. Les recherches faites dans de sem- 
blables conditions permettent de voir que l'écartement de 
ces infiltrations varie beaucoup par rapport aux rives des 
fleuves. C'est surtout la nature du sol traversé qui influe 
sur la distance des infiltrations à gauche et à droite du 
cours d'eau. 

Pour expliquer la marche de ces infiltrations dans le sol, 
supposons les conditions établies dans la fig. 3, pi. 3. 

Une vallée DD' est creusée dans la molasse M et remplie 
en partie par les alluvions A, composées de sable et de 
cailloux roulés purs. Dans le milieu de ces alluvions un 
cours d'eau F a creusé son lit. Dans sa marche, ce cours 
d'eau imbibe les cailloux roulés et les sables ; il se forme des 
infiltrations. 

Si la quantité d'eau débitée par le cours d'eau était assez 



- 94 - 

considérable, et si la largeur de la vallée était de peu 
d'étendue, ces infiltrations pourraient complète ment remplir 
la vallée à travers les alluvions, et le niveau de l'eau d'in- 
filtration serait, dans ce cas, le même que celui du cours 
d'eau ; c'est-à-dire que la ligne AA' se prolongeant en B et 
B' indiquerait le niveau de cette nappe souterraine. Mais le 
volume d'eau infiltré de la rivière n'étant pas suffisant pour 
imbiber complètement les alluvions, lorsque les vallées 
sont fort larges, il s'ensuit qu'une seule partie de ces allu- 
vions est atteinte par les infiltrations. Celles-ci se faisant 
d'après les lois de la pesanteur, et la pression du cours 
d'eau s'exerçant latéralement et verticalement, il arrivera 
que les infiltrations maximum se produiront au-dessous de 
la rivière, tandis qu'elles seront au minimum sur les bords 
du lit. Elles se limiteront donc tout autour de la nappe, 
coulant librement et constituant le cours d'eau. Mais les 
frottements produits par l'eau contre les cailloux et les sa- 
bles à travers lesquels elle s'infiltre diminueront la force 
d'impulsion due à la pression latérale du fleuve; cette force 
diminuant, le volume d'eau d'imbibition diminuera lui aussi 
à mesure que l'on s'écartera des bords. Et comme finale- 
ment les lois de la pesanteur solliciteront la masso d'eau 
infiltrée vers la surface de la molasse, il s'ensuivra que les 
lignes horizontales théoriques d'imbibition AB et A'B' seront 
transformées en lignes inclinées ac et aie' . 

Il pourra donc arriver qu'en creusant des puits le long 
d'un fleuve, dans un point voisin de G ou de G', on ne 
trouve qu'une faible quantité d'eau. Pour se rendre un 
compte exact de ce que l'on pourra obtenir, il faudra sur- 
tout étudier l'état de perméabilité plus ou moins grande des 
alluvions, non seulement dans le point choisi pour la re- 
cherche d'eau, mais encore aux environs. 

Mais les surfaces soit du sol imperméable, soit du sol 
perméable, sont loin d'être régulières. Bien au contraire, 



- 95 — 

l'irrégularité est la règle générale, et cette irrégularité rend 
très difficile la recherche des sources dans les pays de 
plaine. 

Eludions à ce point de vue la plaine de la Garonne, et 
voyons de combien d'éléments peuvent se composer les 
courants d'eau souterrains qui coulent à la surface de la 
couche imperméable formant le sous-sol delà vallée. 

Pour cela, supposons qu'une immense tranchée ait été 
ouverte dans la direction E. , depuis les coteaux de 
Pech-David jusqu'aux coteaux les plus élevés qui séparent 
les plaines de Toulouse de celles de l'Isle-en- Jourdain (1). 
Etudions d'abord la nature et l'allure des couches mises 
à découvert, et représentées en grand dans le diagramme 
(pi. 4, fig. 2). 

Le terrain miocène, la molasse, que j'ai désignée par la 
lettre M, forme le sous-sol de toute la région, et supporte 
les énormes dépôts de cailloux roulés qui constituent le 
sol de la plaine. Avant la formation de l'immense fossé 
creusé entre a et a' et avant le dépôt successif des nappes 
de cailloux roulés que j'ai désignées par les lettres d, d\ 
c/ 2 , d 3 , ci 4 , il n'y avait aucune solution de continuité 
entre les couches miocènes ; de a en a', la surface de la 
molasse était absolument uniforme. Un cours d'eau, pro- 
bablement très volumineux, descendu des Pyrénées, alors 
couvertes d'immenses glaciers, entraînant avec lui des 
masses de cailloux quartzeux, a commencé à creuser le 
sol miocène jusque là intact, laissant ces cailloux quartzeux 
d comme témoins de son passage et de son œuvre. Ce cours 
d'eau, limitant peu à peu son action par suite de la dimi- 
nution de son volume, et roulant avec lui, non seulement 

(i) Les études géologiques exécutées jusqu'à ce jour permettent de 
bien connaître le sol et le sous-sol de cette région de la plaine de la 
Garonne. J'ai négligé de représenter les cours d'eau secondaires qui cou- 
pent les terrasses de cailloux roulés pour ne pas faire de complication. 



- 96 - 

des cailloux quarlzeux, mais aussi des cailloux granitiques, 
a déposé peu à peu les nappes de galets et de lœss for- 
mant les terrasses d* t d 2 , d 3 , d 4 . Il a creusé de plus en 
plus le terrain miocène sur les points où son action érosive 
était la plus concentrée. Il est résulté de cette série d'éro- 
sions et de remplissages successifs opérés par le fleuve, 
une série de creusements et de dépôts ayant dans leur 
ensemble la forme d'un escalier dont les marches immen- 
ses ont une ancienneté décroissante avec leur niveau res- 
pectif. La terrasse ,i étant la plus élevée et la plus ancienne, 
la terrasse d'* ei môme d$ serait la plus récente. 

Voyons maintenant comment se comportent dans ces 
terrains de dépôt les nappes d'eau souterraines. Pour peu 
que l'on se livre à l'étude des puits creusés dans ces divers 
plateaux of, cH, (i 2 , etc., dans le but de fournir de l'eau aux 
habitants de ces plaines, en général dépourvues de sources 
jaillissantes, il est facile de constater que la profondeur 
des puits d'une même région est loin d'être la même. C'est 
que l'eau, suivant les lois de la pesanteur, descend à tra- 
vers les couches de cailloux roulés jusque sur la molasse 
qui la retient par suite de son imperméabilité. Il est donc 
permis de conclure de ce fait que la molasse, au lieu d'of- 
frir partout une surface unie, présente, au contraire, des 
creux et des élévations qui prouvent qu'elle a été usée 
inégalement. Il résulte de là que, tandis que dans un creux, 
on rencontre de grandes quantités d'eau . tout à côté une 
protubérance de la molasse empêche complètement le 
sol alluvien de se trouver dans la zone aquifère. 

La figure 3 de la planche 1 va donner une idée du fait 
que je viens de formuler : 

Les puits P, P', P" sont creusés dans les dépôts de cail- 
loux roulés jusque sur la molasse. Tandis que le puits P a 
atteint une profondeur plus grande que les deux autres, et 
a traversé une nappe d'eau assez épaisse parce qu'un creux 



- 97 — 

de la molasse en est rempli, le puits P", qui a rencontré la 
molasse à une profondeur moindre, n'est alimenté que par 
une couche d'eau plus faible, et le puits P', qui s'est arrêté 
sur un monticule assez proéminent de la molasse, s'est 
trouvé complètemeut à sec. 

Celte inégalité de la surface de la molasse permet d'ex- 
pliquer plusieurs phénomènes se rattachant d'une manière 
directe à l'étude des nappes d'eau souterraines, phénomè- 
nes dont il est indispensable de se rendre compte dans une 
étude du genre de celle que j'entreprends. 

Les bassins successifs qui peuvent résulter de cette usure 
inégale de la surface delà molasse tertiaire communiquent 
généralement entre eux par des canaux, par des trop- 
pleins, qui font que, lorsqu'un bassin s'est rempli, l'excès 
de l'eau trouvant un déversoir se rend dans un second 
bassin, puis dans un troisième. Mais il peut se faire que 
des surélévations plus ou moins allongées séparent longi- 
tudinalement un ou plusieurs bassins collatéraux alimen- 
tes par une même source initiale. Dans ce cas, le niveau 
de l'eau dans ces bassins dépendra du niveau du point 
d'écoulement de l'eau à leur sortie. Si l'un de ces deux 
points est inférieur à l'autre, le niveau de l'eau dans les 
bassins sera inégal, quoiqu'ayant la même origine. 

On peut expliquer, par ces faits, la difficulté que l'on 
éprouve quelquefois à obtenir par des tranchées faites dans 
une plaine, comme celle de Toulouse, la quantité d'eau 
que l'on pouvait espérer y trouver. On peut également 
expliquer, par ces données fournies par l'expérience, com- 
ment il arrive souvent que l'épuisement complet d'une 
nappe aquifère ne diminue en rien le débit d'une nappe 
voisine, mais à niveau différent. 

Nous verrons dans un chapitre subséquent combien il est 
utile d'avoir de tels renseignements, qu'une étude pratique 
peut seule donner, lorsque l'on veut réunir toute l'eau d'une 

7 



— 98 - 

nappe souterraine dans des vallées semblables à celles qui 
sillonnent le bassin Sous Pyrénéen. 

Mais poursuivons l'étude de ces courants souterrains et 
faisons voir d'abord que ces nappes d'eau ne sont pas sta- 
tionnâmes, qu'elles ont un mouvement de translation très 
prononcé, quelquefois même très rapide. Le meilleur moyen 
de se rendre compte de cemouvemeutestde vider complè- 
tement un puits. Une fois que l'eau est épuisée, il en arrive 
une nouvelle quantité, le puits se remplit de nouveau et 
cela sans porter préjudice à des puits voisins alimentés par 
le même courant. Dans le voisinage de la Fourguette, les 
sources souterraines sont même tellement abondantes 
qu'elles charrient du sable dans le fond de certains puits, où 
les petits cailloux sont eux-mêmes mis en mouvement. 

Puisque les eaux souterraines coulent à la façon d'un 
fleuve, mais avec une lenteur différente, il est utile de savoir 
dans quel sens se fait le mouvement de translation. L'exa- 
men général d'une contrée donne promptement la solution 
de ce nouveau problème. 

La pente de l'ensemble des plateaux d, d\ d 2 , cP, etc., 
se dessine nettement dans le sens du fleuve actuel ; celui ci 
suit à peu près dans sa marche le talweg, c'est-à-dire le 
point le plus creusé de la vallée Les nappes d'eau souter- 
raines des plateaux supérieurs ont donc une tendance à 
s'écouler vers le fleuve. 

Si nous examinons la vallée de la Garonne à Toulouse, 
et si les observations que je viens de faire sont exactes, 
nous devons retrouver au pied de chacune des terrasses 
e/, d* d 2 , etc., des sources abondantes coulant à ciel ouvert 
et venant se rendre finalement dans les alluvions qui for- 
ment le sol de la terrasse sur laquelle coule la Garonne. 
C'est, en effet, ce que nous voyons ; et pour ne parler que 
des sources les plus connues, je citerai les sources de la 
terrasse d 2 de Lardenne, venant sourdre au point e de la 



- 99 - 

figure 2, continuant leur chemin au contact du sous sol de 
la terrasse d 3 pour venir sourdre à Perpan et au Polygone 
au point c. De là, descendant toujours à travers les allu- 
mions delà terrasse d 4 , elles alimentent tous les puits de 
Saint-Cyprien et viennent enfin se perdre dans le talweg 
avec la Garonne. 

Mais la pente générale vers le fleuve n'est pas la seule. 
Il y a encore une pente générale vers la mer. 

La combinaison de ces deux sortes de pentes fait, par 
exemple, que les sources souterraines, partant du pied du 
plateau d% à la Cipière, au lieu de venir sourdre direc- 
tement (pi. 1, fig. 4) dans la Garonne, en suivant la 
perpendiculaire a, y arrivent sous l'inclinaison de la 
flèche b. 

Il est indispensable dç poser la question de la prove- 
nance de ces nappes d'eau souterraines, dans le courant 
du chapitre actuel. Je n'hésite pas à dire qu'on ne peut 
trouver que deux sources d'alimentation à ces courants 
souterrains : la pluie et les cours d'eau superficiels. 

Lorsque l'eau tombe de l'atmosphère, soit sous forme de 
pluie, soit sous forme de neige, une partie de cette eau 
imbibe les terrains qui la reçoivent, elle les pénètre et s'y 
accumule ; une autre portion glisse à la surface de la terre 
et vient augmenter le volume des ruisseaux et des fleuves. 
Les terrains très perméables, tels que les plateaux des envi- 
rons de Toulouse, absorbant l'eau comme le ferait une 
éponge, forment un vrai réservoir d'alimentation pour les 
sources. Aussi voit-on celles-ci très sensiblement diminuer 
avec l'absence prolongée des pluies, pour augmenter de 
nouveau lorsque les pluies deviennent abondantes. 

Les fleuves, ainsi que je l'ai dit plus haut, en coulant sur 
les alluvions perdent une partie de leur eau qui pénètre au 
loin en aval, à travers les cailloux roulés et les sables. De 
là une nouvelle cause de formation des nappes d'eau sou- 



__ 100 — 

terraines. Ce sont surtout ces nappes d'eau dépendant du 
voisinage des fleuves qui ont été exploitées par l'alimen- 
tation des fontaines des grandes villes. Elles n'existent géné- 
ralement avec un grand développement que dans les terrains 
inférieurs des grandes vallées. Cependant il suffit qu'un 
cours d'eau coule sur l'une des terrasses alluviennes, pour 
que le phénomène de l'infiltration naturelle se produise. 

Ces données conduisent naturellement à se demander de 
quelle façon se comportent respectivement les nappes sou- 
terraines des deux origines, lorsqu'elles existent toutes deux 
dans la même vallée. C'est surtout leurs surfaces de contact 
qui doivent présenter les phénomènes les plus importants à 
connaître pour l'étude que nous poursuivons. 

La figure suivante (pi. 2, fig. 5) va permettre d'établir les 
faits que l'on peut constater au- contact des deux nappes 
aquifères. 

Représentons par la couleur jaune la nappe d'eau souter- 
raine venant des coteaux de la Gipièie et de Perpan à Tou- 
louse, et, par la couleur bleue, la nappe d'eau d'infiltration 
venant de la Garonne. La nappe d'eau de la Cipière mar- 
che dans le sens de la flèche a vers le talweg et le fleuve, 
en vertu des simples lois de la pesanteur. La nappe d'eau 
d'infiltration de la Garonne, en vertu de la pression exercée 
par le fleuve, marche, au contraire, en sens inverse, dans 
le sens de la flèche b. Il arrivera donc un moment où les 
deux eaux se mélangeront d'après des règles connues, celles 
des densités et du mouvement des liquides. Et tandis que, 
dans le voisinage du fleuve, l'eau d'infiltration, plus légère 
que l'eau de la nappe des coteaux (1) et animée d'un mou- 
vement de translation plus rapide, glisse au-dessus de cette 
nappe d'eau souterraine en se mélangeant incomplètement à 

(1) Toutes les eaux descendant des coteaux, surtout après leur pas- 
sage dans les villes, renferment une bien plus grande quantité d'éléments 
salins que les eaux des fleuves. Elles sont donc plus denses. 



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- 101 - 

elle ; à mesure que l'on seioigne du fleuve, le mélange 
s'opère de plus en plus, et en se rapprochant des coteaux, 
la nappe d'eau qui en provient finit par dominer dans le 
mélange. On a donc, outre les deux eaux d'origine 
différente, une série de couches, représentées en vert sur la 
pi. #, fig. 2, qui auront une composition chimique moyenne 
rappelant celle des deux eaux primitives. Cette composition 
rappellera de plus en plus celle de l'eau du fleuve si. l'on se 
rapproche de celui-ci, tandis qu'en s'en éloignant on retrou- 
vera une eau rappelant tout-à-fait celle des coteaux. 

C'est, en effet, ce qu'indique l'analyse chimique de la 
façon la plus formelle et la plus irrécusable. 

Une fois l'équilibre établi dans les couches d'eau mélan- 
gées, cet équilibre se maintient tant que le régime du 
fleuve et celui de la nappe souterraine restent les mêmes. 
Mais si la quantité des eaux d'infiltrations ou de celles des 
coteaux augmente, il en résulte une rupture d'équilibre en 
faveur de l'eau la plus abondante. 

Ces principes une fois posés, nous pouvons pousser plus 
loin les investigations qui nous sont nécessaires pour l'étude 
spéciale que nous avons abordée. 

Les nappes d'eau souterraines forment, en bien des 
points, au pied des coteaux, des sources coulait en plein 
air. Souvent aussi, dans la plaine de la Garonne , aux 
environs de Toulouse, des travaux de défoncement ont mis 
à nu sur une grande surface ces eaux courant dans l'in- 
térieur du sol. Au pied du coteau de Perpan, en avant 
et en arrière de la butte du Polygone, dans le quartier 
Saint-Michel , etc., etc., de grandes mares d'eau, sta- 
gnantes en apparence , mais alimentées pir des sources 
souterraines, existent depuis des années. Ces eaux sont 
généralement limpides; les seules plantes qui y croissent 
sont la lentille d'eau et quelques autres ; et le goût de ces 
eaux, quoique légèrement terreux, n'est jamais infect. 



— 102 — 

Celle remarque, dont l'exactitude peut être vérifiée bien 
facilement, est très-importante. J'ai cru devoir la faire ici, 
car elle est appelée , dans l'un des chapitres suivants , à 
venir jeter une grande lumière sur le problème que nous 
avons à étudier : la cause de la naissance et du dévelop- 
pement de l'algue, que nous accusons , à juste titre , 
d'être la manifestation de l'infection de l'eau des filtres 
de Toulouse. 

CHAPITRE II. 

Etude comparative des filtres d'Aubuisson et des nouveaux 
filtres de la prairie. 

Il me serait impossible d'entrer avec fruit dans les détails 
de l'installation comparée des filtres anciens et nouveaux 
de Toulouse, si je ne faisais auparavant une étude géologique 
succincte du terrain qui compose la prairie des filtres. Or, 
pour faire cetie étude, il m'a été impossible de trouver dans 
d'Aubuisson des renseignements suffisants. Il y a dans le 
Mémoire, si intéressant, d'ailleurs, du savant ingénieur , 
une lacune fort regrettable à ce sujet. Il a donc fallu s'en- 
tourer de renseignements de toutes sortes pour arriver à 
formuler une étude à peu près exacte. J'ajouterai que j'ai 
inutilement cherché à me procurer la coupe géologique 
qu'auraient dû relever les ingénieurs auxquels avait été 
confié le soin de faire l'énorme tranchée pour l'installation 
du filtre nouveau . Ces coupes n'ont pas été recueillies. 

Je dois les renseignements que je vais mettre au jour, 
un peu à ce que j'ai pu étudier par moi-même, et aussi 
à lM. Cantié, surveillant des travaux des filtres. Cet intel- 
ligent ouvrier avait eu , malheureusement pour lui , le 
talent de voir assez clair dans les travaux exécutés pour 
comprendre les fautes que l'on faisait dans l'énorme tra- 
vail qu'il était chargé de surveiller. Il voulut en avertir 



- 103 - 

ceux qui les commettaient ; on le mit à la porte (1). 
M.Desplas, conducteur des ponts-et-chaussées , attaché 
aux travaux de la prairie des filtres, a donné également 
à la Commission des eaux quelques renseignements géo- 
logiques intéressants. 

Avant tout, maintenant, il me paraît important de rap- 
peler la constitution de la prairie des filtres, avant qu'elle 
fût ce qu'elle était du temps de d'Aubuisson, et ce qu'elle 
est aujourd'hui. 

Une carte, dont je donne ici la reproduction (pi. 5), nous 

(1) Je considère comme un devoir pour moi de raconter ici ce qui 
m'est arrivé avec M. Gantié au sujet de l'étude des filtres de Toulouse. 

Lorsque j'eus exposé à la Commission des eaux mes idées scientifiques 
sur la cause qui avait produit le mal existant dans les filtres, plusieurs 
de mes confrères de la Société d'Histoire Naturelle de Toulouse me prièrent 
d'expliquer à la Société les faits scientifiques que j'avais observés. Par 
respect pour la Commission et pour éviter de faire causer dans le public 
de choses qui ne devaient pas manquer d'exciter la curiosité, les com- 
mentaires et les passions, je priai le zélé et savant secrétaire de notre 
Société, M. Cartailhac, de ne pas parler de ma communication dans le 
procès-verbal à donner aux journaux. Pendant trois semaines je résistai 
aux demandes qui m'étaient faites à ce sujet. Ce ne fut que sur les instances 
de l'administration municipale que je consentis à faire un résumé de ma 
communication et à le donner au secrétaire pour le laisser insérer dans 
le procès-verbal de la séance que Ton devait donner aux journaux. 

Le jour même où le public put avoir sous les yeux le texte de ma 
communication, on avait la bonté d'envoyer dans mon laboratoire un 
homme qui, m'avait-on dit, me donnerait de précieux renseignements 
sur les nouveaux filtres. Cet homme, c'était M. Cantié. Cet ancien employé 
des ponls et chaussées ne connaissait pas encore ma communication à la 
Société d'Histoire Naturelle. Je la lui donnai à lire; et après que je lui 
eus expliqué au moyen d'une figure faite au tableau la façon dont je 
croyais qu'on avait introduit dans les filtres l'eau de la nappe inférieure 
de Saint-Cyprien, M. Cantié ne put s'empêcher de s'écrier avec un accent 
de véritable joie : « Monsieur, moi j'ai vu la chose pendant que je 
surveillais, et vous, grâce à la science géologique, vous l'avez devinée. » 
M. Cantié me remit alors un Mémoire qu'il venait de rédiger, et dans 
lequel il débute en disant que les travaux exécutés n'ont servi qu'à 
conduire l'eau des puits de Saint-Cyprien dans les'filtres. 



- 104 - 

montre, en l'année 1766, la prairie des filtres composée 
alors de trois îlots juxtaposés et baignés de toute part 
par la Garonne Les abords de ces îlots devaient forcé- 
ment recevoir des dépôts vaseux et mélangés de détritus 
de toute sorte, ainsi que nous le voyons encore actuelle- 
ment sur les rives voisines du fleuve. Des cailloux roulés 
et des sables recouvrant à leur tour ces dépôts, devaient 
former une alluvion composée de couches alternantes 
vaseuses et caillouteuses. Peu à peu les intervalles des 
îlots se sont comblés à mesure que les dépôts se for- 
maient, soit naturellement, soit aussi par la main de 
l'homme ( ainsi que cela est arrivé pour le ramier Vivent), 
et finalement la prairie des filtres s'est trouvée formée. Des 
inondations résultant des grandes crues annuelles ont dû, 
ainsi que cela se voit encore, venir déposer des limons 
auxquels se mélangeaient les débris de la végétation de 
la prairie. Un sol composé d'éléments hétérogènes s'est 
ainsi trouvé constitué naturellement, et l épaisseur de cette 
terrasse a dû insensiblement augmenter de quelques mil- 
limètres après un certain nombre de crues. 

C'est dans ce sol ainsi composé que l'ingénieur d'Au- 
buisson a eu à creuser ses filtres. Les galeries ayant une 
pcînte du sud au nord, pour faciliter l'écoulement de l'eau 
vers le Château d'Eau, il s'ensuit que tous les points des 
filtres ne se trouvent pas à une même distance de la sur- 
face du sol. 

Grâce à M. Cantié, je puis mettre sous les yeux de mes 
lecteurs une coupe comparative des filtres d'Aubuisson 
et des filtres nouveaux. La partie du filtre d'Aubuisson, qui 
est ici représentée fig. I , pi. 2, n'est pas la même que celle 
donnée par l'ingénieur dans son Mémoire imprimé par 
l'Académie des Sciences de Toulouse. C'est une portion 
retrouvée au fond de la galerie de la prairie près le tam- 
pon , et qu'on a démolie. Il ne faut donc pas s'étonner si 



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— 105 — 

la cote de 4 m ,30 environ que l'on retrouve comme hauteur 
du radier du filtre au-dessous de la surface du sol de la 
prairie, diffère de celle de 3 m , 60 indiquée dans le Mémoire 
de d'Àubuisson pour la même partie du filtre, c'est-à-dire 
le radier. La cote de d'Aubuisson est prise dans une por- 
tion amont du filtre, la cote de M. Cantié est prise dans 
une portion aval. La pente de la galerie explique cette dif- 
férence. 

Gomme on peut le voir , l'ensemble géologique de la 
prairie se compose d'une première couche supérieure for- 
mée par du sable, de la vase, de la terre végétale et un 
peu d'humus. M. Cantié lui donne le nom de couche de 
sablon. Au-dessous se trouve une assez forte épaisseur 
de terre végétale mélangée de couches irrégulières de 
débris végétaux et de racines. Au-dessous encore com- 
mence une forte épaisseur de cailloux roulés mélangés à 
du sable plus ou moins grossier ainsi qu'à des couches 
irrégulières et plus ou moins épaisses de vase tourbeuse 
( c'est une de ces couches que d'Aubuisson a rencontrée 
dans le creusement de son 2 e filtre). Les cailloux roulés 
reposent sur la molasse, dans laquelle ils sont quelquefois 
incrustés, ainsi que le dit M. Cantié. C'est dans ces cou- 
ches que ce surveillant a retrouvé des débris d'instruments 
en fer qui semblent remonter à une très-haute antiquité. 
La molasse, enfin, qui supporte tout cet ensemble pré- 
sente une surface irrégulière et plus ou moins mame- 
lonnée. 

Le radier du filtre d'Aubuisson ne descend guère que 
de un mètre, en moyenne, au-dessous de la terre végé- 
tale, et il est tout entier dans les cailloux roulés purs. Le 
niveau des basses eaux de la Garonne est indiqué , à peu 
près , par la base des dalles D qui couvrent la galerie 
filtrante F. Il était tout naturel que l'eau de la Garonne fût 
la seule à arriver par infiltration dans ce filtre. 



— 106 - 

Le radier de la nouvelle galerie est installé à une hau- 
teur de 1 m ,50 au moins au-dessous de celui du filtre 
d'Aubuisson. Souvent il est plus bas, et atteint 2 mètres. 
C'est le niveau très-inégal de la molasse qui a réglé son 
installation définitive, car, presque partout, les piliers de 
soutien de la galerie reposent sur la roche tertiaire. Il 
était naturel qu'en descendant aussi bas dans la couche 
de cailloux roulés, on rencontrât la nappe d'eau inférieure 
qui existe dans toutes les vallées. Il était également impos- 
sible, dans un semblable travail , de ne pas dessécher les 
anciennes galeries filtrantes de d'Aubuisson, puisque, par 
le>ide produit au-dessous de leur niveau, on appelait toutes 
es eaux d'infiltration. C'est, en effet, ce qui est arrivé ; 
aussi les anciens filtres sont-ils aujourd'hui tout-à-fait à 
sec. 

Bien des personnes demandent pourquoi l'on ne se sert 
plus de ces filtres pour avoir de la bonne eau. Le simple 
exposé des faits précédents leur permettra de comprendre 
l'état dans lequel se trouvent les appareils, et leur mon- 
trera l'impossibilité complète où l'on est de faire fonctionner 
en même temps les anciens filtres et les nouveaux. 

Une seule chose permettrait, peut-être, de retrouver 
l'usage des anciens filtres : ce serait de fermer l'orifice 
d'écoulement des nouveaux, de manière à forcer l'eau à 
remonter jusqu'au niveau indiqué par la ligne a b ; de cette 
façon l'équilibre s'établissant insensiblement dans les allu- 
vions, l'eau retrouverait son ancien point d'écoulement dans 
les filtres d'Aubuisson où elle atteindrait les points a' b'. 
Cette eau, plus élevée dans les cailloux roulés que celle de 
la nappe souterraine, ne se composerait que des infil- 
trations pures de la Garonne, et on aurait de l'eau parfaite 
comme pendant tout le temps que ces filtres ont fonctionné 
régulièrement. 

Cependant, il n'est pas possible d'affirmer que le résultat 



- 107 - 

précédent serait immanquablement atteint ; car, lorsque 
l'on a ainsi remué des masses alluviennes à travers les- 
quelles des cours d'eau souterrains se sont tracé natu- 
rellement une route, il arrive souvent qu'après ces rema- 
niements il se produit des fuites qu'il est impossible de 
fermer. Les niveaux anciens, lorsqu'on rétablit la pression 
naturelle et primitive, ne sont plus atteints par les griffons. 
Il faudrait n'avoir jamais manié des sources pour mécon- 
naître ce principe. 

La manière dont on a construit les deux systèmes de 
filtres que je viens d'étudier est des plus instructives, et 
prouve le grand talent de l'ingénieur d'Aubuisson. 

Dans les anciens filtres , la construction était faite à 
sec, c'est-à-dire par la superposition directe, sans mortier, 
de briques à travers les joints desquelles l'eau circulait 
facilement. Tout le long de ces murs à jour, l'eau, déjà 
limpide, circulait sans arrêt et venait s'écouler dans la 
galerie filtrante F. Le fond de ce canal de drainage était 
formé par des cailloux roulés de diverses dimensions, à 
travers lesquels s'élevait également de l'eau d'infiltration. 
Lorsque les pompes du Chàleau-d'Eau n'enlevaient pas de 
l'eau outre mesure, la galerie F pouvait être presqu'en- 
tièrement noyée dans cette eau filtrée, car ses dimensions 
ne dépassaient pas m 90 centimètres de hauteur et m 60 
centimètres de largeur. 

Dans les nouveaux filtres, la construction a été combinée 
d'après un principe exact en théorie, mais faux dans l'ap- 
plication spéciale de la prairie et du ramier Vivent. 

On s'était dit qu'en portant le radier du filtre aussi bas 
que possible dans les alluvions , on aurait une pression 
d'eau très-considérable qui forcerait l'alimentation de la 
galerie à être à son maximum. On n'avait malheureusement 
pas pensé à l'envahissement forcé de la galerie ainsi des- 
cendue, par la nappe d'eau des puits de Saint-Cyprien. 



— 108 — 

On n'avait pas, non plus , suppose que, par suite d'un 
envahissement du lit de la Garonne par la vase, ou par suite 
de l'encrassement des couches filtrantes, la quantité d'eau 
fournie par la galerie pourrait cire un jour bien diminuée. 
De semblables suppositions pouvaient bien ne pas venir 
à l'idée des hommes chargés de semblables travaux , et 
je suis le premier à les excuser de ne pas les avoir eues. 
Mais ce qui me semble impardonnable chez eux, c'est la 
façon dont ils ont construit la galerie. Et je laisse ici la 
parole au surveillant dont j'ai déjà parlé , à M. Gantié , 
qui a vu par lui-même toutes les fautes commises, et qui 
a payé de sa place la franchise de les avoir signalées : 

« La galerie faite tout d'un bloc en béton est supportée 
directement dans presque tous les points par la marne 
tertiaire imperméable. Dans l'épaisseur des parois de la 
maçonnerie on avait ménagé des drains communiquant d'un 
côté avec les cailloux roulés du dehors, de l'autre avec 
l'intérieur de la galerie. Ces drains étaient distribués à 
diverses hauteurs. Il n'y avait qu'eux qui pouvaient fournir 
de l'eau à la galerie. De sorte que si les infiltrations 
n'avaient pu atteindre que les drains les plus inférieurs sans 
arriver au niveau des supérieurs, la couche d'eau fournie 
par ces filtres aurait été réduite à un volume tout-à-fait 
insuffisant. GVst, en effet, ce qui se serait produit si un 
heureux hasard n'était venu porter remède à cette déplora- 
ble combinaison. 

« En effet, lorsqu'on a eu préparé la tranchée au fond de 
laquelle le béton devait être coulé, les pompes qui mon- 
taient l'eau laissant toujours à désirer dans leur fonctionne- 
ment, on ne mettait jamais complètement à sec le fond de 
celte tranchée. Il en est résulté que presque toujours nous 
avons coulé le premier béton sur une lame d'eau de m. 45 
à m. 20 cenli mètres d'épaisseur, et quelquefois même 
cette côte d'eau était dépassée. Aussi, malgré toutes les 



— 109 — 

minutieuses précautions que nous avons pu prendrep or 
bien faire le coulage, il est arrivé que nous n'avons jamais 
pu empêcher le lavage du béton immergé. Celui-ci, détruit 
sur certains points, laissait à sa place une épaisse couche 
de graviers incomplètement reliés entre eux et tenant 
encore au reste des pieds-droits. Des infiltrations se sont pro- 
duites à travers ces cailloux, et les drains sont devenus 
inutiles. La galerie a été ainsi alimentée depuis le temps 
qu'elle a fonctionné. » 

On est en droit de se demander de prime abord si celte 
nouvelle galerie, quatre fois plus volumineuse que celle de 
d'Aubuisson, eût fourni, même la moitié du volume d'eau de 
cette dernière, sans l'heureux accident qui a rendu perméa- 
ble le mur destiné à empêcher l'arrivée de l'eau. 

Grâce à ces détails, il est facile de voir les différences 
qui existent dans l'installation et surtout dans la combinai- 
son des deux systèmes de filtres appliqués dans la prairie 
des filtres de Toulouse. De ma description l'on pourra tirer, 
je l'espère du moins, un enseignement utile pour l'avenir, 
surtout lorsque les chapitres suivants auront fourni les 
éléments pour la solution du problème que je me suis posé, 
celui de la découverte des causes de l'infection de Veau filtrée 
distribuée dans les fontaines publiques de Toulouse. 

CHAPITRE III. 

Histoire de l'infection de la fontaine-lavoir, dite de Saint- Jean, 
(propriété Carrer e), dans la rue des Fontaines à St-Cyprien. 

J'aborde maintenant un chapitre qui pourra paraître 
oiseux à quelques personnes, mais dont l'importance sera 
bien vite reconnue par ceux qui n'ont d'autre but dans cette 
question que la recherche de la vérité. 

La nappe d'eau souterraine qui s'écoule dans le sol de la 



— no — 

terrasse d^ pour former les sources alimentant les puits de 
Saint-Cyprien, trouve un point d'issue naturel au pied d'une 
petite terrasse secondaire, formant un léger accident de 
terrain, entre le polygone et la Garonne, tout le long de la 
rue des Fontaines. Là, cette nappe d'eau, parson écoulement 
sur divers points, alimente une quantité considérable de 
lavoirs. Les sources qu'elle fournit sont toujours parfaite- 
ment claires et limpides. De mémoire d'homme on ne s'était 
plaint d'une altération quelconque survenue dans cette eau, 
qui n'avait aucun goût désagréable; le blanchissage du 
linge y était irréprochable. 

Au mois de décembre 1865, M. le juge de paix du can- 
ton de Saint-Cyprien me nomma comme expert dans une 
affaire dont l'intérêt scientifique me parut considérable. 

La fontaine dite de SainJ,-Jean, appartenant au sieur 
Carrère de Toulouse, et située dans la rue des Fontaines, 
immédiatement après la barrière de l'octroi, était depuis 
quelque temps envahie par une végétation cryptogamique 
ocreuse, paraissant ressembler au premier coup d'oeil à 
certaines conferves trouvées dans des eaux thermales. Cette 
végétation, en s'attachant au linge lavé, lui communiquait 
une couleur jaune, ferrugineuse, qu'il était ensuite fort 
difficile de faire disparaître. Il résulta de ce fait un délaisse- 
ment complet de la fontaine pour le blanchiment du linge. 
Le sieur Carrère intenta un procès à son voisin le sieur 
Ronso pour l'obliger à fermer des cloaques dont le contenu 
était supposé fournir les produits anormaux et étranges de 
la fontaine Saint-Jean. 

Appelé à me prononcer sur l'origine de l'altération de 
celte eau, j'étudiai tout d'abord la production organique 
qui, par son abondance, remplissait presque tout le bassin 
ouest de la fontaine. 

L'eau du bassin était recouverte d'une membrane irisée 
semblable à celle que l'on rencontre ordinairement dans 



- 111 — 

les sources ferrugineuses stagnantes. Au-dessous, s'aper- 
cevaient les longs plumets soyeux de la conferve ocreuse, 
très-abondante, attachée soit aux parois de la boiserie qui 
entourait le bassin, soit aux galets répandus sur le fond. 

Examinée au microscope, cette plante me parut devoir se 
rapporter à une algue, de l'ordre des Nematogènes, de la 
famille des Oscillariées, du genre leptolhria ou du genre 
hypheotrix ; je ne pus en déterminer l'espèce. Avec elle, je 
constatai, surtout dans les portions recueillies sur les cailloux, 
des quantités considérables de dialomacées de divers gen- 
res, desnavicules, des pleurostorum? desschizonema? etc. 

Des échantillons de ces produits végétaux ocreux exis- 
taient il y a encore fort peu de temps, quoiqu'en très-petite 
quantité, dans le bassin ouest de la fontaine Saint-Jean. 

A peine avais-je commencé l'étude des causes qui 
avaient produit cette algue, jusque-là inconnue dans la 
source Saint-Jean, qu'une circonstance fortuite m'obligea à 
quitter Toulouse pour plusieurs mois, je dus me désister de 
mes fonctions d'expert. M. le juge de paix nomma à ma 
place M. le professeur Filhol qui fit l'analyse de l'eau et 
reconnut également l'existence d'une conferve. 11 conclut 
dans son rapport en faveur delà fabrique de bougies stéari- 
ques de M. Rouède, accusée d'avoir infecté la source Saint- 
Jean, et contre le sieur Ronso voisin de la source. On fit fer- 
mer les cloaques de la propriété de ce dernier, d'où l'on 
supposait qu'il s'échappait des eaux infectées et infectantes. 

Les cloaques ayant été fermés et le mal continuant à se 
produire, un nouvel expert, M. le pharmacien Gouseran 
fut nommé par M. le juge de paix pour étudier de nouveau 
les causes de l'infection de la fontaine Saint-Jean. Ce chi- 
miste exécuta de nombreux sondages aux environs de la 
ontaine ; il accepta les résultats des analyses faites par 
M. Filhol, professeur à la faculté et inspecteur des pharma- 
cies, et conclut que les produits de déjection de la fabrique de 



— 112 — 

M. Rouôde pouvaient contribuer, en même temps que la 
présence de détritus encombrant un ancien fossé de vidange 
voisin de la source, à altérer l'eau de la fontaine Saint-Jean 
et à y produire la conferve ocreuse. 

Trois autres experts, pharmaciens à Toulouse, MM. Mon- 
medan, Monthus et Cazac, furent appelés à faire une nou- 
velle expertise. La présence de la conferve, si préjudiciable 
au blanchissage du linge, est encore signalée dans le 
nouveau rapport, et les experts en attribuent exclusivement 
la présence aux terreaux humides et au mâchefer accumu- 
lés artificiellement dans le voisinage. Pour eux, l'usine de 
bougie sléarique n'est pour rien dans la production de 
l'altération de l'eau. 

M. le juge de paix n'ayant rendu aucune ordonnance 
efficace pour empêcher l'état anormal de la fontaine de se 
perpétuer, le conseil de préfecture obligea le propriétaire 
de l'usine de bougies stéariques à ne plus jeter ses produits 
dans l'immense fosse non étanche qui lui servait pour cet 
usage. On exigea la construction d'un bassin parfaitement 
cimenté pour recevoir les liquides gras rejetés par l'usine. 
A partir de ce moment l'eau de la fontaine Saint-Jean revint 
à son état naturel, l'algue ne se reproduisit plus qu'en 
très-faible quantité, la couche irisée qui existait habi- 
tuellement à la surface de l'eau du bassin ouest ne se forma 
plus, et le blanchissage du linge put se faire dans des con- 
ditions aussi favorables qu'auparavant. L'examen nouveau 
que j'ai pu faire un peu plus tard du terrain environnant la 
fontaine, m'a permis de tirer la conclusion que le mélange 
des produits aqueux de la fabrique de bougie stéarique aux 
détritus de toute sorte de l'ancien fossé de vidange avait 
dû amener l'état d'infection de l'eau de la fontaine Saint- 
Jean, chose déjà supposée par M. Couseran. 

Ce qui rend les faits que je viens de décrire fort impor- 
tants pour l'étude des causes d'altération des filtres de 



— 413 — 

Toulouse, c'est que la conferve produite dans la fontaine 
Saint-Jean est exactement la même que la conferve dont 
la présence a été signalée dans le filtre du ramier Vivent. 
Averti de ces faits, tout homme désintéressé et dévoué 
à la ville par une position officielle aurait dû éviter le mal 
survenu dans les galeries filtrantes de Toulouse. 

CHAPITRE IV. 

Etude chimique des eaux de la Garonne, du filtre Vivent, du 
filtre de la prairie et de la nappe d'eau des puits de Saint- 
Cyprien. 

Lorsque j'eus l'honneur d'être nommé membre de la 
Commission des eaux de Toulouse, après avoir exposé mes 
idées sur la question qui se trouvait à l'étude, j'exprimai le 
regret de voir suivre, par les chimistes de la Commission, 
des procédés incorrects dans les analyses chimiques qu'ils 
faisaient journellement sur les eaux des filtres. En même 
temps, je proposai un plan d'étude complet sur la compo- 
sition de l'eau qui occasionnait les inquiétudes de la popu- 
lation et du Conseil municipal. 

Ayant constaté devant la Commission, que, pour moi, le 
mal dont on cherchait la cause ne tenait absolument qu'à 
l'introduction dans les filtres, et surtout dans le filtre Vivent, 
de la nappe d'eau infectée des puits de Saint-Cyprien, je 
demandai à la Commission de me donner les moyens de 
vérifier le fait sur une grande échelle. Il fallait pour cela 
suivre un plan déterminé. Voici celui que je proposai : 

1° Ouvrir deux puits entre les filtres et la place de 
l'ancienne barrière de Muret, afin d'étudier sur plusieurs 
points l'eau de la nappe souterraine avant son entrée dans 
les filtres. 

2° Ouvrir un troisième puits entre la Garonne et les 

8 



- 144 - 

filtres, afin d'étudier l'eau de la nappe d'infiltrations du 
fleuve avant son entrée dans les galeries. 

3° Faire l'analyse chimique complète de Peau de la 
Garonne, de l'eau des filtres, de l'eau des nouveaux puits 
à creuser, et enfin de l'eau du puits le plus rapproché du 
faubourg Saint-Cyprien. 

J'affirmais qu'avec ces données on pourrait savoir si, 
d'après mes prévisions, l'eau qui coulait dans les filtres 
était un mélange d'eau delà Garonne et de la nappe sou- 
terraine, et quelle était l'origine de la cause infectante. 

L'un des chimistes de la Commission, M. Filhol, déclara 
que le travail proposé était très long à exécuter et qu'il n'ap- 
prendrait absolument rien sur la question à résoudre (1). 

Malgré cette assertion d'un homme compétent et qui 
n'était pas intéressé, j'aime à le croire, à ce que la vérité 
sur les causes d'infection des nouveaux filtres ne se fît pas 
jour dans le public, je déclarai que j'entreprendrais le tra- 
vail dont je venais d*exposer le plan. Les données scienti- 
fiques que je possédais sur le sujet me paraissaient 
suffisantes pour affirmer qu'on aurait un résultat instructif, 
je devais consciencieusement faire ce que d'autres membres 
de la Commission auraient dû faire avant moi. 

Dès les premiers jours du mois de février 1872, je com- 
mençai mes essais, quoique la Commission m'ait accordé 
seulement l'ouverture d'un puits. Son refus pour l'entre- 
prise des deux autres était motivé par l'absence de fonds 
suffisants. C'était créer une nouvelle difficulté pour mes 
recherches. Je voulus néanmoins me passer des puits, et je 
modifiai mon projet. Il fallut m'arrêter à ce qui suit : 

1° Faire journellement une analyse quantitative, mais 
succincte, de l'eau de la Garonne, du filtre Vivent et du 
puits de Saint-Cyprien le plus rapproché des filtres. 

(1) Procès-verbaux des séances de la Commission des eaux, page 43, 
Toulouse, 1873. 



- 115 - 

2° Analyser complètement ces trois mêmes eaux, plus 
celle de la prairie des filtres, puisées en même temps dans 
la même journée. 

3° Analyser une seconde fois Peau du filtre Vivent lorsque 
en fermant le robinet de communication avec le filtre de la 
prairie, on aurait forcé les alluvions de la Garonne à s'ac- 
cumuler dans la galerie Vivent. 

4° Faire une analyse chimique de l'algue desséchée. 

Je m'occuperai successivement de ces quatre genres 
d'opérations accomplies sur les eaux de Toulouse. J'entrerai 
pour chacune d'elles dans des détails pratiques fort impor- 
tants et qui n'ont été signalés encore nulle part jusqu'ici. 

1° Examen de l'eau puisée journellement dans les diffé- 
rents points signalés plus haut : Garonne, filtres, puits de 
Saint-Cyprien (propriété Sévin). 

J'avais l'intention de faire porter mon analyse sur les 
substances suivantes : Matière organique, résidu salin, 
ammoniaque, acide azotique, chlore, acide sulfurique, acide 
carbonique, chaux et magnésie. 

Malgré ma bonne volonté et malgré celle de M. Castel, 
mon intelligent et zélé préparateur, il a été impossible de 
terminer chaque jour l'analyse ainsi combinée sur les trois 
eaux différentes. Je me suis donc borné à suivre régu- 
lièrement le dosage de l'acide sulfurique, de la chaux, et 
de la magnésie. Je prenais de temps à autre les degrés 
l alcalimétriques, je dosais par intervalle l'ammoniaque, les 
nitrates, le chlore et le résidu salin. Je pouvais ainsi com- 
| parer les quantités de chaque substance dans les trois sortes 
d'eaux en même temps, de manière à savoir ce qu'étaient 
les infiltrations arrivées dans les galeries, par rapport à la 
Garonne et à la nappe souterraine de Saint-Cyprien. 

Certaines précautions sont indispensables pour faire con- 
venablement et avec précision les analyses de ces eaux. 

Il faut d'abord s'empresser d'opérer sur des eaux fraîche- 



_ 146 — 

ment puisées, sans cela on ne peut avoir, pour certaines 
opérations, que des résultats totalement inexacts. Et en 
effet, chacune des eaux signalées tient en solution des 
substances qui se déposent pour peu que l'on ait attendu à 
en faire l'examen. La chaux, par exemple, qui donne à 
Peau une grande partie de son alcalinité, est tenue en dis- 
solution par un excès d'acide carbonique, avec lequel elle 
forme un sel connu sous le nom de bicarbonate de chaux. 
En laissant une eau bicarbonatée calcique au contact de 
l'air, même pendant très-peu de temps, celle-ci perd une 
partie de son acide carboniqne, et le carbonate de chaux 
qui reste, n'étant plussoluble, se précipite en adhérant aux 
parois du vase. C'est par suite de cette décomposition chi- 
mique, opérée au sein de certaines eaux dites calcaires, 
qu'il se forme des dépôts blancs sur les vases de verre qui 
ont longtemps servi à les contenir. 

Il n'est pas difficile de comprendre que, si l'on cherche 
dans leau ainsi altérée la chaux qu'elle renferme, on ne 
pourra pas retrouver la totalité de cette substance. De 
même si l'on prend le degré alcalimétrique de cette eau, on 
sera loin de l'obtenir d'une manière exacte, puisqu'une 
partie de la chaux aura formé un précipité insoluble et 
insensible pour les réactifs. 

Le dosage de la magnésie sera également fautif dans de 
semblables conditions, car cette substance se comporte à 
peu près comme la chaux. 

Aussi ne saurais-je trop recommander, dans de sembla- 
bles recherches, de transformer en sels solubles la chaux 
et la magnésie qui auraient pu se déposer par suite du 
long séjour des eaux dans les bouteilles. Pour cela, il n'y 
a simplement qu'à ajouter quelques gouttes d'acide azotique 
dans l'eau conservée, ou, ce qui vaut mieux encore, 
lorsqu'on a à doser aussi les azotates, il faut faire passer, 
pendant quelques moments, un rapide courant d'acide car- 



- Ml - 

bonique dans l'eau à analyser, afin de reconstituer le bicar- 
bonate de chaux. 

C'est toujours sur l'eau fraîche que j'ai dosé le résidu 
salin contenu dans un litre, ainsi que la matière organique, 
l'ammoniaque, les nitrates et l'acide carbonique. 

Quant au chlore et à l'acide sulfurique qui sont parfaite- 
ment solubles, sous quelque forme de sels qu'ils se présen- 
tent dans ces eaux, je les ai dosés sur des eaux conservées 
pendant quelques jours. 

Toutes les chaux et les magnésies n'ont pas été traitées 
ainsi que je le recommandais quelques lignes plus haut, 
aussi ne donnerai-je pas tous les dosages que j'en ai faits. 

Dans les essais journaliers, la matière organique a été 
dosée par incinération, en prenant les précautions néces- 
saires et indiquées dans tous les traités de chimie. Après 
avoir fait évaporer un litre d'eau au bain-marie, je. recom- 
mençais l'évaporation en ajoutant dans la capsule de platine 
de l'eau distillée tenant en solution du bicarbonate d'ammo- 
niaque dont j'achevais la destruction complète en portant, 
à la fin, la capsule à une température de 11 0° environ. Je suis 
loin de préconiser ce procédé comme étant tout-à-fait exact. 
Il ne m'a servi qu'à faire des comparaisons. Dans une sem- 
blable opération, on perd toujours une certaine quantité 
d'acide carbonique que l'on compte comme matière organi- 
que, ce qui donne, avec les pertes d'eau de composition de 
plusieurs sels également rapportées à la matière végéto- 
animale, des différences de pesées en faveur de la matière 
réellement incinérée. 

Je n'admets pas non plus comme exact le dosage de la 
matière organique par le permanganate de potasse, et je 
considère comme complètement erronés les chiffres fournis, 
au moyen de ce procédé, par les chimistes de la Commission. 
Ici la perte est en moins, contrairement à ce qui avait lieu 
par l'incinération. Le permanganate n'oxyde pas, ne brûle 



— 418 - 

pas toute la matière organique, de sorte que la quantité de 
solution de permanganate de potasse employée pour faire 
l'essai ne peut pas servir à distinguer, même d'une manière 
approxiaiative, le chiffre de la matière organique. 

J'ai consulté à ce sujet plusieurs chimistes des plus com- 
pétents dans les facultés de province, au Conservatoire des 
arts et métiers et à l'Institut. M. le professeur Boussingault 
a bien voulu consacrer plusieurs jours à étudier par lui- 
même la méthode du permanganate et il m'a déclaré dans 
une lettre, en réponse à ma demande, qu'il la considérait 
comme tout-à-fait inexacte et fautive. Elle ne lui a fourni 
que des résultats erronés. 

M. le professeur Baudrimont de Bordeaux n'a, en elle, 
aucune confiance. 

M. le professeur Béchamp de Montpellier considère les 
résultats qu'elle fournit comme inadmissibles. 

M. Champion, ancien préparateur de M. Payen, n'a 
rien pu obtenir d'exact avec le procédé en question. 

M. L'hôte, professeur de chimie à l'école de commerce, 
considère le permanganate de potasse comme incapable de 
brûler complètement les matières organiques en présence 
desquelles on le met dans les diverses espèces d'eaux. 

M. G. Tissandier, directeur du laboratoire d'essais de 
l'Union Nationale, n'emploie jamais cette méthode, qu'il 
déclare tout à -fait inacceptable. 

M. Franklan dans son travail sur les eaux de Londres est 
arrivé, comme tous les chimistes précédents, à rejeter 
l'usage du permanganate de potasse dans le dosage des 
matières organiques. Il le considère comme ne donnant 
même pas des résultats approximatifs. 

Dans son travail sur les eaux de la Seine, M. Péiigot n'a 
jamais employé cette méthode. 

Quant à l'hydrothimétriede MM. Boutron et Boudet que 
l'on a cru pouvoir mettre en usage dans les analyses 



- 119 - 

journalières de l'eau de la Garonne, comme parallèle de la 
méthode par le permanganate, il n'y a qu'à se joindre à 
tous les chimistes expérimentés pour la condamner. On ne 
se donne même pas le soin, avec cette méthode empirique, 
de chercher à connaître préalablement la composition du 
réactif que l'on emploie. Qui donc a songé encore à faire 
une analyse préliminaire du savon qui sert à composer la 
liqueur hydrothimétrique? Cependant les savons sont loin 
d'avoir une composition identique. 

On comprendra facilement que j'aie rejeté dans mes 
essais des procédés qui n'offraient pas la moindre garantie 
d'exaccitude. 

Je donnerai plus loin, à l'analyse quantitative complète, 
les détails sur les méthodes suivies pour les dosages de la 
chaux, de la magnésie et de l'acide sulfurique. 

Voici maintenant le résultat des chiffres obtenus pour 
l'acide sulfurique des trois eaux examinées pendant 1 7 jours 
de suite : Je transforme ces chiffres en courbes qui frappent 
la vue beaucoup mieux que des nombres (fig. 12). 

L'examen des trois courbes permet de juger au premier 
coup-d'œil de plusieurs faits importants. Ainsi, l'augmen- 
tation de l'acide sulfurique ou sa diminution dans l'eau de 
la nappe souterraine et dans celle de la Garonne suivent à 
peu près les mêmes variations. Ceci s'explique très-bien 
par l'influence des pluies sur ces deux sortes de courants 
d'eau. Pendant les fortes pluies, le fleuve devient bourbeux, 
dissout une plus forte proportion de matières salines que 
lorsqu'il est à son étiage, et se trouve ainsi plus chargé de 
substances solubles. De même, lorsqu'une grande quantité 
de pluie tombe à la surface de la terre, cette eau pluviale 
entraîne dans les nappes courantes souterraines une plus 
grande quantité de matières solubles II est donc naturel de 
trouver une augmentation de celles-ci dans les eaux du 
fleuve et dans celle des couches profondes de la plaine. 



— 120 — 

La courbe obtenue pour l'eau du filtre Vivent tient à la 
fois, il est aisé de le voir, de la courbe de l'eau de puits et de 
la courbe de l'eau de la Garonne. Il m'est donc permis de 
dire que, sous ce rapport, l'eau du filtre Vivent est un composé 
tenant le milieu entre les deux sources qui ont servi à la 
former. 

N'étant pas complètement satisfait des dosages de la 
chaux et de la magnésie que j'ai faits journellement sur les 
trois espèces d'eaux, bien qu'ils aient été souvent répétés 
jusqu'à trois et même quatre fois, je ne donnerai pas les 
courbes qui les représentent. Mais je puis dire que la quan- 
tité de ces substances trouvée dans l'eau du filtre Vivent 
a été, d'une manière constante, un intermédiaire entre l'eau 
de la Garonne et l'eau des puits. Voici, en effet, quelques- 
uns des chiffres obtenus. 





CHAUX. — 


CaO 




MAGNÉSIE. 


M^O. 


DATE 


Garonne 


Vivent 
0,022 


Puits 


DATE 


Garonne 
0,001 


Vivent 


Puits 


80 févr. 


1872. 


0,012 


0,037 


20 févr. 1872. 


0,002 


0,009 


21 « 


<c 


0,013 


0,021 


0,047 


22 « <( 


0,001 


0,00J 


0,004 


22 « 


a 


0,020 


0,036 


0,040 


3 mars « 


0,002 


0,004 


0,0 5 


25 « 


« 


0,018 


0,031 


0,054 


6 « « 


0,001 


0,004 


0,009 


26 « 


« 


0,016 


0,031 


0,054 


7 « « 


0,002 


0,003 


0,006 


27 a 


« 


0,018 


0,033 


0,054 










3 mars 


« 


0,015 


0,020 


0,036 










5 « 


(( 


0,011 


0,020 


0,024 










6 « 


<( 


0,012 


0,016 


0,022 










7 « 


« 


0,017 


0,018 


0,035 











Les chiffres obtenus en recherchant le degré d'alcalinité 
de l'eau ont conduit à un résultat identique au précédent, 



- -121 - 

c'est-à-dire que l'alcalinité de l'eau du filtre Vivent est 
intermédiaire entre celle de la Garonne et celle des puits. 
En effet : 



Le 20 février 1872. 
Le 21 « « 



Garonne 


Vivent 


Puits 


0,156 
0,145 


0,286 
0,280 


0,329 
0,324 



Alcalinité. 



De même, en prenant le résidu total (matière organique 
et résidu salin) fourni par, une quantité égale d'eau des 
trois provenances, on arrive à un résultat identique aux 
précédents ; c'est-à-dire que le chiffre du résidu total de 
l'eau du filtre Vivent tient le milieu entre ceux de l'eau de 
la Garonne et du puits. 

En effet, on a : 



Le 20 février 1872. 



Garonne 


Vivent 


Puits 


0,2425 


0,3525 


1,0500 



Résidu total. 



Ces dosages préliminaires une fois connus, je vais abor- 
der l'étude chimique complète des diverses eaux dont j'ai 
laissé déjà entrevoir la composition. 

Pour ne pas allonger inutilement ce chapitre, je ne pro- 
céderai pas ainsi qu'il est d'usage de le faire ordinaire- 
ment dans les analyses. Sans m'arrêter longtemps à un 
examen qualitatif des diverses eaux, je donnerai la descrip- 
tion de chacun des procédés que j'ai mis en pratique dans 
la recherche de chaque élément et je fournirai ensuite les 
chiffres produits par l'analyse. 

1° Analyse qualitative. —Chacune des trois espèces d'eau 
est parfaitement limpide en temps ordinaire. L'eau de 
la Garonne seule se trouble à la suite des pluies. Toutes 
trois ramènent au bleu la teinture de tournesol rougie par 



- 122 — 

un acide , le phénomène est plus intense avec l'eau de 
puits qu'avec Poau du filtre, qui la b'euit elle-même plus 
promptement que celle de la Garonne. 

L'ébullition produit un trouble très-prononcé dans l'eau 
de puits , par suite de la précipitation de carbonate de 
chaux. Ce trouble est encore très-sensible dans l'eau des 
filtres, et un peu moins dans l'eau de la Garonne. 

La constatation des acides carbonique et sulfurique, de 
la chaux, de la magnésie dans les trois eaux , permet de 
dire au simple coup-d'œil que l'eau du filtre Vivent four- 
nit constamment des précipités moins abondants que ceux 
de l'eau de puits, et plus abondants que ceux de l'eau de 
la Garonne. 

En outre de la potasse et de la soude, j'ai constaté dans 
les trois sortes d'eau la présence de la lithine, au moyen 
du spectroscope. L'eau de la Garonne paraissait en contenir 
beaucoup plus que les deux autres. 

Les nitrates, très-abondants dans l'eau de puits, l'étaient 
beaucoup moins dans l'eau des filtres et dans celles de la 
Garonne. 

L'ammoniaque abondait dans l'eau des filtres , surtout 
dans l'eau recueillie après son passage dans les deux Châ- 
teaux-d'Eau. 

Je n'ai pu constater la présence d'aucune trace d'iode 
dans 30 litres des trois espèces d'eaux. 

L'oxyde de fer, très-peu abondant dans l'eau des puits 
et dans l'eau de la Garonne , existait en quantité très- 
notable dans l'eau des filtres. 

2° Analyse quantitative. — 1° Acide carbonique. — Dans 
une quantité déterminée d'eau fraîchement puisée , j'ai 
ajouté quelques gouttes d'ammoniaque, puis de l'azotate 
de baryte. Il s'est formé un précipité de carbonate de baryte 
que j'ai recueilli sur un filtre, où il a subi plusieurs lava- 
ges à l'eau distillée. Ce filtre, desséché à 100°, a été inci- 



- 123 - 

néré dans un creuset de platine, puis le carbonate ainsi 
préparé a été transformé en sulfalepar l'addition de quel- 
ques gouttes d'acide sulfurique pur. Ce sulfate de baryte , 
chauffe au rouge pour chasser l'excès d'acide sulfurique, a 
été pesé. Son poids une fois connu, j'ai pu calculer à com- 
bien d'acide carbonique il correspondait. 

Cette précaution de prendre le poids du sulfate de baryte 
et non du carbonate, est indispensable. Eu effet, à la tem- 
pérature du rouge blanc, le carbonate de baryte perd une 
partie de son poids par suite du départ d'une portion de 
l'acide carbonique. Si l'on se fiait donc au poids du carbo- 
nate de baryte obtenu pour calculer le poids de l'acide 
carbonique de l'eau, on aurait un poids trop faible. Le poids 
du sulfate de baryte ne pouvant changer, même au rouge 
blanc, il est bien plus exact pour l'analyse de calculer la 
quantité d'acide carbonique fixé par la baryte en pesant le 
sulfate et en en retranchant le poids de l'acide sulfurique 
naturellement contenu dans l'eau. 

2° Acide sulfurique. — Une quantité déterminée d'eau a 
été additionnée d'acide azotique jusqu'à réaction franche- 
ment acide, puis j'ai ajouté encore de l'azotate de baryte 
en excès; il s'est immédiatement formé un précipité de sul- 
fate de baryte ; je l'ai recueilli sur un filtre où il a été 
longtemps lavé à l'eau distillée. Après avoir fait sécher 
le filtre et le précipité à 100°, je les ai chauffés au rouge 
dans un creuset de platine. Le poids du résidu de l'inciné- 
ration m'a fait connaître à la première fois le poids du 
sulfate de baryte, duquel j'ai pu tirer par un simple calcul 
d'équivalents le poids de l'acide sulfurique 

3° Silice. — Une quantité déterminée d'eau a été éva- 
porée à siccité après addition d'une petite quantité d'acide 
azotique. 11 s'est formé un précipité que j'ai fait chauffer 
fortement dans un creuset de platine. Repris ensuite par 
de l'eau distillée additionnée d'acide chlorhydrique , ce 



- m - 

précipité a été dissout en partie. J'ai filtré, et le précipité 
insoluble resté sur le filtre a été lavé à Peau distillée jus- 
qu'à ce que Peau de lavage ne précipitât plus par l'addition 
d'azotate de baryte. A ce moment, j'étais sûr que la silice 
seule était restée sur le filtre. Il a fallu un temps fort long 
pour arriver à ce résultat, le sulfate de chaux qui accom- 
pagnait la silice ayant été très- difficile à dissoudre. Le 
filtre qui renfermait la silice a été séché à 100°, puis inci- 
néré et pesé. J'ai obtenu ainsi, directement, le poids de la 
silice. 

4° Acide azotique. — Le dosage de l'acide azotique des 
eaux se fait de plusieurs manières ; j'ai cru devoir adopter 
la méthode de M. Boussingault, qui est la plus commode 
et la plus sensible La préparation des réactifs est seule 
longue, délicate et dangereuse quand on ne possède pas 
les appareils nécessaires pour distiller de grandes quan- 
tités d'éther. Obligé de distiller près de 80 litres d'éther 
pour préparer une quantité suffisante d'indigo pour pou- 
voir faire du sulfate, l'opération préliminaire aux dosages 
m'a coûté beaucoup de temps. 

La réaction sur laquelle est basé le dosage de l'acide 
azotique par le sulfate d'indigo, est la suivante : l'acide 
azotique libre a la propriété de décolorer très-rapidement 
le sulfate d'indigo. Si donc l'on met en présence un azo- 
tate soluble, du sulfate d'indigo et un acide capable de 
décomposer l'azotate sans que cet acide agisse lui-même 
sur le sulfate d'indigo, il arrivera un moment où l'azotate 
étant décomposé avec production d'acide azotique libre , 
cet acide azotique agira sur le sulfate d'indigo en le déco- 
lorant. L'acide chlorhydrique parfaitement pur et surtout 
parfaitement privé d'acide azotique, décompose, à chaud , 
les azotates en produisant de l'acide azotique. 

Après avoir purifié de l'indigo du commerce par les 
moyens classiques que M. Boussingault énumère dans son 



— 125 — 

Traité de Chimie agricole et physiologique, j'ai fait du sulfate 
d'indigo avec de Pacide sulfurique Nordhausen. Ce sulfate 
m'a servi à produire une liqueur d'un bleu intense, con- 
tenant 20 gouttes de sulfate d'indigo pour 100 centimètres 
cubes d'eau distillée. Ayant préparé également une solu- 
tion titrée d'azotate de potasse parfaitement pur, j'ai pu 
calculer combien il fallait de la solution de sulfate d'indigo 
pour obtenir avec une quantité déterminée d'azotate de 
potasse la coloration vert chrome persistant malgré une 
ébullition prolongée du liquide en présence d'une faible 
proportion d'acide chlorhydrique parfaitement pur. Cela 
fait, j'avais une solution de sulfate d'indigo dont le titre 
permettait de doser un azotate alcalin et par suite l'acide 
azotique contenu dans une eau quelconque. 

Voici comment j'opérais : 

Deux cent cinquante centimètres cubes de l'une des eaux 
à analyser étaient concentrés de manière à ne plus occuper 
qu'un volume de 3 à 4 centimètres cubes. Ils étaient alors 
mis dans un tube à expérience, en même temps que les 
eaux de lavage de la capsule dans laquelle la concentration 
s'était faite. Je réduisais encore le volume de cette eau, et 
lorsqu'elle n'oce-upait plus que 2 à 3 centimètres cubes , 
j'ajoutais quelques gouttes de sulfate d'indigo, puis 1 cen- 
timètre cube d'acide chlorhydrique parfaitement pur et 
essayé à blanc. Dès que P ébullition était obtenue au-dessus 
d'un bec de Bunsen, la surveillance active de la coloration 
bleue du liquide devenait indispensable. Lorsque cette 
coloration avait une tendance à passer au vert, j'ajoutais 
une ou deux gouttes de solution titrée d'indigo que je tenais 
dans une burette graduée. A mesure que l'opération s'éloi- 
gnait du début, la coloration bleue passait au vert avec 
plus de lenteur. Enfin, lorsque la coloration vert chrome du 
liquide devenait persistante malgré l'addition d'une nou- 
velle quantité d'acide chlorhydrique et malgré la prolonga- 



- 126 - 

tion de l'ébullition , lopéralion pouvait être considérée 
comme achevée. La lecture du nombre de dixièmes de cen- 
timètre cube de solution d'indigo employés correspondait 
à une quantité d'acide azotique qui n'était autre que celle 
contenue dans les 250 centimètres cubes d'eau analysée. 

Mes dosages ont toujours été répétés en moyenne trois 
fois pour chaque eau ; souvent j'ai fait de très nombreux 
essais pour vérifier ces dosages avec des liqueurs titrées 
différentes. 

5° Chlore. — Le dosage du chlore m'a d'autant plus 
préoccupé, que dans nos discussions à la Gommision des 
eaux, M. Brhune, combattant mon opinion(1), avait affirmé 
à plusieurs reprises que le chlore de l'eau des filtres se 
trouvait en même quantité que le chlore de l'eau de la 
Garonne, tandis que je soutenais que le chlore dans l'eau 
des filtres existait, au contraire, en quantité supérieure 
à celui de la Garonne, mais en quantité notablement moin- 
dre que le chlore de l'eau de puits. Persuadé que M. Brhune 
avait borné son examen à une analyse qualitative, chose 
tout-à fait insignifiante, et non à une analyse quantitative, 
chose autrement sérieuse et autrement importante , j'ai 
cru devoir prouver à mon collègue , non seulement par 
mes propres dosages, mais par celui de trois autres chi- 
mistes en renom, qu'il faisait une erreur très-regrettable 
pour la solution du problème. 

J'ai suivi, pour doser le chlore, le procédé de Bunsen. 

Après avoir mis le chlore en liberté, dans un appareil 
spécial, on recueille le chlore libre dans une solution 
d'iodure de potassium parfaitement pur. Le chlore décom- 
pose cet iodure de potassium en mettant de l'iode en 
liberté. Cet iode, grâce à l'excès d'iodure de potassium, 
reste dissous et on a ainsi une liqueur A. 

• (i) Loc. cit., pag. 64. 



- 127 - 

D'autre part, on compose une autre solution B d'iode 
dans de l'iodure de potassium, en pesant avec le plus grand 
soin la quantité d'iode que l'on fait dissoudre. 

Enfin, une solution d'hyposulfite de soude pur dans de 
l'eau distillée constitue un troisième liquide C, qui va per- 
mettre de doser la quantité d'iode déplacé par le chlore. 

Pour opérer, on commence par déterminer la quantité 
d'hyposulfite contenue dans 50 centimètres cubes du 
liquide C. Ce titre se prend au moyen de la liqueur B et 
d'une solution d'amidon. On verse dans les 50 c. c. de 
liqueur C quelques gouttes d'amidon, on agite, puis on 
verse goutte à goutte la solution titrée d'iode B, jusqu'à ce 
que la coloration bleue de l'iodure d'amidon apparaisse 
d'une manière persistante; à ce moment la réaction est 
opérée. On lit sur la burette contenant le liquide B, la 
quantité d'iode absorbée, soit 25 cette quantité. 

Pour savoir maintenant combien la liqueur A contient 
d'iode mis en liberté par le chlore, on opère comme il 
suit : 

On verse toute la liqueur A dans une capsule de porce- 
laine, et on y ajoute une quantité plus que suffisante de la 
liqueur C, l'hyposulfite de soude, pour faire disparaître la 
coloration brune due à l'iode libre ; soit 50 c. c. cette 
quantité de liqueur C. On ajoute alors au mélange des 
deux liqueurs une petite quantité d'amidon, puis on verse 
avec la burette graduée une quantité de liqueur B (solu- 
tion d'iode titrée) suffisante pour produire la couleur bleue 
d'iodure d'amidon, soit 15 cette quantité. 

Puisqu'avec les 50 c. c. de la liqueur G seule, il fallait 
25 de la liqueur B pour produire la coloration bleue, et 
puisque, d'autre part, avec le mélange de la liqueur A avec 
les 50 c. c. de C, il ne faut plus que 15 c. c de liqueur A 
pour amener la même coloration, on peut dire que les 
10 c. c. manquant pour arriver au chiffre 25 ont été 






- 128 - 

fournis par la liqueur A. Il y a donc dans cette liqueur A, 
'10 c. c. d'iode qui proviennent de l'apport d'une quantité 
équivalente de chlore. 

Je considère comme inutile de décrire ici l'appareil 
dont je me suis servi dans cette opération, car il est à 
très-peu de chose près semblable à celui de Bunsen. Je 
dirai seulement que les liqueurs titrées dont j'ai fait usage 
ont été préparées avec des réactifs d'une pureté exception- 
nelle que j'ai produits dans mon laboratoire. Les liqueurs 
étaient titrées au dixième, ce qui permettait de compter 
avec la plus grande assurance sur la quatrième décimale 
des chiffres obtenus. 

La vérification de mes dosages a été faite au conserva- 
toire des arts et métiers par M. L'Hôte, au laboratoire par- 
ticulier de M. Champion, et enfin au laboratoire de l'Union 
Nationale par M. G. Tissandier. Les chiffres obtenus par 
ces savants prouvent de la façon la plus formelle qu'ainsi 
que je l'avais affirmé, la quantité de chlore contenue dans 
l'eau des filtres Vivent est intermédiaire entre celle de la 
Garonne et celle de l'eau des puits. 

Voici les nombres donnés par les trois chimistes dont je 
viens de citer les noms : 



Eau puisée 



Le H mars 1872 






Chlore. 



6° Chaux. — Elle a été dosée sur l'eau fraîchement 
puisée. Une quantité déterminée d'eau a été additionnée 
de chlorhydrate d'ammoniaque, puis de quelques gouttes 
d'ammoniaque et enfin d'un excès d'oxalate d'ammoniaque. 
Après 2i heures de repos, le précipité formé était recueilli 
sur un filtre, lavé à l'eau chaude, séché et incinéré. Le 



— 129 — 

carbonate de chaux ainsi formé pouvant être en partie 
détruit par la température élevée de l'incinération était 
transformé en sel de chaux fixe, au moyen de quelques 
gouttes d'acide sulfurique pur. Porté de nouveau au rouge 
sous cette forme, le sulfate de chaux était pesé. De son poids 
je calculais celui de la chaux. 

7° Magnésie. — L'eau provenant de la filtration du 
précipité d'oxalate de chaux et les eaux de lavage de ce 
précipité ayant été conservées avec soin, étaient de nou- 
veau additionnées d'une faible quantité de chlorhydrate 
d'ammoniaque, et d'ammoniaque, puis de phosphate de 
soude. Le précipité de phosphate ammoniaco-magnésien 
produit après 4 2 heures de repos était recueilli sur un filtre, 
lavé à l'eau chaude, puis à l'eau ammoniacale, séché à 
100° et enfin incinéré avec précaution. Le résidu formé 
par du pyrophosphate de magnésie était pesé et de son 
poids je calculais celui de la magnésie. 

8° Alumine. — Après avoir ajouté du chlorhydrate d'am- 
moniaque et un peu d'ammoniaque à une quantité déter- 
minée d'eau, j'ai fait bouillir cette eau pendant quelques 
minutes. Il s'est formé un précipité que j'ai recueilli sur 
un filtre et qui a été incinéré, dans une capsule de porce- 
laine, après avoir été préalablement séché. Ce précipité, 
repris à chaud par de la potasse caustique, s'est en partie 
dissous, mais il est resté un résidu ferrugineux insoluble 
que j'ai recueilli sur un filtre. Le liquide filtré et les eaux 
de lavage traitées de nouveau par l'ammoniaque à chaud 
ont fourni un précipité gélatineux complètement blanc. Je 
l'ai recueilli aussi promptement que possible et à l'abri du 
contact de l'air, sur un filtre où je l'ai lavé avec de l'am- 
moniaque bouillante. Séché d'abord à 100°, le filtre et le 
précipité ont été incinérés à feu doux dans un creuset de 
platine couvert. A la fin de l'opération, le couvercle du 
creuset étant enlevé, j'ai porté celui-ci au rouge blanc. 

9 



— 430 — 

Le résidu était composé par de l'alumine pure dont j'ai pris 
le poids. 

9° Fer. — Le précipité ferrugineux resté sur le filtre 
une fois lavé a été séché incinéré dans un creuset de por- 
celaine, puis dissous dans de l'acide chlorhydrique. Après 
avoir saturé la liqueur par de l'ammoniaque, je l'ai traitée 
par le succinate d'ammoniaque qui m'a fourni un précipité 
ferrugineux. Recueilli sur un filtre et lavé à l'eau, d'abord, 
puis à l'eau fortement ammoniacale et chaude, ce précipité 
desséché à 1 00° a été incinéré dans un creuset de platine. 
Le résidu était formé par de l'oxyde de fer dont j'ai pris le 
poids. 

10- Potasse. — Une quantité déterminée d'eau a été 
concentrée dans une capsule de porcelaine en présence 
d'un excès d'eau de baryte, de manière à précipiter l'acide 
sulfurique, l'acide carbonique, la silice, la chaux, la 
magnésie, l'alumine, le fer, afin de ne conserver que la 
potasse et la soude. Le liquide filtré a été de nouveau porté 
à Tébullition après addition de carbonate d'ammoniaque, 
afin de précipiter l'excès de baryte, Pébullition a été pro- 
longéejusqu'au complet dégagement de l'excès de carbonate 
d'ammoniaque, après avoir toutefois ajouté quelques gouttes 
d'ammoniaque pure pour forcer la portion de magnésie qui 
reste toujours non précipitée par l'eau de baryte, à former 
un précipité insoluble de carbonate ammoniaco-magné- 
sien. Après avoir suffisamment bouilli, le liquide encore 
chaud a été filtré, et puis concentré dans une capsule de pla- 
tine après avoir été additionné d'acide chlorhydrique pour 
former avec la potasse et la soude un chlorure soluble. Après 
une évaporation complète le résidu a été chauffé au rouge 
pour décomposer le chlorure de magnésium, dans le cas où 
toute la magnésie n'aurait pas été enlevée par les opérations 
précédentes. Repris par l'eau distillée, le résidu sec a été 
dissous puis filtré. Le liquide recueilli et les eaux de lavage 



— 431 - 

du filtre ne contenant plus, cette fois, que le chlorure de 
sodium et celui de potassium, ont été évaporés à siccité 
dans la capsule de platine. Les deux chlorures alcalins 
fondus avec précaution dans la capsule elle-même ont été 
pesés ensemble. 

Repris par un peu d'eau distillée, ils ont été traités par le 
bichlorure de platine et par Palcool éthéré. Le précipité de 
chloro-platinate de potasse recueilli sur un filtre taré bien 
lavé avec de l'alcool éthéré a été pesé avec le filtre. La 
différence du poids du filtre vide et du filtre avec le sel 
platinique m'a donné un premier résultat pour calculer le 
poids de la potasse de l'eau 

Mais j'ai voulu pousser plus loin la vérification de mon 
opération. Le filtre a été lavé à l'eau distillée qui a dissous 
le chloroplatinate de potasse. Cette eau évaporée à siccité 
dans une capsule de porcelaine, au bain-marie, a donné un 
résidu de chloroplatinate de potasse que j'ai pesé. D'où un 
second poids pour la potasse. 

Enfin, ce chloroplatinate de potasse chauffé au rouge a 
été décomposé en donnant du platine métallique que j'ai 
lavé sur un filtre. Le poids du platine ainsi obtenu après 
incinération du filtre m'a fourni un troisième résultat me 
permettant de vérifier les deux autres. Ce dernier a été 
constamment inférieur de quelque dixième de milligramme 
aux deux autres. C'est celui auquel je me suis arrêté. 

11° Soude. — Connaissant le poids de la potasse, j'ai 
calculé le chlorure de potassium qui lui correspondait. Ce 
poids de chlorure de potassium retranché de celui des 
chlorures de potassium et de sodium réunis, a fourni celui 
du chlorure de sodium et par suite, par un simple calcul, 
le poids de la soude. 

12° Ammoniaque. — Une quantité déterminée d'eau a 
été versée dans un ballon de verre au fond duquel j'avais 
déjà jeté une dizaine de grammes de magnésie calcinée 



— 432 - 

parfaitement pure. Ce ballon une fois bouché a été mis en 
communication avec un serpentin au-dessous duquel était 
placé un récipient. L'eau du ballon portée à l'ébullition a 
donné naissance à de la vapeur, qui, refroidie dans le ser- 
pentin s'écoulait dans le récipient inférieur. J'ai recueilli 
la moitié environ du volume d'eau ainsi soumis à la distil- 
lation et je l'ai vidé dans un appareil semblable au précé- 
dent, mais contenant une solution de potasse caustique 
parfaitement pure. L'eau du ballon de cet appareil a été 
également soumise à la distillation et je recevais la vapeur 
condensée dans un vase de verre d'une petite contenance, 
mais parfaitement jaugé. Chaque fois que ce vase était 
rempli jusqu'au point de repère, je prenais le degré alca- 
limétiïque exact du liquide qu'il contenait, et ainsi 
de suite jusqu'à ce que le degré d'alcalinité se trouvât 
réduit à zéro. En faisant une addition de tous ces degrés 
alcalimétriques et un simple calcul, j'arrivais à connaître 
la quantité d'ammoniaque libre contenue dans l'eau à 
analyser. 

Voici sur quels principes repose cette opération. 

Lorsqu'on met de la potasse en présence d'un composé 
ammoniacal contenu dans de l'eau et que Ton porte cette 
eau à l'ébullition, la potasse déplace l'ammoniaque. Celle- 
ci devenue libre est entraînée par la distillation et peut-être 
recueillie avec l'eau distillée qui se produit, ce qui permet 
de la doser. Mais la potasse a également la propriété de 
décomposer les matières végéto-animales azotées et d'en 
chasser l'ammoniaque. Comme toutes les eaux contiennent 
une quantité plus ou moins considérable de matière 
végéto-animale, il s'ensuit qu'en traitant ces eaux par de 
la potasse directement, on doit forcément produire de 
l'ammoniaque étrangère à celle qui est à l'état de sel solu- 
ble. La magnésie calcinée pouvant chasser également l'am- 
moniaque de ses composés sans altérer la matière organique 



- 133 — 

est employée dans la première opération. La potasse est 
mise en usage dans la seconde, car l'eau distillée ne con- 
tenant pas de matière organique, on n'a pas à craindre la 
décomposition de celle-ci. 

L'on peut se demander pourquoi l'on ne dose pas direc- 
tement l'ammoniaque après la première opération. Voici le 
motif qui a conduit à faire la seconde opération comme 
complément de la première : L'eau à analyser peut conte- 
nir des gaz que la première ébullition met en liberté, tels 
que l'acide carbonique, l'acide sulfhydrique \ dans ce cas, 
ces gaz peuvent s'unir à l'ammoniaque dégagé et former 
des composés dont le titre alcalimétrique doit être pris 
différemment que sur l'ammoniaque pure. Dans la seconde 
ébullition la potasse retient ces composés gazeux et l'on n'a 
que de l'ammoniaque pure à la distillation. 

Le procédé que je viens de décrire est du tout entier à 
M. Boussingault et à M. Péligot. Le premier de ces savants 
l'a décrit en grande partie dans son traité de chimie 
physiologique et agricole. Il est d'une sensibilité extrême. 

13° Iode. — J'ai concentré jusqu'à siccité 30 litres de 
chacune des eaux à étudier, après y avoir ajouté 20 gram- 
mes de carbonate de soude parfaitement pur. Le résidu sec 
ainsi obtenu a été porté à rouge dans un creuset de por- 
celaine. Réduit ensuite en poudre, dans un mortier parfaite- 
ment exempt de toute impureté, il a été traité à plusieurs 
reprises par de l'alcool bouillant. Cet alcool évaporé à 
siccité a donné un résidu que j'ai dissous dans une faible 
proportion d'eau distillée, à laquelle j'ai ajouté une goutte 
de solution d'amidon, puis une trace d'acide azotique par- 
faitement pur. Il ne s'est produit aucune coloration 
bleue. 

Il y a déjà cinq ans j'avais étudié à ce point de vue l'eau 
de la Garonne en traitant 100 litres d'eau de la même 
manière. Je n'avais rien obtenu qui pût me faire même 



— 134 — 

soupçonner la présence de l'iode dans l'eau de ce fleuve. 

14° Acides crénique et apocrénique. — J'ai évaporé, 
presque à siccité, au bain -marie, une quantité déterminée 
d'eau qui a fourni un précipité sur lequel j'ai versé une 
lessive de potasse avec laquelle il a bouilli pendant un 
peu plus d'une heure. Après filtration du liquide, j'ai 
acidulé avec de l'acide acétique et ajouté de l'ammoniaque. 
Après \'2 heures de repos, il s'était formé un précipité qui 
a été séparé du liquide par un filtrage. De l'acide acétique 
a été ajouté jusqu'à réaction acide, puis enfin de l'acétate 
neutre de cuivre. Il ne s'est formé de précipité d'apocrenate 
de cuivre dans aucune des eaux à analyser, et j'avoue que 
j'en ai été fort étonné, car je m'attendais à en trouver dans 
l'eau du filtre Vivent. 

J'ai additionné de carbonate d'ammoniaque le liquide 
contenant déjà l'acétate de cuivre, jusqu'à ce que la couleur 
ait changé en passant au vert, puis j'ai chauffé. Il ne s'est 
pas non plus formé de crénate de cuivre. 

Pour être parfaitement sûr que la manière d'opérer 
n'était pas fautive, j'ai deux fois recommencé mon opération 
et le résultat a été le même chaque fois. 

Je ne saurais admettre, cependant, sans faire une recher- 
che nouvelle que l'eau du filtre Vivent ne contient pas des 
acides organiques, aussi je crois devoir laisser un point de 
doute sur cette partie de mon analyse que je me propose 
de refaire. 

15° Matière organique. — J'ai dû procéder de deux 
manières différentes pour m'assurer que l'eau contenait une 
matère organique et pour en connaître la quantité. 

1°J'ai suivi le procédé le plus habituellement employé 
dans les analyses d'eaux minérales, celui de l'incinération. 
Ce procédé ne peut donner que des résultats approximatifs, 
je l'ai déjà reconnu. Mais je crois ces résultats plus rappro- 
chés de la vérité que ceux obtenus au moyen du perman- 



- 135 — 

ganate de potasse, surtout lorsqu'on prend toutes les pré- 
cautions voulues, et que j'ai décrites plus haut. 

2° J'ai cru également devoir mettre en pratique l'analyse 
organique complète ; car c'est le seul procédé qui puisse 
donner quelque chose d'exact avec toute la rigueur exigée 
dans une analyse bien faite. Malheureusement les chiffres 
que j'ai obtenus dans plusieurs analyses successives n'ont 
pas concordé d'une manière parfaite, aussi ne les ferai-je 
pas connaître \ seulement, ce que je puis dire, c'est que les 
résultats indiquent d'une manière bien évidente que l'eau 
du filtre Vivent contient une quantité de matière organique 
sensiblement plus considérable que les autres eaux. 

Je me contenterai donc de donner dans les résultats de 
mes analyses, les quantités de matière organique obtenues 
par le premier procédé, celui de l'incinération, etje laisse- 
rai un point de doute sur l'exactitude absolue des résul- 
tats. 

Je ne puis cependant m'empêcher de donner à côté de 
ces résultats, le chiffre obtenu dans une autre opération sur 
la matière organique. Après avoir fait évaporer à siccité au 
bain-marie une assez forte quantité d'eau, j'ai traité le 
résidu par l'alcool. Celui-ci a dissous une matière organi- 
que que j'ai pu obtenir en faisant évaporer l'alcool. Cette 
matière brûlait en répandant une odeur empireumatique, 
et laissait un faible résidu salin. 

Voici maintenant les chiffres de chacune des analyses : 



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— 137 — 

Ainsi que j'en ai l'habitude dans mes analyses d'eaux ther- 
males, j'ai laissé de côté la discussion de l'analyse qui con- 
duit à formuler une combinaison supposée des substances 
entre elles. A part certains cas particuliers, il est impos- 
sible de dire avec exactitude qu'une eau contient en solution 
telle ou telle substance saline plutôt que telle autre. Toutes 
les analyses qui montrent les combinaisons toutes faites, 
sont bien un peu le résultat des calculs après des dosages 
bien faits, mais elles sont surtout le résultat de la fantaisie 
ou des théories de chaque chimiste. 

Je laisse donc les chiffres bruts des dosages ; chacun 
pourra les interpréter à sa façon. 

J'ai eu le soin de mettre un point d'interrogation sur les 
résultats qui ne m'ont pas paru aussi satisfaisants que je 
l'aurais voulu. 

L'analyse de la Garonne, faite par H. Deville, il y a 
quelques années , m'a paru devoir être ajoutée à mon 
tableau, car elle peut servir de point de comparaison avec 
la mienne, et je puis dire que son étude comparative est fort 
instructive. 

En effet, il est facile de voir que les dosages des sub- 
stances fixes ont donné dans les deux cas des résultats que 
Ton peut considérer comme identiques. Les petites diffé- 
rences qui existent entre les deux , tiennent à des varia- 
tions journalières auxquelles tous les cours d'eau et toutes 
les sources sont soumis. 

Les quantités de chlore, de potasse et de soude sont, à 
très-peu de chose près, les mêmes dans l'analyse de Deville 
et dans la mienne. 

L'augmentation d'acide sulfurique dans mes résultats 
peut tenir à ce que j'ai analysé l'eau de la Garonne pen- 
dant une crue. 

L'acide carbonique, la chaux et la magnésie présentent 
des différences notables dans les deux analyses , mais il 



- 138 - 

est facile de trouver la cause de ces différences. Cela pro- 
vient simplement de ce que Deville a fait son analyse sur 
Peau de la Garonne transportée, tandis que je l'ai faite sur 
Peau fraîchement puisée. Dans le transport , ainsi que je 
l'ai fait remarquer plus haut, les bicarbonates de chaux 
et de magnésie se décomposent en perdant de l'acide car- 
bonique, il se dépose du carbonate de chaux et du carbo- 
nate de magnésie. La portion de ces substances devenue 
insoluble et formant un dépôt ne pouvait donc être retrou- 
vée dans l'eau à l'état de sel dissous. Cet inconvénient 
n'ayant pas lieu dans l'eau fraîchement puisée , il fallait 
nécessairement que les chiffres donnés par l'analyse faite- 
sur cette dernière eau soient plus élevés que ceux résultant 
de l'analyse de l'eau transportée. 

Les soins que j'ai mis à faire mes dosages, la concor- 
dance de mes résultats avec ceux d'H. Deville par rapport 
au chiffre des substances fixes, me permettent de considé- 
rer mes analyses comme suffisamment exactes pour en tirer 
la conclusion essentielle à laquelle j'arrive maintenant. 

Si l'on examine le tableau précédent, dans lequel sont 
énumérés les résultats des dosages , le premier fait qui 
frappe l'esprit est celui de la progression croissante qui 
existe dans les chiffres pour chacune des substances, en 
remontant de l'analyse de l'eau de la Garonne à ceux de 
l'analyse de l'eau du puits. Les chiffres fournis par l'eau 
des deux filtres restent d'une manière presque constante 
intermédiaire entre ceux que fournissent les analyses de 
la Garonne et du puits Sévin. Quelques-unes des substances 
seulement échappent à cette règle. 

L'ammoniaque est plus abondante dans l'eau du filtre 
Vivent que dans les autres. L'origine de cette ammoniaque 
n'est pas difficile à trouver ; elle provient de la décompo- 
sition de la partie de l'algue qui se pourrit dans les gale- 
ries filtrantes en dehors de l'eau. L'atmosphère étant saturée 



- 139 - 

d'ammoniaque, il n'est pas étonnant que Peau dissolve dans 
les filtres une grande quantité de cette substance dont la 
solubilité est si grande. 

Je n'hésite donc pas à dire que l'assertion dont j'avais 
fait part à la Commission dès le jour de mon arrivée dans 
son sein, se trouve vérifiée d'une façon frappante par mon 
analyse. Il reste, en effet, démontré par ce travail, con- 
damné d'avance comme inutile par l'un des chimistes de 
la Commission, que l'eau des filtres , et surtout celle du 
filtre Vivent, tient le milieu par sa composition chimique 
entre l'eau de la Garonne et l'eau de la nappe souterraine 
de Saint-Cyprien. Cette eau des filtres Vivent et de la prai- 
rie n'est donc pas autre chose qu'un mélange se produisant 
dans le radier des galeries entre les eaux d'infiltration 
venues de la Garonne et les eaux de la nappe souterraine 
qui alimente les puits du faubourg Saint-Cyprien. 

Les chapitres suivants vont fournir les preuves physi- 
ques qui viennent à l'appui de l'interprétation de mon 
analyse chimique. 

CHAPITRE V. 

Influence exercée par le creusement des fondations du quai de 
laitue Viguerie, par la construction des aqueducs du fau- 
bourg Saint-Cyprien et par V ouverture des tranchées de la 
prairie des filtres ainsi que du ramier Vivent, sur la nappe 
d'eau qui alimente les puits de Saint-Cyprien. 

En science comme en toute chose, les faits acquis for- 
ment la base des raisonnements qui conduisent aux théo- 
ries ; les faits acquis sont irréfutables et doivent comme tels, 
servir de jalons dans la pratique. 

Lorsque l'on a creusé le sol du quartier Saint-Cyprien 



— 140 — 

pour installer des aqueducs, un quai et les filtres, le régime 
de la nappe d'eau qui alimentait les puits de ce faubourg 
de Toulouse situé sur la rive droite de la Garonne a été 
complètement changé. Il importait beaucoup, pour l'intel- 
ligence du travail de la Commission des eaux, de recher- 
cher les changements qui étaient survenus dans cette nappe 
souterraine. Personne, à ma connaissance, n'a fait une 
étude sérieuse de ces changements. Il n'y avait cependant 
aucune difficulté à arriver à un résultat utile dans cet ordre 
de recherches. J'ai tâché de remplir la lacune qui existait 
au point de vue de ces renseignements. 

Ne possédant aucun document écrit, car les ingénieurs 
chargés de ces travaux n'en ont consigné nulle part, j'ai 
dû interroger les hommes les plus intelligents et les mieux 
renseignés du faubourg Saint-Cyprien. Pour arriver à con- 
naître la vérité stricte, je ne leur faisais aucune question 
spéciale. Je les priais simplement de me raconter ce qu'ils 
savaient sur l'histoire de leurs puits. J'écrivais mes notes 
sous leur dictée. 

Voici d'abord le récit très-net, très-catégorique, que m'a 
fait M. Fieux, l'un des négociants les plus importants de 
Saint-Cyprien. 

Avant que l'on ait bâti le mur du quai qui longe la rue 
Viguerie, le niveau de l'eau des puits se trouvait dans le 
quartier à 4 m. 50 environ au-dessous du sol. 

Lorsque le quai fut construit, on fit reposer les fondations 
sur le tuff. Quand le mur fut élevé, les maisons de la rue 
Viguerie furent peu à peu envahies par une nappe d'eau 
souterraine^qui rendait les rez-des-chaussées fort humides; 
sur plusieurs points cette eau arrivait même au niveau du 
sol, et l'on était fort en peine pour, s'en débarrasser. 

A l'époque où l'on construisit le canal de fuite pour 
l'ancien Château-d'eau, on creusa dans le voisinage de la 
rue Viguerie une énorme tranchée, dans laquelle vint se 



— 141 - 

déverser une quantité d'eau très-considérable, et le niveau 
de la nappe d'eau qui avait envahi le quartier de la rue 
Viguerie baissa d'une manière très-notable. Les maisons se 
trouvèrent de nouveau assainies. 

Dans une maison voisine de celle de M. Fieux, la maison 
Launa, le creusement des galeries pour le canal de fuite du 
nouveau Château-d'eau a amené encore un changement 
dans le régime du puits. L'eau n'a ni augmenté ni diminué 
dans son volume, mais elle est devenue très-mauvaise, et 
pour retrouver de l'eau potable il a fallu creuser le puits 
jusqu'à 10 mètres de profondeur. Le même phénomène 
s'est produit chez M. Pierre Angely, et chez M. Fieux. 

Dans toute la partie du faubourg Saint- Cyprien, longeant 
la grande rue, la nappe d'eau qui alimente les puits s'est 
trouvée abaissée de deux mètres environ, à la suite du 
creusement du canal de conduite du nouveau château. 
C'est ce qui résulte des renseignements donnés par 
M. Bonnafous, fabricant de pompes du quartier, chargé dans 
bien des maisons d'allonger, à cette époque, de deux mètres 
au moins les tuyaux servant à l'ascension de l'eau des 
puits. Le fond de la tranchée dans laquelle a été construit 
l'aqueduc reliant les deux châteaux-d'eau était complète- 
ment envahi par l'eau. Il y avait des sources énormes. 

Si ces faits sont importants déjà pour l'étude que nous 
faisons, j'arrive maintenant à une nouvelle série de faits 
semblables dont l'importance est encore bien plus grande. 

Persuadé, avant d'entrer dans la Commission des eaux, 
que l'eau de la nappe des puits de Saint-Cyprien avait été 
attirée dans les nouveaux filtres de la prairie, dès le début 
de mes recherches à ce sujet, je voulus choisir un puits 
d'observation placé dans de bonnes conditions pour me 
permettre d'en faire un type. Je choisis le puits le plus 
rapproché. 

Je fus conduit naturellement à visiter celui d'un proprié- 



— U2 — 

taire M. Sévin, tout à côté et au nord du moulin Vivent. 

Voici l'histoire de ce puits que j'ai écrite sous la dictée 
de M. Sévin lui-même, auquel je posai simplement la 
question suivante : Voudriez-vous me faire l'histoire de 
votre puits ? 

Autrefois, il y avait un puits dans la maison, alimenté 
par une source et en même temps une autre source cou- 
lant à 1 m. 70 environ au-dessus du niveau de la Garonne. 
Il y a 8 ou 9 ans, lorsque l'on commença à faire les 
premiers nouveaux filtres, à l'extrémité de la prairie, la 
source élevée disparut complètement, et celle du puits 
diminua. Le lavoir qu'alimentait cette eau se trouva à sec 
Lorsque l'on continua à creuser les filtres, la source du 
puits disparut à son tour il fallut augmenter la profondeur 
du puits pour la retrouver. Enfin, la prolongation des gale- 
ries filtrantes de la prairie amena une nouvelle diminution 
dans le débit de la source du puits. On en augmenta de 
nouveau le débit en creusant encore le sol. Depuis lors, la 
source n'a plus changé. Mais au lieu de couler comme 
autrefois directement dans les bassins où l'on blanchissait 
le linge, elle ne peut y être conduite qu'au moyen d'une 
pompe. 

M. Sévin me signala la reproduction de ce fait à la 
même époque, dans tous les puits du voisinage, dont quel- 
ques-uns avaient même complètement tari. 

Prévenu par ce récit, j'ai visité la majeure partie des 
puits de la rue Laganne, de l'avenue de la République et 
de la rue de Muret, à partir du moulin Vivent jusqu'aux 
dernières maisons après la barrière. 

Le résultat de mes recherches fut que les puits des 
environs du moulin Vivent, de la maison Lacoume et du 
côté sud de l'allée de la République avaient subi la même 
influence que la source de M. Sévin, mais à un degré moins 
fort. Ainsi, tandis que la source de M. Sévin s'était abaissée 



- 143 — 

de près de 3 mètres, depuis le creusement des filtres de la 
prairie, les autres puits n'avaient guère subi qu'un abaisse- 
ment de 1 mètre à 1 m. 50. Quelques-uns cependant 
avaient été complètement desséchés. 

Pour m'expliquer ces faits, je cherchai à me rendre un 
compte aussi exact que possible du niveau auquel on avait 
trouvé la molasse, afin de tracer à peu près les courbes 
que la surface de cette roche présente au-dessous des 
alluvions. Cela complétait mon étude. 

En suivant les bords de la Garonne en amont de Toulouse, 
j'ai trouvé partout la molasse un peu au-dessus du fleuve. 
Ce qui prouve bien l'exactitude de mes mesures, c'est que 
les crues de la Garonne sont sans influence sur îa hauteur 
de l'eau dans les puits de cette région. Quelques-uns, fort 
rares, subissent seulement l'influence des plus fortes crues. 
— Sur certains points on dirait qu'en s'éloignant de la 
Garonne le niveau de la molasse est plus bas que sur les 
bords. En effet, dans la maison n° 4 de l'avenue de Muret, 
le puits traverse une mince couche d'eau. Pour en avoir 
une provision suffisante on a été obligé de creuser un 
bassin dans la molasse ; elle s'accumule ainsi et s'emma- 
gasine. Exactement en face de l'autre côté de l'avenue, le 
fond du puits n'a pas atteint la molasse, et cependant la 
couche d'eau rencontrée est suffisamment épaisse pour ali- 
menter abondamment le puits. 

Si nous étudions maintenant la molasse sur le parcours 
d'une ligne passant par l'extrémité du cours Dillon et allant 
directement vers la Garonne à l'Est et vers la maison 
Lamarque à l'Ouest, sur l'allée de la République, les puits 
creusés dans ce parcours nous donnent de précieux ren- 
seignements. 

Ainsi, dans la prairie des filtres la molasse se trouve à 
6 m. 70 au-dessous du niveau du sol. Le radier des gale- 
ries est à 0,70 centimètres environ au-dessus de cette 



- (44 - 

molasse. Le niveau de la surface du sol de la prairie des 
filtres se trouve à i mètres à peu près en contre-bas du 
niveau du sol de la rue Lagane ainsi que le montre la 
figure G. Dans le café Dujardin, donnant sur la place de 
l'ancienne barrière de Muret et dans la rue Lagane, existe 
un puits creusé jusque dans la molasse. Celle-ci a été ren- 
contrée vers 6 mètres de profondeur. 

En poussant plus loin notre investigation sur le côté sud- 
ouest de l'allée de la République, dans la maison Lamar- 
que, nous trouvons un puits dans lequel on aperçoit la 
molasse à 2 m. au plus au-dessous du sol. 

On peut donc affirmer qu'aux environs de l'extrémité 
sud du cours Dillon, la molasse est de plus en plus profon- 
dément située, à mesure que l'on se rapproche de la 
Garonne. C'est donc le contraire de ce que nous venons de 
voir pour un point plus éloigné de l'avenue de Muret. 

Autrefois, la nappe d'eau souterraine qui alimentait les 
puits précédemment désignés, était beaucoup plus élevée, 
puisque le puits Lamarque ne manquait jamais d'eau. 
Depuis l'époque où M. Sévin a vu diminuer sa source dans 
son volume et dans son point d'écoulement, c'est-à-dire 
depuis le creusement des filtres, le puits Lamarque est 
complètement à sec et l'eau ne l'atteint pas, quelle que 
soit la quantité de pluie qui tombe sur Toulouse. 

Dans le voisinage, les puits des maisons Lassance, 
Délaye, Huet, Vieillard, Lacoume, De Signac, du jardin 
Bonnal, ont tous beaucoup diminué. Mais ces puits ne se 
trouvant pas sur une proéminence de la molasse, comme 
celui de la maison Lamarque, aucun d'eux n'a pas complè- 
tement tari. Tous sont creusés dans les alluvions ; aussi, en 
descendant leur fond de quelques pieds, on a pu atteindre 
de nouveau la couche aquifère et les alimenter de nouveau 
avec abondance. 

L'état de chose que je viens de décrire s'est maintenu 



— 145 — 

d'une manière tout-à-fait régulière depuis le moment où il 
s'est produit jusqu'à ce jour. Les pluies abondantes qui ont 
fait augmenter de beaucoup les sources des environs de 
Toulouse, à diverses époques, ont été incapables de faire 
reprendre leur ancien niveau aux puits dont je viens de 
parler. Ceci permet d'affirmer que la sécheresse n'a pu en 
aucune façon produire à elle seule l'abaissement de niveau 
de la nappe aquifère de Saint-Cyprien, ainsi que certains 
membres de la Commission avaient semblé le croire. 

La coïncidence de ce dessèchement des puits avec le 
creusement des galeries filtrantes de la prairie permet de 
supposer avec juste raison que c'est bien à cette cause 
qu'il faut attribuer la disparition de l'eau dans certains 
puits et l'abaissement général de la nappe d'eau souter- 
raine de la partie du faubourg de Saint-Cyprien située aux 
environs du cours Dillon. Les probabilités augmentent si 
l'on se rappelle que le creusement des canaux de fuite de 
l'ancien et du nouveau château-d'eau ont produit le même 
effet sur la nappe d'eau des puits du reste du faubourg. 

Enfin la supposition que je viens de faire peut être 
regardée comme se rapprochant encore plus de la vérité, en 
sachant que la fermeture du robinet d'écoulement des 
infiltrations de la galerie Vivent a entraîné une augmenta- 
tion de 2 mètres d'eau environ dans cette galerie et d'un 
mètre dix centimètres au moins dans quelques puits voisins 
de ceux dont je viens d'étudier plus haut le régime, et dont 
M. Desplas, conducteur des ponts et chaussées, a suivi, 
comme moi, les changements. 

C'était donc l'eau de la nappe inférieure des puits de 
Saint-Cyprien qui était entrée dans les filtres et qui les 
alimentait en partie. Et en effet, l'analyse chimique nous 
a montré que la composition de l'eau du filtre Vivent se 
rapprochait énormément de celle de la nappe des puits les 
plus voisins. 

40 



— 146 - 



CHAPITRE VI. 



Expériences faites pour rechercher la provenance exacte de 
Veau infectée des galeries filtrantes de Toulouse. 

Avant de chercher le remède à un mal, il est de toute 
nécessité de connaître les causes de ce mal ; car vouloir 
guérir sans savoir ce qu'il faut guérir, c'est se lancer dans 
un empirisme que répudie la science, c'est s'exposer à ne 
pas attaquer le principe morbide que Ton veut combattre. 

La Commission a-t-elle suivi une route scientifique pour 
arriver à connaître exactement la provenance du germe 
qui a porté une atteinte si profonde à la salubrité de l'eau 
que boit la population Toulousaine? Je ne le pense pas. 

On avait bien cru de plusieurs côtés que la conferve née 
dans le radier des filtres s'altérait au contact de l'air et 
communiquait à l'eau l'odeur infecte que nous lui connais- 
sons tous. Mais il fallait aller plus loin, et personne, j'ose 
le dire, n'a encore décrit la cause qui produit et le mauvais 
goût de l'eau et la végétation que cette eau renferme. 
Bien plus, quelques membres de la Commission ont cher- 
ché à éloigner toute discussion relative à ce sujet, tant il 
leur paraissait hérissé de difficultés insurmontables. 

Il n'y avait pourtant qu'à se donner la peine de chercher 
pour vaincre ces difficultés ; on ne l'a pas fait. 

Je me propose dans ce chapitre, en m'appuyant sur les 
données fournies dans les chapitres précédents, ainsi 
qu'avec d'autres observations, de montrer quels sont la 
véritable origine et le véritable véhicule de la conferve dont 
la présence et l'altération ont coïncidé avec le mal qui nous 
préoccupe. 

Et tout d'abord, qu'il me soit permis de donner ici les 
détails d'une longue visite que je crus devoir faire le 



- U7 - 

44 mars dans les galeries filtrantes delà prairie et dans 
celle du ramier Vivent. 

En remontant la galerie de la prairie vers le sud, on voit 
le fond du radier tapissé d'une couche anormale de pro- 
duits végétaux que l'on reconnaît bientôt comme étant due 
à une conferve d'une espèce particulière. A mesure que 
l'on approche du fond de la galerie, et surtout du point où 
vient s'ouvrir le tuyau de fonte qui fait communiquer la 
galerie Vivent avec la galerie de la prairie, la conferve ou 
plutôt l'algue prend une coloration ocreuse de plus en plus 
marquée, la végétation atteint son maximum de dévelop- 
pement et s'arrête brusquement à l'entrée de ce tuyau, dans 
l'intérieur duquel on la voit s'engager. Au-delà de l'ouver- 
ture du tuyau, l'eau du filtre de la prairie est parfaitement 
dépourvue de tout produit hétérogène, l'eau est d'excellente 
qualité et n'a pas le moindre mauvais goût. 

Il était donc possible, en suivant ainsi le mal à la piste, 
de se dire à l'avance : que le mal tout entier devait venir 
de la galerie Vivent. J'allai donc immédiatement étudier 
cette galerie filtrante. J'étais accompagné dans cette visite 
par M. J. Castel, mon préparateur, par M. Mazuc, membre 
de la société géologique de France, et par trois ouvriers 
qu'avait bien voulu mettre à ma disposition M. Roux, 
ingénieur de la ville. 

L'odeur ammoniacale qui régnait dans la galerie nous 
frappa dès notre descente sous la voûte. A mesure que nous 
avancions vers le sud, l'odeur devenait de plus en plus 
piquante, et à notre arrivée à l'extrémité de ce long boyau 
souterrain, nous respirions un air aussi puant que celui des 
latrines-, nos lumières avaient grand peine à brûler, et 
j'éprouvai avec une assez notable chaleur les mêmes 
malaises que j'ai ressentis bien souvent, dans des cavernes 
basses et étroites renfermant des quantités notables d'acide 
carbonique. 



- 118 - 

Il restait évident pour moi, surtout après un premier 
examen des eaux fournies par ce filtre, examen que je 
ferai connaître plus loin, que c'était bien dans le filtre 
Vivent qu'il fallait chercher la cause du mal (1). 

Après avoir reconnu que le filtre Vivent était bien le lieu 
dans lequel se manifestait tout le mal, il restait encore 
plusieurs choses à chercher et à trouver. 

En effet, ma visite, je vais le prouver plus loin, m'avait 

(1 ) Qu'il me soit permis de fixer la date exacte de la fermeture défini- 
tive du filtre Vivent, et de faire connaître les circonstances dans lesquelles 
ce filtre a été définitivement fermé. 

La Commission des eaux, instruite par M. Brunhes que l'eau du filtre 
Vivent fournissait à l'analyse une plus grande quantité de matière orga- 
nique que celle du filtre de la prairie, avait décidé, bien avant mon 
entrée dans la Commission, de rechercher si en fermant le filtre Vivent 
on n'améliorerait pas l'état de l'eau des fontaines. Le 44 mars, quand je 
fis ma visite dans les galeries, le filtre Vivent se déversait encore dans 
le filtre de la prairie. C'est là, en effet, que l'on puisait tous les jours l'eau 
Vivent destinée à être analysée par M. Brunhes, par M. Filhol et par moi. 

En sortant de faire ma tournée dans les galeries, et ignorant complè- 
tement les décisions antérieures de la Commission des eaux, j'allai trouver 
M. le Maire qui se trouvait en ce moment aux abattoirs avec deux de 
ses adjoints MM. Bibentet Rességuier, et avec M. Roux, ingénieur de la 
ville. Je déclarai de la manière la plus formelle à M. le Maire que j'étais 
sûr d'avoir trouvé la source du mal produit, et je lui désignai l'eau du 
filtre Vivent comme étant le véhicule du végétal qui s'était développé et 
dont l'altération au contact de l'air (tait une nouvelle source d'infec- 
tion. Je demandai que l'on fermât immédiatement toute communica- 
tion de ce filtre avec le reste des galeries. On accepta unanimement cette 
décision, et le soir même j'écrivis à M. le Maire la lettre suivante à ce 
sujet, après avoir également prévenu M. Joly président de notre Commis- 
sion, du résultat de mes observations : 

Monsieur le Maire, 

Attaché depuis un mois environ à la Commission chargée d'étudier les 
causes du mauvais état des filtres qui alimentent les fontaines de la ville, 
je n'ai pas hésité à laisser de côté tous mes travaux scientifiques ainsi 
que toutes les analyses chimiques qui m'ont été confiées dans ces derniers 
temps, pour m'occuper exclusivement de la solution du problème qui 
intéresse à un si haut point mes compatriotes, vos administrés. 

Persuadé, dès le début de ma mission, que la géologie et la chimie 



- 149 - 

fait constater que l'eau de la galerie était de bonne qualité 
et dépourvue de mauvais goût à l'extrémité sud du filtre, 
tandis que sur d'autres points elle avait un goût infect. 
Comme les infiltrations provenaient soit de l'eau de la nappe 
souterraine, soit de celle du fleuve, il fallait étudier quelle 
était la source du désordre dans le filtre. 

Où que ce soit que l'on examine soit la Garonne, soit les 
mares d'eau qui en proviennent, et la chose est facile à 



combinées pouvaient seules donner un résultat dans la question actuelle, 
j'ai exposé mes vues à ce sujet, au sein de la Commission à laquelle 
vous avez confié le soin d'étudier le problème dont je m'occupe en ce 
moment. 

En résumé j'ai expliqué qu'une seule cause pouvait avoir gâté l'eau des 
fontaines de Toulouse, réputée avec juste raison comme étant la meil- 
leure de France, tant que les filtres d'Aubuisson étaient seuls à la fournir. 

Quand on a creusé les nouvelles galeries filtrantes, on est descendu 
bien au-dessous du niveau de celles qu'avait établi l'ingénieur d'Aubuis- 
son. Ce travail a eu pour résultat le dessèchement de ces dernières. Par 
ce creusement si profond on a installé les nouveaux filtres dans une 
couche perméable, à travers laquelle arrivent les eaux clarifiées de la 
Garonne pour se mélanger avec les eaux de la nappe souterraine qui 
alimente les puits de Saint-Cyprien. Lorsque la Garonne a été envasée 
entre la chaussée du Basacle et celle du moulin Vivent, la couche 
énorme de vase, qui se voit encore le long des berges du fleuve, a 
formé un obstacle presque complet aux infiltrations de la Garonne. En 
quelque sorte, l'équilibre étant rompu entre ces infiltrations et celles de 
la nappe d'eau inférieure de la vallée, celle-ci a envahi les filtres. 

Je possède aujourd'hui la preuve certaine et scientifique de ce que 
j'avance. 

Les infiltrations de cette nappe d'eau inférieure traversent sur plusieurs 
points, entr'autres aux abords du filtre Vivent, des couches de terres 
infectantes transportées artificiellement en ces points depuis plusieurs 
années. C'est là que se fait le mal principalement. Mais une couche 
naturelle de terre contribue aussi à l'entretenir. 

Après avoir entendu ma communication, la Commission des eaux de 
Toulouse a accédé à ma demande d'ouvrir un puits de recherche qui 
servirait à connaître : 1° Si, comme je le suppose, l'eau du filtre Vivent 
tient le milieu, par sa composition, entre l'eau de la Garonne et l'eau de 
la nappe inférieure de Saint-Cyprien; 2° Si la cause de l'altération de 
l'eau vient bien du passage des infiltrations sur des détritus infectants. 



- 150 - 

faire le long des rives du fleuve, nulle part on ne voit la 
moindre trace d'une conferve ocreuse rappelant celle des 
filtres ou de la fontaine Saint-Jean. Quel que soit le temps 
que l'on conserve, dans un flacon bouché, de Peau puisée 
dans la Garonne, jamais cette eau ne forme de concrétion 
végétale abondante pouvant faire supposer qu'elle porte en 
elle-même les germes nombreux d'un individu quelconque, 
animal ou végétal, capable de s'organiser peu à peu. C'est 

Persuadé que je possède la solution complète des questions relatives à 
l'infection de l'eau des lontaines, je viens vous prier, M. le Maire, de 
faire faire le puits dont j'ai demandé l'ouverture. 

Après un examen attentif des galeries, je reste persuadé que le plus 
grand mal se produit dans le ramier Vivent. Détourner complètement 
l'eau des filtres venant de ce ramier et nettoyer à fond la galerie de la 
prairie des filtres, serait une mesure qui constituerait déjà une améliora- 
tion notable dans l'état actuel des fontaines. 

Veuillez, Monsieur le Maire, agréer, etc. 

D r F. Garrigou. 
Toulouse, le u mars 1872. 

Dans la séance du 25 mars, un ingénieur civil, qui était venu 
faire à la Commission des eaux ses offres de service comme auteur 
d'un procédé de filtrage et comme entrepreneur , déclara à la 
Commission qu'il avait reconnu que le mal si déplorable pour les habi- 
tants de Toulouse se produisait dans le filtre Vivent. Je formulai égale- 
ment la même opinion citée dans la lettre précédente que je résumai, et 
nous votâmes à l'unanimité l'isolement définitif du filtre Vivent. 

En résumé, c'est avant mon arrivée dans la Commission des eaux que 
la Commission a émis l'idée de rechercher si, par hasard, la fermeture de 
la galerie Vivent pourrait modifier l'état de l'eau des filtres. — C'est le 
14 mars que j'ai affirmé à M. le Maire et au Président delà Commission 
des eaux, que la majeure partie du mal venait de l'eau produite par le 
filtre Vivent, dont je demandais formellement la séparation d'avec le 
reste des galeries. — C'est enfin le 25 mars, ainsi qu'on peut le constater 
dans une brochure sur les eaux de Toulouse, qu'un ingénieur civil a 
émis également mon idée, circulant déjà en ville, pour la formuler 
devant la Commission. 

J'ai voulu entrer dans les détails qui précèdent pour faire sa part 
d'initiative à chacun et pour montrer combien on a été d'accord, de tous 
les côtés, pour accuser la galerie Vivent du mal produit sur l'eau des 
iijtres. 



— 151 - 

à peine si elle fournit, après fort longtemps, un dépôt 
insignifiant. 

Les mares d'eau de la nappe souterraine ne m'ont jamais 
présenté non plus, dans la plaine de Toulouse, (et j'en ai 
examiné un très-grand nombre) les traces d'une conferve 
ocreuse, semblable à celle que j'ai signalée avec d'autres 
observateurs dans le filtre de Toulouse. 

Mais si l'on conserve dans un flacon bouché, ainsi que je 
l'ai fait, une certaine quantité d'eau de la nappe souterraine 
de la plaine de Toulouse, on y voit se produire, après 
quelques semaines, un singulier phénomène. Des flocons 
gélatineux apparaissent, se couvrent bientôt de quelques 
taches verdâtres, et une véritable végétation s'y développe. 
On voit en peu de temps la plante adhérer sur certains 
points aux parois du vase. Le même phénomène se produit 
avec l'eau des puits de Paris. 

L'examen que j'ai pu faire de quelques puits voisins de 
la Garonne, m'a conduit à un résultat analogue. 

L'eau des puits venue du fleuve ne produit pas sur les 
murs qui en forment les parois, des végétations semblables 
à celles qui tapissent au contraire, sous la forme d'une 
mince pellicule verte, certains puits éloignés du fleuve et 
alimentés par l'eau de la nappe souterraine. 

De prime abord, on est donc conduit à considérer l'eau 
de la nappe souterraine de la plaine de Toulouse, comme 
tenant en dissolution une matière végétale ou végéto- 
animale capable de s'organiser. 

L'eau des filtres de Toulouse devait naturellement me 
servir à répéter les mêmes expériences que j'avais exécutées 
avec les eaux de la Garonne et de la nappe souterraine. 
L'eau du filtre Vivent, puisée alors qu'il en coulait seule- 
ment une couche de 30 centimètres au-dessus du radier, 
a été gardée ea bouteille fermée. Elle a déposé peu à peu 
une matière végétale ocreuse que je n'ai plus retrouvée qu'à 
l'état rudimentaire dans l'eau des filtres de la prairie. 



— JÔ2 — 

Lorsque le robinet de communication du filtre Vivent avec 
les filtres de la prairie a été fermé, et que, par suite, le 
niveau de l'eau dans le filtre s'est accru très-notablement, à 
cause de l'arrivée des infiltrations de la Garonne, ainsi que 
je l'ai prouvé, l'eau puisée dans ce filtre n'a plus fourni de 
dépôt organique ocreux, même après une conservation de 
plusieurs semaines. 

Ainsi donc l'eau du filtre Vivent, alors qu'elle se compo- 
sait en grande partie de l'eau de la nappe souterraine de 
Saint-Cyprien, conservait un trait de ressemblance physique 
avec l'eau de cette nappe, c'est-à-dire, qu'elle avait comme 
elle la propriété de déposer une matière organique après 
quelques semaines d'embouteillage. 

Mais une expérience bien concluante vient, encore mieux 
que toute autre, donner raison aux observations précéden-. 
tes et à ma supposition sur la véritable origine de l'algue 
des filtres. 

Si l'on fait évaporer dans une capsule de porcelaine une 
quantité égale d'eau de la Garonne, d'eau du puits Sévin, 
d'eau des drains actifs du fond de la galerie Vivent, d'eau 
du radier Vivent et d'eau de l'ancien filtre d'Aubuisson (1), 
on voit au premier coup-d'ceil une différence entre toutes 
ces eaux et celle du radier du filtre Vivent Les premières 
donnent un dépôt parfaitement blanc qui contraste d'une 
manière frappante avec le dépôt ocreux laissé par l'évapo- 
ration de l'eau du radier du filtre Vivent. De plus, cette 
eau portée à lebullition en même temps que toutes les 
autres , est seule à répandre une odeur infecte sui generis. 

Une expérience semblable faite comparativement avec 
l'eau du filtre Vivent puisée en divers points de la galerie, 
devient fort instructive et très-concluante. En effet, ainsi 

(1) J'ai eu bien souvent l'occasion de faire évaporer à siccité de l'eau 
des filtres d'Aubuisson, alors qu'ils alimentaient seuls les fontaines de 
Toulouse. Je puis donc mettre cette eau en parallèle d'étude avec les 
autres. 



— 453 — 

que je viens de le dire, l'eau des drains du fond de la galerie 
se rapproche complètement par ses caractères physiques et 
chimiques de l'eau delà Garonne : il n'y a pas de mauvaise 
odeur naturelle, et il ne s'en développe pas pendant l'ébulli- 
tion. L'évaporation à siccité ne laisse pas non plus de 
dépôt ocreux. Mais l'eau puisée à 10 mètres environ du 
fond de la galerie sur le radier, possède déjà un goût fort 
désagréable (1); lebullition y développe une odeur nauséuse 
et l'évaporation à siccité fournit un abondant dépôt ocreux. 
Ce dépôt augmente encore avec l'eau puisée à l'entrée de la 
galerie. En portant au rouge sombre les capsules qui rem- 
ferment ces dépôts, on développe une odeur empyreumatique 
très marquée, et après le refroidissement la coloration 
ocreuse persiste encore, quoique à un degré moindre, dans 
l'eau du radier Vivent. On reconnaît facilement à l'aide de 
l'acide chlorhydrique et du cyanure jaune que cette dernière 
coloration est due à de l'oxyde de fer. 

La dégustation seule de l'eau pouvait faire prévoir 
l'ensemble de ces résultats. En effet, à l'extrémité sud delà 
galerie, ainsi que je l'ai dit, l'eau fournie par les deux seuls 
drains qui contribuent à l'alimentation du filtre est de 
parfaite qualité. Cette eau ne fournit aucune végétation, et 
elle se conserve ainsi excellente jusqu'à 8 ou 10 mètres du 
fond. Là se développe brusquement un goût détestable, 
rappelant un peu celui que je viens de citer au renvoi pré- 
cédent, dans le puits du moulin Vivent. C'est à peu près en ce 
point que commencent à paraître les productions végétales. 

Un ingénieur civil, entendu par la Commission des 



(4) Un puits du moulin Vivent fournit une eau qui se trouve exacte- 
ment dans les mêmes conditions. L'eau est tellement infecte qu'en la 
goûtant simplement on est saisi à la gorge par le goût acre, métallique 
et mordant qu'elle possède. M. Bibent, premier adjoint au Maire, auquel 
j'ai envoyé une bouteille de cette eau a pu, comme moi, se rendre compte 
de ce goût désagréable et particulier. Il n'est pas étonnant que l'eau du 
filtre Vivent ait un goût analogue, car il est voisin. 



— 154 — 

eaux, a soutenu devant elle la théorie absolument fausse, 
que ce mauvais goût de l'eau venait de ce que le courant 
dans la galerie étant nul, la plante se putréfiait dans 
l'eau et l'infectait. 

Il n'est pas difficile de réfuter cette manière d'expliquer 
les faits. 

D'abord l'algue ne s'altère pas dans l'eau tant qu'elle y 
est vivante, et elle ne meurt qu'au contact de l'air. 

Quand elle meurt au contact de l'air, l'eau n'est pas direc- 
tement infectée par lesémanationsde cette putréfaction, car 
l'eau la meilleure du filtre Vivent coule dans le point de la 
galerie où l'air est réellement infecte, où l'on sent l'odeur 
de latrines. 

Enfin, je déclare, qu'entre le fond de la galerie et le point 
du radier où j'ai commencé à trouver le mauvais goût à 
l'eau, c'est-à-dire, huit ou dix mètres de distance, il y a 
un courant fort rapide relativement surtout. L'eau qui arrive 
de bas en haut par le radier, s'écoule très-facilement et 
d'une manière continue. On n'a qu'à remuer les petits gra- 
viers et le sable de ce radier pour voir le courant ascendant 
se manifester. 

Nous pouvons également trouver de précieux renseigne- 
ments, pour la question qui nous occupe, dans les observa- 
tions faites par M. Roux pendant la mise à sec, le nettoyage 
et l'utilisation nouvelle de la partie du canal de fuite du 
moulin Vivent qui a été privée d'eau pendant la confection 
du filtre Vivent. 

Exposons d'abord l'état de la prairie traversée par ce canal. 
La figure 9 nous donnera une idée des situations respec- 
tives de chaque point mis en relief dans celte description. 

Au sud, nous trouvons le moulin Vivent MV. Le canal 

de fuite de ce moulin G occupe tout l'espace AB dans la 

prairie dite ramier Vivent RV ; il coule dans le sens de la 

flèche pour venir se déverser au nord, dans la Garonne G. 

La galerie filtrante dite filtre Vivent F est creusée dans le 



- 155 - 

ramier. Entre le moulin Vivent et le filtre on a creusé un 
canal de fuite secondaire C pour faire passer l'eau du canal 
primitif, pendant que la partie A'B était fermée par un 
barrage de bois; ce batardeau était destiné à faciliter le 
nettoyage de la partie A'B du canal, et en même temps à 
éviter les infiltrations de cette portion du canal dans la 
prairie, pendant le creusement et la construction de la 
galerie filtrante F. 

Or, pendant tout le temps que la portion A'B du canal de 
fuite était à sec, on a remarqué qu'il arrivait néanmoins 
une quantité considérable d'eau dans le radier de la galerie 
filtrante et cette eau était littéralement infecte. Lorsque l'on 
a remis l'eau dans le canal de fuite A'B, l'eau de la galerie F 
a augmenté sensiblement et son goût s'est amélioré. L'expé- 
rience a été plusieurs fois répétée et le résultat était toujours 
le même : En l'absence de l'eau du canal de fuite A'B, dimi- 
nution de l'eau filtrée dans la galerie F et augmentation du 
mauvais goût ; pendant que l'eau coulait dans la portion A'B 
du canal de fuite, la quantité d'eau filtrée de la galerie 
F augmentait et le mauvais goût diminuait. 

Que se passait-il dans ces circonstances? Il n'est pas 
difficile de le dire. 

Pendant que le canal A'B était à sec, l'eau qui arrivait 
dans le radier ne pouvait être qu'un mélange d'eau des 
infiltrations de la Garonne avec l'eau de la nappe souterraine 
de Saint-Cyprien, puisqu'encore, en ce moment, nous trou- 
vons chimiquement à cette eau une composition exprimant 
le mélange de ces deux eaux. Pendant que le canal de 
fuite A'B était alimenté par l'eau de la Garonne, celle-ci s'in- 
filtranl avec rapidité à travers le lit du canal nettoyé et 
s'écoulant vers le filtre F en partant d'un niveau supérieur à 
celui de la nappe souterraine, devait en partie arrêter les 
infiltrations de cette dernière, en diminuer l'abondance 
dans le radier de la galerie et arriver avec une vitesse et 
par conséquent avec un volume plus considérable que celle 



— 156 — 

qu'elle arrêtait par son poids. De là, l'augmentation du 
volume d'eau de la galerie de filtration et l'amélioration de sa 
saveur. 

Quand l'eau était enlevée du canal de fuite, les choses 
revenaient dans leur état primitif, c'est-à-dire que l'eau de 
la nappe inférieure et souterraine arrivait dans le radier du 
filtre dans les mêmes conditions qu'auparavant • de là le re- 
tour du mauvais goût del'eau et la diminution de son volume. 

Une semblable expérience était bien instructive et pouvait 
servir de démonstration complète aux assertions déjà avan- 
cées dans tout ce travail. 

L'on se trouve donc dans la galerie Vivent en présence de 
deux eaux : 1° Celle des drains coulant de haut en bas 
et présentant tous les caractères de pureté désirables ; 
2° l'eau du radier naissant de bas en haut et offrant de très- 
nombreux signes d'impureté. Ces deux eaux qui naissent 
l'une à côté de l'autre doivent avoir nécessairement une 
origine différente. Celle du radier que nous avons vu prove- 
nir de la nappe souterraine de Saint-Cyprien traverse le sol 
du ramier Vivent, s'y infecte et arrive altérée. Elle a dissous, 
avec delà matière organique, et des nitrates, un sel de 
fer dont nous verrons plus loin le rôle par rapporta l'algue. 

Tous ces faits rappellent complètement ce qui se passe 
dans les eaux minérales, surtout dans les eaux sulfureuses, 
où nous voyons se produire l'organisation des matières 
végéto-animales dissoutes, lorsque ces eaux se trouvent 
dans les conditions indispensables à cette organisation. 

La matière organique servant ainsi à la formation des 
conferves de toutes sortes qui peuvent naître dans les 
eaux, préexiste sous forme de matière dissoute. Elle ne 
naît pas spontanément, ainsi qu'on l'a dit dans un lan- 
gage anti-scientifique et tout de fantaisie. Soit que ces 
êtres, ces conferves, proviennent de germes venus d'ail- 
leurs, avec la matière végéto-animale dissoute, soit qu'ils 
soient dus à l'organisation directe de cette matière végéto- 



- 157 — 

animale, et à son évolution naturelle sous l'influence de 
causes physiques et chimiques, la matière organisée dissoute 
est le plasma au sein et aux dépens duquel leur vie et 
leur développement se forment, et se maintiennent. A coup 
sûr, la conferve des filtres cesserait d'exister si l'eau ascen- 
dante qui l'entretient cessait de dissoudre la matière 
organique, les nitrates et le sel de fer qui servent à son 
entretien. 

Ce qui le prouve, c'est que partout où les eaux de la 
Garonne ainsi que celles des puits ne traversent pas de 
couches infectantes, ces eaux restent parfaitement pures et 
ne produisent jamais d'accidents semblables à ceux que 
nous avons à déplorer dans des filtres conçus par des gens 
inexpérimentés et creusés en dehors de toute règle scienti- 
fique. 

Je n'hésite donc pas à conclure que c'est l'eau ascendante 
du radier du filtre Vivent provenant de la nappe d'eau des 
puits de Saint-Cyprien, qui, après avoir traversé un sol 
infecté, a porté les éléments nécessaires à la production de 
l'algue et à son entretien. 

Gomment cette eau a-t-elle pu s'introduire dans la 
galerie filtrante? C'est ce que je vais dire dans le chapitre 
suivant. 

CHAPITRE VII. 

Etude de la cause déterminante qui a entraîné en abondance 
la nappe d'eau des puits de Saint-Cyprien dans le filtre 
Vivent. Remarques diverses faites sur les phénomènes pré- 
sentés par Veau de ce filtre. 

Nous avons vu que le creusement des filtres à un niveau 
plus basque ceux de l'ingénieur d'Aubuisson, en entraînant 
le dessèchement de ces filtres, avait également été cause 
que le radier à travers lequel se faisaient les infiltrations 
nouvelles se trouvait en contact avec la molasse. Or, dans 



- 158 — 

ces conditions, il devait arriver forcément, je l'ai prouvé 
plus haut, que l'on rencontrerait la nappe d'eau passant 
sous Saint-Cyprien(l). C'est en effet ce qui a eu lieu. 

Or, la théorie et la pratique, c'est-à-dire le raisonne- 
ment et l'analyse chimique, ont prouvé qu'il existe une sorte 
d'équilibre entre la couche d'infiltrations fluviales et la 
nappe d'eau souterraine, dans leurs points de contact, 
équilibre faisant que le mélange offre une composition, qui, 
dans un point à peu près central, rappelle une moyenne 
entre les éléments des deux sources d'eau, tandis que cette 
moyenne est rompue vers les extrémités des points de 
contact en faveur de la source dont on se rapproche. 

C'est dans l'un des points de ce contact que les filtres ont 
été creusés; ils ont donc reçu une eau dont la composition 
mixte aurait pu être connue d'avance. Dans de semblables 
conditions, l'eau des filtres devait rester la même, tant que 
des causes imprévues ne seraient pas venu rompre l'équili- 
bre existant. 

Mais supposons que, par suite d'un fait inattendu, l'accès 
de l'eau d'une des deux sources soit interrompu, ce sera 
l'autre source qui alimentera alors le filtre. Et la disparition 
de la première entraînant la rupture de l'équilibre., la 
seconde n'étant plus maintenue dans son écoulement arri- 
vera plus vite et par suite en plus grande abondance. 

Or, c'est là ce qui est survenu brusquement dans les 
filtres de Toulouse. 

En effet, par suite d'une crue énorme il s'est produit un 
envasement du lit de la Garonne, qui a causé un colmatage 



(4) Si le mur du Cours Dillon repose sur la molasse, il doit arrêter 
cette nappe d'eau (voir la fig. 6 ) et l'empêcher de s'écouler vers la 
Garonne et par conséquent vers les galeries filtrantes. Mais à l'extrémité 
sud du Cours Dillon, le mur cesse et la nappe souterraine de Saint- 
Cyprien trouve en ce point un écoulement naturel vers le filtre Vivent 
et vers l'extrémité sud des filtres de la prairie. 



- 459 — 

complet des alluvions sur lesquelles elle coule entre les deux 
chaussées du moulin Vivent et du moulin du Bazacle. Lepais- 
seur de vase déposée dans ce bassin a été tellement puissante 
que les ouvriers dragueurs se sont trouvés dans l'impossi- 
bilité de pêcher du sable et des cailloux. Ils ont été obligés 
de quitter le bassin de la Daurade où ils étaient établis 
depuis un grand nombre d'années, et ils sont allés s'installer 
ailleurs. C'est à ce moment que la population Toulousaine 
a constaté une augmentation très-sensible dans le mauvais 
goût de l'eau, déjà légèrement altérée, au dire de bien des 
gens, depuis l'emploi des nouveaux filtres. 

Le simple bon sens permet de comprendre ce qui a dû se 
passer dans les galeries filtrantes. 

A la suite du dépôl de l'épaisse couche imperméable de 
vase produit dans le lit de la Garonne, l'eau du fleuve a 
cessé de traverser les alluvions perméables à travers les- 
quelles elle filtrait jusque dans la prairie des filtres et dans 
le ramier Vivent. Dès lors, l'équilibre qui permettait primi- 
tivement le mélange constant et régulier entre les eaux 
d'infiltration du fleuve et celles de la nappe souterraine a été 
rompu ; les eaux souterraines ont pu s'épancher avec 
plus d'abondance et elles ont immédiatement envahi les 
filtres. 

Or, j'ai constaté que l'eau arrivant à travers le radier de 
la galerie Vivent a un goût infecte, quelque rapide que soit 
son arrivée dans le filtre. Mais cette eau n'est autre , 
l'étude chimique l'a prouvé, que l'eau de la nappe souter- 
raine ; il n'est donc pas étonnant, que, se mélangeant à celle 
de tous les autres filtres, elle ait produit, un aliment infect 
pour eux ainsi que pour le Château-d'eau, et qu'elle ait, 
pour ainsi dire, empoisonné les habitants de Toulouse. 
Mais le lit de la Garonne peu-à-peu balayé par de nouvelles 
inondations, a perdu une partie de sa vase, les infiltrations 
ont pu reprendre insensiblement leurs cours, cependant 



— 160 - 

leur quantité est demeurée infiniment moindre qu'aupara- 
vant. Gomme les eaux infectées de la nappe souterraine ont 
également continué à abonder dans le filtre Vivent, elles ont 
conservé aux eaux des font unes les mauvaises qualités si 
préjudiciables à la population. 

C'est lorsque le filtre Vivent se trouvait dans les condi- 
tions que je viens de décrire que j'ai formellement demandé 
à Monsieur le Maire de Toulouse de le faire fermer pour 
éviter qu'il ne continuât à empoisonner les filtres de la 
prairie. 

Il est fort utile d'étudier ici les phénomènes qui depuis 
lors se sont accomplis dans ce filtre et dans les fontaines de 
Toulouse. 

1° Fontaines de Toulouse. — Un mois après la fermeture 
du filtre Vivent, le 6 avril 4 872, le degré d'alcalinité des 
fontaines de la ville est descendu de 0= r ,259 à 0s r ,095. 
L'eau n'avait plus un mauvais goût aussi prononcé qu'avant 
le 14 mars, époque où le filtre Vivent se déversait encore 
dans les filtres de la prairie. Enfin le dépôt ocreux laissé 
par 1 evaporation de l'eau à siccité était à peine sensible. 

2° Filtre Vivent. — Depuis le moment où le robinet du 
filtre a été fermé, le niveau de l'eau dans la galerie s'est 
accru de deux mètres environ. L'odeur de latrine a complè- 
tement disparu, le goût de l'eau parfait, je m'en suis assuré 
par moi-même. Par 1 evaporation à siccité elle ne laisse pas 
de résidu ocreux très-net. Son degré alcalimétrique est 
tombé de 0=' r ,280 à 0s r ,123. Son analyse chimique prouve 
qu'elle se rapproche énormément par sa composition de 
l'eau de la Garonne, ainsi qu'on peut s'en assurer en con- 
sultant le tableau de la page 4 36. 

Ces faits dont l'importance n'échappera à personne 
prouvent une fois de plus que la distinction des deux sources 
d'alimentation du filtre Vivent est parfaitement exacte. 
Pendant que l'eau du filtre Vivent s'écoulait dans le 



— 161 — 

filtre de la prairie, l'eau de la nappe souterraine et celle 
des infiltrations de la Garonne se déversaient dans le radier 
et s'écoulaient aussitôt en fournissant un liquide dont la 
composition tenait une moyenne entre l'eau de la Garonne 
et celle des puits. Lorsque le filtre a été fermé, les eaux 
s'y sont accumulées et ont presque atteint le niveau des 
eaux de la Garonne. Or la Garonne seule pouvait fournir 
ces eaux par des infiltrations, car la nappe souterraine des 
puits est en ce point à 3 mètres au moins au-dessous du 
niveau du fleuve et ne peut atteindre un niveau supérieur. 
Aussi la composition chimique de l'eau ainsi accumulée 
dans la galerie était-elle la même, à très-peu de chose près, 
que celle de la Garonne. 

Ces faits éclairent donc la question d'une manière remar- 
quable et permettent d'arriver à la discussion des autres 
causes invoquées pour expliquer l'infection des filtres. 



CHAPITRE VIIÏ. 

Discussion des causes invoquées en dehors de l'envasement du 
bassin de la Daurade et de V introduction de la nappe aVeau 
de Saint -Cyprien dans le filtre Vivent, pour expliquer l'in- 
fection de l'eau des galeries filtrantes. 

I. La cause à laquelle on a d'abord attribué l'altération de 
l'eau des filtres de Toulouse, est l'introduction dans les 
galeries filtrantes des eaux bourbeuses de la Garonne, un 
jour de forte crue. Que , dans le principe , alors que tout 
était inconnu dans la question qui nous occupe , on ait 
invoqué une semblable cause comme point de départ de 
désordres si profonds et si grands, cela pouvait se com- 
prendre. Mais il m'est difficile d'admettre aujourd'hui que 
l'on puisse encore soutenir une semblable théorie. Les faits 

M 



- 162 - 

observés ont assez nettement éclairé le sujet pour qu'il n'y 
ait plus possibilité de s'arrêter a une cause aussi fugace. 

Pour l'instruction de tous, je rappellerai succinctement, 
ici les faits qui ont occasionné l'envahissement des galeries 
par les eaux troubles de la Garonne. 

Pendant l'exécution des travaux qui devaient relier le 
filtre Vivent avec le filtre de la prairie, on avait mis à sec, 
au moyen de deux batardeaux placés en A' et en B (voir la 
fig. 9), la partie A' B du canal de fuite du moulin Vivent. 
La tète inférieure de la galerie filtrante du ramier Vivent 
était mise en communication avec la tête supérieure des 
flities de la prairie, au moyen d'un énorme tuyau de fonte; 
les deux galeries étaient largement ouvertes. 

Il survint une crue considérable de la Garonne, et par 
malveillance (1), l'on brisa avec des pinces de fer quelques 
planches du batardeau d'amont. L'eau de la Garonne fit 
irruption dans le canal de fuite et s'introduisit dans les 
filtres. Immédiatement averti par le gardien du Chàtcau- 
d'Eau, M. Roux, ingénieur de la ville, fit réparer le batar- 
deau; les pompes du Chàteau-d'Eau vidèrent en quelques 
heures les galeries, dont le nettoyage complet fut terminé 
en très-peu de temps. 

L'accident setant produit dans la nuit, le travail d'appro- 
priation était achevé assez tôt pour que les habitants de 
Toulouse n'aient pas eu à souffrir de ce mécompte. Dans la 
matinée même, l'eau, à peu près limpide, coulait dans les 
fontaines de Toulouse. 

Ce fut cette crue qui envasa le bassin de la Daurade, et 
ce fut bientôt après sa manifestation que commencèrent les 
plaintes de la population au sujet du mauvais goût de l'eau. 

Il n'est donc pas étonnant qu'on ait pu invoquer tout 

(4) M. Roux, ingénieur de la ville de Toulouse, en a fait la déclara- 
tion officielle. 



— 463 — 

d'abord l'encrassement des filtres par les eaux bourbeuses 
de la Garonne comme cause du désordre. 

Mais des objections sans nombre se dressent devant cette 
théorie. 

D'abord, il est indispensable de faire connaître le fond 
du raisonnement de ceux qui la soutiennent. Suivant ces 
personnes, la Garonne aurait puisé sur ses rives les germes 
de la végétation qui est accusée de donner, par sa décom- 
position, le mauvais goût à l'eau. Ces germes se seraient 
déposés dans les galeries en même temps que la vase du 
fleuve, et là ils se seraient développés au point d'envahir 
tout le radier des galeries filtrantes. 

C'est là, il faut l'avouer, une singulière façon de connaître 
les éléments les plus simples de l'histoire naturelle. Nous 
avons, en effet, sous les yeux, un fait inadmissible ; car on 
aurait affaire à un végétal refusant de naître et de se 
développer en plein jour, les rives de la Garonne n'ayant 
jamais, soit avant, soit après une crue, présenté une algue 
aussi singulière et aussi peu connue que celle en présence 
de laquelle nous nous trouvons, tandis que cette algue se 
serait développée avec une abondance inouïe, à l'abri du 
jour et de l'air, dans le radier des filtres. 

Si c'est la crue de la Garonne qui a introduit les germes 
de l'algue dans les galeries filtrantes, comment se (ait-il 
que ces germes ont pu, dans si peu de temps (l'espace de 
quelques jours), croître, se développer et mourir, de manière 
à augmenter, jusqu'à le rendre insupportable, le mauvais 
goût de l'eau, mauvais goût qui existait, il ne faut pas l'ou- 
blier, avant l'accident. 

Comment se fait-il encore que l'eau coulant des drains 
4e la galerie sur le radier se conserve bonne et parfaite, 
tandis que celle qui monte avec rapidité dans le radier est 
mauvaise et infecte ? 

Pourquoi , enfin , la tête sud du filtre de la prairie, 



- 164 — 

immédiatement en amont de l'embranchement avec le 
tuyau Vivent est-elle restée tout-à-fait intacte et dépourvue 
de végétation? Pourquoi l'eau que fournit le radier de 
cette portion du filtre est-elle parfaite quant au goût et à 
la composition ? 

Si la Garonne avait infecté par sa vase les galeries, il 
eût été bien difficile de ne pas retrouver le germe de l'in- 
fection dans toute l'étendue des filtres. Il n'y aurait pas eu 
de raisons pour que la galerie Vivent fût plus infectée que 
les autres. 

On le voit, cette théorie non seulement n'explique rien 
dans l'accident survenu, mais elle tourne encore au ridi- 
cule sur bien des points. 

Mais, s'il faut en revenir à l'entrée de l'eau de la nappe 
souterraine pour tout expliquer, comment peut-il se faire, 
demanderont bien des personnes, que cette eau n'ait pas 
envahi le radier de la partie du filtre de la prairie en amont 
du tuyau de communication du filtre Vivent? 

Les faits s'expliquent tout naturellement ici. En effet, la 
molasse sur laquelle reposent presque partout les piliers 
soutenant la voûte de la galerie, ne se retrouve en ce point 
que profondément située au-dessous du radier. Dès lors 
la nappe d'eau souterraine qui suit toujours la surface de 
la molasse n'arrive pas jusqu'au niveau du radier. Celui-ci 
reçoit directement les infiltrations, soit de la Garonne, soit 
surtout du canal de fuite du moulin Vivent qui coule à 
quelques mètres de là. Aussi, l'eau que fournit cette por- 
tion du filtre et dont j'ai donné la composition, page 436, 
(filtre prairie), se rapproche énormément de celle de la 
Garonne tant par les chiffres de ses éléments que par sa 
pureté et par son bon goût. 

Ainsi donc, la théorie de l'encrassement des galeries fil- 
trantes par l'irruption de la Garonne comme cause de leur 



— 165 - 

imperfection, est insoutenable, de quelque façon qu'on l'en- 
visage. 

II. La seconde manière d'expliquer laltération que j'étu- 
die, a été la suivante : 

Lorsque l'envasement de la Garonne a eu lieu, l'eau a 
continué à filtrer à travers la vase, et c'est dans cette vase 
qu'elle a puisé le mauvais goût et les germes de la végé- 
tation. 

Mécaniquement, cette théorie était impossible à soutenir. 

En effet, la vase est constituée par de l'argile assez cal- 
caire formant presque une argile plastique. Or, pour peu 
qu'une argile soit grasse et consistante, elle ne se laisse pas 
traverser par l'eau. Lesfiltrations, si toutefois il s'en faisait 
à travers cette vase, devaient donc être très-réduites. Néan- 
moins, j'ai institué quelques expériences pour montrer que 
l'eau ne prenait aucun mauvais goût en séjournant sur 
cette vase. 

4° J'ai fait puiser dans la Garonne une provision de vase 
dont j'ai à moitié rempli un filtre placé dans un grand 
entonnoir. De l'eau distillée a été jetée sur cette vase, et 
après son écoulement à travers le filtre, elle a été succes- 
sivement et continuellement repassée sur la vase pendant 
six jours. Au bout de ce temps, l'eau n'avait pas le moin- 
dre mauvais goût comparable à celui de l'eau du filtre 
Vivent. Elle sentait légèrement la vase, mais elle était par- 
faitement potable. Bien des personnes en ont goûté dans 
mon laboratoire, et M. Bibent, premier adjoint au Maire, 
peut, entr'autres, témoigner de l'absence de mauvais goût. 

Une analyse qualitative de cette eau m'a laissé supposer 
que la composition devait se rapprocher beaucoup de 
celle de l'eau de la Garonne. J'ai cru devoir faire une 
seconde expérience plus complète. 

2° Une nouvelle et considérable quantité de vase, envi- 



— 166 — 

ron 5 kilos, a été enfermée dans une bonbonne que j'ai 
ensuite remplie au 4 / 5 d'eau distillée. Pendant toute une 
semaine, j'ai agité plusieurs fois par jour ce liquide boueux 
pour bien opérer son mélange avec l'eau. Après huit jours, 
j'ai filtré le liquide jusqu'à ce qu'il passât parfaitement 
clair. Il n'avait pas le moindre mauvais goût, mais simple- 
ment une légère odeur de vase. J'en ai fait l'analyse quan- 
titative, dont voici les résultats rapportés à \ litre. 

Acide carbonique 0,0592. 

» sulfurique 0,0131. 

» silicique 0,0040. 

Potasse 0,0018. 

Soude 0,0087. 

Chaux 0,0077. 

Magnésie . 0,0115. 

Alumine 0,0008? 

Fer traces. 

Matière organique 0,0225? 

Chlore. . ". 0,0025? 

J'ai cru devoir laisser un point d'interrogation devant les 
chiffres qui ne m'ont pas pleinement satisfait comme exac- 
titude après trois dosages successifs. 

3° Non content de cette analyse, j'ai encore voulu savoir 
si la vase renfermait une grande quantité de matière orga- 
nique et j'ai dosé son azote, en faisant l'analyse avec la 
chaux sodée. 

Sur 100 grammes de vase desséchée à 100° et refroidie 
au-dessus de l'acide sulfurique, j'ai trouvé gr. 060 8 
d'azote. 

4° Après ces opérations, j'ai encore recommencé les 
mêmes expériences dans les mêmes conditions, avec de la 
vase puisée dans la Garonne, ailleurs que la première fois. 
Je n'ai plus trouvé les mêmes chiffres que précédemment. 



— 167 - 

En effet, l'analyse organique de celte vase m'a donné 
Ogr. 0163 d'azote par 100 gr. Et, l'analyse des éléments 
minéraux dissous par l'eau m'a fourni les chiffres sui- 
vants : 

Acide sulfurique 0,0246, par litre 

Acide carbonique 0,0157. 

Chaux 0,0235. 

Magnésie 0,0054. 

Alumine et fer faibles quantités. 

Matière organique. . . . 0,,0060? 

Si Ton se donne la peine de comparer ces résultats avec 
ceux qu'a fournis l'analyse de l'eau du filtre Vivent, on peut 
s'assurer de leur dissemblance complète. Ce n'est donc pas 
la filtration à travers la vase qui a pu communiquer à l'eau 
son mauvais goût ainsi que sa composition. 

Ces faits nous éclaireraient d'une manière complète sur 
le lieu de provenance de l'eau infectante des filtres (en pro- 
cédant par élimination), si nous n'étions déjà complètement 
renseignés sur l'origine de cette eau. 

III. Je ne m'arrêterai pas longtemps à la théorie qui 
consistait à dire, d'abord, que l'eau des filtres était de l'eau 
de la Garonne pure, mais que les éléments organiques de 
l'algue y avaient ensuite pris spontanément naissance et 
avaient enfin formé l'algue de toute pièce. En second lieu, 
l'auteur de cette théorie supposait que si l'eau des filtres 
contenait une plus grande quantité de substances salines 
que l'eau de la Garonne, on devait en attribuer la cause à 
la dissolution par l'eau des mortiers qui avaient servi à 
bâtir les galeries et nullement-au mélange de la nappe d'eau 
souterraine des puits de Saint-Cyprien avec l'eau d'infil- 
tration de la Garonne. 

Je ne dirai rien de cette nouvelle théorie de génération 
spontanée qui ne pouvait manquer d'exciter l'hilarité de 



— 468 — 

ceux devant qui elle était développée. Mais je répondrai 
à la seconde supposition par un résultat d'observation et 
d'expérience. Les mortiers ne contiennent pas du sulfate de 
chaux; ils n'ont pas pu fournir, par conséquent, à l'eau 
des filtres celui qu'elles contiennent en plus grande abon- 
dance que l'eau de ia Garonne. D'ailleurs, si les mortiers 
s'étaient laissés dissoudre par l'eau d'infiltration, il aurait 
été tout naturel de trouver une plus grande quantité de 
substances salines dans l'eau, alors qu'après la fermeture 
du robinet du filtre Vivent, cette eau s'était accumulée 
jusqu'à deux mètres de hauteur dans la galerie. Or, c'est 
précisément le contraire qui est arrivé, puisque l'analyse 
de l'eau du filtre Vivent faite un mois après la fermeture 
du robinet m'a fourni un résidu total moindre que dans la 
première analyse. 

Cette troisième théorie est donc encore moins soutena- 
ble que les autres. 

IV. J'arrive à la quatrième des suppositions émises : 
L'algue en se desséchant à l'air s'altère, se pourrit et donne 
le mauvais goût à l'eau des filtres. 

A vrai dire, il n'y aurait qu'une seule objection à faire à 
cette théorie ; c'est que le point où l'eau du filtre Vivent 
acquiert brusquement le goût le plus détestable est celui où 
l'algue est le mieux recouverte par l'eau courante; c'est donc 
le lieu où la plante est le moins en contact avec l'air; il est 
à 10 ou 15 mètres de distance de la tète supérieure du 
filtre. Là, dans le radier, je l'ai déjà dit, on a deux points 
séparés seulement par deux ou trois mètres de distance: 
dans l'un se trouve l'eau qui n'a pas le moindre mauvais 
goût, dans l'autre celle qui est infecte. 

Dans le cas où la putréfaction de la plante suffirait pour 
infecter l'eau, il serait totalement impossible, dans les 
circonstances actuelles, que cette infection se soit produite 
sur un parcours aussi restreint dans une eau courante. 



— 169 - 

Cependant je ne crois pas qu'il faille complètement reje- 
ter cette cause. La putréfaction de la plante a une certaine 
influence sur le mauvais goût de l'eau, mais cette influence 
ne s'exerce qu'à la longue, c'est-à-dire surtout lorsque 
l'eau a traversé avec les détritus de la plante, les corps de 
pompe des deux châteaux d'eau, après avoir déjà couru 
assez longtemps sur l'algue altérée et pourrie. Ce qui le 
prouve, c'est que si l'on met dans un flacon ouvert une cer- 
taine quantité d'algue détachée du sol des galeries filtrantes 
avec de l'eau distillée, cette eau prend peu à peu l'odeur 
infecte à mesure que la plante se putréfie, et elle la prend 
d'autant mieux qu'elle a été plus souvent agitée. 

V. J'arrive maintenant à la théorie formulée dans le tra- 
vail de M. Roux, ingénieur de la ville, dont on ne saurait 
trop louer le dévouement à la question des eaux. 

ail faut autant que possible éviter dans l'avenir, » dit l'au- 
teur, « les accidents qui se sont produits dans les galeries 
actuelles et qui ont si vivement et si justement ému la popu- 
lation, nous voulons parler de la production des végétations 
aquatiques dont le contact avec Veau donne à celle-ci le mau- 
vais goût nauséabond qui la rend impropre à ïusage de la 
boisson. » 

Si l'on avait goûté l'eau dans la galerie Vivent en la pui- 
sant dans le radier à différentes distances, on n'aurait pas 
été entraîné à soutenir une théorie erronée. En effet, le 
point du radier où M. Casteî, M. Mazuc et moi-même avons 
trouvé à l'eau le goût le plus détestable, se rencontre à 15 
ou 20 mètres du fond de la galerie Vivent, justement à 
l'endroit où les végétations commencent à se montrer. Tandis 
que dans le point où la végétation a un maximum de déve- 
loppement, c'est-à-dire au sortir du tuyau de fonte de la ga- 
lerie Vivent vers la galerie de la prairie, le mauvais goût 
de l'eau est peut-èlre un peu moins prononcé qu'au point 
précédent. 



— 170 - 

Ce n'est donc pas le contact de la végétation qui commu- 
nique à l'eau son mauvais goût. 

Bien plus, je puis prouver que l'algue conservée vivante 
clans l'eau infecte du filtre Vivent, dépouille complètement 
cette eau de son mauvais goût et la rend parfaitement potable 
en lui enlevant sa matière organique, ses nitrates et son fer. 

J'ai, en effet, enfermé dans un grand vase de verre d'une 
contenance de 10 litres au moins, ayant la forme d'un 
cône renversé recouvert par une lame de verre, une quan- 
tité assez considérable d'algue recueillie avec le plus grand 
soin sur le radier du filtre Vivent. Le bocal a été rempli 
d'eau ; cette eau avait été puisée en même temps que 
l'algue. Elle avait un goût infecte très-prononcé. 

J'avais eu soin de fermer le tuyau d'écoulement du bocal 
avec un bouchon de liège légèrement poreux, ce qui per- 
mettait à l'eau de s'écouler avec une lenteur extrême (5 
à 6 gouttes par jour), et à l'air de pénétrer avec une égale 
lenteur. 

L'algue s'est tassée dans la partie rétrécie et effilée du 
bocal, en arrivant jusque sur le bouchon, mais en même 
temps la portion supérieure s'est épanouie en forme de 
houppe et a occupé tout le bas fond du vase. 

La coloration de la plante était ocre jaune clair. 

Après quelques jours, la portion inférieure, en contact 
avec le bouchon, a commencé à se colorer en noir et la 
portion envahie par cette couleur s'est limitée après trois 
mois à l'algue occupant la moitié de la partie tubulaire du 
vase en verre. Cette coloration noire était semblable à celle 
que prenait l'algue conservée dans un flacon rempli d'eau 
différente (1) de celle du filtre Vivent, avec laquelle elle 
avait été fortement agitée ; elle était aussi la même que celle 



(i) Il m'a été impossible de conserver de l'algue vivante dans une 
autre eau que celle du filtre Vivent. 



- 171 - 

des détritus d'algue nageant dans l'eau du filtre de la 
prairie, c'est-à-dire des détritus d'algue privée de vie et 
putréfiée au contact de l'air. 

La portion noire tranchait d'une manière remarquable 
et nette avec la partie jaune, qui s'épanouissait en forme de 
houppe. 

Après une quinzaine de jours, cette eau du bocal n'avait 
presque plus de mauvais goût. Après trois mois, le mauvais 
goût avait totalement disparu et l'analyse de l'eau m'a 
révélé un phénomène déjà connu, d'après des observations 
du même genre que la mienne, mais qui n'en était pas 
moins très-instructif dans la solution du problème actuel. 

Cette eau ne contenait plus de fer, son degré d'alcali- 
nité avait diminué de plus de moitié; la matière organique 
était sensiblement moindre; l'ammoniaque n'avait pas très- 
sensiblement augmenté. En faisant évaporer à siccité un 
litre de cette eau, on n'avait plus le résidu ocreux qu'elle 
avait fourni le jour où elle avait été puisée. 

De l'eau Vivent gardée en bouteille, mais sans algue, 
depuis le jour où celle du bocal avait été puisée, avait con- 
servé son mauvais goût, son fer, sa matière organique. En 
la faisant évaporer à siccité, on avait le même dépôt ocreux 
que le jour du puisage. 

C'était donc l'algue, qui, à la façon des warechs absor- 
bant l'iode de l'eau de mer , avait vécu en absorbant insen- 
siblement les matières qu'elle avait trouvées dans l'eau et 
peut-être en en cédant d'autres. 

En effet, pendant qu'une portion de l'algue vivait, une 
autre portion s'était putréfiée et avait pris la coloration 
noire caractéristique. Cette portion avait fourni de petites 
quantités de produits ammoniacaux. 

Ce qui s'est passé en petit dans mon laboratoire se passait 
en grand dans les filtres. Les caractères de la plante vivante 
et morte sont tellement tranchés qu'il est facile d'étudier et 



- 172 — 

de suivre sa manière detre en divers points des galeries. 
La plante vivante est jaune fauve, la plante morte est noire. 

Or, la coloration fauve persiste dans toute l'étendue du 
filtre Vivent et dans une partie du filtre de la prairie, celle 
qui se trouve le plus rapprochée du débouché du tuyau de 
fonte dans la galerie de la prairie et où l'eau Vivent est 
presque pure. 

Mais à mesure que l'on avance dans la galerie de la 
prairie en se dirigeant vers le Chàteau-d'Eau, on voit l'algue 
jaune diminuer et les cailloux du radier sont de plus en 
plus encombrés de détritus noirs qui deviennent excessive- 
ment abondants vers le milieu de la galerie, à mesure que 
l'eau venue d'amont se mélange de plus en plus avec des 
infiltrations du fleuve qui en améliorent la qualité et en 
changent la composition (1 ). En même temps dans ce milieu 
de la galerie de la prairie principalement, les cailloux sont 
chargés d'une sorte de glaire adhésive noire n'ayant pas 
trop d'odeur tant qu'elle est dans l'eau, mais qui infecte 
bien vite au contact de l'air, et dont il est difficile de les 
dépouiller par le lavage, tant elle leur est adhérente. On 
voit que la végétation première a (î)eu à peu été détruite à 
mesure qu'elle s'est éloignée du filtre Vivent, et il s'est déposé 
en même temps une nouvelle substance glaireuse encom- 
brée de fragments d'algue. 

Le goût acquis par l'eau dans le filtre de la prairie au 
point indiqué ci-dessus et qui se conserve dans les fontaines 
de la ville est de nature différente de celui qu'elle possède 
dans la galerie Vivent dont on reconnaît pourtant encore la 

(1) En effet, l'on peut s'assurer par l'examen du tableau d'analyse de la 
page 136 que, tandis que l'eau du filtre Vivent puisée au robinet de sortie 
est très-riche en substances salines, l'eau des fontaines résultant du 
mélange de toutes les eaux des 2 galeries est moins riche en sels Cela ne 
peut s'expliquer que par le mélange de l'eau Vivent dans le parcours des 
galeries, avec d'autres eaux de composition et de provenance différentes. 



— 173 - 

trace, bien qu'il ait très-sensiblement diminué. Un croirait 
que l'algue ne trouvant plus dans l'eau des filtres de la 
prairie la même abondance des éléments de nutrition 
qu'elle avait dans l'eau plus infecte du filtre Vivent, s'y est 
complètement épuisée et y a été remplacée par une produc- 
tion végétale différente, de nature glaireuse et en quelque 
sorte dépourvue de vie. En faisant dans les galeries les 
observations que je viens de signaler et qui étaient d'une 
manière à peu près exclusive du ressort des yeux et du 
goût, on aurait pu trouver la clef de la première partie du 
problème. Mais pour le résoudre complètement, il fallait 
après avoir appelé à son secours l'expérience, demander 
au raisonnement et à la comparaison d'achever l'œuvre 
commencée. 

L'étude des eaux thermales ainsi que celle de leurs pro- 
ductions végéto-animales, en effet, en permettant une com- 
paraison des plus justes, devait conduire aux conclusions 
auxquelles je suis arrivé. Et la supposition faite quelques 
lignes plus haut, après la description de ce qui se passe dans 
les galeries, est, devenue une conclusion forcée. 

En effet, des recherches que je poursuis depuis 42 ans 
sur les matières végéto-animales déposées par les sources 
sulfureuses, il résulte plusieurs faits nouveaux et intéressants 
dont voici le résumé. 

Les sources sulfureuses les plus chaudes, les plus miné- 
ralisées, les plus riches en matière organique dissoute, en 
un mot les plus pures, se trouvant dans des conditions 
suffisantes de refroidissement, forment en plus grande 
abondance que toutes les autres des dépôts de filaments 
blancs organisés , plus ou moins adhérents les uns aux 
autres, flottant dans l'eau, auxquels on a donné le nom de 
sulfuraires. Lorsque ces sources sont mélangées à d'autres 
eaux peu ou pas sulfureuses, froides, ayant une autre 
origine directe que celle des eaux sulfureuses chaudes, les 



- 174 - 

sulfuraires deviennent de plus en plus rares et les dépôts 
nouveaux qui se forment alors sont gélatineux, adhérents 
aux roches ou aux obstacles qui se trouvent sur le passage 
de l'eau ; ces dépôts constituent la barégine(1). 

Leau des filtres Vivent et celle du filtre de la prairie se 
comportent donc, comme les eaux sulfureuses dont je viens 
de parler. Dans le filtre Vivent, l'eau infectée par la matière 
organique dissoute dans le sous-solde la prairie e$t assimi- 
lable à l'eau sulfureuse pure et produit surtout de l'algue, 
de même que l'eau sulfureuse produit la sulfuraire. Dans le 
filtre de la prairie, l'eau Vivent infectée, se trouvant modifiée 
par des infiltrations de la Garonne et par suite devenue plus 
pure, a surtout fourni un dépôt gélatineux organique, de 
même que l'eau sulfureuse altérée dépose la glairine. 

Le résultat définitif de cette première partie de la dis- 
cussion est donc la conclusion formelle que le mauvais 
goût initial de l'eau ne peut être attribué à la présence delà 
végétation aquatique de couleur ocre jaune qui encombre 
le radier de la galerie. 

Ainsi donc, de toutes les causes d'infection invoquées 
de plusieurs côtés, aucune ne peut supporter un examen 
approfondi et scientifique. Il faut en revenir forcément à 
celle que j'ai primitivement indiquée et dont j'ai développé 
l'examen dans les chapitres précédents, c'est-à-dire l'arrivée 
en abondance, dans le radier des filtres, de l'eau des puits 
de Saint-Cyprien infectée d'abord dans le sous-sol de ce 
faubourg de Toulouse, et puis encore dans le sous-sol de 
la prairie Vivent. 

(1) Plusieurs naturalistes ont cru pendant longtemps que la barégine 
se formait aux dépens de la sulfuraire. Une étude attentive et ration- 
nelle de ces dépôts permet de dire au contraire, qu'ils constituent pour la 
matière végéto-animale que les eaux sulfureuses tiennent en solutions 
deux manières d'être différentes de se manifester en s'organisant, suivant 
le milieu ambiant. 



- 175 — 

On est maintenant en droit de me demander comment 
cette eau souterraine peut sinfecter dans sa marche. Je vais 
consacrer le , chapitre suivant à répondre à celte demande 
toute naturelle. Mais auparavant, je dois aborder la dis- 
cussion d'une série de faits que l'on serait en droit d'op- 
poser à toutes mes expériences et à tous mes raisonnements, 
si je ne l'entamais pas dans ce chapitre. 

« L'accident survenu à nos galeries, a-t-on dit, n'est que 
la production de celui du premier filtre d'Aubuisson, et 
qui s'est partiellement renouvelé dans les deux autres. » 

L'accident survenu dans le premier filtre d'Aubuisson 
n'est pas tout-à-fait comparable à celui qui est survenu 
dans le filtre Vivent. Ce premier filtre, en effet, était creusé 
à peine un demi-mètre au-dessous d'une couche terreuse 
avec débris de végétaux ; il est resté ouvert pendant près 
de deux ans avant que la végétation s'y développât ; 
l'eau exposée au soleil et, du reste, peu abondante, offrait 
déjà une condition essentiellement favorable au développe- 
ment de toutes les « plantes aquatiques dont le vent 
pouvait porter les germes. » « Par suite, dit d'Aubuisson, 
la végétation (qu'il ne décrit nullement ) y acquit une 
vigueur extrême; les divers moyens employés pour la 
détruire furent sans effet, des reptiles s'y joignirent; et 
ces plantes, ces animaux, en se putréfiant dans une eau 
tiède, la rendaient très-mauvaise. » 

On le voit , tandis que l'eau du filtre Vivent était déjà 
mauvaise avant qu'il s'y soit développé une végétation quel- 
conque, alors que le canal de fuite du moulin Vivent était 
à sec , celle du premier filtre d'Aubuisson n'a donc été 
infectée que lorsque les plantes aquatiques et les animaux 
morts s'y putréfiaient . De plus, l'eau Vivent puisée même 
au point du radier où l'algue commence à se développer, est 
déjà infecte, surtout à l'ébullition , je l'ai dit plus haut , 
l'eau du filtre d'Aubuisson n'a jamais eu cette odeur. 



— 176 — 

L'accident du second filtre d'Anbuisson est seul compa- 
rable à celui du GHre Vivent. Dès le début, en effet, l'in- 
génieur d'Aubuisson trouva l'eau à travers une couche 
vaseuse qui communiqua immédiatement au produit du 
filtre un mauvais goût particulier, et peu à peu il se déve- 
loppa dans cette eau « une végétation de petites plantes 
aquatiques et chevelues, que M. Magnes reconnut pour être 
des conferves et bissus. » La couleur de ces filaments était 
roussàtre, ainsi que le dit le savant ingénieur dans son 
beau travail. 

Ceci nous rappelle complètement l'accident du filtre 
Vivent : eau mauvaise dès le début, et formation consé- 
cutive d'une conferve ocreuse dans l'un comme dans l'autre 
cas. 

Je reste donc dans les limites de la vérité et de l'exacti- 
tude en disant que pour discuter sur la production de 
l'algue du filtre Vivent, on n'a le droit de s'appuyer que sur 
le même accident survenu dans le deuxième filtre d'Aubuis- 
son, et nullement sur le premier. 

Et ceci est d'autant plus important à tous les points de 
vue, que l'on voit l'infection de ce deuxième filtre d'Au- 
buisson se produire à l'abri de la lumière , alors que le 
filtre était couvert, et se propager encore, quoique on ait 
eu la précaution de le fermer hermétiquement pour éviter 
le renouvellement de l'air. 

CHAPITRE IX. 

Causes de l'infection de Veau de la nappe inférieure de Saint- 
Cyprien avant son arrivée dans les filtres. 

Depuis les belles recherches de M. Boussingault sur l'eau 
des puits des grandes villes, il est aujourd'hui tout-à-fait 
démontré qu'une nappe d'eau qui traverse le sous-sol de 



- 177 — 

grands centres de population, dissout dans le sol des élé- 
ments organiques et azotés. Ces éléments sont surtout cons- 
titués par des substances végétales ou animales solubles , 
semblables à celles qu'abandonnent à l'eau les terreaux , 
ainsi que l'humus, et par des nitrates que renferment sur- 
tout en abondance les terres grasses et remplies de détritus 
organiques. Les terres qui constituent le soi des grandes 
villes, constamment imbibées par les eaux pluviales et par 
les eaux d'arrosage, cèdent à ces eaux les substances dont 
je viens de parier, et ces eaux, entraînées dans les pro- 
fondeurs du sol, se mêlent, ainsi altérées, aux nappes 
d'eau souterraines. Ces eaux souterraines contenant des 
nitrates et delà matière organique dissoute, donnent nais- 
sance, même lorsqu'on les conserve dans des flacons, ainsi 
que nous l'avons vu plut haut, à des végétations particuliè- 
res dont j'ai déjà parlé. 

Telle est l'une des premières causes de l'infection de l'eau 
qui arrive dans le filtre Vivent. On peut s'assurer, en effet, 
dans les analyses précédentes , que l'eau du puits Sévin 
contient une quantité notable d'acide azotique. 

Mais là n'est pas seulement Sa cause de l'infection de 
l'eau. 11 faut chercher ailleurs un grand adjuvant à cette 
première infection. 

Tout le monde sait à Toulouse qu'autrefois (1), en 1766, 
et encore il y a 25 ou 30 ans, le ramier Vivent n'avait pas 
l'étendue que nous lui connaissons aujourd'hui. Ce n'est que 
par les décombres et par les détritus de toute sorte portés 
dans ce point avec des charrettes et des tombereaux que 
l'on a gagné peu à peu sur la Garonne. Le ramier Vivent est 
donc en grande partie composé par des alternances de dé- 
tritus et de cailloux roulés. Ce qui le prouve, c'est que le 
sol de ce ramier ayant été profondément entamé pour le 

(l) Voir la carte de Toulouse jointe à ce travail. 

42 



— 178 — 

creusement du bras accessoire du canal de fuite du moulin, 
s'est trouvé composé, ainsi qu'on peut s'en assurer encore, 
de débris de toute sorte, venant des démolitions de la ville, 
de vase tourbeuse, de terre végétale, de cailloux roulés et 
de sable. Tous ces débris forment un monticule auprès de 
l'embranchement de ce canal creusé pendant la dérivation 
du canal de fuite. Or, on trouve que ce terrain, exposé 
depuis près de deux ans aux lavages incessants de la pluie, 
contient encore des nitrates, car on y trouve 0^,021 d'acide 
azotique par kilo de terre. Il y a aussi de l'ammoniaque, 
puisque j'en ai trouvé o gr ,0007 par kilo. La matière 
organique est également assez abondante dans cette terre, 
puisque l'incinération après dessiccation à 100° m'a donné 
comme perte H8 r ,55 par kilo. 

Une portion fraîchement remuée de ce ramier Vivent , 
tout près de la Garonne, au point où vient aboutir le che- 
min auquel conduit le pont situé au nord du moulin Vivent, 
était constituée par une terre encore plus vaseuse, tourbeuse 
et nitreuse que celle du reste du ramier. J'y ai trouvé 
0°',9 10 d'ammoniaque par kilo de terre desséchée, et 4s r , 1 77 
d'acide azotique. Par la calcination, un kilo de terre sèche 
perdait plus de 20 grammes. Des végétations se sont pro- 
duites dans les flacons qui m'ont servi à conserver cette 
terre. 

Si l'on veut admettre, et cela se peut sans difficulté, que 
pendant la longue période de temps où le ramier Vivent 
s'est formé, le bas fond de ce futur ramier a reçu, comme 
tous les bords de rivage (1), des boues et des vases avec 
des matières organiques végétales, il sera facile de com- 
prendre que l'eau souterraine ait pu s'infecter dans cette 
vase abondante. 

(1) Le deuxième filtre de d'Aubuisson a été creusé dans une couche 
vaseuse de la prairie des filtres, profondément située sous les alluvions, 
et l'on se rappelle que cette couche vaseuse et tourbeuse située à près de 
3 mètres au-dessous de la Garonne, donnait de l'eau infecte. 



- 479 - 

Nous voilà donc en présence de toute une série de cau- 
ses d'infection pour l'eau qui coule dans les couches pro- 
fondes du ramier et de la prairie. 

Et que l'on ne dise pas que cette présence des nitrates 
et des matières organiques dans les terres du ramier ne 
peut influer en rien sur la production végétale de la gale- 
rie filtrante. 

D'abord, l'avis d'un homme spécial dans 1 étude des pro- 
ductions en face desquelles nous nous trouvons, est assez 
formel ; M. Cornu, de la Société Botanique de France, a 
déclaré qu'il a vu des choses assez analogues à l'algue dont 
je lui ai envoyé un échantillon, dans les fossés d'égout des 
tourbières, au milieu de flocons de peroxyde de fer. D'autre 
part, nous savons que lorsqu'une eau contient des nitrates 
et de la matière organique, cette matière organique s'or- 
ganise et vit. D'autre part, enfin, M. Boussingault a prouvé 
dans ses magnifiques études sur les nitrières , l'exactitude 
de cette vérité, à savoir, que « toute terre est propre à la 
fabrication du sel de nitre, pourvu qu'elle ne soit pas trop 
compacte ni trop sableuse. Les terres qui proviennent des 
écuries, des caves, des démolitions, méritent la préférence; 
le limon des étangs, la boue des rues. » 

Toutes les conditions voulues pour que des végétations 
et des productions organisées puissent se développer, se 
trouvaient réunies dans le ramier Vivent; on ne peut donc 
pas être étonné que j'invoque ces causes pour expliquer 
la production tfe l'algue qui a envahi les filtres de Tou- 
louse. 

Ce qui m'étonne, c'est que l'exemple de l'infection de la 
fontaine Saint-Jean, dans le faubourg Saint-Cyprien, n'ait 
pas mis sur la voie de la possibilité d'un accident semblable 
dans un terrain altéré, et dans lequel un chimiste instruit 
et expérimenté devait prévoir de prime abord, surtout en 
présence des végétations signalées par d'Aubuisson dans 
son deuxième filtre, l'existence de causes infectantes. 



- 180 — 

CHAPITRE X. 

Etude botanique et chimique de l'algue des galeries filtrantes 
de Toulouse. 

Bien que j'aie déjà eu l'occasion , en 1865, d'étudier 
l'algue delà fontaine Carrère, dont la détermination, comme 
espèce, m'avait fortement embarrassé , je ne voulus pas 
m'en rapporter à mon seul examen pour l'algue de la 
galerie du ramier Vivent. En conséquence, j'envoyai à 
M. le professeur Boussingault un premier flacon de ce pro- 
duit végétal. Le savant et consciencieux naturaliste s'em- 
pressa de me répondre qu'il m'engageait, pour avoir une 
détermination très-exacte, à m'adresser de sa part au 
directeur de l'Ecole normale supérieure qui lerait examiner 
mon algue par des savants spéciaux. M. le Directeur de 
l'Ecole normale, auquel j'écrivis à ce sujet, voulut bien me 
demander des échantillons de la substance à étudier. Je 
les lui envoyai, et il les remit à deux savants qui, après 
avoir examiné les pièces, me firent l'honneur de m'écrire 
les lettres suivantes : 

« Monsieur, 

» J'ai reçu de M. le directeur de l'école le flacon que 
vous lui aviez adressé. Permettez- moi de vous remercier 
de l'honneur que vous faites à notre école, en la consultant 
ainsi. 

» Les déterminations que vous me demandez sont fort 
difficiles , même pour quelqu'un qui s'est spécialement 
occupé d'algues. 

» Ce que j'ai observé avec mon ami, M. Lemonnier, pré- 
parateur à l'Ecole de Botanique, était très confus, mais il 
y avait de rares diatomées mélangées à des filaments 



— 181 — 

incolores, non cloisonnés, ambigus (algues?). Je suis fort 
embarrassé pour mettre un nom sur tout cela. J'ignore , 
du reste entièrement, dans quelles circonstances cette végé- 
tation s'est produite. 

» J'ai vu des choses assez analogues dans les fossés 
d'égout de tourbières, au milieu de flocons de peroxyde 
de fer. 

» Agréez, Monsieur, l'assurance de ma parfaite consi- 
dération. 

» Votre serviteur dévoué, 

» M. Cornu. » 

Le flacon que M. Cornu a examiné contenait un mélange 
d'algue recueillie vivante et de dépôt glaireux, noir, clans 
lequel sont principalement les dialomacées. 

Voici maintenant une seconde lettre dans laquelle se 
trouve la description d'un autre échantillon composé d'algue 
exclusivement vivante : 

(c Monsieur, 

» J'ai reçu, il y a déjà plus d'un mois, de M. le direc- 
teur de l'Ecole normale un échantillon d'algue que vous 
lui avez adressé, ainsi que la lettre d'envoi qui l'accompa- 
gnait. L'incertitude où j'étais et où je demeure malheureu- 
sement au sujet de la détermination de l'espèce exacte de 
cette plante, m'a fait retarder de jour en jour ma réponse, 
dans l'espoir de la faire plus satisfaisante. 

» Le premier coup d'œil jeté sur cette algue porte à la 
ranger dans les oscillariées, dans la tribu des leptotrichées. 
Par sa végétation libre, indépendante de tout support végé- 
tal, elle s'éloigne des leptothrix, et l'on ne peut la comparer 
qu'à ces espèces d'hypheothrix dont le plasma ocreux 
n'est pas subdivisé en articles, et dont les filaments sont 



- 182 - 

extrêmement étroits, aux Hypheothrix tenuissima et lutea, 
par exemple. Ces espèces sont assez nombreuses, mais il 
vous sera facile, connaissant le diamètre des filaments et, 
ce que j'ignore, le mode de végétation de la plante, d'en 
achever, à l'aide de Rabenhorst, la détermination spécifique. 

» Je regrette de ne pouvoir vous satisfaire plus complè- 
tement sur ce sujet , et j'attends avec impatience les 
lumières que votre travail va jeter sur le mode de vie et 
de nutrition de ces singuliers êtres encore si peu connus. 

» Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de ma considé- 
ration la plus respectueuse. 

» Ph. Van Tieghem, 

Maître de conférences à l'école normale supérieure. 

Armé de mon microscope, j'ai étudié également l'algue 
vivante et la production gélatineuse noire du filtre de la 
prairie, exactement comme j'avais étudié sept ans aupara- 
vant la production de la fontaine Saint-Jean. Gomme la 
première fois je reconnus que l'algue appartenait à la 
famille des Nematogènes, à la tribu des Hypheotrix, et je 
crus pouvoir la ranger dans l'espèce fontana. Mais en pré- 
sence du doute dans lequel sont restés des hommes spéciaux 
quant à la détermination spécifique, je ne conserverai 
pas ma détermination de fontana, et je laisserai l'espèce 
indéterminée. 

Quoi qu'il en soit, il est aisé de voir que les déterminations 
faites à l'école normale supérieure de Paris, ainsi que celles 
qui ont été faites dans'mon laboratoire, à Toulouse, sont à 
peu près identiques. On peut saisir également l'importance 
du renseignement fourni par M. Cornu, qui me dit avoir vu 
des productions analogues dans l'eau sortant des fossés 
d'égout de tourbières, au milieu de flocons de peroxyde de 
fer. Le sol du filtre Vivent, dans sa profondeur, de même 
qu'à la surface, est composé en partie de terres renfermant 



— 483 — 

des détritus végétaux, et les eaux qui y circulent contiennent 
des nitrates en abondance. Il y a donc tout ce qu'il faut 
pour voir se développer un végétal. 

Je n'ai pas voulu borner à ce seul examen botanique 
l'étude de l'algue, j'ai cru devoir en étudier la composition 
chimique et faire une analyse organique pour savoir 
combien elle renfermait d'azote à l'état de matière orga- 
nique. 

Je ne donnerai pas ici les procédés que j'ai employés pour 
faire mon analyse, car ces procédés se rapprochent de 
ceux que j'ai décrits plus haut à l'analyse des eaux. Voici 
simplement les résultats que j'ai rapportés à 1 gramme 
d'algue desséchée à 100°. 

Acide carbonique 0,0076 

Acide sulfurique 0,022 

Silice 0,134 

Chlore 0,0011 

Potasse 0,014 

Soude 0,006 

Chaux 0,033 

Magnésie 0,0135 

Oxyde de fer 0,122 

Alumine 0,059 

Matière organique totale 0,4897 

Azote 0,044 

Perte 0,0541 

1,0000 



Je m'étendrai maintenant avec assez de détails sur la 
manière dont se développe et se propage cette algue, et 
ceci va forcément m'entraîner à réfuter quelques assertions 
inadmissibles émises dans le rapport fait par M. Roux. 



— 484 — 

Je dirai tout d'abord que la plante paraît devoir son 
abondante production au développement de spores se répan- 
dant en dehors des cellules allongées qui forment les 
filaments de l'algue. Mais j'ajouterai que, contrairement à 
ce qu'on avait cru jusqu'à ce jour, la lumière n'influe en 
rien sur le développement de cette végétation si gênante. 

)> Les végétations, dit M. Roux, se produisent par l'action 
de la lumière sur le fond des fouilles qui contiennent l'eau ; 
elles se développent d'autant plus que la lame d'eau est 
moins grande et que sa vitesse est plus faible. 

» Pendant toute la durée des travaux de 

jonction sou sle canal de fuite du moulin Vivent, les galeries 
ont dû rester ouvertes ; l'air et la lumière y circulaient à 

volonté, surtout aux abords dés regards L'air, la 

lumière, la chaleur agissant ainsi facilement sur le pont des 
galeries, la végétation s'est abondamment développée. 

» On a remarqué qu'elle était plus abondante aux abords 
des regards, parce que là l'action extérieure était plus sen- 
sible. On a également remarqué que la galerie Vivent 
donnait de plus mauvaise eau que la galerie de la prairie, 
parce qu'elle est restée plus longtemps ouverte. On a remar- 
qué encore que la partie de la galerie des filtres, située en 
amont de la jonction, n'a jamais eu de végétation, parce 
qu'elle se trouve au fond d'un cul de sac où l'air et la lumière 
qui circulent partout ailleurs n'ont jamais pu pénétrer. » 

Un naturaliste lisant les lignes précédentes, après avoir 
étudié ce qui se passe dans les galeries, et après avoir acquis 
également quelques connaissances spéciales sur la formation 
des dépôts organiques des eaux, restera persuadé, je n'en 
doute nullement, que ce n'est pas un autre naturaliste qui a 
écrit ces passages que je viens de citer. 

En effet, je me permettrai de dire au rédacteur de ces 
lignes, que l'algue végète et se multiplie à plus de cent 
mètres de la seule ouverture par laquelle on descend dans la 
galerie Vivent. On peut être certain que la lumière n'atteint 



- 185 - 

pas à ce point de la galerie, puisque déjà lorsqu'on est à 
8 ou 10 mètres de l'entrée, on ne voit plus rien; une bougie 
allumée est indispensable pour diriger ses pas. Et j'ai cons- 
taté que vers le fond de la galerie, à 1 08 mèlres de l'entrée 
et du jour, en remontant le courant de l'eau, l'algue prend 
un développement énorme. Il en est de même dans les filtres 
de la prairie. Le maximum de développement de l'algue se 
produit justement au sortir du tuyau de communication du 
filtre Vivent, dans un point où la lumière du jour ne peut 
pénétrer, car, même lorsque le regard le plus rapproché 
est ouvert, il est impossible de rien distinguer dans cet 
endroit sans le secours d'une lumière artificielle. 

Quant à l'absence d'air dans le cul de sac en amont delà 
jonction des deux filtres, que M. Roux invoque pour expli- 
quer l'absence de végétation, mon collègue me permettra de 
lui dire qu'il commet là une nouvelle erreur. On respire 
tout aussi bien dans ce point des galeries que dans tous les 
autres: donc il y a autant d'air que partout ailleurs; donc, 
il n'est pas possible d'en appeler à l'absence d'air pour 
expliquer l'absence d'algue (1 ). Nous avons vu dans un autre 
chapitre que la même algue s'est produite et propagée dans 
le 2 e filtre d'Aubuisson, quoiqu'on ait pris la précaution de 
le fermer hermétiquement. D'ailleurs, il faut, pour se rendre 
un compte exact des phénomènes relatifs au développement 
de cette algue, savoir ce qui se passe dans les galeries de 
captage des sources thermales. 

Les eaux sulfureuses, par exemple, déposent des végé- 
taux, des conferves, qui ont une parenté irrécusable avec 
la production organisée des filtres de Toulouse. Or ces con- 

(1 ) J'ai montré dans un chapitre précédent, que s'il n'y a pas d'algue 
en ce point, cela provient tout simplement de ce que l'eau infectée de la 
nappe souterraine ne pénètre pas jusques là. Les infiltrations viennent 
directement en ce point de la Garonne ou du canal de fuite du moulin 
Vivent. 



- 486 - 

ferves prennent naissance non seulement dans les galeries 
qui ont été creusées à ciel ouvert, puis voûtées, mais on 
les voit se produire encore avec la même intensité, la même 
abondance, au fond des galeries creusées dans le roc et 
dans lesquelles la lumière du jour n'a jamais pénétré. 

Quel est aussi le naturaliste, qui, se promenant dans les 
couloirs les plus profonds des mines de fer, n'a pas remar- 
qué les petites conferves ocreuses déposées dans les filets 
d'eau ferrugineuse chargée de matière organique. La 
lumière ne pénèlre pourtant pas dans ces souterrains 
immenses que les lampes blafardes peuvent seules éclairer, 
et cependant les produits organisés, les végétations de nature 
spéciale, les conferves s'y développent admirablement. 

Continuant à soutenir sa thèse de la production de l'algue 
sous l'influence delà lumière et de l'air, M. Roux invoque, 
pour donner de la force à ses arguments, la fermeture de 
tous les regards comme un moyen ayant produit une 
diminution dans la quantité d'air des galeries, et dans la 
quantité de lumière qui peut y pénétrer, et par suite ayant 
entraîné la diminution de la végétation ainsi que l'amélio- 
ration dans les qualités de l'eau fournie par le filtre. 

Je ne doule pas un instant que M. Roux, si soigneux, si 
intelligent, si dévoué à la question des eaux de Toulouse, 
n'eût complètement changé d'avis après une étude scienti- 
fique et rigoureuse des faits. 

La seule cause que l'on puisse invoquer pour expliquer 
scientifiquement et pratiquement l'amélioration du goût de 
l'eau du filtre Vivent, ainsi que la diminution de l'algue, 
c'est l'augmentation de la quantité d'eau arrivée dans ce 
filtre après la fermeture du robinet de communication. Cette 
eau venant de la Garonne, ainsi que nous l'avons vu, et 
forcée, à cause de son origine, d'atteindre dans le filtre un 
niveau supérieur à celui de la nappe souterraine infectée, 
a exercé sa pression sur celle-ci, l'a refoulée et a empêché, 



— 487 - 
en partie, son entrée dans le filtre. De l'eau potable a 
remplacé de l'eau mauvaise. L'analyse donnée plus haut 
l'a prouvé. 

Quant à l'algue, elle vit au fond de cette eau, j'ai pu m'en 
assurer par moi-même. Et si l'on donnait un nouvel 
écoulement à cette eau du filtre Vivent, l'eau qui arriverait 
encore dans ce filtre, tout ce que j'ai dit jusqu'ici permet 
de l'affirmer, serait toujours mauvaise; car infectée par son 
passage sous la ville, elle continuerait encore à puiser un 
plus mauvais goût dans le sol profond du ramier Vivent, 
et elle charrierait encore les germes de cette algue. Celle-ci 
trouverait de nouveau dans les éléments qui entrent en solu- 
tion dans cette eau, de quoi vivre et se développer abon- 
damment, ainsi que des expériences faites dans mon labo- 
ratoire l'ont prouvé, comme on a pu le voir dans un 
chapitre précédent. J'en ai la certitude, cette algue se 
développerait encore et l'eau du filtre ainsi vidé acquerrait 
du premier jet son ancien mauvais goût. 

Une cause pourrait empêcher cet accident de se repro- 
duire : ce serait l'arrivée en plus grande abondance des 
infiltrations de la Garonne, par suite du balayage naturel 
des boues et de la vase qui ont colmaté le fleuve. Dans ce 
cas, le poids de la nappe d'eau infiltrée et abondante agirait 
pour repousser la nappe d'eau inférieure et infectée. Mais, 
au moindre arrêt de la nappe infiltrée d'eau de la Garonne, 
la nappe infectée reprendrait son cours dans la galerie. 

CHAPITRE XI. 

Coup a" œil sur les divers projets proposés pour remédier aux 
inconvénients des filtres infectés. 

Avant même que l'on se soit rendu un compte exact des 
causes du mal qui s'est produit dans les galeries filtrantes 
de Toulouse, plusieurs projets d'installations nouvelles 



- 188 — 

avaient déjà été mis sous les yeux, soit de la commission 
des eaux, soit du public toulousain. Je me plais à penser 
que l'idée de réaliser un bénéfice en les faisant exécuter 
eux-mêmes, n'avait pas été le seul but des auteurs des 
divers projets présentés. 

Il est bien certain que le désir d'être utile à Toulouse et 
à ses habitants guidait les personnes qui se sont empressées 
de soumettre leurs plans à la ville. Mais il me sera permis 
de constater que généralement la science pure et vraie 
n'avait pas présidé aux solutions données au problème qui 
a tant préoccupé la ville ainsi que ses zélés administrateurs. 

l\J. Cordier, l'habile ingénieur hydraulique qui a laissé 
des traces impérissables de son talent dans plusieurs villes 
d'Europe et d'Egypte, a le premier, dans les circonstances 
actuelles, émis des idées rationelles sur le moyen de four- 
nir de l'eau à Toulouse. Il a voulu qu'on prît l'eau surtout 
dans les profondeurs de la plaine alluvienne de Braqueville 
et qu'accessoirement on fît un nouveau filtre naturel tout le 
long des rives de la Garonne pour augmenter l'approvision- 
nement fourni par les tranchées transversales de la plaine. 

Il y a deux choses à envisager dans la première partie 
des indications fournies par M- Gordier. Il faut se poser 
les deux questions : la plaine fournira-t-elle une quantité 
considérable d'eau? Cette eau sera-t-elle de bonne qualité? 

La géologie répond à la première question. Il est sûr que 
l'on trouvera de l'eau, car dans cette plaine U y a des 
puits nombreux, dont quelques-uns même, ceux des envi- 
rons de la Fourguelte, sont assez abondants. Mais comme 
nous savons que le terrain solide, imperméable, la molasse, 
sur lequel coule la nappe d'eau souterraine, est très-bos- 
selé, très-inégal, qu'il forme des bassins dont il est impos- 
sible de deviner la direction, il faudra faire une tranchée 
aux mille détours pour suivre les points les plus aquifères 
de la vallée. De là, un travail d'une longueur et d'une éten- 



- 189 — 

due toul-à-fait incalculables à l'avance, et à coup sûr très- 
coûteux pour la ville. D'ailleurs, en faisant ce travail, qui 
serait d'un bon résultat s'il était bien conduit, on priverait 
d'eau un grand nombre de propriétés particulières bâties 
dans la plaine. 

La chimie et l'expérience répondent à la seconde des 
questions posées relativement à la qualité de l'eau. Faute 
d'autre, cette nappe souterraine peut servir à abreuver une 
ville, mais l'eau qu'elle fournit est calcaire et séléniteuse; 
quoique fraîche en été, elle n'en conserve pas moins les 
propriétés peu agréables de toutes les eaux qui renferment 
avec du bi-carbonate de chaux des sulfates peu solubles, 
ainsi que des quantités notables de nitrates (1). Les habi- 
tants delà plaine de Braqueville en font usage, mais il est 
certain qu'ils l'abandonneraient s'ils en trouvaient une meil- 
leure. 

Quant à la tranchée parallèle à la Garonne proposée par 
M. Gordier, très-utile en théorie, elle ne donnerait pratique- 
ment qu'un résultat très-incomplet ; car la molasse étant 
supérieure à la rivière dans bien des endroits entre Toulouse 
et Portet, il en résulterait qu'on n'aurait pas dans ces points 
la moindre goutte d'eau d'infilration de la Garonne. 

Ainsi donc, présenté sous cette forme, le projet de 
M. Cordier, tout rationnel et tout scientifique qu'il était, ne 
pouvait trouver son application dans le cas actuel. En sui- 
vant les idées de l'habile ingénieur, un membre de la com- 
mission des eaux, M. Roux, a cherché sur la rive gauche 
du fleuve un emplacement convenable qui permit l'installa- 
tion de la tranchée proposée par M. Cordier. La persévé- 
rance de l'ingénieur de la ville de Toulouse a été couronnée 



(1 ) J'ai trouvé gr. 073 d'acide azotique par litre dans l'eau des puits 
de l'Asile de Braqueville. Cette eau conservée dans des flacons bouchés 
donne naissance à des dépôts organiques floconneux. 



- 190 - 

de succès. Nous examinerons en dernier lieu le projet qui 
est résulté des expériences qu'il avait entreprises dans la 
plaine alluvienne de Portet. 

Dans une série de communications faites au sein de la 
Commission des eaux, dans une longue suite de publica- 
tions données aux journaux de Toulouse, dans plusieurs bro- 
chures, un ingénieur civil a prétendu donner à la ville de 
Toulouse, à un bon marché inoui, et en6n à ses risques et 
périls, toute la quantité d'eau qui lui serait nécessaire, en 
utilisant les filtres qui existent déjà et en les perfectionnant. 
Ce projet se divise en deux parties : 4° faire rendre aux 
filtres actuellement altérés, et surtout au filtre Vivent, une 
plus grande quantité d'eau, en abaissant le plus possible 
leur radier; 2° filtrer, au moyen d'un système de drainage 
spécial, les eaux du fleuve prises dans le canal de fuite du 
moulin Vivent. 

D'après tout ce que j'ai dit jusqu'ici, il est aisé de com- 
prendre que la première partie du programme proposé 
est impraticable. Plus l'on abaissera le niveau du radier 
des filtres, plus on entrera en profondeur dans la nappe 
d'eau infectée de Saint- Cyprien, plus on sera exposé à 
avoir de la mauvaise eau. Et le filtre Vivent qui a été 
jusqu'ici la principale cause du mal, deviendrait une nou- 
velle source d'altération pour l'eau que pourrait procurer 
le nouveau sylème de filtrage. 

Quant à l'application de ce système dans la prairie des 
filtres à l'eau du canal de fuite du moulin Vivent , on a 
prouvé à son inventeur que ses filtres seraient immédiate- 
ment envasés faute de rapidité dans le courant, ou bien 
qu'ils donneraient de l'eau filtrée trouble. Néanmoins , ce 
serait là une expérience à faire, quoique des procédés sem- 
blables employés dans d'autres grandes villes de France 
n'aient pis fourni de bons résultats. Cependant, dans l'état 
actuel des choses, il vaut mieux marcher à coup sur et 



- 191 - 

non pas au moyen d'expériences et de tâtonnements, qui 
perpétueraient l'état de souffrance de la ville. 

Du reste, le procédé en question, en admettant qu'il 
fût applicable et appliqué, ne servirait qu'à entretenir le 
grand inconvénient qui existe dans le jeu des Châteaux- 
d'eau. Ces deux grands appareils resteraient solidaires 
l'un de l'autre, tandis qu'il faut, autant que possible , les 
rendre tout-à-fait indépendants , afin que la ville puisse 
continuellement être alimentée d'eau, dans îe cas où un 
accident surviendrait à l'un des deux engins. 

Le projet présenté jadis par M. Brassine, plus tard par 
M. Esquié, et que j'ai moi-même rappelé à la Commission 
des eaux, consistant à aller puiser de l'eau filtrée dans le 
ramier du Moulin-du- Château, est bien autrement sérieux 
que le précédent. Mais s'il offre des avantages, il présente 
aussi de graves inconvénients. Je vais succinctement 
l'analyser et le discuter. 

S'il est, de prime abord , un endroit favorable pour aller 
chercher de l'eau pure et de bonne qualité, c'est le milieu 
d'un fleuve. L'île du ramier ne pouvait pas être méconnue 
comme devant donner théoriquement une eau filtrée abon- 
dante et de première qualité. Ses rives sont sans cesse net- 
toyées par un courant rapide; son étendue est de plusieurs 
kilomètres, sa position est en amont de Toulouse. Il était 
donc permis de songer à l'utiliser comme filtre naturel. 
Deux inconvénients se présentaient pourtant au premier 
coup d'œil : c'étaient d'abord l'impossibilité de conduire 
l'eau du ramier aux Châteaux- d'eau sans un appareil spé- 
cial pour lui faire traverser la Garonne. En second lieu, les 
filtres devraient être trop profondément situés pour qu'on 
ne soit pas obligé d'élever leur produit au moyen d'un 
nouvel engin, afin qu'il puisse gagner les deux Châteaux- 
d'eau séparément l'un de l'autre. 

De plus, si l'on se trouvait dans la nécessité de donner 



- 492 — 

aux galeries filtrantes une grande étendue, on ne pouvait 
faire autrement que de traverser les divers bras de la 
Garonne qui coupent le ramier sur plusieurs points, il (allait 
établir des conduites sous l'eau Des usines existant déjà 
dans l'île pouvaient se trouver gênées par l'installation des 
galeries filtrantes; il aurait fallu les indemniser à grands 
frais. N'aurait- on pas gêné et n'aurait- on pas été gêné éga- 
lement par les grandes usines qu'on a l'intention de venir 
installer dans cette île prédestinée pour le développement 
de l'industrie? 

En face de semblables inconvénients, on pouvait cepen- 
dant trouver des avantages considérables au point de vue 
de la qualité de l'eau. J'ai voulu examiner par moi-même 
les puits qui ont été creusés le long des rives de la Garonne, 
et je puis affirmer que l'eau de ces puits, entr'autres celle 
des puits de M. Garipuy et du garde, est d'excellente 
qualité, surtout en l'examinant d'une manière comparative 
avec l'eau des puits de la rue de Muret qu'alimtnte exclusi- 
vement la nappe souterraine de la vallée. Le degré alcali- 
métrique est presque le même que celui de la Garonne, 
tandis que l'eau des puits de Saint-Cyprien, de Braqueville 
et de la rue de Muret, es! infiniment plus élevé. 

Mais il n'en est pas de même de l'eau que j'ai pu exami- 
ner dans l'intérieur de l'île. Celle-ci est d'assez mauvaise 
qualité. J'ai même trouvé un puits dans lequel avaient 
séjourné des feuilles mortes et dont l'eau répandait une 
odeur bien franche d'acide sulfhydrique (œufs couvés). 

Si les graves inconvénients que j'ai signalés plus haut 
n'avaient pas existé, et si, d'ailleurs, on n'avait pas eu un 
emplacement meilleur, en réalité, que celui du ramier du 
Moulin-du-Château, je suis persuadé qu'on aurait pu se 
procurer dans ce ramier de l'eau d'un goût et d'une qualité 
irréprochables. Il aurait suffi de conduire des galeries de 
drainage le long des rives du fleuve de chaque côté de 



- 193 — 

111e, en traversant , au moyen de larges tuyaux de con- 
duite, les parties de terrain tourbeux signalées par la 
Commission des eaux. On aurait eu, par ce procédé, de 
l'eau en quantité suffisante pour l'alimentation de la ville, et 
en prolongeant les galeries suivant la nécessité avec l'aug- 
mentation de la population, on n'en aurait jamais manqué. 

Mais, je le répète, faire dans le ramier un nouveau Chà- 
teau -d'Eau pour monter l'eau tiltrée à la hauteur des deux 
autres qui sont chargés de la distribuer en ville, installer 
une conduite sous le fleuve ou un syphon allant directement 
du ramier dans les pompes J'Abbadie en longeant le quai 
de Tounis et en traversant le Pont-Neuf, c'était s'exposer à 
bien des dangers. 

Bon par lui même, le projet, du ramier du Moulin-du- 
Château n'était pas le meilleur. M. Roux l'a parfaitement 
prouvé en faisant son intéressant travail et ses recherches 
si utiles au sujet de l'eau fournie par les graviers de Portet. 

Le choix des graviers de Portet fait par la Commission 
îles eaux, comme point d'installation des filtres nouveaux, 
e^t parfaitement motivé par l'état de ces graviers. Leur 
élude scientifique et l'analyse de l'eau qu'ils fournissent 
justifie pleinement .les décisions définitives du Conseil 
municipal. Je me permettrai d'ajouter aux descriptions 
données par M. Roux, dans son rapport à la Commission 
des eaux, les résultats de l'examen géologique de ces 
graviers, et je 'ferai connaître également les résultats de 
l'analyse de l'eau d'infiltrations fluviales qui coule à travers 
leurs interstices. M'étant trouvé forcément éloigné de la 
Commission pendant un certain temps par suite de ma 
position médicale à Ludion, j'ai voulu fournir néanmoins 
à mes collègues présents à Toulouse les moyens de répondre 
aux objections puériles qu'on s'est empressé de faire, je 
ne sais trop dans quel but, à leurs décisions si bien 
motivées, ainsi qu'à celle du Conseil municipal. À cet 

13 



— 194 - 

effet, j'ai publié dans les comptes rendus de l'Académie 
des Sciences (Institut) une note sur les cailloux de Portet. 

Ainsi que la dit M. Roux, les graviers do Portet offrent 
une superficie exploitable énorme, de 1280 mètres de 
long sur 200 de large; leur composition est parfaite , 
puisqu'on n'y trouve que des cailloux de diverses gros- 
seurs et du sable plus ou moins grossier; ils sont complè- 
tement dépourvus de couches de vase tourbeuse , de 
racines d'arbres et de matières végétales. Ils donnent en 
abondance une eau d'excellente qualité, et les calculs faits 
d'après les résultats des expériences permettent d'affirmer 
que les 1000 pouces d'eau cherchés seront très-facilement 
obtenus. De plus, enfin, le produit des nouveaux filtres , 
grâce à une pente de m ,0004 par mètre, pourra arriver 
directement à Toulouse, et à volonté dans chacun des 
deux Chàteaux-d'eau, après un parcours de 9 kilomètres. 

Tels sont, en résumé, les avantages réels de l'installa- 
tion des filtres à Portet, auxquels il faut joindre celui 
d'être éloigné de tout grand centre dd population capable 
d'infecter les eaux souterraines. 

Etudions maintenant la coupe géologique des graviers 
dans lesquels l'expérience a été faite et déterminons leur 
âge en même temps que leur provenance. 

Le diagramme de la figure 7 nous montre la coupe de 
la tranchée d'essai passant dans le milieu du puits où se 
faisait l'épuisement de la nappe d'eau. 

A la surface du sol existe une couche fort mince de terre 
végétale a avec quelques cailloux roulés très-peu volumi- 
neux. Au-dessous se trouve une forte épaisseur de sable 
quelquefois légèrement terreux 6, dans lequel se développent 
quelques lentilles de limon c. Immédiatement au-dessous, 
commencent les cailloux roulés dont l'épaisseur atteint 4 
mètres environ. La partie supérieure de celte couche d est 
formée par des galets un peu plus que pugillaires, et au- 
dessous, la partie inférieure f est constituée par des cail- 



- 195 — 

loux à moitié roulés dont quelques-uns atteignent des 
dimensions et un poids considérable. En moyenne, ils 
ont bien 40 centimètres de diamètre et pèsent 15 à 20 kilos. 
J'en ai examiné plusieurs dont le diamètre le plus grand 
était de 60 centimètres environ et le poids de près de 50 
kilos. Ces cailloux reposent sur la marne. Celle-ci se trouve 
à 6 mètres environ de profondeur. Les infiltrations ont un 
niveau qui s'arrête à quelques centimètres au-dessous de 
la face inférieure de la poutre p, indiquant elle-même 
le niveau à peu près constant de la Garonne. 

La figure 8 représente la coupe en long de la tranchée 
d'expérimentation : 

La surface du sol a est constituée par une faible couche 
de terre végétale ; en 6, est une épaisseur variable de sable 
terreux avec quelque peu de limon. En d se rencontrent les 
cailloux roulés reposant sur la marne M. 

L'étude minéralogique et physique des cailloux de la base, 
ainsi que la détermination de l'époque à laquelle ces cailloux 
ont été apportés dans le lit du fleuve est aujourd'hui d'un 
intérêt majeur. Elle permettra de faire voir aux ingénieurs 
qui se sont opposés au projet des filtres de Portet, que leurs 
objections ne sont basées que sur une élude superficielle 
de ces graviers. 

En effet, les gros cailloux de la base ne sont pas tous 
complètement arrondis, leurs arêtes sont émoussées, mais 
ils ressemblent beaucoup aux cailloux volumineux que 
les rivières torrentielles détachent aujourd'hui des roches 
en t place, dans les Pyrénées, et qu'elles entraînent avec 
vigueur pendant un certain espace; plusieurs portent quel- 
ques stries qui me semblent cependant douteuses (1). 

(1) On a cru avoir découvert des cailloux franchement striés à 
Portet, et M. Trutat les a signalés comme confirmant ce que j'avais déjà 
dit, c'est-à-dire la présence de dépôts glaciaires non loin de Toulouse. 
Ce fait ne s'est pas confirmé. Il importe du reste peu en présence de 
l'ensemble d'observations déjà faites et qui sont concluantes. 



— Î96 - 

Au premier coup-d'œil, le géologue reconnaît là des 
témoins de celte période géologique, bien antérieure à 
tous les temps historiques, où les glaciers descendus des 
sommets Pyrénéens s'avançaient encore jusques à l'entrée 
des plaines sous-pyrénéennes. A l'époque de leur fusion, ces 
glaciers fournirent des torrents énormes et impétueux qui 
arrachèrent aux moraines frontales, barrant leur passage, les 
éléments qui ne pouvaient résister à leur pression (cailloux 
et limons) et les entraînèrent avec une grande vitesse 
jusqu'à des distances assez éloignées. Les blocs ainsi trans- 
portés furent échelonnés d'après leur grosseur le long du 
lit du fleuve, les plus lourds s'arrètant les premiers à 
mesure que diminuait la vitesse et la force de transport des 
eaux fournies par les glaciers. 

Si nous étudions l'état des cailloux roulés superficiels, 
ceux que la Garonne entraîne aujourd'hui, et si nous les 
comparons à ceux du fond des tranchées de Portet, il est 
aisé de voir que les premiers n'atteignent même pns géné- 
ralement le dixième du volume des seconds. Ceci prouve 
mathématiquement à l'observateur muni du simple bon sens 
qu'il est impossible au fleuve actuel de rouler les masses de 
gros cailloux qui composent le fond des tranchées. Le 
simple bon sens avertit donc que la Garonne était torren- 
tielle lorsqu'un semblable phénomène s'est produit, et la 
géologie donne le moment du dépôt de ces gros cailloux à 
demi-roulés; elle le fixe à la fin d'une période glaciaire, 
c'est-à-dire à une époque qu'il est possible d'estimer à 
plusieurs milliers d'années. 

Or, si ces cailloux roulés qui forment un lit résistant au 
fleuve actuel sont en place depuis tant de siècles sans que 
les crues les plus fortes qui aient depuis lors gonflé la 
Garonne, aient pu les déplacer, il est permis de supposer 
que cet ancien lit torrentiel du fleuve, recouvert par une 
couche de dépôts plus récents, restera encore bien long- 
temps intact. 



— 197 - 

Dès lors se décider à creuser des galeries filtrantes dans 
un cailloutis de ce genre^ dans le lit ancien de la Garonne 
torrentielle, est tout naturel, puisque pour déplacer ce lit de 
blocs à demi-roulés le fleuve devrait acquérir une telle force 
que ce phénomène coïnciderait avec une véritable révolu- 
tion géologique ou |limatérique dans nos régions (1). 

Si l'analyse chimique n'était venue éclairer la question de 
la composition du cailjoutisde Portet, son origine géologi- 
que aurait permis d'assurer d'avance une grande pureté aux 
matériaux qui le constituent. 

Pendant la période glaciaire, en effet, les éléments des 
moraines qui ont plus tard fourni le cailloutis de Portet, 
étaient arrachés à un sol dans lequel la végétation était 
réduite à son minimum, grâce à la température ambiante 
si froide. Par conséquent les débris végétaux renfermés 
dans les moraines étant nuls , les cailloutis dont ces 
moraines ont été l'origine, ne devaient contenir aucun 
débris de plantes. Aussi par l'analyse chimique c'est à peine 
si l'on trouve des traces d'ammoniaque dans les sables du 
fond de la tranchée de Portet, et la perte que leur fait subir 
l'incinération est minime. 

Il n'en serait pas de même si à Portet, comme dans la 
prairie des filtres et le ramier Vivent, les cailloux roulés 
étaient recouverts d'une épaisse couche de terre végétale 
avec débris très-nombreux de racines et de feuilles. Les 
eaux d'infiltration de la surface traversant ces couches de 
la prairie des filtres que j'ai signalées plus haut, dans la 
coupe comparative des filtres d'Aubuisson et Guibal, entraî- 
nent, dans le cailloutis servant à ia filtration, des eaux 
chargées de matières végétales, de germes de plantes, de 
produits delà décomposition des matières organiques, et 

(1) En faisant reposer et adhérer en certains points les piliers de 
soutien de la galerie filtrante sur la marne, au-dessous des couches de 
gros cailloux, on donnera une résistance suffisante à l'ensemble de ces 
galeries. Aucune inondation ne pourra les détruire. 



— 198 - 

contribuent à rendre ce cailloutis mal sain pour la filtration 
naturelle de l'eau. A Portet, le dépôt supérieur aux cailloux 
roulés est assez pur dans sa composition pour ne pas 
entraîner de semblables inconvénients. 

Du reste, l'analyse chimique donne, au sujet de la com- 
position de l'eau de la tranchée de Portet, jies renseignements 
aussi catégoriques qu'instructifs. 

La limpidité de l'eau est parfaite, SQn goût est celui d'une 
eau excellente pour la boisson. 

Suivant que l'on puise l'eau dans les infiltrations descen- 
dant à l'ouest et à l'est de la tranchée, lorsque la pompe 
vide le puits, le degré alcalimétrique est plus oumoinsélevé. 
Ainsi, pour les infiltrations de l'est on trouve 0°,088 (l'al- 
calinité étant calculée comme précédemment en hydrate de 
chaux) tandis qu'à l'ouest on trouve 0°,094. On ne peut pas 
dire que les eaux de la nappe souterraine soient entrées 
déjà dans la tranchée, en voyant ce degré d'alcalinité légè- 
rement plus élevé. On peut simplement supposer que les 
infiltrations s'étendant à l'ouest (le fleuve coulant à l'est) 
ont séjourné plus longtemps dans le sol que celles qui se 
trouvent à l'est du puits; par suite ces infiltrations, grâce à 
la quantité d'acide carbonique qu'elles tenaient en suspen- 
sion, ont pu dissoudre une plus grande quantité de car- 
bonates alcalino-terreux et présenter un degré d'alcalinité 
un peu plus élevé que celui des infiltrations venant du côté 
de l'est. Il est certain cependant qu'en descendant le plafond 
de la galerie à un niveau trop bas, on y attirerait l'eau de la 
nappe inférieure venant des coteaux. 

Voici quelles sont les substances renfermées dans un 
litre d'eau de Portet : 

gr. 

Acide carbonique. ........ 0,186 

Acide sulfuriquc 0,013 

Silice 0,049 

Chlore 0,0015 



— 199 — 

Potasse 0,0038 

Soude 0,0057 

Lithine traces. 

Chaux 0,076 

Magnésie 0,005 

Ammoniaque 0,0004 

Acide azotique traces. 

Alumine et oxyde de fer. .. . 0,035 

Matière organique 0,014? 

• 

Quoique ces chiffres se rapprochent beaucoup, suivant 
toute apparence, de la vérité, je considère comme un devoir 
de dire que je ne les donne que sous toute réserve, car les 
dosages n'ont été faits qu'une fois seulement. Dans les autres 
analyses, ils ont été faits au moins trois fois. 

Néanmoins, il est bien permis de considérer cette eau 
comme de parfaite qualité, surtout si l'on compare sa com- 
position à celle de la Garonne. 

Je crois donc, pour ma part, que le projet des galeries 
filtrantes à Portet, est une excellente solution du problème 
que s'étaient posé l'administration municipale et la Com- 
mission des eaux. 

J'aurais cependant deux reproches à faire à la solution 
donnée : 1°Je crois que les galeries filtrantes sont trop 
éloignées des rives du fleuve. Dans les conditions de soli- 
dité où se trouve le gravier dans lequel on les creuse, il me 
semble qu'on aurait pu s'approcher beaucoup plus du cours 
d'eau de manière à avoir un débit bien plus considé- 
rable pour une étendue moins grande de galerie. J'ai expli- 
qué plus haut comment se comportent les infiltrations par 
rapport au fleuve, et je n'ai pas besoin de dire ici en vertu 
de quelle loi hydrostatique les filtres débiteraient davantage 
en les rapprochant du cours d'eau. D'ailleurs, des puits 
auraient parfaitement pu montrer si les gros cailloux de 



- 200 - 

la base s'étendent dans toute la largeur de la terrasse 
alluvienne dans laquelle coule la Garonne, et on aurait pu 
régler le rapprochement des galeries suivant la présence 
ou l'absence de ces cailloux. 

.: >0 Je reprocherai au projet en question de vouloir utiliser 
les galeries filtrantes de la prairie et du ramier Vivent, en 
les laissant dans l'état où nous les connaissons maintenant. 
On peut accepter celte solution pour les filtres de la prairie, 
mais pour le filtre Vivent, elle est inadmissible Celte galerie 
ne fonctionnant que dans des conditions «l'équilibre parfait 
entre les deux nappes qui l'alimentent, peut donner de l'eau 
potable ; mais si cette galerie reste ouverte pour fournir 
de l'eau, on peut être certain, au prochain envasement du 
lit de la Garonne sur ce point, de voir surgir de nouveau 
tous les inconvénients que l'on a déjà essuyés : altération 
de l'eau et développement d'une végétation aquatique 
spéciale. On devrait laisser ce filtre à jamais fermé, ou bien 
lui creuser un canal de fuite spécial en le conservant pour 
permettre aux naturalistes d'y étudier les altérations des 
eaux qui s'infectent dans des terrains de mauvaise nature. 
L'exemple serait d'une grande utilité pour toutes les grandes 
villes ; il deviendrait instructif pour ceux qui veulent 
s'adonner à l'élude de l'alimentation des fontaines des 
centres considérables de population. Nous avons pu juger 
par la série des débats auxquels a donné lieu l'étude entre- 
prise au sein de la Commission des eaux, que le manque 
de connaissances spéciales a bien souvent entraîné loin de 
la vérité ceux-là même qui auraient dû être par leur posi- 
tion les plus ap'es à donner des conseils utiles. 

Je reprocherai, enfin, à tous ceux de mes collègues qui 
auraient été à même de le faire connaître à la Commission 
des eaux, d'avoir négligé de disculer à fond le système 
des filtres d'Aubuisson modifié par M. Delon, ingénieur des 
ponts et chaussées à Béziers. 



- 201 — 

Voici en quoi consistent les filtres de M. Delon, d'après 
le dessin qu'a bien voulu m'en faire M. Morlière, ingé- 
nieur des ponts et chaussées, auquel M. Delon avait montré 
toute son installation : 

Lorsqu'on épuise une série de points dans un gravier 
rempli d'eau d'infiltration , l'épuisement se fait dans un 
espace déterminé, suivant des cônes renversés , dont les 
bords se recoupent dans le cas où les points épuisés sont 
suffisamment rapprochés l'un de l'autre. M. Delon, parlant 
de ce principe, a eu l'idée d'établir, au milieu même des 
cailloutis aquifères, de grands réservoirs de bois, ayant la 
forme de pétrins renversés. Les planchers de ces réservoirs 
communiquent entr'eux au moyen de tuyaux se soudant 
eux-mêmes à un tuyau-mère pour le déversement de l'eau 
filtrée. Les caisses de bois sont remplies aux deux tiers de 
cailloux roulés ainsi que le montre la figure 11. La surface 
de la nappe de cailloux est séparée par un vide de la sur- 
face inférieure de la caisse renversée. L'eau s'accumulant 
dans l'intérieur de ces espèces de bassins, arrive à gagner 
le tuyau d'écoulement et de là va dans une pompe aspi- 
rante qui attire incessamment l'eau à chaque coup de pis- 
ton. La nappe aquifère s'épuisant suivant des cônes , ainsi 
que le montrent les lignes pointillées de la figure, si l'on 
rapproche suffisamment les appareils, on peut utiliser 
toute l'eau de cette nappe sans faire des galeries continues 
en maçonnerie, et par conséquent fort dispendieuses. 

Puisque ce système a réussi entre les mains de M. Delon, 
pourquoi n'a-t-on pas appelé cet ingénieur expérimenté pour 
donner son avis à la Commission des eaux? Depuis mon 
départ de Toulouse , au mois de juin, j'ai deux fois écrit 
pour qu'on avisât à ce sujet, et l'on n'a pas écouté ma 
demande. On aurait peut-être , en appliquant l'invention 
de M. Delon dans les ramiers de Portet, réalisé une éco- 
nomie notable dans la confection des galeries filtrantes que 
l'on exécute. 



— 208 — 

Je terminerai, enfin, par l'examen du projet de M. Mau- 
rel, dans lequel l'auteur a montré une grande intelligence, 
mais, il me permettra de le dire aussi, un défaut de prati- 
que pour le cas actuel. 

M. Maurel a proposé d'utiliser encore la prairie des 
filtres, la Garonne et le canal de fuite du moulin Vivent, 
pour envoyer de l'eau filtrée dans des galeries nouvelles que 
l'on construirait à quelques mètres seulement des rives du 
fleuve. 

Il est sûr que par ce rapprochement des galeries filtrantes 
de la source même des infiltrations, l'on aurait une plus 
grande quantité d'eau de la Garonne dans les filtres, à la 
condition que l'on baissât suffisamment le radier des gale- 
ries. Mais, dans ces conditions, la nappe d'eau de Saint- 
Cyprien traversant ce terrain infectant du ramier Vivent 
serait venue encore troubler la bonté de l'eau. 

En injectant l'eau du canal de fuite du moulin Vivent 
dans les terrains supérieurs du ramier et de la prairie, ces 
terrains étant littéralement pourris sur certains points et 
contenant des matières organiques en abondance , ainsi 
que je l'ai démontré, on aurait bien une grande quantité 
d'eau filtrée provenant de cette source, mais l'eau serait tout 
aussi mauvaise que l'a été celle du filtre Vivent. Elle 
occasionnerait inévitablement des accidents se rapprochant 
de ceux que l'on a eu à combattre. 

Les galeries pourraient également se trouver quelque jour 
complètement privées d'eau de la Garonne, si une nouvelle 
crue semblable à celle de 1870 venait encore colmater son 
lit de manière à arrêter toute filtration. 

D'ailleurs, la position des filtres dans la prairie aurait 
entraîné le maintien de la solidarité des deux Chàteaux- 
d'Eau, inconvénient qu'il faut éviter à tout prix. 

Si l'on avait encore voulu se servir de ia prairie des 
filtres pour chercher une nouvelle quantité d'eau, il n'y 



— 203 — 

avait, d'après moi, qu'une seule chose à faire. On aurait dû 
se rapprocher le plus possible des rives du fleuve en fai- 
sant une nouvelle galerie filtrante au niveau de celle de 
d'Aubuisson. Cette galerie aurait longé, ainsi qu'on l'avait 
proposé en 1868, en forme de demi-cercle, les bords de 
la Garonne et du canal de fuite du moulin Vivent. Elle 
aurait épuisé toutes les infiltrations supérieures des cailloux 
roulés , et son produit, probablement un peu plus abon- 
dant que celui fourni par les filtres d'Aubuisson réunis , 
aurait suffi à alimenter la ville en eau filtrée. On aurait pu 
chercher ailleurs pour l'arrosage des rues. 

Mais la combinaison de Portet me semble, grâce aux 
avantages signalés plus haut, la conclusion préférable à 
toutes celles que j'ai examinées. Elle sera coûteuse, pro- 
bablement même beaucoup plus coûteuse qu'on ne l'a 
supposé, mais elle donnera un résultat certain. C'est ce que 
doit chercher la ville. 

Aux ingénieurs qui conduiront les travaux , de montrer 
la sévérité la plus grande pour que tout soit exécuté d'une 
manière irréprochable. 

^ Nota. — Depuis que ce travail a été rédigé, l'on boit à Toulouse de 
l'eau passable et même bonne, si on la compare à celle que fournissaient 
les filtres il y a deux ans. Bien des personnes ont pensé, dès lors, que le 
mal des filtres était guéri. Il n'en est rien. Une nouvelle analyse com- 
plète de l'eau des fontaines m'a prouvé que cette eau conserve toujours 
une composition intermédiaire entre celle de la Garonne et celle de la 
nappe aquifère deSaint-Cyprien, mais elle se rapproche beaucoup plus 
aujourd'hui de celle de la Garonne qu'au moment de mes dernières 
analyses faites en 1872. Cependant l'algue s'y développe toujours, car 
chaque 15 jours je suis obligé de laver un bassin alimentant mon labora- 
toire et dans lequel les débris de la végétation s'accumulent d'une manière 
régulière. Cette amélioration si notable de l'eau prouve que les infiltra- 
tions de la Garonne sont actuellement bien plus abondantes dans les filtres 
qu'elles ne l'étaient avant. Le lit de la Garonne s'est donc nettoyé. 

Les publications faites, dans ces derniers temps, par M. Belgrand 
l'éminent ingénieur hydraulique de Paris et membre de l'Institut, au 
sujet de l'influence réciproque qu'exercent sur elles-mêmes les eaux infil- 
trées de la Seine et l'eau de la nappe souterraine alimentant les puits de 
Paris, sont venues confirmer de la manière la plus complète tout ce que 
j'ai dit dans ce Mémoire sur les eaux introduites dans les galeries filtran- 
tes de Toulouse. 



— 204 — 

UN 

SQUELETTE HUMAIN DE L'AGE DU RENNE 

à Laugerie-Basse (Dordogne) 

Rapport par M. Emile Cartailhac 
Membre titulaire fondateur. 



Messieurs, 

Je suis heureux de vous annoncer une bonne nouvelle : 
la science possède enfin un squelette humain de l'âge du 
renne, sans qu'il soit possible oVen douter un seul instant, 
comme vous allez en juger vous-même. Ces restes précieux 
vitnnent d'être découverts dans un gisement classique, à 
Laugerie-Basse (Dordogne). Ils font aujourd'hui partie de 
l'admirable collection préhistorique de M. Eue Massenat, 
à Brives, un de vos membres correspondants. 

Depuis que les grottes et abris sous roche sont l'objet 
des plus actives explorations, il a été trouvé souvent des 
ossements humains que l'on a attribués à l'époque quater- 
naire. Permettez-moi de vous rappeler les principales décou- 
vertes de ce genre. 

En 1828, Tournai mentionne la présence d'ossements 
humains dans la grotte de.Bize; ils auraient été associés à 
des fragments de poterie et à des débris de Rennes princi- 
palement. Marcel de Serres y signale aussi un fragment de 
maxillaire supérieur et une portion d'humérus; des fouilles 
plus récentes ont, enfin, livré une dent incisive. 

Malheureusement, on est loin d'être certain qu'il n'y a 
pas remaniement dans les grottes de Bize et j'ai vu au 
musée de Narbonne, quelques objets qui en proviennent et 
sont de l'époque de l age de la pierre polie. 



- 205 - 

Il en est de même pour ies grottes de Pondres et de 
Souvignargue, d'où MM. de Christol et Emilien Dumas ont 
retiré les ossements des espèces les plus anciennes de la 
période quaternaire et quelques débris de l'homme joints à 
de la poterie, mais la présence d'une hache en pierre polie 
rajeunit considérablement ceux-ci. 

En 1839, Jceger recueillait dans les environs de Canstadt, 
près Stuttgard, des ossements de l'homme mêlés à ceux des 
ours, des hyènes, des éléphants, etc. 

M. de Meyer, à la même époque, signalait la même 
réunion à ftlosbach, près Wiesbaden. Nous n'avons pas 
de détails, je crois, sur ces deux faits. 

Quelques autres trouvailles de ce genre ont eu lieu dans 
le bassin du Rhin. 

En 1844, M. Aymard annonça que des débris humains 
avaient été rencontrés dans les couches du volcan éteint de 
Denise, près le Puy-en-Velai ; les géologues ses confrères, 
MM. Bertrand de Doue, Lecoq, Groizet, F. Robert confir- 
ment cette découverte. Cette fois, il s'agit d'ossements assez 
nombreux, quoique fragmentés, et l'on paraît d'accord pour 
les considérer- comme contemporains sinon de Yelephas 
meridionalis, du moins des dernières éruptions volcaniques, 
c'est-cà-dire post-pliocènes. 

En 1860, M. le marquis de Vibraye, dans la grotte des 
fées à Arcy-sur-Cure, met la main sur une mâchoire qui 
gisait dans la couche profonde de celte cavité caractérisée 
par Yursus spelœus* Yhyœna spelœa, Yelephas primigenius, le 
rhinocéros tichorhinus . Plus tard, M. Franchet découvrait 
dans la même couche un atlas humain. 

Celte même année 1860 est célèbre par la publication du 
mémoire de M. Edouard Lartet, sur une ancienne station 
humaine, avec sépulture contemporaine des grands mammifères 
fossiles caractéristiques de la dernière période géologique. Notre 
maître à tous arrivait à Aurignac malheureusement longtemps 
après la découverte et la violation de la grotte. La sépulture 
proprement dite ne présentait plus que des restes presque 



- 200 - 

informes, et sauf quelques rares débris, les ossements 
humains avaient été portés au cimetière du village, perdus 
à jamais pour la science. On sait que M. Lartet reconnut et 
explora avec le plus grand soin un foyer quaternaire qui re- 
couvrait la petite terrasse formant talus à l'entrée de la grotte. 
Ses conclusions produisirent une grande émotion et converti- 
rent tous ceux que les faits mis en lumière par Boucher de 
Perl lies laissaient encore hésitants. 

C'était la première fois qu'il était question d'une sépulture 
trouvée en contact avec un dépôt d'ossements de rhinocéros, 
d'éléphants, d'ursus speleus, de renne etc. , dû à l'homme 
sans le moindre doute. A ce moment donc et dans l'état de 
la science, il était, je crois, impossible de songer à faire 
une distinction et à attribuer le foyer et la sépulture à deux 
époques différentesde l'âge delà pierre, et. cette constatation 
était d'autant plus difficile que la couche de la sépulture, 
encore une fois, n'avait pu être vue en place, étudiée par 
Permirent observateur. 

Ces doutes sur la contemporanéité des deux gisements, 
plusieurs personnes les ont éprouvés. M. Gervais les a ma- 
nifestés assez nettement à la page 44 de ses recherches sur 
V ancienneté de l'homme (Paris) 4 867; en 1871, M. Trutat et 
moi nous avons cru devoir insister dons ce sens par une 
note à l'Institut qui a été publiée dans les Comptes-rendus, 
séance du 31 juillet. 

En effet, en juillet 1870, nous avions longuement discuté 
cette question en étudiant l'état actuel de la grotte, le 
mémoire de M. E. Larlet à la main, et voici quel est notre 
sentiment. 

1° Certainement, la grotte d'Aurignac a servi de staiion 
à l'homme quaternaire, dont le foyer et les débris de repas 
son! le point de départ des conclusions capitales que tant 
de découvertes ont si vite justifiées. 

2° Longtemps après cotte première occupation, la grotte, 
réduite dans ses dimensions, a servi de crypte sépulcrale 
que les poteries et les rondelles percées de cardium per- 



— 207 — 

mettent de classer à l'âge de la pierre polie comme celles 
de Saint-Jean-d'Alcas (Aveyron), de Durfort (Gard), de 
Sinsat (Ariége), etc. 

L'importance de cette rectification est sérieuse pour 
plusieurs motifs; d'abord, il ne faut pas regretter outre 
mesure les ossements humains puisqu'ils sont d'une époque 
qui en a fourni en nombre très-considérable soit dans les 
grottes sépulcrales soit clans les tombeaux, surtout les dol- 
mens. Il faut ensuite renoncer à ce que l'on pourrait appe- 
ler la poésie d' Aurignac; il n'y a plus à songera ce festin 
des funérailles, ordinaire chez des tribus assez nombreuses 
de sauvages modernes, mais dont les traces aux époques 
préhistoriques ne sont pas aussi nettes qu'on aurait pu le 
croire. 

Mais ce qu'il faut surtout, c'est reprendre l'étude des 
stations qui ont montré une sépulture au-dessus d'une 
couche quaternaire, et réviser, s'il y a lieu, si du moins 
c'est encore possible , les conclusions qui présentaient les 
deux gisements comme contemporains. 

L'influence du mémoire sur Aurignac a été, en effet , 
considérable sur la direction des études préhistoriques, et 
les explorateurs étaient surtout à la recherche de stations 
identiques. De fait, leurs vœux furent souvent comblés , 
quelquefois déçus. 

C'est ainsi que M. P. Cazalis de Fondouce, en 1864, 
signale à l'fnstitut, « une caverne avec débris de l'industrie 
humaine primitive. C'est une caverne funéraire qui se 
rapporte au type de celle décrite par M. Ed. Lartet, à 
Aurignac. m ... Elle renfermait, entr'autres choses, « des 
anneaux de colliers ou de bracelets en test de coquil- 
lages, comme ceux d'Aurignac. » Et plus loin mon savant 
ami ajoutait avec regret : « Je n'ai pu y découvrir... aucun 
indice du repas des funérailles signalé à la caverne sépul- 
crale d'Aurignac; mais, comme pour celle-ci, les parents 
et les amis des morts avaient, sinon fermé complètement, 
du moins considérablement rétréci l'ouverture de la 



— 208 — 

eavilé, etc. » C'est de la grotte de Saint-Jean-d'Alcas, près 
Saint-Affrique (Aveyron) , qu'il est question. MaisM.Caza- 
lis de Fondouce la décrivait peu de temps après d'une 
manière complète, et celte fois en insistant sur l'identité de 
son contenu avec celui des dolmens du même pays, il la 
rapportait avec certitude à la fin de l'âge de la pierre polie. 
« Au reste, vous pouvez en juger vous-même, Messieurs, 
en examinant, au Musée d'Histoire Naturelle de notre ville, 
les charmants objets qu'elle m'a livrés , ceux que j'ai 
recueillis aussi dans les dolmens, et dans une autre vitrine 
vous pourrez examiner la poterie elles disques de curdium 
d'Aurignac que M. Trutat et moi avons donnés. 

En '1864, M. E. Dupont fouillait, dans la vallée de la 
Lesse (Belgique), un abri sous roche auquel il donnait le 
nom de Trou du frontal, el qui présenta des conditions 
identiques à celles d'Aurignac. « Les dépôts de Page du 
)) mammouth comblaient l'abri extérieur de manière à 
» arriver, en plan légèrement incliné, à l'orifice du caveau 
» dont le fond contenait aussi un petit amas de limon 
» fluviatile. Au-dessus de ces dépôts, et présentant dans 
)) l'excavation un plan incliné en sens inverse de celui de 
)> ces couches plus anciennes , s'étendait un épais amas 
n d'argile jaune pétrie de fragments de la roche adjacente, 
» tous débris annonçant l'existence de l'homme et situés 
» entre ie limon fluviatile et celte argile jaune était , par 
)> conséquent, de lage du renne. De tels débris s'y trou- 
» vaient en abondance. » 

La caverne proprement dite renfermait les restes bou- 
leversés et brisés de seize individus. A l'entrée du caveau 
étaient des silex taillés, des coquilles éocènes perforées, 
des fragments de fluorine perforés, une urne avec une 
ouverture resserrée et des anneaux de suspension. Enfin, 
une dalle renversée au milieu de ces derniers débris , 
s'adaptait aux dimensions de l'ouverture du caveau et 
dénotait évidemment une sépulture. Devant la cavité étaient 
des restes de repas avec des indices d'un foyer et des 



— 209 — 

instruments usuels qui seraient les témoins des festins 
funéraires faits lors de l'inhumation d'un cadavre. « Il 
n'échappera à personne, ajoute M. Dupont, que l'explica- 
tion de la présence des ossements humains du Trou du 
frontal comme résultant des coutumes funéraires d'une 
peuplade quaternaire , est , en quelque sorte , calquée 
sur l'admirable interprétation par laquelle M. Lartet inau- 
gura définitivement l'ère des recherches si fécondes sur 
les mœurs des antiques habitants de cavernes. Les faits 
observés à Furfooz ne sont que la répétition , quasi de 
point en point , de ceux que l'illustre savant dévoila en 
1861. » 

C'est aussi mon avis, et je crois bien que les foyers, 
les débris de repas, les silex, etc., sont de l'âge du renne, 
mais que la sépulture, avec son urne d'un art si avancé et 
la dalle qui fermait son ouverture, sont néolithiques; seule- 
ment, en Belgique, l'âge de la pierre polie a laissé beau- 
coup moins de traces dans les grottes que chez nous, les 
populations de cette époque paraissent moins riches, moins 
ornées ; voilà pourquoi M. Dupont n'aurait pas trouvé 
avec les ossements d'objets bien caracléristiques et qui 
aient pu lui donner l'éveil. D'autre part, il est évident que 
l'exemple d'Aurignac lui enlevait toute idée de faire la 
distinction qui me paraît vraisemblable. 

Parmi les autres sépultures dites de l'âge du renne, et 
sur lesquelles, à mon avis, planent quelques doutes, je dois 
citer encore Bruniquel, Gro-Magnon et Solutré. 

M. V. Brun, auquel je me plais à rendre hommage pour 
le zèle, la patience et le désintéressement qu'il a mis à 
fouiller les stations de Bruniquel et à former un musée 
qui est l'honneur de Montauban, a découvert, en 1864, des 
ossements humains dans les circonstances suivantes : 

La montagne sur laquelle sont bâtis le village et le châ- 
teau offre, en aval, un abri sous roche que M. Brun a 
décrit sous le nom de Lafaye. Le sol, à cet endroit, a offert 
les détails suivants : 

U 



- 210 - 

Dans la partie ouest étaient les vestiges d'une petite 
construction fort ancienne, dont les inurs avaient 1 mètre 
d'épaisseur et reposaient sur le dépôt ossifère. A 45 centimè- 
tres au-dessous des fondations, dans le limon non remué, 
une tèle humaine fut immédiatement levée, un autre coup 
de pioche amena une mâchoire d'enfant. Bref, deux sque- 
lettes, dont le premier au moins était accroupi, se trouvè- 
rent là. Le limon fut passé au crible. La base d'un petit bois 
de renne était à côté du crâne ; il y avait aussi une mâ- 
choire supérieure d'un jeune bouquetin , plusieurs frag- 
ments de mâchoire de renne, une dent de cheval, quelques 
ossements d'animaux cassés en long, des rognons et des 
débris de silex bruts et quelques silex taillés. Le crible a fait 
découvrir deux incisives humaines trouvées dans la même 
pelletée de limon. Elles paraissent appartenir à un individu 
adulte et ne sont pas usées comme celles du squelette. Le 
crible a procuré aussi un petit poinçon et un fragment de 
bois de renne travaillé. 

Nous citons maintenant irî extenso le travail de M. Brun 
(pages 12 et 13). 

« J'ai relevé avec exactitude la coupe du terrain où étaient 
les ossements humains. J'ai été frappé de trouver, dans le 
milieu des 45 centimètres de limon qui les recouvre, une 
couche très-noire renfermant des cendres et du charbon , 
ayant 4 centimètres d'épaisseur et plus d'un mètre d'éten- 
due. La partie du limon qui surmonte cette couche ren- 
ferme aussi quelques petites veines charbonneuses. Ces 
lieux ont donc été habités postérieurement à l'enfouisse- 
ment du squelette. 

» Le limon, entre le squelette et la couche noire ossifère, 
présente encore une épaisseur de 90 centimètres et se divise 
en quatre couches bien distinctes , qui sont également 
entrecoupées de veines charbonneuses : ce qui établit 
l'identité de constitution avec le limon supérieur. Enfin, la 
couche ossifère présente à cette place une épaisseur de 



— 241 — 

30 à 40 centimètres et est entrecoupée elle-même de vei- 
nes charbonneuses. 

» L'exploitation de ce gisement s'est continuée en avan- 
çant toujours vers le nord-ouest ; le limon et la couche noire 
étaient devenus peu productifs ; les ouvriers avaient négligé 
de fouiller une lisière de limon qu'un suintement calcaire 
avait retenue contre le roc. Désirant ne rien laisser à exa- 
miner, j'ordonnai qu'on abattît cette stalagmite. Au premier 
coup de pioche, une tête humaine fut découverte et recueillie 
parfaitement intacte; elle touchait à la montagne et occu- 
pait une petite excavation de la roche. La face était tournée 
vers le ciel et inclinait un peu en avant. Dans les débris 
écroulés autour de la tête a été trouvé un fragment de 
poterie, d'environ dix centimètres sur huit, légèrement 
concave, d'une terre grossière et noirâtre. Cette circons- 
tance est d'autant plus remarquable , que c'est le seul 
fragment de poterie d'une ancienneté authentique que j'aie 
rencontré dans le cours de mon exploitation. Dans les 
mêmes débris, il a été recueilli quelques silex et quelques 
poinçons grossièrement taillés , un fragment de bois de 
renne scié , un sifflet , un grand os plat travaillé , une 
tête et des ossements d'un jeune sanglier, une mâchoire 
de blaireau. Tous ces objets, rassemblés autour de cette 
tête , témoignent qu'ils y avaient été mis intentionnelle- 
ment. Le crible n'a fait découvrir dans cette partie de la 
stalagmite rien d'important. Le crâne est dépourvu de sa 
mâchoire inférieure , et la mâchoire supérieure n'a pas 
toutes ses dents. C'est une tête de vieillard, qui en avait 
déjà perdu plusieurs de son vivant. Le reste du crâne 
est d'une conservation parfaite. Je me suis assuré que le 
premier squelette et cette tête étaient à peu près au même 
niveau. » 

Je ne puis m'empêcher, messieurs, de trouver ces ren 
seignements incomplets à un point de vue essentiel : ces 
squelettes humains ont-ils été enterrés à l'endroit où on les 
a trouvés? Dans ce cas, un trou a été fait, les cadavres y 



— 2i2 — 

ont pris place, et la terre qui les a recouverts étant celle-là 
même qu'on venait d'enlever, il n'y a pas à s'étonner de 
trouver avec eux quelques os de renne, des silex et tout ce 
que cette terre pouvait contenir; et , en réalité, l'époque 
de l'ensevelissement reste toul-à-fait ignorée. Elle peut être 
de beaucoup postérieure à la formation de la couche, et 
précisément celte dernière opinion est corroborée par la 
présence d'un fragment de poterie, le seul que M. Brun ait 
jamais rencontré dans les dépôts ossifères de Bruniquel. 

Si les corps humains n'ont pas été enterrés, s'ils sont 
contemporains de la couche de limon, j'avoue ne plus com- 
prendre la formation de cette couche, et la présence au 
milieu d'elle de squelettes accroupis, dont les ossements 
n'ont pas été disjoints d'une façon complète et en partie 
entraînés. Ce n'est pas ainsi que se trouvent d'ordinaire les 
squelettes non humains dans nos alluvions quaternaires. Si 
l'on se donne la peine de réfléchir, on reste persuadé qu'une 
seule hypothèse est admissible, celle d'une sépulture, c'est- 
à-dire ensevelissement postérieur au gisement ossifère et 
plus ou moins récent. En résumé, l'abri de Lafaye a offert 
une sépulture que l'âge de la pierre polie peut sans doute 
revendiquer. 

Je ne veux pas quitter Bruniquel sans dire qu'on y a 
cependant trouvé quelques ossements humains brisés dans 
des conditions à peu près certaines de contemporanéité avec 
le dépôt quaternaire. Ainsi, le musée de Toulouse possède 
deux fragments de mâchoires inférieures et plusieurs mor- 
ceaux de crâne qui ont été recueillis au beau milieu du 
gisement non remanié de la grotte dite des Forges, avant 
les fouilles de M. de Lastic, celui qui a vendu le contenu 
au British muséum. 

La présence de ces débris d'ossements humains, au 
milieu des restes de cuisine et des vestiges d'habitation, ne 
doit pas être, comme je l'ai toujours dit, une preuve d'an- 
thropophagie. Ce n'est pas ici le cas de discuter cette ques- 
tion, mais je veux faire observer que l'hypothèse du canni- 



- 213 - 

balisme est la moins vraisemblable et la plus incertaine des 
explications. 

J'arrive maintenant à une découverte que les anthropolo- 
gisles ont considérée comme une des plus importantes qui 
aient encore été faites. Je veux parler du gisement célèbre 
de Cro-Magnon, aux Eysies (Dordogne), en 1868. 

Après avoir enlevé 4 mètres de détritus qui couvraient 
un abri ignoré, les ouvriers du chemin de fer, en pénétrant 
sous le banc rocheux qu'ils avaient ainsi dégagé, ne tardè- 
rent pas à en retirer des ossements brisés, des silex taillés, 
et, en6n, des crânes humains, dont les entrepreneurs devi- 
nèrent aussitôt l'ancienneté et l'intérêt scientifique. Les tra- 
vaux furent arrêtés ; quelques jours après , M. Alain 
Laganne, prévenu, continuait les fouilles, exhumait les 
squelettes ; enfin, M. Louis Lartet arrivait, et au-dessous de 
la couche qui avait renfermé les squelettes humains il 
découvrait et étudiait avec beaucoup de soin une riche 
station quaternaire, antérieure à la dernière époque des 
cavernes. 

Si nous avons bien compris son excellente notice, et 
comme on peut en juger par la coupe qui l'accompagne, les 
ossements humains étaient à la partie supérieure d'une 
couche jaune recouverte par les éboulis calcaires, et qui 
renfermait encore quelques silex taillés, mêlés à des osse- 
ments brisés et à d'autres os intacts se rapportant à de 
petits rongeurs, ainsi qu'à un renard particulier. La sépul- 
ture occupait une aire très limitée, et on n'en trouve aucune 
trace dans une section voisine. En résumé, la grotte, d'abord 
simple rendez-vous de chasse, habitée plus tard d'une façon 
permanente, se trouva à peu près remplie par l'accumula- 
tion des débris de cuisine. Elle fut abandonnée, maison y 
revint une dernière fois pour y cacher les morts. 

Or, je ne suis pas certain que ces ossements humains 
soient bien ceux des chasseurs de renne. Les personnes qui 
ont visité la vallée de la Vézère savent que, de nos jours 
même, une couche deboulis ne peut se former sur un 



- 214 — 

point quelconque sans être remplie de débris de silex et 
d'ossements quaternaires. Il en était ainsi, à plus forte rai- 
son, à l'époque où les gisements ossifères étaient encore 
plus mobiles, moins recouverts, moins pourris que de nos 
jours; une couche d'argile jaune déposée dans l'abri deCro- 
Magnon ne pouvait pas manquer d'os ou de silex, bien plus 
anciens peut-être que sa formation. D'ailleurs, cette couche 
jaune dans laquelle à peine un dernier lit charboneux de 
faible épaisseur aurait été vu par M. Laganne, devait être 
formée lorsque les sauvages sont venus lui confier leurs 
morts auprès desquels on a trouvé près de 300 coquilles 
marines. Que cette sépulture soit très ancienne, c'est ce que 
prouve jusqu'à l'évidence l'énorme talus qui la recouvrait. 
Il est très possible qu'elle ne soit pas beaucoup plus 
récente que le dépôt sous-jacent, mais il est difficile d'être 
certain qu'elle est quaternaire. Il ne faut pas oublier que le 
gisement des squelettes humains était fouillé à l'arrivée de 
M. Louis Lartet, et par conséquent des observations impor- 
tantes peuvent nous manquer. 

En 1856, on fit près Elberfeld, dans une vallée latérale 
de la Dussel, nommée Neanderthal, la découverte d'un 
crâne devenu célèbre à partir de 1865 ; dans une grotte, à 
60 pieds au-dessus du niveau de la rivière,, était une cou- 
che horizontale de Lehm. A 2 pieds che profondeur, cette 
argile contenait les os d'un squelette humain étendu hori- 
zontalement dans le sens de la longueur. Le Lehm était si 
adhérent, qu'on ne prit pas garde aux ossements. On jeta 
la calotte crânienne avec d'autres débris, croyant avoir 
trouvé des ossements d'ours des cavernes jusqu'à ce que 
le professeur Fuhlrott d'Elberfeld les reconnut et sauva d'une 
destruction complète la calotte crânienne, le fémur, l'humé- 
rus, un cubitus, une clavicule, la moitié gauche du bassin, 
un fragment de l'omoplate droite tt plusieurs morceaux 
de côtes. 

Il y a eu sur l'homme du Neanderthal des discussions 
nombreuses et passionnées. Un certain nombre de paléonto- 



— 215 - 

logisles l'ont repoussé comme quaternaire et regardé comme 
un cas pathologique ; il a été réhabilité en partie dans ces 
derniers temps, grâces aux trouvailles de MM. Faudel et 
Cocchi , qui ont démontré que ses caractères , réputés 
exceptionnels, se retrouvent presque au même 'degré sur 
d'autres sujets incontestablement quaternaires. 

Mais il me sera permis de faire alors observer que ce 
sont des données ostéologiques seules qui établiraient son 
âge. Les preuves tirées du gisement sont plus qu'incertai- 
nes. Je crois pouvoir dire que tout squelette humain com- 
plet peut être a priori considéré comme postérieur à la cou- 
che fluviale qui le renferme. 

Est-ce donc quand la Dussel creusait sa vallée, coulait 
à pleins bords et remplissait de ses argiles et de ses 
cailloux les cavités situées à 60 pieds au-dessus de son 
niveau actuel, qu'il était possible à un cadavre humain 
detre placé par l'eau au milieu de la grotte, entier, allongé, 
la tête vers l'ouverture? Ces conditions indiqueraient plutôt 
une sépulture ; mais alors elle est postérieure au Lhem qua- 
ternaire ; son âge est incertain. 

Lorsque les ossements sont contemporains de l'alluvion 
qui les renferme, ils sont isolés, plus ou moins entiers, sauf 
de rares exceptions, quand par exemple le dépôt fluvial 
s'est fait brusquement, à la suite d'une crue subite. 

Je voudrais parler avec quelques détails d'une station 
que les beaux travaux de MM. Arcelin et de Ferry ont 
rendue célèbre, celle de Solutré (Saône-et-Loire). Là, dans 
des dépôts incontestablement de l'âge du renne, il y avait 
des sépultures nombreuses. Quelques-unes étaient limitées 
par des dalles brutes formant un parallélogramme; d'au- 
tres étaient au milieu des foyers non remaniés, sans que 
l'on puisse savoir si le foyer avait été funéraire , allumé 
pour obéir à quelque rite, ou si le cadavre avait été placé, 
suivant un usage consacré, au lieu même où l'homme avait 
longtemps séjourné. Feu M. de Ferry et M. Arcelin, qui 
vient de publier ses notes à la suite d'un grand ouvrage de 



— 216 — 

son regrettable collaborateur, pensent même que plusieurs 
fois la hutte qui avait abrité les vivant? fut incendiée et 
renversée sur les morts. Tout cela est bien précis et bien 
poétique! Cependant je ne connais pas encore ce gisement 
et, dans ce cas, mon devoir est de réserver mon opinion 
au sujet de l'âge des ossements de plus de 50 squelettes 
humains que le Crosdu charnier, au pied du Roc de Solutré, 
a livrés aux explorateurs et aux discussions des anthropo- 
logistes. 

Je reprends maintenant rémunération des découvertes 
effectuées depuis 1861 . En 1863, Boucher de Perthes, après 
trente ans de recherches, découvre dans le sable noir 
argilo-ferrugineux d'une carrière des environs d'Abbeville 
(Moulin-Quignon), à 5 mètres de profondeur et presque au 
contact de la craie, et à 30 mètres environ au-dessus du 
niveau de la Somme, une mâchoire humaine devenue bien 
célèbre. Depuis lors, surtout en 1864, Boucher de Perthes 
a pu recuePlir dans les mêmes conditions, c'est-à-dire avec 
la faune et les silex taillés quaternaires, de nombreux frag- 
ments osseux. 

Un débris humain vraiment quaternaire, c'est la mâchoire 
delà Naulette que M. E Dupont trouva, en 1866, dans 
le trou de ce nom, sur la rive gauche de laLesse (Belgi- 
que). Avec celte mandibule inférieure, il n'y avait qu'un 
cubitus, et ces débris étaient associés avec des ossements 
épars d'animaux quaternaires et surmontés de couches dont 
l'âge n'était pas douteux. 

Le' crâne de l'Olmo a été découvert en juin 1863, avec 
un petit fragment de face et une belle pointe du type de 
Saint- Acheul, à une profondeur de 15 mètres environ, 
dans une argile lacustre qui contient des restes de la 
faune post-pliocène et à laquelle sont superposés, sans 
remaniements aucuns, les sables et les cailloux ferrugi- 
neux du post-pliocène inférieur ou supérieur, un lehm 
ou limon souvent dénudé, enfin, les alluvions récentes. 
Voilà un exemple d'un gisement bien déterminé à la fois 



- 217 - 

par la paléontologie et l'archéologie, et d'un ossement 
humain quaternaire sans l'ombre d'un doute. 

D'autres débris humains ont été découverts, à plusieurs 
reprises, autour de Paris. Je rappellerai seulement que le 
48 avril 1868, M. Eugène Bertrand trouvait des vestiges 
assez nombreux d'un squelette dans une carrière de Glichy. 
La discussion qui eut lieu à la Société d'Anthropologie 
laissa quelques doutes dans l'esprit des plus circonspects. 

Plus authentiques sont les ossements que M. Reboux a 
recueillis dans les bas niveaux de la Seine: 1° à la Révolte, 
petits fragments de crâne ; 2° à la Chaumière , mâchoire 
inférieure d'enfant, deux morceaux d'occipital et de parié- 
tal, fragment d'un maxillaire supérieur d'adulte ; 3° à 
Clichy , différents fragments de crâne et un maxillaire 
inférieur d'adulte. 

En 4869 et 4 870, M. Emile Martin a découvert dans 
les alluvions anciennes de Grenelle (moyens niveaux), au 
milieu des produits industriels similaires à ceux des caver- 
nes, d'assez nombreux ossements humains se rapportant 
à trois squelettes, que nous n'avons aucune raison pour ne 
pas considérer comme quaternaires. 

Des ossements isolés ont été recueillis dans presque 
tous les dépôts ossifères des crottes et abris de la der- 
nière époque paléolithique. Ainsi, M. A. Fontan a recueilli 
deux dents humaines à Massât; M. Ed. Lartet, un frag- 
ment de mâchoire inférieure aux Eysies, un morceau de 
frontal , de mâchoire, et p'usieurs os longs à la Made- 
laine, etc. 

M. Elie Massénat, dans ses fouilles à Laugerie-Basse, 
avait recueilli , avant 4869, une quantité assez considéra- 
ble de dents humaines ; des mâchoires inférieures entières 
en même temps que d'autres grands ossements, tels que 
fémur, tibia, etc., en général brisés mais non fendus en 
long. Dans ses récentes explorations, il avait été encore 
plus heureux , et les foyers autour desquels étaient des 
débris de toutes sortes lui ont livré d'autres os humains 



— 218 — 

et même des crânes plus ou moins entiers, mais toujours 
isolés; et dont l'âge reculé ne pouvait guère êlre mis en 
doute. 

Laissez- moi vous donner, en effet, quelques renseigne- 
ments sur cette admirable station de Laugerie-Basse. La 
Vézère fait un grand coude avant d'arriver au village des 
Eysies, et depuis le petit village de Laugerie-Haute jusqu'au 
delà de Gorge-d'Enfer, la rive droite est dominée par des 
escarpements de rochers qui surplombent et qui ont plus 
de 50 mètres de hauteur. Au pied de ces rochers majes- 
tueux, se voit un talus , plus ou moins large , élevé de 
douze mètres au maximum au-dessus de la rivière qui , 
en face du lieu dit Laugerie-Basse, est à la distance de 
soixante-dix mètres. 

Pendant 500 mètres environ, ce talus présente d'innom- 
brables traces du séjour de l'homme ; il est, en majeure 
partie, constitué par des accumulations de débris decuisine 
et de débris d'industrie. Mais sur les points nombreux qui 
n'ont pas été abrités par le surplomb des rochers, et là 
où des sources ont entretenu une trop grande humidité, 
les ossements sont à peu près pourris, et les dents et les 
silex seuls attestent la richesse des lieux d'occupation, des 
foyers que décèle aussi la coloration toute spéciale des 
terres. 

Dans l'endroit le mieux préservé de cette immense sta- 
tion, MM. Lartet et Christy et MM. le marquis de Vibraye 
et Franchetj avaient exécuté jadis, on le sait, des fouilles 
fructueuses. Depuis six années, M. Massénat, notre con- 
frère, poursuit, sans se lasser, des recherches lentes, mais 
complètes. 

L'époque à laquelle l'homme a commencé à vivre, d'une 
façon plus ou moins temporaire, sous les escarpements de 
Laugerie, est facile à déterminer. Dans la grotte du Mous- 
tier (à quelques kilomètres en amont, à 200 mètres de la 
rivière, à 24 mètres du lit actuel), la couche archéologique, 
renfermant des silex semblables à ceux d'Abbeviile et de 



— 219 — 

Saint-Acheul et les ossements d'une faune antérieure au 
grand développement du renne, se trouve divisée en deux 
par un lit de sable dont la nature et la position démontrent 
qu'il a été déposé par les eaux. 

La vallée n'avait pas alors sa profondeur actuelle, car 
on ne saurait admettre une crue qui remplirait son large 
lit jusqu'à 24 mètres de hauteur. D'ailleurs, des faits nom- 
breux établissent que les cours d'eau ont creusé leur lit 
précisément pendant cette période que l'industrie et la 
faune de la grotte du Moustier caractérisent tout-à-fait. 
Quand les hommes y séjournaient, la Vézère coulait à pleins 
bords et creusait la base des rochers verticaux de Laugerie. 
Peu à peu, son volume diminua , et la vallée , à la fin , 
devait avoir à peu près sa physionomie actuelle, lorsque 
des groupes de sauvages jugèrent l'endroit propice et vin- 
rent s'installer dans les anfractuosités récemment creusées, 
à Laugerie-Haute. 

Sur ce point, en effet, M. le marquis de Vibraye a fait 
des fouilles considérables , et il a pu recueillir, en plus 
grand nombre que les autres explorateurs, des silex taillés 
bien caractéristiques. Ce sont des têtes de lances soigneuse- 
ment taillées à petites facettes sur les deux côtés, en géné- 
ral de grande dimension. Vous pouvez voir à notre Muséum 
la jolie série donnée par M. de Vibraye. Ces pointes pro- 
cèdent directement des types plus anciens, tels que ceux du 
Moustier: on les a retrouvées sur d'autres points, à Solutré 
(Saône-et-Loire) principalement, et tout démontre qu'elles 
caractérisent, en France et en Belgique, l'industrie d'une 
période assez courte, mais encore mal connue, que M. de 
Mortillet a placée avant la dernière époque des cavernes. 
En effet, MM. de Vibraye, Franchet , Massénat et moi- 
même, nous avons noté que les couches ossifères qui, à 
Laugerie-Haute, renferment ces silex lancéolés, sont infé- 
rieures aux dépôts qui nous donnent les vestiges d'une 
faune peu différente, sans doute, mais d'une autre indus- 
trie : celle de la Madeleine, des Eysies, de Bruniquel , de 



— 222 — 

blocs ; quelques-uns avaient 5 mètres de longueur et 2 de 
largeur et d'épaisseur ; pour parvenir au-dessous d'eux , 
il fallut reprendre les fouilles à une certaine distance et 
faire une étroite galerie ; pendant ce travail , on n'a pas 
cessé de recueillir des ossements, des bois de rennes, et 
de nombreux silex taillés. 

Quand cette galerie est arrivée sous les grands rochers 
indiqués plus haut, nous avons constaté qu'ils recouvraient 
une couche de 1 m ,20 d'épaisseur, très-riche en objets et 
dans laquelle on remarquait des lits de terre brûlée et 
de charbons. L'horizontalité de ces couches avait été 
dérangée par le choc et le poids des rochers ; mais c'est 
encore au-dessous d'elles que nous avons découvert un 
squelette humain. 

La tête était au nord-est du côté de la Vezère, les pieds 
au sud-ouest vers le rocher. Il était allongé sur le côté 
et tout-à-fait accroupi : la main gauche sous le pariétal 
gauche , la droite sur le cou ; les coudes touchant à peu 
près les genoux, un pied rapproché du bassin. Les os 
étaient presque en place ; il y avait eu à peine un très- 
léger tassement des terres : mais la colonne vertébrale était 
écrasée par l'angle d'un gros bloc, et le bassin était brisé. 

Nous avons pensé que nous avions devant nous les 
restes d'une victime d'un éboulement. Elle avait été ren- 
versée sur le foyer et s'était en vain repliée pour éviter 
la chute des rochers; mais finalement, ceux-ci et la terre 
qui accompagne toujours un éboulement l'avaient ensevelie; 
nous ne pouvons admettre que l'on puisse ici parler de 
sépulture : le squelette offre tout-à-fait la situation d'un 
homme renversé, effrayé, portant ses mains à sa tète, et 
se faisant instinctivement aussi petit que possible. 

Inutile d'insister, Messieurs, sur l'attention que nous 
avons mise à étudier scrupuleusement la situation des 
objets qui accompagnaient ces précieux débris, qui, par 
malheur, n'ont pu être retirés qu'un à un, les moyens 
que nous avons essayé d'employer ayant tous échoué. 



— 223 — 

Nous avons trouvé une vingtaine de coquilles disséminées 
par couple sur le corps : deux couples sur le front, un 
près de chaque humérus, quatre dans la région des genoux, 
deux sur chaque pied. 11 faut donc écarter l'idée d'un collier 
ou de bracelets. Ces coquilles, qui étaient percées par une 
entaille , devaient orner un bêtement. M. de Mortillet a 
bien voulu les étudier. Voici ce qu'il en a dit à la Société 
d'Anthropologie de Paris, le 4 avril dernier: 

« J'ai eu entre les mains deux de ces coquilles apportées 
à Paris par M. Massénat, qui m'a chargé de les détermi- 
ner. C'est ce que j'ai fait avec le bienveillant concours 
de MM. Fischer et Rousseau. Ces deux coquilles sont des 
cyprées, plus grosses qu'un œuf de pigeon. Elles appartien- 
nent incontestablement à la faune de la Méditerranée L'une 
d'elles est, sans aucun doute, la Cyprœa pyrum deGmelin, 
Cyprœa rufa de Lamark. L'autre est la Cyprœa lurida de 
Linné, un peu plus globuleuse que la première, et s'en dis- 
tinguant par les dents de l'ouverture. M. Rousseau et moi 
n'avons point hésité dans cette dernière détermination. Mais 
comme l'individu apporté par M. Massénat est jeune et n'a 
pas de dents columellaires bien formées, M. Fischer a fait 
quelques réserves. 

» Ces cyprées, par suite de leur long enfouissement et 
par l'effet des actions atmosphériques, sont maintenant 
mates et incolores; mais à l'état frais elles ont eu, comme 
toutes les espèces du genre, un grand poli et un vif éclat. 
L'une d'elles, la pyrum, était d'un beau fauve roux, comme 
l'indique le nom de Lamark, rufa. L'autre était gris de sou- 
ris. Ces coquilles devaient donc constituer une fort jolie 
parure. 

» Ce n'est pas la première fois que les grottes et abris de la 
commune deTayac ont fourni des cyprées méditerranéennes. 
On peut en voir une figurée dans les planches du Dictionnaire 
des Gaules, provenant des fouilles exécutées par Edouard 
Lartet et Henri Christy. C'est, autant qu'on peut en juger par 
le dessin, une Cyprœa lurida. Il est fort intéressant de ren- 



— 224 - 

contrer dans la vallée de la Vézère, en plein versant océanien 
de la France, et même à une faible dislance du golfe de Gas- 
cogne, des coquilles incontestablement méditerranéennes. 
L'Océan, dans les parages français, ne contient, en fait de 
cyprécs, que des espèces toutes petites, de la grosseur d'un 
pois à celle d'un haricot au maximum. Les habitants des 
casernes des bords de la Vézère avaient donc des relations 
avec les côtes de la Méditerranée. Ils en avaient aussi avec 
celles de l'Océan, comme le prouvent les coquilles recueil- 
lies dans la sépulture de Cro-Magnon, également commune 
de Tayac. Il y avait là de nombreuses Littorina littorea, 
Linné, coquille abondante sur les côtes de l'ouest de la 
France, et qui fait complètement défaut dans la Méditer- 
ranée. » 

Je crois que M. deMortillet se trompe quand, après avoir 
dit que les populations de l'époque de la Madeleine étaient 
éminemment nomades et voyageuses, et ne méritent pas 
le nom de troglodytiques que plusieurs personnes leur ont 
donné, il ajoute qu' « elles campaient seulement dans les 
cavernes et n'y passaient tout au plus, dit-il, que certaines 
saisons. Cela serait confirmé par les débris de nourriture ; 
ils se rapportent presque exclusivement à deux ou trois espè- 
ces par station : ce sont les espèces qui occupaient le pays 
à la saison où l'homme y venait. » Or, je conteste ces asser- 
tions. M. de Mortillet, si prudent d'ordinaire, si soucieux 
d'appuyer les opinions sur des faits, me semble s'être départi 
cette fois de ses habitudes. La faune est beaucoup plus variée 
qu'il ne !e dit à Laugerie-Basse et dans les stations similai- 
res, et rien ne permet de supposer que ce soit la faune 
d'une seule saison. 

Je dois ajouter que des débris de nourriture ou des rejets 
de fabrication ne peuvent pas servir de base pour établir 
une proportion quelconque dans la faune d'un pays. Les 
animaux ne manquaient pas, l'homme avait le choix ; et dans 
les lieux d'habitation ou de stationnement nous trouvons en 
majorité les ossements des espèces préférées, soit parce que 




La, grotte d'Aarïgnac. 

A ÔnttrùetLr de, la^CaMtZL ail l on- a-figuré, 3 Jqujelelteo' . 3 . XartUs du^rernJrlac atL- de 
trouya.uzntenqa.aeJ quelque*} oftemen& n\iunaiiuLi^Jilaœ. îâdlé^tJ/^aié oc renned etc,. 
D. Salué. È • c&n.clen.Joyer: T. ^lace-, c coupée^ par Lu daller. 



Cailloux roulés. 

Limon fluviaiile. 

l..mif«2 supérieur* de l'ar- 
^«le-à-blocaux crui se for- 
ma après l'établissement 
Se. la sépulture. 

DjlJe fermant la ^putture^ 

Salle- aux festins funé. 
mires. 

Fçuer. 

8oches for mj ni le? parois 
de la caverne. 
0-07 p r i m. 




Ld îépulfùre da Furtotn flrou du Frontal) Jurant l'à^e <^u renne. 



PI. I. 



Coiipe^he la., ^ratté^ dc^ Crû OÏLa.anan 




' ,P, Ca.lca.Lre. crétacé fvrnhouitle. boLttel'^MrL. JL . Salué e/ilevd 

K . Lvouliô calcaireé . h etd-. sépulture. £, &, olocà eùàideà . J .-lit 
de, gravier* , tracera peine* SLéUrle^d'un-fayerrlX .Cendreà etfyert '. 




\T A. . CJûucAe- de Lirnop enherrvdee, 
♦ 3c petiteà coucheâcharlmnAiÂeà. 
B . ^Uce. du.<faueletié. etàe^la^-- 

lête, ? 'enfant. 
C . Qla.ce. de leutefede. vieil- 
lard. 
D . CaucJje, noire, cxfàifère^. 



J&Ùri de -lafaue. fSruniauei J 



PL II 




A. $%*ceJèu. ^zie/^.FJI. Xycrd ?c l'acj^iL rennes . 
JS - J5Ucd Bcràchert. T. -Ugn^ tn2 h quanti* hauteur- prùnitw^ 
dit talità it . CJtzarpemcnt de. rac/urr^f . 





'/tAi. vw 



PI. III. 




- 225 — 

leur capture était plus facile, soit parce que leur chair était 
meilleure ou leur utilité plus grande... C'est ainsi que nous 
trouvons peu de mammouth, bien que les sauvages artistes 
de Laugerie-Basse l'aient vu assez souvent pour le 6gurer 
fort bien en gravures et en sculptures. 

M. G. de Mortillet émet ensuite une autre idée que je 
ne puis accepter. Elle termine l'intéressant paragraphe que 
je vais citer : 

« Les Cyprœa pyrum et lurida, que nous trouvons à Lau- 
gerie-Basse, représentent dans la Méditerranée les restes 
d'une faune des mers chaudes. Cette faune, aux époques 
tertiaires, où le climat était plus élevé que de nos jours> 
existait sur tout le versant océanien. On en retrouve des 
représentants dans les terrains du bassin de Paris, dans les 
faluns du bassin de la Loire et dans les dépôts marins du 
bassin de la Garonne. Pour rencontrer cette faune bien 
développée il faut, de nos jours, aller jusque vers les mers 
de l'Inde. Les Cyprœa pyrum et lurida sont donc des espè- 
ces qui ont besoin d'un certain degré de température. Les 
individus apportés par M. Massénat sont aussi gros et auss 1 
vigoureux que les individus actuels de la Méditerranée. On 
doit en conclure qu'à l'époque de la Madeleine la tempéra- 
ture de la Méditerranée était, à peu de chose près, celle de 
l'époque actuelle. 11 y avait donc entre le versant océanien 
et le versant méditerranéen de la France une assez grande 
différence de température. Cette différence est très nette- 
ment établie par la diversité des faunes mammalogiques. 
Du côté de la Vézère vivaient le renne, le saïga, le chamois, 
le bouquetin, tout un groupe d'animaux aimant les régions 
froides, groupe qui fait défaut du côté de Menton. Il n'y a 
donc rien d'étonnant de voir les hommes de 1 époque de la 
Madeleine aller chasser le renne, leur nourriture favorite, 
dans les régions froides, quand la température n'était pas 
trop rigoureuse, et venir au moment des grands frimas sur 
les bords de la Méditerranée se réchauffer aux rayons du 
soleil!... » 

15 



— 226 — 

M. de Mortiîlet, en citant Menton, a en vue les grottes des 
Baousse-Rousse, où j'ai pu recueillir fan dernier quelques 
silex et ossements et qui sont explorées par M. Rivière, 
chargé de celte mission par notre gouvernement. Quelques 
jours après notre découverte à Laugerie-Basse, par une 
curieuse coïncidence, M. Rivière exhumait dans une de ces 
grottes un squelette humain, qui parait encore mieux con- 
servé que celui de M. Massénat, mais qui n'est peut-être 
pas d'un âge aussi certain. 

Sans entrer à présent dans de plus grands détails, je ne 
puis croire que les grottes de Menton aient été occupées 
l'hiver par les mêmes populations qui séjournaient l'été en 
Périgord , dans les Pyrénées, dans le Gard, etc. Que les 
chasseurs de renne aient suivi celte espèce dans ses migra- 
tions annuelles, je le crois; mais elles ne devaient pas 
l'abandonner. Le renne était pour elles de première néces- 
sité, etmême, à mon avis, lorsqu'il disparut définitivement 
de notre vaste pays, les peuplades humaines partirent avec 
lui. De cette manière seulement, nous pouvons nous expli- 
quer la cessation, à un moment donné, de l'âge paléolithique 
(ou de la pierre taillée) avec son industrie de l'os si dévelop- 
pée, et avec les instincts artistiques qu'il avait vu naître, fin 
d'une civilisation qui coïncide exactement avec le départ du 
renne. Les populations de l'âge de la pierre polie sont 
venues ensuite avec les animaux domestiques, la connais- 
sance de la poterie, etc. 

Une autre fois, je reprendrai, si vous le voulez bien, la 
discussion de ces problèmes d'un puissant intérêt. Aujour- 
d'hui, j'ai voulu vous signaler une découverte capitale en 
vous donnant les éléments de comparaison pour vous per- 
mettre de l'apprécier à sa juste valeur. 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE D'HISTOIRE NATURELLE 

DE TOULOUSE. 
SIXIÈME ANNÉE 1871-1872 



PROCES -VERBAUX. 



Séance de rentrée du 1*7 novembre 1S7J. 

Présidence de M. le D r Jeanbernat, vice-président. 

M. le D r Jeanbernat, en déclarant la séance ouverte, ne 
peut qu'exprimer la profonde tristesse de la Société tout entière 
qui n'a plus dans ses rangs Armand Peyre. Ce jeune botaniste a 
été frappé à trente ans par une maladie affreusement rapide. Il 
venait d'herboriser, avec le soin qu'il mettait à loules choses, dans 
les environs du camp des Alpines où il était passé comme soldat 
en 1870-1871 , et dans les Alpes qu'il avait déjà plusieurs fois 
parcourues. Il était à Bologne, au Congrès international préhisto- 
rique, et se disposait à partir pour la Sicile lorsqu'il a succombé. 
Armand Peyre était un des membres fondateurs de notre Société, 
il était rempli de zèle pour son service. Malheureusement, il a très 
peu publié , car il joignait à une science sérieuse une modestie 



__ 228 

exceptionnelle. 11 s'était contenté d'amuser le^ matériaux de pré- 
cieuses études dans un riche herbier qu'il avait formé. 

Les membres de la Société garderont pieusement sa mémoire ; 
c'est celle d'un ami dévoué, d'un confrère modèle. 

La Société reçoit : 

Académie de la Rochelle, Annales, 1868-1869. 

Bulletin de la Société Algérienne de Climatologie et d'Histoire 
naturelle, 1871, livraisons 1 , 2 et 3. 

kcadémie des Sciences de Clermont-Ferrand, tome X. 

Société polymathique du Morbihan, 1870. 

Bulletin de la Société d'acclimatation , tome VI. 

Journal d'agriculture pratique de Toulouse, 1870, tome XXI. 

Bulletin de la Société d'études diverses de Draguignan, tome VII. 

Annales de la Société d'agriculture de la Loire, 1870. 

Mémoires de l'Académie de Caen , 1870-1871. 

Bulletin de la Société des sciences naturelles de l'Yonne, 1870, 
24 e volume. 

Bulletin de la Société d'histoire naturelle de Semur (C^te-d'Or), 
1869-1870. 

Annales de la Société scientifique d'Apt (Vaucluse), 1867-1868. 

Compte-rendu des courses géologiques de l'Aude, 1871. 

Rapport sur l'ostréiculture à Arcachon et à Hayluny en 1869, 
par M. le D r Soubeyran. 

Catalogue de la bibliothèque de la Société des sciences naturelles 
de Cherbourg, l re partie. 

M. H. Magnan dépose sur le bureau, au nom de l'auteur, YEs- 
sai de géologie comparée des Pyrénées, du plateau central et des 
Vosges, par M. le D r Bleicher, membre titulaire. 

M. E. Cartailhac offre à la Société les brochures suivantes qu'il 
a recueillies au Congrès de Bologne. 

Le Palafite del Lago di Vareze et le armi di pietra del Museo 
nationale d' Artiglieria ( di Torino) scritti varii di Angelo Ange- 
lucci. Torino 1871, in-8°, de 55 p. et pi. 

Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhisto- 
rique, discours d'ouverture , par M. le comte Gozzadini. Bologne, 
1871, in-8°,de!2pl. 



Bibliografia paleœtnologica italiana dal 1850, al 1871, par 
Luigi Pigorini. Parma, 4*71, in-8°, de 45 pi. 

Carte géologique des environs de Bologne, par Jean Capellini. 
1871, une pi. cromolilh. 

Ârmi e ustensili di pietra del Bolognese, descritti et figurati dal 
prof. Cav. G. Capellini. Bologne, 1870, in-4°, de 16 p. et pi. 

La grotta del Diavolo, stazione preistorica del capo di Leuca, 
del cav. Ulderigo Bolti, Bologne, 1871 , de 36 p. et pi. 

Âbitazioni delV epoca délia pietra nelV isola di Pantellaria, 
Cennidi alcune richerche, del Marchese Guido Dalla Rosa. Parma, 
1871, in-fol., de 15 p. et pi. 

Iroisième rapport sur V étude et la conservation des blocs erra- 
tiques en Suisse, par MM. Alphonse Favre et Soret. In-8°. 

H. B. de Saussure et les Alpes, par M. Alphonse Favre. In-8°. 

Enfin, Matériaux pour V histoire primitive et naturelle de 
Vhomme. In 8 e , 2 e série, 1871, n os 7, 8, 9 et 10. 

Le Président annonce plusieurs présentations. 

M. H. Lambert présente un exemplaire delà Girelle commune, 
Julis vulgaris [Cuv. et Val.), et ajoute quelques remarques. 

M. E. Filhol fait observer que les colorations brillantes des 
poissons sont impossibles à conserver. Les nombreux essais tentés 
à cet égard n'ont pas réussi ; on peut à peine compter sur une 
prompte dessication ou un empaillage très-rapide. 

M. le D r Jeanbernat, à propos de la notice de M. Magnan, sur 
le terrain quaternaire des bords de la Montagne-Noire, entre Cas- 
tres et Carcassonne, et sur l'ancien lit de PAgout, insérée dans le 
Bulletin de la Société d'Histoire naturelle de Toulouse (t. IV, p. 20), 
fait remarquer que tous les éléments du problème n'ont pas été 
suffisamment reconnus. 

En effet, l'auteur ne tient aucun compte de la profonde et large 
vallée, née au col de Naurouse (190 m ), dépression placée au-des- 
sous du cours présumé de PAgout et en communication complète 
avec lui ; d'où il suit que PAgout aurait dû tout aussi bien s'écou- 
ler dans la Garonne, que dans le Fresqucl et l'Aude. 



- 230 — 

En outre, il fait remarquer que si la ligne des niveaux à cette 
époque pour la Garonne et l'Aude était supérieure au col en ques- 
tion, par suite ces deux rivières devaient tout aussi bien couler dans 
les dépressions que M. Magnan donne à l'Agout pour ancien lit. 

M. H. Magnan, en réponse aux remarques de M. le D r Jeanber- 
nat, fait observer que la vallée dite' du canal, qui naît au col de 
Naurouse, n'est ni profonde, ni large, et qu'elle a été formée après 
le creusement de la dépression ou du vaste sillon qui représente, 
sur les bords de la Montagne-Noire, l'ancien lit de l'Agout, en 
même temps que le Sor et le Fresquel creusaient leur lit dans ce 
sillon, et en même temps aussi que se formaient les petites vallées 
du l'Hers mort, de la Marquaisonne, du Girou, etc. 

Si l'Agout se fût déversé dans la Garonne par le col de Naurouse 
et Villefranche, — comme le donne à penser M. le D r Jeanbernat, 
— la vallée du canal à l'ouest de Naurouse, au lieu devoir 5 ou 
600 mètres de largeur, en aurait 6 ou 7,000, puisque la coupe du 
massif de Vaudreuille à Saint-Félix de Caraman ( Bulletin de la 
Société d'Histoire naturelle de Toulouse, t. IV , pi. Il, fig. 2, du 
travail de M. Magnan), prouve que l'ancien lit de l'Agout, en 
amont de Naurouse, dépassait 6 kilomètres de largeur. 

D'nu autre côté, on observerait, dans la petite vallée à-l'ouest de 
Naurouse, de puissants dépôts diluviens, semblables à ceux que 
l'on peut étudier sous le parallèle de Saint-Félix-de-Caraman et 
à Sainte-Catherine près de Castelnaudary. Or, l'on sait qu'entre 
Naurouse et Villefranche, les terrains de transport sont insigni- 
fiants, ce qui revient à dire que la vallée en question a été façon- 
née, comme celles du l'Hers mort et du Girou, par un simple 
ruisseau , ou si l'on veut par un cours d'eau peu important 

Quanta la seconde remarque de M. le D r Jeanbernat, M. Ma- 
gnan ajoute qu'elle n'eût pas été faite si notre confrère avait pris 
connaissance des travaux publiés par M. Nouletet par M. Leyme- 
rie sur les terrains diluviens ou pleistocènes du bassin sous-pyré- 
néen, s'il avait ensuite consulte l'Explication de la carte géologi- 
que du département du Tarn, que la science doit à de Boucheporn, 

s'il avait enfin lu avec attention h Notice sur le terrain quater- 
naire des bords de la Montagne-Noire, etc. (Magnan.) 



— 231 — 

31. le D r Jeanbernat aurait vu tout d'abord qu'il est impossible 
de confondre les dépots diluviens qui proviennent du plateau cen- 
tral avec ceux qui sont d'origine pyrénéenne. Les premiers sont 
essentiellement composés de cailloux de quartz laiteux, à éclat 
gras, jaunâtres à l'extérieur, et de schistes plus ou moins amphi- 
boliques, qui jouent un grand rôle dans le terrain ancien de la 
Montagne-Noire, tandis que les seconds sont formés par des cail- 
loux très variés, tels que granités, pegmatites, syénites, protogynes, 
phyllades, schistes micacés, schistes quartzeux , quartzites, grès 
rouge, poudingues quartzeux, ophile, porphyre, eurite, etc., etc., 
que l'on observe en place dans les Pyrénées. 

Il aurait vu ensuite que ces deux sortes de dépots viennent se 
joindre, suivant une ligne « qui passerait par'Toulouse et la vallée 
de l'Ariége jusqu'à Saverdun » (note de la page 139 du travail de 
M. Magnan), d'où il suit qu'au nord de cette ligne tous les terrains 
caillouteux appartiennent aux roches du plateau central, et qu'au 
sud de celte même ligne les terrains diluviens proviennent des 
Pyrénées. Ce qui aurait empêché notre confrère de se demander 
si l'Aude et la Garonne ne passaient pas autrefois dans la dépres- 
sion assignée à l'ancien lit de l'Agout. 

Enfin, il aurait compris que les dépôts diluviens du plateau 
central sont synchro niques de ceux des Pyrénées; c'est à-dire que 
pendant que se formaient les terrains caillouteux des plateaux des 
environs de Puylaurens (550 m ), ceux de Pujaudran (300 m ) se dé- 
posaient, et que, pendant que se façonnaient les terrasses des val- 
lées de la Garonne et de l'Aude, celles de l'Agout se développaient. 
Ainsi, la terrasse de Fontenilles ou de St-Lys (208 m ) correspondait 
à celle de Ste-Catherine (209 m ) (ancien lit de l'Agout), et les ter- 
rasses de Colomiers et de Tournefeuille correspondaient à celles 
du lit actuel de l'Agout, entre Vielmur et la Pointe-St-Sulpice, et 
à celle du Fresquel et du Sor. Ce qui aurait expliqué à notre con- 
frère certaines lignes de niveau qu'il a invoquées sans en saisir la 
véritable signification. 



- 232 



Séance du f er décembre 1871. 

Présidence de M. le professeur Clos, président. 

La Société reçoit : 

Revue médicale de Toulouse, novembre 1871. 

Bulletin de la Société archéologigue et scientifique de Béziers. 

Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de l'homme, 
2 e série, 1871, no 11. 

De la part de M. le professeur Clos une brochure ayant pour 
titre : Essai detératologie taxonomique. 

De la part de M. E. Cartailhac : le Bulletin de la Société des 
naturalistes de Moscou, 1868-1 8ti9. In~8°. 

Sont nommés membres titulaires : 

M. Gaston de Malafosse, avocat, présenté par MM. Magnan et 
Cartailhac. 

M. Guy, directeur de l'aquarium toulousain , présenté par 
MM. d'Aubuisson et Cartailhac. 

M. le D r Resseguet, présenté par MM. H. Magnan et le D r Jean- 
bernat. 

M. le D r Clos, Président, communique à la Société la lettre 
suivante qu'il adresse à M. le ministre de l'instruction publique, au 
nom de la Compagnie et des autres Sociétés savantes qui ont adhéré 
à la pétition en faveur de l'histoire naturelle : 

« M. le ministre, j*ai l'honneur de vous adresser, au nom de la 
Société d'Histoire naturelle de Toulouse et de plusieurs Académies 
ou Sociétés savantes de France (17) une pétition en faveui de 
l'Histoire naturelle. 

•» Au moment où V. E. se propose d'introduire d'utiles réformes 
dans l'enseignement des collèges et des lycées, dans les épreuves des 
deux baccalauréats, ces Sociétés viennent vous prier, M. le minis- 
tre, «le vouloir bien vous préoccuper de l'état di.ibai*sement des 



- 233 — 

Sciences naturelles en France et de leur rendre leur place légitime 
dans les programmes d'études et d'examen. 

» La connaissance de l'homme, des animaux et des plantes envi- 
sagées soit dans la nature actuelle, soit aux diverses périodes géo- 
logiques, la connaissance du globe terrestre et de ses révolutions 
offriront à la jeunesse un attrait tout spécial, agrandiront le cercle 
de ses idées, lui démontreront l'utilité des méthodes et dévoileront 
à plus d'un sa vocation. 

» Sans les tristes événements que nous venons de traverser, la 
plupart des Sociétés savantes de France auraient uni leur voix à 
celle de la Société d'Histoire naturelle de Toulouse et des nombreu- 
ses compagnies qui y ont adhéré, pour réclamer de V. Exe. cet acte 
de réparation. Elles ont pleine confiance dans la justice de leur 
cause et dans votre équité : l'assentiment unanime et la reconnais- 
sance des hommes éclairés sont acquis à l'avance au chef de l'uni- 
versité qui inaugurera une ère nouvelle dans les Sciences natu- 
relles. y> 

« J'ai l'honneur, etc. » 



Séance du 15 décembre 18*91. 

Présidence de M. le D r Clos, président. 

La Société reçoit : 

De la part de l'auteur, membre titulaire ; Note sur le prétendu 
crustacé dont Latreille a fait le genre prosopistoma par M. Emile 
Joly, médecin- major. 

M. le Président annonce deux présentations. 

M. le professeur E. Filhol donne quelques renseignements sur 
la coloration ctes feuilles des Amaranthacées (voir tome V du 
Bulletin, p. 8.) — Sur la con?ervalion des plantes et l'impossibi- 
lité de conserver les couleurs de toutes leurs parties, — sur les 



- 234 - 

diverses configurations de la phosphorite dont il exhibe des échan- 
tillons variés. 

M. Filuol communique ensuite un fait curieux qu'il à observé 
en octobre 1871, pendant le cours des recherches qu'il exécutait 
à Ax (Ariége) en collaboration avec M. Melliès. Ayant observé 
au microscope de la barégine recueillie sur divers points et 
dans divers établissements, ils n'ont pu y découvrir au microscope 
qu'un très petit nombre d'infusoires ; mais il en a été autrement 
lorsqu'ils ont examiné la barégine recueillie sur les pierres 
au-dessous du point où l'eau des sources du Teich vient se déver- 
ser dans l'Orlu. La barégine recueillie sur ces pierres contient des 
milliers de diatomées absolument semblables aux espèces qu'on 
rencontre dans les mêmes conditions à Olelte. 

MM. Filhol et Melliès pensent qu'en recherchant ces infusoires 
dans les barégines recueillies dans les conditions analogues à celles 
qu'ils signalent, on en trouverait probablement dans beaucoup 
d'autres localités. 

M. Filhol communique ensuite à la Société le résultat des 
recherches qu'il a faites en commun avec M. Melliès pendant le 
cours du mois d'octobre 1871. Il résulte des recherches de 
MM. Melliès et Filhol que le degré sulfhydrométrique des eaux 
d'Ax baisse considérablement quand on fait refroidir ces eaux à 
l'abri de l'air et remonte aussitôt qu'on les réchauffe. Ce fait, qui 
n'a lieu que lorsqu'on opère sur des eaux à la fois sulfurées et 
alcalines, confirme les observations antérieures de M. Filhol sur 
l'alcalinité des eaux d'Ax et montre qu'on a exagéré l'analogie des 
eaux de cette station avec celles de Bagnères-de-Luchon qui se 
comportent tout autrement.- Les recherches de MM. Filhol et Mel- 
liès établissent d'ailleurs que le chlorure de barium fait disparaître 
l'inexactitude des essais sulfhydrométriques résultant de l'action 
des carbonates ou silicates alcalins aussi bien à chaud qu'à froid, 
et que l'action des carbonates ou silicates alcalins est très faible et 
souvent nulle à une basse température. 

M. Filhol met sous les yeux de la Société une série d'échantil- 
lons de phosphorite provenant des environs de Caylfls qui repré- 
se nient les principaux types signalés par M. Daubrée dans la note 
qu'il a lue à l'Institut le 30 octobre 1871. 



— 235 — 

A ces types, M. Filhol en ajoute un nouveau. C'est la phosfjio- 
rite colorée en un très beau bleu par du phosphate de fer. 

M. Filhol annonce qu'il étudie de concert avec M. Melliès ces 
Variétés de phosphorile. 

M. H. Magnan, au nom de notre confrère, M. E. Trutat qui 
n'a pu se rendre à la séance, donne lecture d'une note intitulée : 
Remarques sur les gisements de chaux phosphatée des cantons de 
Saint- Antonin et de Caylus (Tarn-et-Garonne), (publiée ci-des- 
sus, page 72). 



Séance du 29 décembre f 871. 
Présidence de M. le professeur Clos, Président. 

La Société reçoit : 

De la part des auteurs, membres de la société : Description des 
ossements de Felis spelœa découverts dans la caverne de Lherm 
(Ariège), par MM. Edouard Fii-hol et Henri Filhol. Texte in-8° et 
atlas in-4°. 

Origines anthropologiques des populations Européennes, lettres 
de M. A. de Quatrefagesà M. E. Gartailhac, in-8°. 

Bulletin de la Société d'histoire naturelle de Colmar. 

Mémoires de l'Académie des sciences de Toulouse. 

Sont nommés : 

Membre titulaire : M. Desjardins, présenté par MM. le Dr Gour- 
don et Cartailhac. 

Membre correspondant : M. Peyridieu, professeur de physique 
en retraite, présenté par MM. E. Filhol et Bousquet. 

M. le Président annonce une présentation. 

M. le Secrétaire général donne lecture des conclusions du con- 
seil d'administration, relativement à la demande introduite par 



- 236 - 

plusieurs membres désireux de modifier le règlement et de 
voir l'archiviste et le secrétaire-adjoint rééligibles. Le conseil 
conclut favorablement. Sa décision sera soumise à la société. 

M. H. Magnan communique à la Société une note de M. J. Alem, 
conducteur des Ponts et chaussées, indiquant les terrains rencon- 
trés entre le 5 e et le 6 e kilomètres de la ligne du chemin de fer de 
Montréjeau à Bagnères-de-Luchon. 

De cette note il résulte : que M. Alem a observé au col de 
Bazert, des dépôts glaciaires (blocs erratiques et argiles sableu- 
ses), qui ont été mis à nu, au moyen d'une tranchée de 14 m. 
50 c. de profondeur, construite pour l'établissement du chemin 
de fer et au fond de laquelle ont été recueillis des morceaux de 
bois et deux ossements. 

Que la plaine de Labroquère est formée par un dépôt meuble et 
friable sous lequel ont été rencontrées des couches vaseuses et des 
argiles qui font croire à l'auteur que le lac de Barbazan s'étendait 
autrefois jusqu'à Labroquère et qu'il épanchait ses eaux dans la 
Garonne vis-à-vis Valcabrère. 

Que la plaine de la Garonne, près de Loures, est constituée par 
un dépôt diluvien de k m. d'épaisseur, au-dessus duquel existe 
une puissante couche vaseuse, semblable à celle de la plaine de 
Labroquère, couche dont on n'a pu mesurer l'épaisseur malgré 
des sondages faits jusqu'à 24 m. de profondeur. 

M, H. Magnan fait suivre cette communication de certaines 
remarques. 

Il dit, tout d'abord, que les deux ossements trouvés par M. Alem 
et que l'on peut rapporter, d'après M. le docteur Noulet, à un 
fragment de bois de Renne (avec un léger point de doute) et à 
une côte de petit ruminant? ont une importance considérable, car 
c'est la première fois, il le croit du moins, que l'on signale des 
débris d'animaux dans les anciens dépôts glaciaires de nos régions. 
Ces ossements prouveraient que le Renne vivait dans les Pyrénées, 
quan ! les glaciers couvraient autrefois de leur puissant manteau 
toutes nos montagnes. 

Il ajoute que les dépôts glaciaires du col de Bazert, qui appar- 
tiennent d'après lui à une moraine profonde, ont été remaniés par 



- 23 7 - 

les agents d'érosion de la période diluvienne. En effet, on trouve 
au-dessus d'eux des dépôts plus récents que M. Alem a su distin- 
guer jusqu'à un certain point. Ces derniers dépôts sont, en réalité, 
d'origine diluvienne; ils sont formés de cailloux roulés et de débris 
aréneux. Les plus élevés, qui atteignent 56 m. au-dessus du lit de 
la rivière, correspondent, d'après M. Magnan, aux terrasses moyen- 
nes de là vallée de la Garonne. 

Cette dernière remarque est intéressante en ce qu'elle permet de 
dire : 1° que les cerfs (rennes, etc.) vivaient dans nos régions 
avant la formation des dépôts arénacés et caillouteux, diluviens 
des terrasses moyennes ; et 2° que ces terrasses sont postérieures 
aux anciens glaciers qui ont laissé des restes de leur moraine pro- 
fonde près de Montréjeau. 

M. Chelle entretient la Société de la présence du manganèse 
cristallisé (à Vètat de sulfure) dans les vides ou vacuoles de quel- 
ques échantillons de phosphate de chaux recueillis dans le gisement 
ci-dessus indiqué. 

11 fait remarquer dans ces phosphates de petits cristaux isolés 
rappelant par leur forme et leur aspect certaines pyrites (fer sul- 
furé) que l'on trouve dans divers terrains sédimentaires. Ces 
cristaux donnent au chalumeau, soit avec le borax, soit avec le 
sel de phosphore, les réactions caractéristiques du manganèse. A 
l'aide des acides, on reconnaît dans leur composition la présence 
du soufre, d'où il résulte qu'ils ne sont autre chose qu'un sulfure 
de manganèse. Ils ont une couleur brun-rougeâtre et sont accom- 
pagnés d'une poussière noire, qui donne également, par les mêmes 
réactifs, l'indication du même métal. Ils sont isolés dans la gangue 
et ont la forme de petits sphéroïdes. 

L'un de ces cristaux offre une forme assez nette; tous les autres 
présentent généralement une forme sphéroïdale allongée, en quel- 
que sorte chagrinée à la surface. Ces caractères réunis indiquent 
ou rappellent l'espèce déjà connue sous le nom d'iïaùerite. 

L'auteur de cette communication ajoute que PHaùerite n'a été 
trouvée, jusqu'à présent, qu'en Hongrie, il y a quelques années, 
en un lieu appelé Kalinka, dans un terrain argileux décomposé, 
qui contient du gypse et du soufre. Enfin, que le nom lui a été 
donné par M. Hacdinger. 



- 238 - 

M. Cliellc signale, en outre, un autre minéral assez rare et 
accidentel appartenant au genre phosphate : la Wavellite, trouvée 
également dans le gisement de la phosphorite de Gaylus. Celte 
espèce composée principalement de phosphate d'alumine hydraté 
contenant de 27 à 28 p. % d'eau et une petite quantité d'acide 
fluorhydrique ne dépassant guère 2 p. %> offre de l'intérêt à 
raison de ses propriétés minéralogiques. La variété de Wavellite 
de Tarn-et-Garonne diffère quelque peu de la variété classique du 
Devonshire (Angleterre). 

Enfin, l'auteur termine sa communication, en émettant l'opi- 
nion que les minéraux qu'il vient de signaler et ceux que l'on a 
déjà fait connaître dans les récentes publications scientifiques ne 
sont probablement pas les seuls qui se trouvent dans les divers 
gisements de phosphate de chaux actuellement exploités tant 
dans le département de Tarn-et-Garonne que dans celui du Lot. 

M. le professeur Filhol fait part à la société de quelques résul- 
tats qu'il a obtenus dans une série de recherches relatives à la 
maturation des fruits. Après avoir rappelé les travaux de Couver- 
chcl, Berard, de M. Frémy, deMM. Berthelot et Buignet, etc., 
M. Filhol ajoute qu'ayant étudié la maturation des raisins, il a 
vu l'acidité du suc décroître, en même temps que le volume des 
grains devenait plus considérable et que la proportion de sucre aug- 
mentait. 

L'acide tartrique, qui détermine presque seul l'acidité du jus 
du raisin, ne disparaît pas pendant la maturation, mais il est 
saturé par la potasse dont la quantité va croissant à mesure que le 
fruit approche davantage de la maturité complète. C'est donc, 
comme l'avaient d'ailleurs pensé la plupart des savants, la cellulose 
qui est transformée en sucre, par l'acide libre, et lorsque la 
transformation a eu lieu, l'acide reste dans le fruit à, l'état de bi-tar- 
tratede potasse. Ce dernier fait n'avait pas été signalé. 

M. Henri Magnan communique à la Société la première partie 
d'une étude sur les roches ophitiques des Pyrénées françaises et des 
Corbières. 

Il rappelle tout d'abord les dires de Palassou, de Charpentier, 
de Boue, de Dufrénoy et de MM. Leymerie, Noguès, Virlet 



- 239 - 

d'Aoust, Garrigou et Mussy sur ces roches. Les uns les considèrent 
comme éruptives et de formation plus ou moins récente, les 
autres croient qu'elles sont plus ou moins passives, contempo- 
raines des terrains au milieu desquels on les observe et quelque- 
fois plus anciennes que ces terrains. Cette dernière opinion est 
celle dePalassou, de MM. Virlet d'Aoust et Garrigou, et c'est aussi 
l'opinion de M. Magnan. 

Avant d'aller plus loin, notre confrère définit ce qu'il entend 
par roches ophitiques ; il désigne sous ce nom toutes les roches 
granitoïdes à silicates plus ou moins magnésiens, qui apparaissent 
au milieu des terrains sédimentaires en y jouant un rôle important, 
tels que l'amphibolite, la diorite, la lherzolite, la serpentine, la 
spilite, la variolite, le porphyre et l'eurite. 

M. Magnan fait remarquer que c'est à la base de nos montagnes 
ou dans la plaine, là où l'ophite n'apparaît que par lambeaux, 
qu'elle a été le plus souvent étudiée. Aussi est-ce là que se sont 
développées ces théories qui ont pour base l'éruptivité proprement 
dite. C'est l'ophite de la Chalosse et du Béarn, se montrant en 
divers lieux sous forme d'ilôts, qui a fait croire à Dufrénoy que 
cette roche avait soulevé nos montagnes à une époque très-récente, 
comme c'est l'ophite des environs de Salies-du Sabat et de la vallée 
du Lenz qui a porté M. Leymerie à partager les mêmes idées. En 
effet, recouverte dans ces régions en discordance, par des terrains 
plus récents, celte roche semblait sortir de dessous, c'est-à-dire 
venir de l'intérieur sous forme de typhon. 

M. Magnan a surtout porté ses investigations sur les ophites que 
l'on observe dans les montagnes proprement dites, ainsi que le 
démontrent les nombreuses coupes et Vessai de carte géologique 
des Pyrénées françaises et des Corbières qu'il a mis sous les yeux 
de la Société d'Histoire naturelle. 

Ainsi que l'ont admis certains géologues, notamment MM. Virlet 
d'Aoust et le docteur Garrigou, il y a des ophites de différents 
âges qu'il devient facile de distinguer, d'après M. Magnan, par la 
présence de certains minéraux et par le voisinage de certaines 
roches. Notre confrère a reconnu l'ophite en bancs très-puissants 
ou en couches dans les terrains primordiaux, de transition et 
secondaires (laurentien, cambrien, silurien, devonien, carbonifère, 



— 240 — 

bouiller, permien, triasique, jurassique et crétacé inférieur). Il 
ajoute qu'en dehors de ces terrains l'ophite n'apparaît que sous 
forme de lambeaux ou d'ilôts isolés au milieu des couches créta- 
cées moyennes et supérieures, tertiaires et quaternaires, par suite 
de plissements en S et de failles, ce qui revient à dire que les 
ophites observées au milieu de terrains relativement récents 
appartiennent à des formations plus anciennes. 

Pour M. Magnan, l'ophite est d'origine hydro-thermale; elle 
. est passive et le plus souvent contemporaine des terrains au milieu 
desquels elle apparaît en couches ; elle est quelquefois plus 
ancienne que les terrains qui l'entourent. En quelques lieux, elle 
se présente sous forme de filons, ce qui ne veut pas dire que celte 
roche ait soulevé les Pyrénées, comme certains géologues le pré- 
tendent. En effet, les grandes failles dans nos montagnes se sont 
produites à froid. En serait-il ainsi, ajoute notre confrère, si 
l'ophite avait joué le puissant rôle qu'on lui prête? Le joint des 
failles ne serait-il pas rempli par cette roche qui, pâteuse à 
l'origine, se serait déversée, épanchée partout, et qui partout aurait 
laissé des traces irrécusables de son passage? 

Après ces généralités, M. Magnan décrit, un à un, les divers 
termes des terrains primordiaux et de transition, qui renferment 
des roches ophitiques. 

Il fait voir que les roches qui avoisinent les amphibolites, les 
diorites et les grùnsteins, du terrain laurentien, renferment des 
minéraux très-variés, tels que la stilbite, le grenat, l'idocrase, la 
pyrite, la galène, le fer magnétique, Tasbeste, l'épidote, l'anda- 
lousite, la mâcle, le dipyre, l'aclinote, la chlorite, la stéalile, le 
talc, le gypse, le cristal de roche, etc., etc. (Environs du pic du 
midi de Bagnères, pic d'Eredlitz, etc). 

11 dit que le terrain cambrien ou silurien inférieur renferme des 
porphyres en couches peu épaisses et en amas considérables qui 
contiennent en certains points des gîtes importants de galène 
(Gadarcet) et que les eurites et les roches granitoïdes nettement 
stratifiées s'observent dans cette formation (vallée d'Arrens). 

Il fait observer que les terrains silurien proprement dit et 
devonien renferment peu de roches ophitiques. Celles qui s'y 
montrent appartiennentsurtoutaux eurites (Saint-Antoine, Ariége ; 



sud de Marignac et vallée de la Pique, vallée d'Arrens). 

Il ajoute quel'ophite type verdâtre, très cristalline, et la lherzo- 
lite composée de péridot et de pyroxène constitue dans le terrain 
de calcaire carbonifère des bancs d'une épaisseur considérable, 
qui dépasse quelquefois 500 mètres (pic de Lourza, Vicdessos, 
étang de Lherz, Saint Lary, Ariége 5 Couledoux, Col de Menlé, 
Lez, Haute-Garonne ; pic de Bazès, Col de Lurdé à l'est du pic de 
Ger, Bédous, Basses-Pyrénées, ; etc., etc.) 

M. Magnan termine, en disant que les roches ophitiques du 
terrain carbonifère, — qu'il est facile de distinguer des autres 
ophites en ce qu'elles avoisinent des couches marmoréennes et 
dolomitiques pétries de minéraux particuliers, tels notamment que 
la couzeranite, la tremolile, etc., et en ce qu'elles passent fréquem- 
ment à la lherzolite, — sont avec les ophites du trias, qu'il nous 
fera connaître dans une autre réunion, celles qui, dans nos monta- 
gnes, jouent le rôle le plus important. 

M. E. Filhol fait passer sous les yeux de ses confrères des 
cristaux en prisme rhomboïdal d'arseniure de fer, recueillis au 
port de Salau (Ariége). 

. M. le D r Clos lit une note sur l'existence du Betula Rubescens 
(Ehrh) dans le déparlement du Tarn (imprimée p. 67 de ce 
bulletin) . 



Séance du 12 janvier 1872. . 

Présidence de M. le D r Jeanbernât, vice-président. 

La Société a reçu : 

Mémoires de l'Académie de Stanislas, 1865. In-8°. 
Bulletin de la Société linnéenne de Normandie , 2 e série, 3 e et 
¥ volumes, 1868-1869. 

Beuwe médicale de Toulouse, décembre. 

Est nommé membre correspondant, M. E. Piette, juge de paix 

46 



— 242 — 

à Craonne (Aisne), membre du comité de paléontologie française, 
présenté par MM. H. Magnan etE. Cartailhac. 
M. le Président annonce deux présentations. 

La Société procède aux élections générales pour le renouvelle- 
ment du bureau, qui se trouve ainsi constitué : 

M. le professeur Filhol, président. 

MM. le D r Gourdon et E. Timbal-Lagrave, vice-présidents. 

M. Emile Cartailhac, secrétaire général. 

M. G. de Malafosse, secrétaire adjoint. 

M. Marquet, trésorier. 

M. Chelle, archiviste. 
Membres du comité d'administration : 

MM. le D r Guitard et Chalande. 
Membres du comité d'impression : 

MM. le D r Jeanbernat, Ch. Fouque, H. Magnan et Marquet. 

Par acclamation, M. le professeur Clos, président sortant, est 
nommé président honoraire. 



Séance du 3 février 1872. 

Présidence de M. Marquet, membre fondateur. 

La Société reçoit : 

Existence du schistostega osmundacea aux environs de Bagnè- 
res~de-Luchon, H. 6?., par M. le comte A. de Chasteigner. 

Mémoires de la Société d'émulation du Jura, section de l'asso- 
ciation philotechnique, 1869-1870. Lons-le-Saulnier, 1871. In-8°. 

Des lettres de MM. Edouard Filhol, directeur de l'école de 
médecine ; Magnes-Lahens , pharmacien ; Timbal-Lagrave père , 
pharmacien ; Jeanbernat, D r médecin, donnant leur démission 
non motivée de membres de la Société. 



— 243 - 

Sont nommés membres titulaires : 

M. Alphonse de Rivais, présenté par MM. Gaston de Malafosse 
et de Constant-Bonneval. 

M. Ed. Lafont, vérificateur de l'enregistrement à Toulouse, pré- 
senté par MM. H. Magnan et E. Trutat. 

M. le Président annonce ensuite plusieurs présentations. 

Il est donné lecture d'une lettre de M. Fieuzet, de Toulouse, qui 
rend compte de quelques faits intéressants d'acclimatation botani- 
que observés par lui à Cannes, tels que la prospérité des plan- 
tations d'eucalyptus, d'oranger, de cédrats, de géraniums, de 
jasmins, etc., d'une végétation luxuriante. M. Fieuzet signale parti- 
culièrement la maturation des dattes dans le jardin très-remarquable 
de la Groizette, créé par M. Aune, ancien armateur. 

M. le secrétaire général entretient la Société de l'état de la péti- 
tion en faveur de l'Histoira naturelle. Il donne lecture d'une let- 
tre de M. Blanchard, membre de l'Institut, professeur au Muséum, 
qui félicite la Compagnie d'avoir entrepris cette œuvre et veut bien 
promettre tout son concours. 



Séance du 9 février 1872. 

Présidence de M. le D r Gourdon. 

La Société reçoit : 

Mémoires de la Société académique d'agriculture des sciences, 
arts et belles-lettres du département de VÀube, tome XXXIII, 1869, 
Troyes. 

Société littéraire et scientifique d'Âlais, 1871, i er et 2 e bulletin. 

La feuille des jeunes naturalistes, livraisons 1, 2 et 5. 

Des lettres de MM. Lambert, employé à la bibliothèque publi- 
que -, le D r Guitard, professeur à l'Ecole de médecine ; Albert 



— 244 — 

Timbal-Lagrave, étudiant en médecine-, Bousquet, pharmacien; 
Pietle, pharmacien, D r Graciette, D 1 Badin, Cazac, pharmacien; 
Gravelle, D r Labeda, professeur à l'Ecole de médecine ; M. Lacaze, 
employé à la mairie; J. Melliès, professeur à l'Ecole des arts; 
D r Bonamy, professeur à l'Ecole de médecine, donnant leur 
démission non motivée de membres de la Société. 

M. Emile Cartailhac donne lecture d'une lettre que M. Filhol, 
directeur de l'Ecole de médecine, lui a adressée, pour l'informer 
que la Société sera toujours reçue avec les égards qui lui sont dus 
dans le salon de l'Ecole où elle a tenu jusqu'ici ses séances. 

M. le Président annonce à la Société qu'elle peut espérer obtenir 
de la ville un local plus central, où elle sera chez elle comme les 
autres Sociétés savantes de Toulouse. 

Sur la proposition de M. d'Aubuisson, la Société décide à l'una- 
nimité que le bureau se rendra auprès de M. le D r Guitard, son 
fondateur, pour connaître le motif de sa démission ; ensuite M. le 
secrétaire général expose diverses affaires d'intérieur. 

Sont nommés membres titulaires : 

M. Alphonse Bioche, secrétaire de la Société géologique de 
France, présenté par MM. H. Magnan et E. Cartailhac. 

M. Fernand Delisle, propriétaire à Fourquevaux (Haute-Garonne), 
présenté par MM. H. Magnan et Chelle. 

M. Huttier, conducteur des ponts-et-chaussées, présenté par 
MM. le Dr Resseguet et H. Magnan. 

M. Baptiste Rouquet, de Villefranche, présenté par MM. P. Fagot 
et Deleves. 

Est nommé membre correspondant : 

M. G. de Chapel d'Espinassoux , à Montpellier, présenté par 
MM. Louis et Gaston de Malafosse. 

M. le Président annonce ensuite plusieurs présentations. 

M. H. Calmels fait passer sous les yeux de ses confrères un 
exemplaire du Picus minor (pic épeichette), qu'il a tué dans le 
parc de Bellevue ; près Toulouse. Cette espèce est rare en France 
et assez répandue dans le nord de l'Europe et les parties orientales 
de la Sibérie. 



- 245 - 

M. Desjardins montre un spécimen du schistostèga osmunda- 
cea, provenant de la Bavière où cette mousse se rencontre même 
rarement, en rappelant que M. le comte A. de Chasteigner vient 
d'en signaler la présence à Saint-Mamet, près Bagnères-de-Luehon. 

M. Marquet donne connaissance à la Société de son Catalogue 
des insectes du Languedoc (2 e partie), publié ci-dessus, p. 50. 



Séance du 25 février. 



Présidence de M. le D r Gourdon. 



La Société reçoit : 

Bulletin de la Société d'acclimatation, 2 e série , t. III , Paris, 
n° 12. 

Matériaux pour V histoire primitive de Vhomme, janvier 1872. 

Société littéraire et scientifique d'Alais, 1870, 2 e bulletin, Alais, 
1871, in-8°, 458 p. 

Âtti délia Societa italiana di scienze naturali, 3 vol. XI à 
XJIIj anno 1868 à 1870, et les trois premiers fascicules de 1871 . 

Sont nommés membres titulaires : 

M. Gaston Dubourg, présenté par MM. Gaston de Malafosse et 
Calmels. 

M. D'Aurignac, présenté par MM. Marquet et d'Aubuisson. 

M. Lacaze, conseiller municipal, présenté par MM. Trutat et 
Cartailhac. 

M. le D r Alibert, à Montauban, présenté par MM. Cartailhac et 
Gourdon. 

M. Magnan propose de rétablir dans la liste des membres de la 
Société M. le professeur Joly et M. le D r Garrigou, qui sont dis- 
posés à revenir au milieu d'elle. 

La Société approuve cette proposition à l'unanimité. 

M. E. Cartailhac expose que l'Observatoire de Paris est chargé 
de la confection d'un grand atlas physique de la France qui com- 



— 246 — 

prendra près de 40 cartes pour chaque département. Cette œuvre 
gigantesque ne peut être menée à bonne fin que par le concours 
et le dévouement de tous. M. E. Gartailhac donne lecture du texte 
du projet et d'une lettre particulière de M. Delaunay qui serait 
heureux de voir à Touluuse un mouvement se produire pour la 
confection de l'atlas de notre région. 

Après discussion, une Commission permanente dite de l'Atlas 
physique, est nommée ; elle comprend MM. Trutat, Magnan, 
L. de Malafosse, Lacroix, Huilier, Lafont, Fouque, et les membres 
du bureau. 

M. Chellk fait une communication au sujet d'un minéral recueilli 
à Bergougnou, près Villefort (Lozère), et communiqué par M. L. 
de Malafosse. 11 a reconnu que la poussière brun-roussâtre ou rou- 
geâtre renfermée dans les cavités ou cellules cloisonnées en nature 
de quartz, de formes presque rectangulaires, était un composé 
d'acide phosphorique, de fer et de manganèse. 

Ce résultat, rapproché de la forme des cellules, amène l'auteur 
à penser que la poussière dont il s'agit est un phosphate double, à 
l'état de décomposition. 

Les phosphates de fer et de manganèse qui existent aux environs, 
de Limoges dans une situation géologique à peu près identique lu 1 
paraissent confirmer sa manière de voir. 

Une circonstance toule particulière semble encore donner de la 
force à cette opinion : c'est la nature d'une partie de la gangue qui 
touche aux cellules, laquelle n'est autre chose qu'une variété de 
Klaprothine (phosphate hydraté d'alumine et de magnésie), à peu 
de chose près conforme à celle que l'on recueille aux environs de 
Salzbourg. 

M. Louis de Malafosse rend compte du contenu des Bulletins 
de la Société littéraire et scientifique d'Alais. 

M. Gaston de Malafosse analyse les derniers numéros de la 
Feuille des jeunes naturalistes. 

M. Huttier offre à la Société des ossements û'Ursus spelœus de 
la grolte de Gargas (Haute-Garonne). 

M. E. Trutat montre une chouette morte depuis deux mois et 
demi et qui n'est pas encore putréfiée et se dessèche très-lente- 
ment. Ce fait paraît tenir à ce que cette bête est morte de faim. 



— 247 — 
Séance du 8 mars. 

Présidence de M. le D r Gourdon. 

La Société reçoit : 

Institut des 'provinces de France, Congrès scientifique XXXVIII e 
session, à Saint-Brieux. Programme. 

Académie nationale des sciences, arts et belles -lettres de Caen , 
programme de concours pour 1872. 

Société des sciences, de l'agriculture et des arts de Lille, pro- 
grammes de concours. 

Académie royale des sciences et arts de Belgique ; programmes 
des concours pour 1875. 

L'instruction générale en France, V observation et l'expérience, 
par M. Emile Blanchard. Toulouse, d872, extrait de la Revue des 
deux Mondes , et réimprimé aux frais de quelques membres de 
notre Société dans l'intérêt des sciences. 

Lettre de M. le professeur Joly , remerciant la Société de l'avoir 
inscrit de nouveau sur la liste de ses membres honoraires. 

Sont nommés membres titulaires : 

M. le D r Bégué, présenté par MM. Trutat et Fouque. 

M. Joseph Grenier de Cardenal, avocat, présenté par MM. G. 
de Malafosse et Cartailhac. 

Et membre correspondant : 

M. le D r Linarès, à Limeuil (Dordogne), présenté par MM. Car- 
tailhac et Gourdon. 

M. le Président annonce plusieurs présentations. 

La Société décide, au scrutin secret, de rendre l'archiviste rééli- 
gible dans les mêmes fonctions, et transporte au mercredi au lieu 
du vendredi le jour de ses séances. Une proposition régulière 
demande que les séances aient lieu tous les huit jours. 

M. Magnan fait le rapport sur les grandes excursions propo- 
sées par la commission spéciale. 

M. Charles Fouque fait hommage à la Société, pour le Musée 
d'Histoire Naturelle de la ville, d'une collection d'hyppurites et 



— 248 - 

autres fossiles du terrain crétacé, recueillie, décrite et dessinée, en 
1780, par Picot de Lapeyrouse. M. Fouque joint à ces objets un 
exemplaire colorié de l'ouvrage du célèbre naturaliste. 

M. Marquet donne lecture d'une note sur une excursion ento- 
mologique qu'il a faite avec M. d'Aubuisson, près des étangs de 
Narbonne, de Beziers et de Vias. (Sera publiée). 

M. Chelle fait une communication de laquelle il résulte qu'un 
échantillon de granité (Pegmatite) recueilli aux environs d'Ax 
(Ariége) et catalogué autrefois dans la collection Dupuy , renferme 
une substance minérale qui était passée inaperçue, dont les cliva- 
ges, l'état gras et un peu nacré amènent à penser qu'elle n'est 
autre chose qu'une variété de feldspath connu sous le nom de 
pétalite. 

En comparant cet échantillon avec celui d'Utoë pris pour type, on 
trouve que l'identité est presque complète. L'auteur regrette que la 
détermination tirée des caractères extérieurs n'ait pu être confir- 
mée par l'analyse chimique : l'impossibilité de disposer d'une quan- 
tité de matière suffisante a empêché cette vérification. Il est utile 
d'ajouter que cette même roche semble présenter des indices d'un 
cristal de tréphane, substance qui accompagne habituellement le 
pétalite. 

Il résulterait donc de ce qui vient d'être exposé que ces substan- 
ces assez rares feraient partie de certaines pegmatites de l'Ariége. 
On sait qu'il n'existe qu'un petit nombre de localités où la présence 
de ces minéraux ait été reconnue : Uloë (Suède) , Massachussets 
(Etats-Unis), et York dans le Canada. Ces minéraux sont remar- 
quables en outre parce qu'ils admettent comme principe consti- 
tuant la lithine. 

L'auteur, en terminant, signale quelques remarques intéressan- 
tes auxquelles donnent lieu certains échantillons de tourmaline 
de couleurs irisées, recueillis par le célèbre Picot de Lapeyrouse 
aux environs de Vic-Dessos (Ariége). 



- 249 — 

Séance du 20 mars. 

Présidence de M. le D r Gourdon 

La Société reçoit : 

Bulletin de la Société d'acclimatation , 2 me série , tome IX , 
4» e livraison. 

Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire de 
Béziers; 2 e série, tome 6, l re livraison. 

Sont nommés membres titulaires : 

M. Paul Bessaignet, présenté par MM. Trutat et Cartailhac. 

M. Lucien Fournier, à Bagatelle par Saint-Gaudens, présenté 
par MM. Chalande et Trutat. 

M. Rey Lescure, à Montauban, présenté par MM. Magnan et 
Cartailhac. 

Sont nommés membres correspondants : 

M. Gassies, conservateur du Musée préhistorique à Bordeaux , 
présenté par MM. Trutat et G. de Malafosse. 

M. Henry Chalande, sous-officier à Nouméa, présenté par 
MM. Trutat et Ghelle. 

Le Président annonce ensuite plusieurs présentations. 

II est décidé, sur la proposition du rapporteur de la commission 
des petites excursions, que la Société se rendra , dimanche pro- 
chain, dans les bois de Larramet en suivant le bord du Touch. 

M. Gaston de Malafosse présente à la Société , au nom de 
M. de Sambucy Luzençon, plusieurs échantillons de roches vol- 
caniques : basalte, obsidienne, scories diverses, recueillies par 
notre collègue dans l'Aveyron. 

M. Gaston de Malafosse donne ensuite quelques détails sur 
les basaltes des environs de Marvejols (Lozère). 

Les basaltes sont abondants sur l'Aubrac, où ils se sont fait 
jour à travers le* granités porphyroïdes. Mais parfois aussi ils 
apparaissent au milieu des terrains sédimentaires. Au-dessus du 



— 2o0 - 

bourg de Chirac, de nombreuses coulées se sont épanchées parmi 
les calcaires du lias et forment une suite de pitons dont le plus 
considérable est celui de la Fare. Là , comme sur tant d'autres 
points, la matière éruptive semble avoir profité de fissures pré- 
existant dans les strates et non point s'être violemment ouvert un 
passage en disloquant le sol. L'action métamorphique des basaltes 
est aussi peu appréciable que leur action dynamique ; aux abords 
des coulées on voit la roche liasique conserver son aspect accou- 
tumé et ses fossiles les plus délicats ( polypiers et foraminifères ). 
Il est à remarquer que les basaltes lozériens ne présentent point 
de cratères et paraissent s'être épanchés surtout en nappes ou en 
typhons ; il faut attribuer à l'érosion la forme conique qu'affec- 
tent parfois les bultes basaltiques. Cependant, sur l'Aubrac on 
voit de très-petits cônes volcaniques comparables à ceux des fume- 
rolles de nos volcans modernes. 

M. G. de Malafosse fait passer sous les yeux de ses collègues 
une coupe des localités qu'il décrit ainsi qu'une série de photo- 
graphies ; il leur présente en même temps quelques types de basal- 
tes avec olivine , de pépérite et de l'argile rouge pisolitique que 
l'on trouve souvent auprès des masses volcaniques. 

M. H. Magnan demaade la parole pour dire qu'il partage entiè- 
rement la manière de voir de M. G. de Malafosse. 

Dans le département de l'Ardèche, plusieurs faits semblables à 
ceux qu'a signalés notre confrère ont été observés par M. Ebray. 
M. Magnan esquisse au tableau plusieurs coupes que la science 
doit à cet ingénieur. Elles démontrent que les roches volcaniques 
n'ont rien soulevé ni disloqué, mais sont venues au jour en pro- 
fitant des failles et des fentes qui accidentent l'écorce terrestre. 

M. Magnan dessine ensuite une coupe du plateau du Coyrouet 
des environs de Privas (Ardèche), qu'il releva en octobre 4867 , 
avant que le travail de M. Ebray ne fût connu. Cette coupe con- 
firme en tous points celles publiées par ce géologue , et prouve 
une fois de plus qu'il faut renoncer, pour expliquer certains faits 
d'origine volcanique, à la théorie des cratères de soulèvement. 

M. Desjardins entretient la Société de quelques observations 
qu'il a faites sur des pieds de Primula grandijlora, Lam. , qui 
ont été récoltés, en 4856, dans la forêt de Sénert, et qui furent 
transplantés dans un bon terrain. 



— 251 - 

L'année suivante, ces plantes avaient subi une transformation , 
qu'il a de suite attribuée à la culture ; il y avait des fleurs à ham- 
pes uniflores et d'autres à hampes multiflores, et ressemblaient en 
tout point au Primulavariabilis, Goupil. 

Cette année, il a recommencé l'expérience avec des pieds pris 
à Vaours ; le résultat n'est pas le même, quoiqu'il y ait un 
notable changement. Un seul pied a fleuri, et, sur les trois fleurs 
qu'il supporte, une seule est normale ; les deux autres ont un 
calice trois fois plus grand que dans le type, et au lieu d'être appli- 
qué sur le tube de la corolle avec des dents aiguës, il est large- 
ment ouvert en coupe, à divisions obtuses et non aiguës et 
fortement déjetées en dehors. 

Après avoir fait passer cette plante sous les yeux de la Société, 
il se demande si le Primula variabilis Goupil ne serait pas une 
forme amplifiée du P. grandiflora Lam. ? 

M. Huttier met sous les yeux de ses confrères deux échan- 
tillons minéralogiques recueillis à Montréjeau et où l'on pourrait 
peut-être retrouver le phosphate de manganèse. M. Ghelle pense 
que l'oxyde existe incontestablement dans le minerai en question, 
mais que la présence du phosphate y est douteuse. 



Séance du 27 mars. 

Présidence de M. le D r Gourdon. 

La Société reçoit : 

Arturo Issel, Elenco di Conchiylie terrestri et d'aqua dolce 
delV Umbria Raccolte del Prof. G. Bducci, in-8°, 6 p. (extrait 
du Boll. malacologico Italiano, an. III. 1870). 

Du même auteur : Délia fauna malacologica del mar rosso , 
in-8° , 40 pages. (Extr. dal Boll. délia Societa geographica 
italiana). 

Du même auteur : Viaggio del Mar Rosso efra Bogos, 1870 ; 
avec 2 cartes. Milan, 1872, in-8°, 130 p. 



— 252 — 

Âtti délia Societa italiana di Scienze naturali, vol. XIV, fasc. III 
et IV; 1871-72. 

Bulletin météorologique mensuel de l 'Observatoire de Paris , 
in -4°, avec carte. 

Société des naturalistes de Moscou, bulletin. 

Sont nommés membres titulaires : 

M. C. Fouquet, capitaine au 3:2 e régiment d'artillerie, présenté 
par MM. Mognan et Gourdon. 

M. Bidaud, chef des travaux chimiques à l'Ecole Vétérinaire, 
présenté par MM. Gourdon et G. de Malafosse. 

M. 'G. Pougés, membre du conseil d'arrondissement, présenté 
par MM. Ch. Fouque etChelle. 

Est n immé membre correspondant : 

M. le Pasteur Frossard, président de la Société Ramond, pré- 
senté par MM. Magnan, Trutat et Cartailhac. 

Le Secrétaire-général annonce la mort du grand naturaliste 
Pictet, et exprime les regrets que provoque une si sérieuse perte 
pour les sciences. 

M. le D r Garrigou, sur la prière de la Société , expose les 
premiers et les plus importants résultats qu'il a obtenus dans 
l'étude géologique et chimique des eaux qui alimentent les filtres 
de Toulouse ( voir ci-dessus le mémoire imprimé, page 87). 

M. Emile Cartailhac lit un rapport sur une excursion qu'il 
vient de faire dans le Périgord, et sur une découverte d'un sque- 
lette humain de l'âge du renne à Laugerie- Basse dont il a été 
témoin (imprimé ci-dessus, p. 204). 



Séance du 40 avril. 

Présidence de M. le colonel Belleville. 

Est nommé membre titulaire : M. l'abbé Avignon, présenté par 
MM. Marquct et Gaston de Malafosse. 



— 253 — 

La Société reçoit : 

En don de M. Cartailhac : A. Jeanjean : L'Homme et les ani- 
maux des cavernes des basses Cévennes ; in-8°. Nîmes, 1871. 

Une lettre de remerciement de M. Gassies, nommé membre 
correspondant. 

Une lettre de M. Th. Petit (de Grenade), envoyant une note 
intitulée : Flore et les Engrais chimiques, dont il est donné 
lecture. 

Bulletin de la Société algérienne de climatologie et des sciences 
physiques et naturelles, 8 e année, 4871 , n os 4, 5 et 6. 

Est nommé membre titulaire : 

M. Louis Gèze, présenté par MM. L. de Malafosse et Cartailhac. 

Sont nommés membres correspondants 5 

MM. Arthur Issel, professeur à l'Université de Gênes , et C. 
Marinoni, secrétaire de la Société italienne des Sciences naturelles 
à Milan, présentés par MM. Magnan et Cartailhac. 



Séance du fl? avril. 

Présidence de M. le colonel Belleville. 

La Société reçoit : 

De la part de M. Bonnet, quelques observations relatives à 
l'Etude de la Truffe, de M. le D r Michel , article contenu dans 
trois bulletins de la Société d'Agriculture de Vaucluse, 4871-72. 

Il est donné lec'ure d'une lettre adressée à M. le D r Noulet.Dans 
cette lettre, M. Blanc (de Paulhac) raconte comment dans le corps 
d'une poule il a trouvé un nombre considérable d'œufs , dont 
plusieurs à l'état hydatique. 

La Société reçoit avec gratitude les dons suivants : de la part de 
M. Bidaud, membre titulaire, une collection d'insectes du Mexi- 
que; de la part de M. Linarès de Limeuil ( Dordogne ), mem- 
bre correspondant, une série d'objets en os et en silex de l'âge du 
renne ; de M. le colonel Belleville, membre titulaire, des échan- 
tillons de pyrite de fer du camp de Châlons. 



- 254 - 

Est nommé membre honoraire : 

M. l'abbé Dupuy, à Aucb, présenté par MM. Noulet, Marquet, 
Trutat, G. de Malafosse et Cartailhac. 

Sont nommés membres titulaires : 

M. Arnaud Dctroyat, banquier à Bayonne, présenté par MM. Tru- 
tat et Cartailhac. 

M. le général de Nansouty , à Bagnères-de-Bigorre , présenté 
par MM. Trutat, Magnan et Garrigou. 

Est nommé membre correspondant : 

M. le marquis deFolin, commandant le port de Bayonne, pré- 
senté par MM. Trutat et G. de Malafosse. 

M. Gaston de Malafosse lit la première partie de son Mémoire 
sur le lias des environs de Marvejols (ce travail est imprimé ci- 
dessus, p. 5). 

M. H. Magnan communique un travail qu'il vient d'adresser à 
la Société géologique de France, lequel a pour titre : Observations 
à propos d'une noté de M. Leymerie intitulée : Sur un trait 
particulier de la constitution des Pxjrénèes. 

De cette communication il ressort : 

1° Que la dépression signalée par Flamichon , dépression qui 
sépare plus ou moins nettement la haute chaîne pyrénéenne des 
petites montagnes de la Haute-Garonne, de "Ariége et de l'Aude, 
connues sous le nom de Petites Pyrénées, — ne correspond pas à 
une seule et même brisure ; 

2° Que les terrains constitutifs des Petites-Pyrénées sont très- 
variés : on y voit affleurer à certains points le terrain de transi- 
tion, et on peut surtout y étudier les terrains triasique, jurassique, 
crétacé inférieur, crétacé moyen , crétacé supérieur et éocène ; 

3° Que les traits principaux, dans cette région, ne se bornent 
pas aux bombements d'Ausseing-Sainte-Croix et de Lavelanet- 
Lesparrou, et à la série monoclinale qui les unit; qu'indépendam- 
ment d'un fait géologique très-curieux qui consiste en la réunion 
presque en faisceau , dans les environs de Foix, des principales 
failles pyrénéennes signalées en 18G8 par M. Magnan, il y a aussi 
une bande sub-verticale ou renversée composée des terrains crétacé 
supérieur et éocène que notre confrère a suivie presque sans 
interruption des environs de Lieoux-Latoue dans la Haute-Garonne, 
jusques dans les Corbièresj 



— 255 — 

4° Enfin, que si le garumnien paraît ne pas exister dans le 
Bigorre et dans le Béarn, il n'en est pas moins vrai que dans cette 
partie de nos montagnes les étages cénomanien, turonien, séno- 
nien et nummulitique ont la même composition que dans les 
Petites Pyrénées de la Haute-Garonne, de l'Ariége et de l'Aude : ce 
qui exclut l'idée que ces terrains ont pu se déposer dans des bas- 
sins distincts. 

M. E. Trutat rend compte d'une excursion qu'il vient de faire 
avec M. G. de Malafosse à Bayonne ; guidé par MM. de Nansouty 
et Arnaud Détroyat, il a étudié une tourbière où les silex travail- 
lés ne sont pas rares. 

Il ajoute quelques détails sur la visite qu'il a faite au musée de 
Bayonne ; il a pu y admirer la belle -collection ornithologique 
réunie et classée par M. Darracq ; les oiseaux de mer y sont sur- 
tout admirablement représentés. 

Il est profondément regrettable que depuis la mort de M. Dar- 
racq, aucun conservateur n'ait été placé à la tête du musée. L'in- 
curie de la municipalité à cet égard amènera fatalement, si elle se 
prolonge, la perte totale delà collection, perte irréparable pour la 
science locale. 

M. G. de Malafosse signale ensuite, en quelques mots, les 
remarquables découvertes malacologiques de MM. de Nansouty et 
de Folin. Aux environs de Bayonne , ils ont recueilli en grand 
nombre YHeliœ constricta, encore si rare dans les collections, et 
bon nombre d'autres espèces intéressantes. 

D'autre part , des sondages sous-marins leur ont fourni toute, 
une curieuse faune de crustacés et de petits mollusques apparte- 
nant à la famille des Cécidés. 



Séance du 24 avril. 

Présidence de M. le D r Gourdon. 

La Société reçoit : 

Une lettre de M. le pasteur Frossard, président de la Société 



— 256 — 

Ramond remerciant la Société du titre de membre correspondant. 
De la part de M. de Lordat une dent de Lophiodon (?) trouvée 
à Bram (Aude) dans un poudingue éocène. 

Sont nommés membres titulaires : 

M. Paul Seignette, principal du collège de Foix, présenté par 
MM. Magnan et G. de Malafosse. 

M. Fontan fils, à Mazamet , présenté par MM. Magnan et Car- 
tailliac. 

M. Marius Esparseil, architecte à Carcassonne, présenté par 
MM. H. Magnan et Chalande. 

M. Gaston de Malafosse lit la fin de ses recherches sur le 
lias des environs de Marvejols (Lozère) (publiées ci-dessus p. 5.) 

M. H. Magnan dit que l'intéressante communication de 
M. G. de Malafosse prouve que si certains étages de la base du 
lias de la Lozère ne sont pas exactement composés comme ceux 
du Tarn-et-Garonne et de l'Aveyron, il n'en est pas moins vrai 
que dans l'ensemble la formation liasique de la région Lozérienne 
ressemble à celle des bords Sud-Ouest du plateau central, ce 
qui conduit M. Magnan à affirmer de nouveau ce qu'il a écrit il y 
a trois ans, à savoir que les terrains secondaires du midi delà 
France sont constitués comme ceux du Nord. 

M. le docteur Garrigou demande à M. de Malafosse quelques 
détails sur les terrains primordiaux de la Lozère. Pour M. Garri- 
gou, certaines roches gneissiques pourraient représenter l'étage 
laurenlien. Il fait connaître succinctement la composition de ce 
terrain dans les Pyrénées. 

M. Louis de Malafosse lit un rapport sur l'ouvrage « Les 
Cavernes des Basses-Cévennes. 

Il résulte des observations de l'auteur M. Jeanjean, qu'aucun 
ossement de renne n'a été trouvé dans ces grottes dont la partie 
supérieure appartient, dans la plupart des cas, à l'âge de la 
pierre polie et dont le bas, au-dessous de la slalagamite, est rempli 
d'ossements d'ours des cavernes, avec des os plus rares d'hyène et 
de grand chat. 

M. de Malafosse ayant exploré une partie des régions dont 
parle M. Jeanjean a pu contrôler l'exactitude de ses observations. 



— 257 — 

Le compte-rendu de ses découvertes, surtout dans les grotles 
sépulcrales, est Irès-étendu et il tendrait à établir la contempora- 
néité de ces ensevelissements des cavernes avec ceux des dolmens 
que l'on trouve au-dessus sur les plateaux. 

M. le D r Gourdon montre des silex et ossements qui proviennent 
des grottes de Crussoles, près Saint-Peray, à quelques kilomètres 
de Valence. M. le vicomte Lepic et M. de Lubac viennent d'y 
exécuter des fouilles considérables que M. Gourdon a pu étudier et 
dont il décrit très-rapidement les résultats. La faune de cette 
station comprend l'ours, le felis spelœa, le renne, des cerfs, le 
cheval, le bœuf, etc. M. Gourdon signale entr'autres un métatarse 
de cheval extrêmement long et grêle, qui n'a d'analogie avec 
aucun des chevaux connus. Il y a aussi des ossements humains, des 
poteries ; le tout est dans une couche recouverte de détritus, repo- 
sant elle-même sur une couche d'argile jaune ne contenant rien. 

M. Cartailhac pense qu'il y a mélange dans ce dépôt. Cepen- 
dant les silex correspondent à la faune quaternaire ancienne. Ils 
se rapprochent des types du Moustier, de Ghez-Pouré, etc. Il a 
reçu une longue lettre pleine de précieux détails de M. le 
vicomte Lepic, qui veut bien envoyer une série de pièces au 
Muséum de Toulouse. 



Séance du l e r mai. 

Présidence de M. le D r Gourdon. 

Est nommé membre correspondant. 

M. de Chapel d'Espinassous, à Montpellier, présenté par 
MM. Louis et Gaston de Malafosse. 

La Société reçoit : 

Des lettres de MM. Bégué, de Nansouty, Biche, la remerciant 
de leurs nominations de membres titulaires. 

M. E. Cartailhac donne lecture d'une lettre qu'il a reçue de 
M. Alph. Favre, Péminent professeur de Genève, au sujet des 

47 



— 258 - 

phosphates de Bellegarde, département de l'Ain, dans le voisinage 
de la perte du Rhône. Ces phosphates sont les fameuses couches 
du grès vert décrites par Brongniardt dans son mémoire sur les 
caractères zoologiques des formations. Les fossiles ou plutôt ce 
qui reste des fossiles, le moule intérieur, contient le phosphate de 
chaux. On abat les couches sableuses qui les renferment, on les 
lave, le sable se sépare et on a le phosphate qu'on expédie ailleurs 
où il subit la préparation convenable. Le savant géologue de Genève 
donne quelques renseignements sur l'utilisation de la force motrice 
de la chute du Rhône et sur la naissance à Bellegarde d'un grand 
centre manufacturier. 

M. E. Trutat fait connaître ses nouvelles observations sur les 
dépôts phosphatés du Tarn-et-Garonne et du Lot (publié ci-dessus, 
p. 85). 

M. Magnan, comme MM. Daubrée et Trutat, pense que les 
phosphates se sont déposés par hydrothermalité. 11 croirait volon- 
tiers que ces dépôts sont antérieurs à l'époque éocène et qu'ils 
sont jurassiques ou crétacés. Les failles pourraient être de l'époque 
albienne. 

M. Chelle dit qu'il partage aussi la manière de voir de 
M. Trutat sur l'origine probable de ces phosphates : qu'il est 
amené à penser que ces substances sont d'origine inorganique. 

Ce qui semble venir à l'appui de cette opinion, c'est qu'elles ont 
été minéralisées tant par le phosphore que par le fluor qui, le plus 
souvent, donnent lieu par leurs combinaisons avec d'autres corps 
à des minéraux appartenant aux filons (phosphates de plomb, de 
cuivre, etc.). 

M. Adrien Lacroix communique à la société la liste méthodi- 
que des oiseaux de notre département; de ce travail il résulte 
qu'il a pu constater, depu ; s près de 20 ans, la présence dans la 
Haute-Garonne de 40 familles ; 100 genres et 271 espèces d'oi- 
seaux ; il faut observer que cette liste n'est que le préambule 
d'un catalogue raisonné indiquant les oiseaux sédentaires, ceux 
qui viennent au printemps pour se reproduire, les espèces qui ne 
viennent que pour passer l'hiver dans nos environs, ceux de pas- 
sage régulier, et enfin les oiseaux de passage accidentel. 

M. Gaston de Malafosse rend compte de plusieurs ouvrages 
de M. Arthur Issel, professeur à l'université de Gènes, et princi- 



— 259 — 

paiement de celui qui a pour titre : De la faune malacologique de 
la mer rouge. 



Séance du 8 mai. 

Présidence de M. le D r Gourdon. 

La Société reçoit : 

Programme du concours de l'académie des sciences, arts et belles 
lettres, Dijon (Eloge de Mariotte). 

Don de M. Gartailbac, Bulletin de la Société impériale des natu- 
ralistes de Moscou. Année 1871, n° 1 et 2. 

Mémoire sur le régime général des eaux courantes, par A. Thomé 
de Gamon. Paris, 1871. 

Découverte d'un squelette humain de Vâge du renne, à Laugerie 
Basse, par MM. E. Massénat, Ph. Lalande et Cartailhac, in-8°, 
5 pages. (Extrait des Comptes rendus de l'Acad. des Se.). 

Deux mots sur un livre intitulé découverte des causes premières 
et finales comprenant la circulation de V électro-magnétisme, le 
principe des sciences, etc., par B. Lasserre, cap. d'artillerie, iu-8 , 
Toulouse, 1857. 

De la part de M. le colonel Belleville, Vannée scientifique de 
Figuier, 1871. 

Est nommé membre titulaire: 

M. Julien Castel, présenté par MM. Garrigou et Magnan, 

M. Chelle fait la communication suivante : 

Vous vous rappelez que, dans la séance du 8 mars dernier, je 
signalais à votre attention quelques échantillons de minéraux 
recueillis par Picot de Lapeyrouse, aux environs d'Ax et de Vic- 
Dessos (Ariège), et qui présentent cette particularité intéressante 
de contenir des substances rares ou remarquables par leur com- 
position, telles que le pétalite, le mica lépidolite, des tourmalines 
gris verdâtre, minéraux qui, comme vous le savez, admettent la 
lithine au nombre de leurs principes constituants. 



— 260 — 

La communication que j'ai à vous faire, aujourd'hui, vient, en 
quelque sorte, confirmer mes prévisions sur la présence du pétalite 
dans certaines roches granhoïdes des Pyrénées. 

En examinant minutieusement les diverses variétés de granité de 
ma collection, qui proviennent de ces contrées, j'ai remarqué un 
échantillon recueilli à Saint-Mamet, près de Luchon, qui sert de 
gangue à de fort jolis petits grenats trapézoèdres de couleur violet 
clair très agréable. Cette gangue est composée de deux substances 
bien caractérisées : le pétalite lamello-granulaire, et le micalépido- 
lite à éclat nacré ou argentin. Cette variété de pétalite présente 
ses clivages caractéristiques : on sait que cette sorte de feldspath 
possède trois clivages dont deux faisant un angle de 142° qui à 
cause de sa grande ouverture, a donné le nom à ce minéral. 

Le pétalite qui nous occupe est presque complètement identique 
à celui deHaddam en Connecticut (Etats-Unis) et, chose surtout 
à remarquer, c'est que, comme ce dernier, il est accompagné de 
petits grenats trapézoèdres de même grosseur et à peu près de 
même couleur-, la différence entre les grenats des deux provenan- 
ces consiste seulement dans la nuance qui est violet clair pour ceux 
de Saint-Mamet, et d'un rose clair tirant un tant soit peu sur le 
rouge pour ceux du Connecticut. 

En poussant les investigations plus loin, on remarque également 
la présence, à la surface ou dans les fissures de la roche des envi- 
rons de Luchon, des traces d'une substance noire qui se montre 
d'une manière bien plus marquée et mieux caractérisée dans 
l'échantillon du Connecticut, substance qui a été rattachée au 
genre tantale par Haùy, et désignée par ce grand minéralogiste 
sous le nom de Tantale oxydé ferro-manganésifère. 

Il est utile d'ajouter que les veines, amas ou nids du mica 
lépidolite, rappellent, par leur aspect et la manière dont ils sont 
distribués dans la roche, le granité de Slataoust (Monts Ourals), 
dans lequel se trouve aussi le pétalite accompagné, quelquefois, 
de minéraux ou substances rares appartenant particulièrement 
aux contrées Scandinaves. 

Enfin, je vous ferai remarquer que la roche du Connecticut, 
qui sert de gangue, à la fois, au pétalite, aux petits grenats roses 
et au tantale oxydé d'Haiiy, renferme accidentellement une 
pierre précieuse connue sous le nom de cymophane, à laquelle les 
joailliers ont donné celui de chrysolite orientale. 



— 261 — 

En résumé, il résulte de ma communication, que le pétalile, le 
tantale oxydé d'Haûy, et les petits grenats roses renfermés dans 
la roche de Haddam en Connecticut (Etats-Unis), se trouvent 
également signalés dans le granité de Saint-Mamet, près de 
Luchon. 

Enfin, Messieurs, je dois vous faire connaître, en terminant 
ma communication, que M. le docteur Garrigou mentionne, dans 
sa monographie de Bagnères-de-Luchon {Etude géologique de 
cette contrée), des grenats améthystes ou des grenats rosés en 
masse, comme se trouvant dans les diverses variétés de granité 
des environs de cette station thermale, ce qui donne de l'authen- 
ticité à la provenance du minéral qui a fait l'objet de mes recher- 
ches. 

En signalant divers minéraux à lithine tant à Ax qu'à Luchon, 
mes remarques semblent venir à l'appui de celles de M. Gar- 
rigou, qui l'ont amené à dire « que la minéralogie des gra- 
» nits de Luchon est identique avec celle des granits de même 
» âge d'Ax (Ariège) et que tous les minéraux, y compris le mica 
» palmé, qui existent à Luchon, se trouvent également à Ax. » 
(V. l'ouvrage cité plus haut, p. 4 61, au renvoi). 

M. H. Magnan voit dans cette communication une nouvelle 
preuve de l'identité des terrains de même étage à des distances 
considérables. Le Laurentien des Pyrénées est identique à celui 
des Etats-Unis. 



Séance du 15 mai. 

Présidence de M. le D r Gourdon. 

La Société reçoit : 

Valeur comparative des eaux minérales de la France et de V Al- 
lemagne, par le D r F. Garrigou. (Paris, 1871.) 

Ophites des Pyrénées, leur origine sédiment aire et métamorphi- 
que, par M. F. Garrigou. 

Âges de l'ours, du renne, de la pierre polie et des dolmens dans 
le département du Lot, par MM. F. Garrigou et H. Duportal. 



— 262 — 

Note sur le niveau des cavernes, par M. F. Garrigou. 

La sulfhydrométrie et ses diverses applications, par le même. 

Remarques sur la sulfhydrométrie, par le même. 

Note sur la sulfhydrométrie et sur la formation du sulfure de 
sodium. Id. 

Théorie de la formation des eaux sulfureuses chaudes. Id. 

Etude du terrain stratifié, dit Laurentien, dans VAriége ou les 
autres parties des Pyrénées. Id. 

Divisions fondamentales des eaux thermales des Pyrénées. Id. 

Habitations lacustres du Midi de la France, région pyrénéenne . 

h. 

Monographie de Bagnères-de-Luchon, par le même auteur. 
T. I", 1872. In-8% 342 p., 4 planches. 

Le Président annonce deux présentations. 

M. Gaston de Malafosse donne connaissance à la Société du 
catalogue de 70 espèces de mollusques terrestres et fluviatiles des 
Hautes, Basses-Pyrénées et des Landes, par M. le général de Nan- 
souty, membre titulaire à Bagnères-de-Bigorre (publié, p. 76). 

M. le D r Garrigou, ayant fait remarquer l'importance des cata- 
logues pour la question de l'espèce, M. le D r Gourdon entre dans 
quelques détails sur l'état de la science, au sujet des hybrides, de 
leur fécondité, etc. 

M. G. de Malafosse, à ce propos, donne quelques renseigne- 
ments sur la récolte des mollusques dans la dernière course de la 
Société ; il a été recueilli un certain nombre d'espèces, et entr'au- 
tres quelques échantillons d'hélix hybrides tenant le milieu entre 
Vhortensis et le nemoralis. 

M. Félix Regnault communique à la Société le résultat de ses 
explorations dans quelques grottes de l'Ariége : 

Grotte de Niaux. — La grande et belle grotte de Niaux, située à 
4 kil. de ïarascon, se compose d'une série dévastes couloirs et de 
chambres spacieuses, armées de stalactites, en grande partie rem- 
plies par du sable et des cailloux roulés. Les fouilles sont impossi- 
bles, vu la difficulté d'arriver au sol primitif. 

Grotte de Massât. — La grotte supplémentaire de Massât, à 
3 kil. de Massât, sur une montagne appelée le Quaire, se compose 



- 263 — 

de deux ouvertures reliées entre elles par un couloir. Cette grotte 
est assez spacieuse et s'enfonce profondément dans la montagne. 

M. Régnault rappelle les fouilles qui ont été faites par M. Fon- 
tan et le D r Garrigou. Quant à lui, il a pu recueillir, dans le cou- 
loir qui sert de communication aux deux entrées, de nombreux 
fragments d'ossements d'ours (ursus spœleus), et, parmi les espèces 
qui ont pu être déterminées, le félis spelea, le boa, l'hyène, le mou- 
ton, mêlés à des fragments de poteries anciennes. 

Grotte d'Âuber. — Pour arriver à la grotte d'Auber ou Taï del 
Debrembéré (trou de l'oubli), il faut suivre la rive gauche du Lez, 
on traverse Lédur et l'on arrive (5 kil.) au village d'Auber, célè- 
bre par ses antiquités romaines. En trois quarts d'heure de marche, 
sur les flancs de la montagne, on a atteint l'entrée de la grotte. 
A l'Est se dresse la haute montagne de Surroc (912 m.), coupée du 
côté de Saint-Girons par des escarpements à pic 

La grotte d'Aulus est une des plus élevées des Pyrénées. En 
entrant, une vaste salle ayant 25 à 50 mètres de large sur 5 à 6 de 
haut se présente au visiteur. Le sol est parsemé, à certains endroits, 
de blocs de toute dimension amoncelés en désordre. Cette pre- 
mière salle va en se rétrécissant pour se fondre en couloirs, qui 
donnent accès à d'autres vastes excavations. M. Régnault a reconnu 
quelques légères traces de fouilles, mais elles ne paraissent pas avoir 
été profondes. 

A 40 cent, environ, dans une terre noire à cailloutis roulés, 
M. Régnault a pu recueillir des mâchoires d'ours taillées, ainsi que 
des ossements du même animal également cassés par un instru- 
ment tranchant ; des vertèbres d'ours, de cheval, de bœuf, de 
nombreuses dents d'ours et de ruminants, etc. 

Grotte de Montesquieu- Avantés. — Cette grotte, que l'explora- 
teur a déjà décrite à la Société d'histoire naturelle et à la Société 
d'anthropologie, est située près du petit hameau de Montesquieu- 
Avantés, à 5 kil. de Saint-Girons, près les bains d'Audinac. Les 
espèces recueillies par M. Régnault et M. Seignelte, principal du 
collège de Foix, sont : l'ours [ursus spœleus), le renne, le cheval 
en quantité, le bos, le mouton, une grande quantité d'ossements 
humains mêlés à des silex fortement taillés. Les fouilles dans cette 
grotte devraient être continuées. 

M. Régnault fait don à la Société, pour le Musée, des objets qu'il 
a pu recueillir dans les différentes fouilles qu'il vient de faire. 



— 2G4 — 

M. Trutat prend la parole au sujet de cette lecture. Il remercie 
M. Régnault du don qu'il a fait à la société pour le musée, qui ne 
possédait rien de Montesquieu-Avanlés. Au contraire, il est très 
riche en ossements d'Auber. Dans cette grotte, en effet, comme 
dans tous les gisements d'ourson a recueilli des mâchoires brisées, 
que plusieurs observateurs ont cru longtemps et peut-être croient 
encore cassées par la main de l'homme. M. Trutat ne partage nul- 
lement leur manière de voir, et, tout en se tenant à la disposition 
de la Société pour le cas où elle désirerait qu'un débat contradic- 
toire eût lieu devant elle sur ce point, il fait observer que dans 
les grottes à ours, assez nombreuses, ces mâchoires cassées seraient, 
à la presque unanimité des cas, la seule preuve, l'unique témoi- 
gnage de la présence de l'homme ; que l'on ne trouve pas les ins- 
truments qui auraient pu servir à casser ces mâchoires, que le but 
de ces cassures ne se comprendrait pas -, il ajoute que, pour lui, ce 
sont les carnassiers qui ont brisé ces mâchoires, la hyène surtout ; 
il a retrouvé sur un grand nombre d'échantillons les traces irrécu- 
sables de leurs dents, et il les soumettra à la Société si elle le désire. 

M. Desjardins donne les détails suivants sur trois plantes trou- 
vées aux. environs de Toulouse. 

1° Âllium roseum, L. Cette plante a été trouvée à l'embouchure 
du Touch, elle est là subspontanée, car c'est, paraît-il, le bota- 
niste Moquin-Tandon qui l'a plantée en cet endroit, il y a une 
vingtaine d'années. Elle est commune dans l'Aude. 

2° Lychnis diurna, Sibth. Trouvée sur les bords du canal du 
Midi, en face la Cité ouvrière. Cette plante, très-commune dans 
les Pyrénées, est très-rare dans nos environs. 

5° Glyceria spectabilis, Mert. et Koch., Poa aquatica L. que 
j'ai trouvée, il y a dix ans, sur les banquettes du Canal du Midi, 
entre le pont Matabiau et celui des Minimes. 

H n'y avait qu'un seul pied lorsque je l'ai découverte ; aujour- 
d'hui, elle s'étend sur un espace de 4 à 5 mètres. 

Je ne l'ai jamais récoltée en fleurs, parce qu'elle est toujours 
coupée, quand on procède au nettoyage du canal. 

Je n'ai pu en avoir des panicules qu'en la cultivant à l'Ecole 
vétérinaire où j'ai obtenu de très-jolis échantillons. 

Cette plante, très commune dans l'Aude, a dû être apportée là 
par graines, par les eaux du canal. 



— 265 — 

Séance du 25 mai 1872. 

Présidence de M. le colonel Belleville. 

La Société reçoit : 

Bulletin de la société des sciences historiques et naturelles de 
VYonne (1871), 25 e vol., le 5 delà 2 e série. 

Mémoires de la Société des sciences physiques et naturelles de 
Bordeaux. T. I à VIII (avec quelques lacunes). 

De la part de M. Boislon, des ossements des phosphates du 
Tarn-et-Garonne. 

De la part de M. Bidaun, une hache en pierre des Caraïbes et 
deux fragments d'ossements fossiles des Antilles. 

Sont nommés membres titulaires : 

M. Alfred de Saint-Simon, à Toulouse, présenté par MM. Nou- 
let, Gaston de Malafosse et Magnan. 

M. Paul Gay, à Villefranche (Haute-Garonne), présenté par 
MM. Magnan et Cartailhac. 

La Société s'occupe de plusieurs affaires d'administration. 



Séance du 29 mai. 

Présidence de M. le D r Gourdon. 

La Société reçoit : 

Etude géologique et chimique des eaux sulfureuses et bitumi - 
neuses de St-Boes, par le D<- F. Garrigou. Pau 1872. 

Bulletin de la Société polymathique du Morbihan, 2 e sem. 
Année 4871. 

Actes de la Société linnéenne de Bordeaux, t. XXVII à XXVIII, 
1872. 

Annales de la Société littéraire et scientifique d'Alais, année 
1871, 3 e bull. 

Une lettre de M. de Folin remerciant la Société de sa nomination 
et annonçant un travail. 



— 266 — 

Une lettre de M. Prosper Huguet, s^c. gén. du congrès scient, 
de France, sollicitant des adhésions pour la session de ce congrès 
qui doit avoir lieu cette année à Saint-Brieuc et annonçant deux 
volumes. 

De la part de M. le colonel Belleville, un manuscrit ayant pour 
titre : Quelques mots sur la Nouvelle-Calédonie et sur l'état actuel 
de cette colonie, 1863, par M. le capitaine Pierron, commandant 
la l re compagnie disciplinaire des colonies, 90 p., in-8°. M. Car- 
tailhac est chargé de faire un compte-rendu de cet ouvrage qui est 
précédé d'une note de M. le colonel Belleville. La Société adresse 
ses remerciements à ce dernier. 

M. Magnan offre de la part de M. Delprat, briquetier, à Tou- 
louse, un fragment de maxillaire inférieur d'anthiacotherium 
minimum, provenant du miocène inférieur de Bessens, près 
de Dieupentale et avec lui une vertèbre axis de rhinocéros. 

L'anthracoterium minimum et la vertèbre ont été trouvés dans 
des arènes renfermées dans des poches du miocène. Avec ces 
débris, est un canon postérieur de ruminant. On sait que Guvier 
créa le genre anthracotherium sur des ossements provenant de 
Hautevigne (Lot-et-Garonne) et que M. Aymard l'a retrouvé dans 
le tertiaire du Puy. M. Magnan fait remarquer que nos terrains de 
Toulouse sont du miocène moyen ; l'inférieur se montre à Dieu- 
pentale et le supérieur à Sansan. 

Il serait très-important d'explorer soigneusement le gisement de 
Bessens qui semble riche et pourrait donner quelques ossements 
intéressants del'anthracotherium dont on ne connaît jusqu'ici, par 
un singulier hasard, que le maxillaire inférieur. 

La découverte de la vertèbre de rhinocéros offre ceci d'intéressant 
que jusqu'ici les restes de cet animal n'avaient pas été rencontrés à 
cette altitude moyenne (110 m ). 



Séance du 5 juin «872. 

Présidence de M. le D r Gourdon. 

La Société reçoit une lettre de M. Frossard, président de la 
société Ramond, annonçant que cette société a reçu les bulletins 



— 267 — 

qui lui avaient été envoyés et nous fera parvenir toutes ses publi- 
cations. 

Sur la proposition de M. Magnan, la Société décide que l'excur- 
sion à Bouconne se fera le dimanche 16 juin 

M. le colonel Belleville fait don de deux poissons fossiles pro- 
venant de l'éocène d'Aix. 

Des remerciements sont adressés au donateur. 

M. Lacroix offre au nom de l'auteur le Catalogue des oiseaux 
observés dans le département de la Loire- Inférieure, par M le 
docteur Blondin (Nantes, 1864). 

Il fait remarquer la parfaite coïncidence de méthode qui existe 
entre cet ouvrage et le catalogue des oiseaux de la Haute-Garonne 
qu'il a récemment présenté à la Société. 

A ce propos, il insiste sur l'utilité des travaux de ce genre : ce 
n'est que grâce à eux que l'on pourra élucider les points encore 
obscurs de l'ornithologie, points bien plus nombreux qu'on ne le 
pense généralement. 

M. Lacroix signale plusieurs de ces questions encore douteuses, 
de ces aspects de la science qui offrent à l'observateur un vaste 
champ à explorer. Il entre dans quelques détails au sujet des 
migrations de certains oiseaux, des diminutions ou réapparitions 
brusques de quelques espèces. 

Plusieurs membres présentent des observations ou font des 
questions à ce sujet. 

M. le président fait remarquer tout l'intérêt qui s'attache aux 
questions générales du genre de celles dont M. Lacroix vient de 
nous entretenir. 

M. le D r Gourdon croit qu'il serait bon qu'à l'avenir, indépen- 
damment des travaux spéciaux portant sur des faits nouveaux et 
souvent peu accessibles à tous, l'on s'occupât dans les séances de 
ces aperçus d'ensemble, de ces vues sur l'état actuel de chacune 
des sciences naturelles. Il pense que chacun y trouverait son 
avantage et que l'on attirerait ainsi ceux qui, sans s'adonner à une 
étude spéciale, tiennent néanmoins à ne pas demeurer étrangers 
aux sciences naturelles et à leurs progrès. 

Une discussion s'engage, à ce propos, entre la plupart des 
membres de la réunion. 
La proposition de M. Gourdon est adoptée. 



- 268 - 

M. Desjardins annonce qu'il vient de découvrir aux environs 
deToulouse, sur la rive du canal, le ranunculus muricatus (L.), 
espèce du littoral méditerranéen dont la présence dans notre région 
est, sans doute, due à un fait accidentel. 



Séance du 11 juin. 

Présidence de M. le D r Gourdon. 

La Société reçoit : 

Contributions pour servir à V histoire naturelle des éphémérines, 
n° 5. Note sur la prétendue crustacée dont Latreille a fait le genre 
prosopistoma, par Emile Joly, membre de la Société. (Ext. des 
Mém. de la Soc. des sciences naturelles de Cherbourg), in-8°, 10 p. 

Annales de la société d'agriculture, industrie, sciences, arts et 
belles -lettres de la Loire, -tome XV, 1874. Saint-Etienne, in-8°, 
1872. 

Mémoires de la société d'émulation de Montbéliard, 2 e série, 
1 er vol., 2 e vol, 1 re livr. 

Soc. centrale d'agricidture, d'horticulture et d'acclimatation de 
Nice, année 1870, I, 38 e à 46 e bulletin, in-8°. 

Association scientifique de France, bulletin hebdomadaire, 
n°240, 9 juin 1872. 

Annales de la société d'agriculture, sciences, arts et commerce 
du Puy, tome XVII à XXX, 1852-1869, U vol., in-8». 

Voyage aux Pyrénées, par H. Taine, Paris, 1867, donné par 
M. le colonel Belleville. 

Connaissance des plantes les plus souveraines pour la conserva- 
tien de la santé, par Alp. Rouget, Toulouse, 1867, in-12( Don du 
colonel Belleville). 

La photographie mentale des esprits dévoilés, par le même (Don 
de M. le colonel Belleville). 

Réapparition du genre arethusina. — Faune silurienne des 
environs de Hof, en Bavière, par J. Barrande 1868, et Défense des 
colonies, par le même, 1870, 2 brochures in-8°. (Don de M. E. 
Cartailhac). 



- 269 - 

De la part de M. Gantier une série d'ossements et de silex 
recueillis par lui, en 1870, soit aux environs, soit à l'intérieur de 
la grotte même d'Aurignac. 

Ace sujet, M. Emile Cartailhac fait quelques observations, et 
rappelle la note qu'il a publiée en collaboration avec M. Trutat 
sur celte station classique. 

Au nom de M. Trutat absent, il est donné lecture de la lettre que 
celui-ci a envoyée à M. Gervais au sujet des phosphates (publiée 
p. 83). 

Le Secrétaire général annonce que M. Jules Peyre, donne à la 
Société les collections de son fils, notre regretté confrère, plus de 
quarante oiseaux ou mammifères montés, choisis dans le petit 
musée qu'il avait formé, un herbier des plus remarquables, et 
plus de cent volumes sur la botanique. La Société exprime à M. 
Jules Peyre ses plus vifs remercîments. 



Séance du 26 jïiin. 

Présidence de M. le D r Gourdon. 

La Société reçoit : 

En don de M. E. Cartailhac, le Bulletin delà Société des natu- 
ralistes de Moscou, 4869-1870, n« s 3 et 4. 

Une demande d'échange de la part de la Société entomologique 
de Belgique, qui envoie le tome XV e de ses Mémoires. 

De la part de M. A. de Saint-Simon, notre confrère, les ouvra- 
ges suivants : 

Nouvelles observations sur les Pomatias du Midi de la France, 
par A. de Saint-Simon. Toulouse, 4868. In-8°, 15 p. 

Observations anatomiques sur quelques Pomatias, 4867. In-8°, 
46 p. 

Mémoires sur les Pomatias du Midi de la France. Toulouse , 
1867. In-8°, 16 p. 

Descriptions d'espèces nouvelles du genre Pomatias suivies d'un 
aperçu synonymique sur les espèces de ce genre. Gr. in-8°, 28 p. 
Paris, 1869. 

Note sur le Rumina decollata. Toulouse , 4870. 



— 270 — 

Descriptions d'espèces nouvelles du Midi de la France. 

Miscellanèes malacologiques, 1848-1856, 41. l re et 2 e décades. 

Congrès scientifique de France, 22 e session, 1856. Montpellier, 
2 vol. in-8°. 

Rivista scientifica industriale da G. Vimercati Firenze , 1872. 
Programme. 

Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées- Orienta- 
les. 10 vol. (Don de M. Marquet.) 

Société académique des Hautes-Pyrénées. 1853 à 1870. 10 tomes. 

M. le colonel Belleville communique un rapport sur l'état de 
notre bibliothèque et offre à la Compagnie les ouvrages suivants : 

Les glaciers, par Zurcher et Margollé. Paris, 1870. In-18. 

L'eau, par Gaston Tissandier. Paris, 1869. In-18. 

Les merveilles des fleuves et des ruisseaux , par C. Millet. Paris, 
1871. In-18. 

Volcans et tremblements de terre , par Zurcher et Margollé. 
Paris, 1872. In-18. 

Les météores, par les mêmes. Paris, 1869. In-18. 

Histoire de V homme, parA.de Quatrefages. Paris, Hachette. 
In-18, 5 brochures. 1868. 

Vannée scientifique et industrielle, par L. Figuier. In-12. Paris, 
1872. 

Les insectes, par Louis Figuier. Paris, in-8°. 1869. 

Les poissons, les reptiles et les oiseaux, par le même. In-8°. 
Paris, 1869. 

Les mammifères, parle même. Paris, 1869. In-8°. 

L'homme primitif , par le même. Paris, 1870. In-8°. 

Mœurs et coutumes de V Algérie, par M. le général Daumas. 
Paris, Hachette, 1858. In-12. 

Dictionnaire des lettres, sciences et arts, par Bouillet. Nouvelle 
édition. Grand in-8°. Paris, 1872. 

Au nom de la Société, M. le Président exprime à M. le colonel 
Belleville toute sa gratitude pour les soins qn'il a bien voulu don- 
ner à l'organisation de notre bibliothèque augmentée par ses dons 
généreux. 

Le Président annonce deux présentations. 

MM. Gourdon, Marquet et Desjardins rendent compte de l'ex- 
cursion qui vient d'être faite dans la forêt de Bouconne. 



— 271 — 

M. G. de Malafosse fait passer sous les yeux de ses confrères 
Venanlofungia Papareli, de Fromenlel. (Voir ci-dessus, page 49.) 



Séance du 5 juillet. 

Présidence de M. le colonel Belleville. 

La Société reçoit : 

Association scientifique de France. Bulletin hebdomadaire , 
n° 243. 

Mémoires delà Société des sciences de Cannes, 2 e vol., 4872. 

M.E. Cartailhac donne lecture d'un Mémoire de M. leD r Broca 
sur la déformation toulousaine du crâne. Il présente ensuite quel- 
ques observations. Ainsi, le savant anlhropologiste croit que l'usage 
de la coiffure qui déforme le crâne des Toulousains modernes 
remonte aux temps anciens. Cependant, les crânes du 16 e et 47 e 
siècle recueillis sur plusieurs points de la ville semblent indiquer 
jusqu'ici que le mode et l'emploi de ce bandeau est postérieur à ces 
dates. La question sera examinée avec précision. 

MM. Bidaud, Delisle, Trutat prennent la parole sur le même 
sujet. 

il juillet. 

Interprète de notre douleur, M. le colonel Belleville déplore en 
quelques mots la mort fatalement inattendue d'HENRi Maghan, 
membre fondateur de la Société, si savant et si zélé, estimé et 
affectionné par tous. En signe du deuil profond qui est dans nos 
cœurs , la Société ne tient pas séance. 



Séance du 19 juillet. 

Présidence de M. le D r Gourdon. 

La Société reçoit : 

Bulletin de Vassociation scientifique de France, n 08 244 et 245. 



- 272 - 

Mémoires de V Académie impériale des sciences, belles lettres et 
arts de Savoie. 2 e série, tome VIII à XI. 

Huit cartes de V Atlas météorologique annuel de l'observatoire de 
Paris. 

Congrès archéologique de Montauban, Cahors, Guéret. 1866. 
1 vol. in-8°. Don de M. le colonel Belleville. 

MM. A. de Saint-Simon, Bidaud, Gourdon, lisent des comptes- 
rendus de plusieurs ouvrages reçus par la Société. 

M. Trutat donne quelques renseignements sur la géographie 
ancienne de la côle d'Aigues-Morles éclairée par les données de la 
géologie ; il dit, par exemple, que les collines situées entre la ville 
et la mer sont formées de dépôts quaternaires, et que c'est le 
« canal du roi » qui a permis à saint Louis de s'embarquer dans 
la ville même. 



Séance du 2!» juillet. 

Présidence de M. le D r Gourdon. 

La Société reçoit : 

Un bon de la Société des sciences, agriculture et des arts de 
Lille pour retirer le volume 1871 . 

Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de 
l'Yonne. Année 1869. 23 e vol., 1 er semestre. 

Mémoires de la Société académique de Maine-et-Loire. Vol. 1 à 
9, 15 et U, 17, 25 et 26. 

Bulletin de l'association scientifique, n° s 247 et 248. 

Bulletin de la Société d'anthropologie de Paris, 1 er , 2 e et 3 e 
fascicule. 

Bulletin de la Société d'études scientifiques d'Angers, n° 1 . 1872. 

MM. Regnault, Belleville et Cartailhac lisent des rapports su r 
plusieurs publications envoyées à la Société. 

Le Président entretient la Compagnie de diverses affaires d'ad- 
ministration intérieure. 

Les séances de l'année académique 1871-1872 sont terminées. 

Le Secrétaire général, 
E. Cartailhac. 



TABLE DES MATIÈRES, 



MÉMOIRES. 

Pages. 
Recherches sur le lias de la région de Marvejols (Lozère), par 

M. Gaston de Malafosse 1 

Catalogue des insectes coléoptères du Languedoc, 2 e partie, par 

M. Marquet 50 

De l'existence du Betula pubescens (Ehrh) dans le département 

du Tarn, par M. le professeur Clos 67 

Note sur les essais sulfhydrométriques faits à Ax, en 4 871, par 

MM. Filhol et Mellies 68 

Remarques sur les gisements de chaux phosphatée des cantons de 

St-Antonin et de Caylus (Tarn-et-Garonne), par M. E. Trutàt. 72 
Catalogue de mollusques terrestres et fluviatiles recueillis dans le 

département des Basses-Pyrénées, des Hautes -Pyrénées et des 

Landes, par M. le général C. de Nansouty 76 

Deuxième note sur les dépôts phosphatés du Quercy , par 

M. E. Trutat. ., 83 

Etude sur les filtres et sur l'eau des fontaines de Toulouse, par 

M. le D r Félix Garrigou 87 

Un squelette humain de lage du renne à Laugerie-Basse (Dordogne), 

Rapport par M. E. Cartailhac 204 

PROCÈS-VERBAUX, 

Séance de rentrée du 17 novembre 1871 227 

Sur l'ancien lit de l'Agoût et le quaternaire des bords de la Mon- 
tagne-Noire. — Discussion entre MM. le D r Jeanbernat et 

H. Magnan 229 

Séance du 1 er décembre 232 

D l Clos.— Lettre accompagnant l'envoi au Ministre de la pétition 

pour l'enseignement de l'histoire naturelle 232 

Séance du 1 5 décembre 23 3 

18 



- 274 — 

Pages 
Conservation des plantes. — Infusoires et sulfhydrométrie des eaux 

d'Ax. — Phosphorite de Caylus. E. Filhol 233 

Séance du 29 décembre 235 

A propos d'une note de M. Alem, sur la géologie du col de 

Bazert, de Labroquère, etc. H. Magnan 236 

Haùerile et wavellite accompagnant les phosphates de chaux. 

Chelle 237 

Sur la maturation des fruits. E. Filhol 238 

Sur l'ophite des Pyrénées et des Gorbières. H. Magnan 238 

Arséniure de fer du port de Salau (Ariége). E. Filhol 24 1 

Séance du 12 janvier 4 872 241 

Elections 242 

Séance du 3 février 242 

Sur les jardins des environs de Cannes. — Lettre de M. Fieuzet. . 243 

Séance du 9 février 243 

Sur un picus minor tué aux environs de Toulouse. H. Calmels. . 244 

Schistostega osmundacea. E. Desjardins 245 

Séance du 25 février 245 

Sur l'Atlas physique de la France. E. Cartailhac 245 

Sur un échantillon de klaprothine du Bergougnon (Lozère). 

B. Chelle. . . «, . 246 

Cas de conservation d'une chouette. E. Trutat 246 

Séance du 8 mars 247 

Sur certaines pegmatites et tourmalines de l'Ariége. B. Chelle. . 248 

Séance du 20 mars 249 

Sur les roches volcaniques de la région de Marvejols. G. de 

Malafosse 249 

Sur les basaltes de l'Ardèche. H. Magnan • . . . . 250 

Transformation du primula grandiflora. E. Des jardins 251 

Échantillons minéralogiques recueillis à Montréjeau. Huttier. . . 251 

Séance du 27 mars 251 

Séance du 10 avril 252 

Séance du 47 avril 253 

A propos d'une Note de M. Leymerie « sur un trait particulier 

de la constitution des Pyrénées. » H. Magnan. 254 

Sur une excursion à Bayonne. E. Trutat, G. de Malafosse. . . 254 

Séance du 24 avril 255 

Sur les terrains secondaires et primordiaux du Midi. H. Magnan, 

D r Garrigou 256 

Sur un ouvrage de M. Jeanjean : « Les Cavernes des Basses- 

Cévennes. » L. de Malafosse 266 

Sur la grotte de Crussoles (Drôme). D r Gourdon, E. Cartailhac. 257 






— 275 — 

Pages. 

Séance du 1 er mai 257 

Sur les phosphates et leur origine. E. Cartailhac, E. Trutat, 

B. Chelle 258 

Sur les oiseaux de la Haute-Garonne. A. Lacroix 258 

Séance du 8 mai 259 

Sur divers minéraux à base de lithine, d'Ax et de Luchon, 

B. Chelle 259 

Observation sur la communication précédente. H. Magnan. ... 261 

Séance du 15 mai 262 

Sur des Hélices, recueillies à Saint-Girons. G. de Malafosse. . . 262 

Explorations dans quelques grottes de l'Ariége. F. Regnault. . . 262 

Observations sur la communication précédente. E. Trutat. . . 264 

Sur trois plantes des environs de Toulouse. E. Desjardins. . . . 264 

Séance du 25 mai 265 

Séance du 29 mai 265 

Sur deux fossiles du miocène de Dieupentale. H. Magnan. ... 266 

Sur les travaux d'ornithologie. A. Lacroix 267 

Ranunculus muricatus trouvé aux environs de Toulouse. — 

E. Desjardins 268 

Séance du 11 juin 268 

Séance du 26 juin 269 

Séance du 5 juillet 271 

A propos d'un Mémoire de M. Broca sur les crânes toulousains. 

E. Cartailhac . . . , } 271 

11 juillet 271 

Séance du 1 9 juillet 272 

Sur la géographie d'Aiguës- Mortes. E. Trutat 272 

Séance du 25 juillet . , 272 



FIN DE LA TÀRLE. 



— 276 - 



ERRATA. 

Pag. 11, lig. 23, au lieu de : lutter, lisez : butter. 
Pag. 66, lig. 36, au lieu de : Martres en rivière, lisez : Martres -de- 
Rivière. 
Pag. 69, lig. 33, Rétablissez la formule ainsi : 

NaS + 4I + 4 HO=NaO, S0 3 -M HI. 
Pag. 76, lig. 4, au lieu de : dans les départements, lisez : recueillis 

dans les départements. 
Pag. 77, lig. 9, au lieu de : Apicina, lisez rapicina. 
Pag. 80, lig. 13, au lieu de : stagualis, lisez : stagnalis. 
Pag. 82, lig. 17, au lieu de : pisidium, lisez : pisidium. 
Pag. 138, lig. 27, au lieu de : intermédiaire, lisez : intermédiaires. 
Pag. 204, lig. 21, au lieu de : les, lisez : les. 
Pag. 241, lig. 20, au lieu de : Rubescens, lisez : pubescens. 
Pag. 257, supprimer lignes 24, 25, 26. 
Pag. 263, lig. 6, au lieu de : spœleus, lisez : spelœus. 

— lig. 7, au lieu de : boa, lisez : bœuf. 

— lig. 7, au lieu de : spelea, lisez : spelœa. 

— lig. 34, au lieu de : spœleus, lisez : spelœus. 
Pag. 265, lig. 10, au lieu de : Bidaun, lisez : Ridaud. 

Pag. 271, lig. 2, au lieu de : enanlofungia, lisez : enaulofungia. 




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